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Georges Simenon


Yves

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Bonjour à tous

 

Les « cahiers » du romancier Georges Simenon fourmillent de phrases qui me font penser aux traits d'un ennéatype 9. Je n'affirme pas que c'est son ennéatype : je n'ai pas déterminé son ennéatype (je le ferai après le stage Détermination :wink:). Ces cahiers sont groupés dans un livre sous le titre Quand j'étais vieux. Les citations qui suivent pourraient illustrer, selon moi, son tiraillement entre la paresse à se connaître et l'activité à se connaître, et aussi l'oubli de soi. Mon père (il est d'ennéatype 9 alpha, grand lecteur de Simenon, a apprécié ce livre et me l'a prêté à bon escient. :heart: Voici les citations. Les numéros de page cités sont ceux des éditions Rencontre (1973). Fabien, tu peux supprimer des citations si tu trouves qu'il y en a trop.

 

D'abord les phrases qui évoquent la paresse à se connaître et l'activité à se connaître :

 

a) Début de la préface : "En 1960, 1961 et 1962, pour des raisons personnelles ou pour des raisons que je ne connais pas, je me suis senti vieux et je me suis mis à écrire dans des cahiers. J'approchais de la soixantaine."

 

b) P. 152 : "Il n'est pas sain qu'un romancier s'analyse, encore moins qu'il discute les opinions qu'on a de lui."

 

À propos des essais écrits sur lui, p. 286 : "Plus tard, peut-être serai-je capable de lire ces sortes d'ouvrage sans être pris de panique. Il ne faut pas encore que je me fasse une idée de moi-même et encore moins de ce que j'écris."

 

c) P. 350 : "Cela m'agace de voir les gens les mieux intentionnés, surtout les mieux intentionnés, chercher dans mes romans ce que je pourrais y avoir mis de moi-même. Ils ne se rendent pas compte du mal qu'ils me font, parce qu'ils me rendent conscient d'une certaine chimie que je ne dois pas connaître, et qu'ils m'empêchent parfois d'écrire comme il me plairait. Comment, avec quoi un roman est fait, cela ne regarde personne, et son auteur, surtout, n'a pas à le savoir."

 

d) P. 153 : "Pendant quarante ans on a écrit sur moi, dans les journaux, tout ce qu'on a voulu, du vrai et du faux, beaucoup plus de faux que de vrai. Et on continue. Jamais je ne me suis servi du droit de réponse. Je n'ai envoyé aucune rectification. Je n'ai pas non plus, par la suite, discuté de leurs opinions avec les journalistes, critiques, etc. […] Tous prétendent me connaître, décident ex cathedra de mes sentiments les plus intimes, de mes instincts, de mes idées (que je n'ai jamais émises). Est-il vraiment exagéré que l'envie me prenne de mettre tout cela au point ? Toute opinion est respectable. Il y a peut-être du vrai dans ce que ces gens-là écrivent. Mais n'y a-t-il pas quelque chance pour que quelques-unes de mes idées — à mon propre sujet — soient vraies aussi ? Cela aidera peut-être à fixer la vérité quelque part, pour autant qu'il existe une vérité en ce qui concerne l'individu. Assez sur ce sujet, cette fois, et je l'espère pour longtemps.

 

Sommes allés hier chez les Vlaminck, à la Tourrillère […]" :laugh:

 

e) À propos d'un critique qui écrivait un livre sur lui, et aussi à propos du métier de romancier, p. 103 : "Je commence à sentir l'approche d'un roman. Demain, le Dr R., un de ceux qui écrivent un livre sur moi. […] Quelles questions va-t-il me poser ? À quoi va-t-il, à son tour, m'obliger à penser ? J'ai hâte que ce soit fini, hâte d'être à nouveau plongé dans un livre et de ne rien écrire dans ce cahier parce que j'écrirai un roman. […] Je tâtonne. J'évite de préciser. J'attends le déclic et c'est une période très désagréable pendant laquelle je souffre de me montrer irritable. Drôle de métier ! Balzac se plaignait de son esclavage et Dostoïevski emploie le terme, bien romantique, chez lui, de forçat de la plume. Je n'aime pas les grands mots. Disons plus simplement que c'est un mauvais moment à passer… Quant à savoir pourquoi on s'impose cette tâche…"

 

f) P. 263 : "Il est indispensable que je précise que quand je parle de bien ou de mal, je ne me réfère jamais à ma morale toute personnelle, qu'il me serait d'ailleurs difficile, ou qu'il serait trop long, et sans intérêt, de définir. Plus que jamais, ce que je vais écrire sera faussé par le fait qu'en quelques paragraphes je ne puis que tracer les gros traits de ma pensée, alors que pour exprimer avec exactitude cinq minutes, mettons une heure de cette pensée, il faudrait de gros volumes."

 

g) Beaucoup plus tard, après avoir écrit son dernier roman (1973 ?), Simenon écrira : "J'ai passé ma vie à essayer de comprendre les hommes. J'essaie maintenant de me connaître moi-même."

 

Maintenant voici ce qui évoque pour moi l'oubli de soi :

 

h) P. 64 : "Je ne crois pas que mon opinion sur tel ou tel sujet ait une valeur quelconque.[…] J'ai besoin […] d'épouser avec les mots les plus simples les états d'esprit de mes personnages."

 

i) P. 261 : "À force de chercher une vérité plus vraie, on risque de s'en écarter. C'est pourquoi, en définitive, ces cahiers risquent d'être moins près de la vérité, malgré mon souci d'exactitude, que mes romans où je me suis efforcé de ne mettre rien de moi-même."

 

j) P. 173 : "Je voudrais tant être indifférent à l'opinion. Tout à fait indifférent. J'y arrive en ce qui me concerne personnellement. Pas encore en ce qui concerne mes personnages, comme si, à mes yeux, ils étaient plus importants que moi."

 

k) P. 34 : "Chaque fois que je me laisse aller à émettre une opinion — et c'est plus fort que moi — j'ai beau le faire timidement, avec autant d'humilité que possible, je sens que je m'amoindris et que je donne prise au sarcasme. Et dire que je me promettais de ne pas parler de moi ! Mais de qui parler, sacrebleu ? Et pourquoi ne pas avoir la sagesse de se taire ? Un homme poursuivant son œuvre, toute sa vie, sans en rien dire, sans qu'on sache rien de lui."

 

l) À propos d'un essai écrit sur son œuvre, p. 285 : "Il parle moins de moi que de mon œuvre, ce qui est déjà un soulagement. Pourtant, j'éprouve toujours le même malaise à la lecture de ces sortes d'études. […] Si étrange que cela puisse paraître, c'est désagréable. D'un autre côté, il ne m'est pas moins désagréable qu'on traite mon œuvre par-dessous la jambe."

 

m) Pour terminer, le passage suivant m'a beaucoup touché. N'y trouvez-vous pas des signes de l'équilibre des trois centres, de l'espérance dans les autres et en soi, ainsi que des vertus et idées supérieures des ennéatypes 9 et 3, de l'acceptation de sa vulnérabilité d'un 8 intégré, et enfin du désir de base des 9, la paix ? P. 313 : "En pleine et douce euphorie. Lettre de Marc [NdlR : c'est le fils aîné de Simenon] et me voilà tout à coup anxieux, barbouillé. […] J'ai vu des jeunes gens devenir des hommes envers et contre tout, de ceux, souvent, que l'observateur psychologique aurait classés dans les cas presque désespérés. Il est vrai que j'en ai vu d'autres et que j'ai, depuis longtemps, depuis presque toujours, l'angoisse de la vie ratée, ce qui me faisait inventer et décrire, dès l'âge de quatorze ans, le métier de « redresseur de destinées », sorte de Maigret médecin, psychiatre, etc. […] Je viens de faire une erreur. Le terme, dans mon esprit d'enfant, n'était pas redresseur, mais raccommodeur. Raccommodeur de destinées ! Si seulement cela pouvait exister pour de bon ! Et mon brave ami M., dans son article, qui me croit fort, invulnérable, et qui m'attribue une sérénité à toute épreuve ! En ce qui me concerne, peut-être. Et encore ! Mais dès qu'il s'agit de ma femme et de mes enfants… N'est-ce pas à cet impossible homme serein, à ce Dieu le Père de mes vieux rêves que je pensais à mon insu quand je parlais de l'homme sans faille ?"

 

J'ai été sensible aussi à d'autres phrases qui illustrent, selon moi, la compassion et la tendresse « instinctive » pour les autres et pour soi, manifestées par un ennéatype 9 dans des moments d'intégration. Mais c'est un autre sujet.

 

En complément, je vous recommande également l'essai de Marie-Paule Boutry : Les 300 vies de Simenon, Éditions Claire Martin du Gard, 1990. Bon, ma recommandation est très subjective (je connais Marie-Paule personnellement :wink:). Tout de même, dans une lettre à Marie-Paule, Simenon a écrit : "Pour la première fois sans doute, je trouvais des commentaires sur mon œuvre qui ne me hérissaient pas et je me reconnaissais." :happy: Voici une phrase extraite de cet essai : "Les personnages de Simenon finissent presque toujours par fuir, et surtout par se fuir eux-mêmes." Cette phrase pourrait s'appliquer aussi à mon père.

 

Très cordialement,

Yves

Yves (E5 alpha, ailes 4 et 6, C- S= X-/+)
"Attendre d'en savoir assez pour agir en toute lumière, c'est se condamner à l'inaction." (Jean Rostand)

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Fabien Chabreuil

Bonjour Yves,

 

Merci pour cette non-détermination :rofl: de l'ennéatype de Geroges Simenon.

 

J'ai lu pas mal de livres de Simenon à l'âge d'environ 19 ans. C'est dire que cela fait un certain temps… Et puis la lecture de l'œuvre n'est toujours pas suffisante pour trouver le type d'un auteur. Il me semble que Maigret doit pouvoir être mis en 9 aussi ; ce qui me gêne, c'est que dans mon vague souvenir, Madame Maigret pourrait elle aussi appartenir à ce profil. Ça fait beaucoup.

 

La quantité d'ouvrages écrits par Simenon pourrait faire penser au mode de communication du 9, la saga. Le style de Simenon est toutefois simple et limpide.

 

Très amicalement,

Fabien

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  • 2 weeks later...

Bonjour à tous,

 

Fabien, par quoi es-tu gêné ? Est-ce par un manque de pertinence de la part d'un romancier de créer (inconsciemment) ses deux personnages centraux avec le même ennéatype — et le même que celui du romancier lui-même — ?

 

Concernant la simplicité de son style, dans ses cahiers, Simenon a écrit (je n'ai pas retrouvé la page) qu'il n'aimait plus le style de sa jeunesse, qu'il s'était évertué à simplifier son style, ne plus employer certains mots, choisir les mots les plus simples.

 

Par ailleurs, j'ai trouvé des phrases inachevées, et à chaque fois, je ne sais pas du tout ce qu'il a voulu dire. :surprised: Est-ce que ça arrive parfois à des ennéatypes 9 ? Est-ce une transe de confusion ? Par exemple :

 

P. 82 : "Ne serait-il pas aussi intéressant, sinon plus… Mais, encore une fois, cela a sans doute été fait, comme les petites idées, les embryons d'idées que j'émets dans ce cahier ont dû être exposés maintes fois plus complètement et plus savamment."

 

P. 80, en parlant des politiciens : "Si tous étaient irresponsables ? Si… Cela suffit pour aujourd'hui. J'ai tout mélangé. Comme quand je m'endors. C'est d'ailleurs hier en essayant de dormir que tout ceci — et bien d'autres choses que j'ai heureusement oubliées — m'est passé par la tête."

 

P. 160 : "De là à conclure que… C'est complètement idiot." :mouais:

 

P. 216 : Et voici le paragraphe le plus bref — il comprend un seul mot — : "Les…" :miam:

 

Mon père a aussi cette tendance (oralement) à commencer des phrases et les laisser inachevées (en suspension) et incompréhensibles. :sad:

 

Très cordialement,

Yves

Yves (E5 alpha, ailes 4 et 6, C- S= X-/+)
"Attendre d'en savoir assez pour agir en toute lumière, c'est se condamner à l'inaction." (Jean Rostand)

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Fabien Chabreuil

Bonjour Yves et bonjour à tous les autres,

 

"Fabien, par quoi es-tu gêné ? Est-ce par un manque de pertinence de la part d'un romancier de créer (inconsciemment) ses deux personnages centraux avec le même ennéatype — et le même que celui du romancier lui-même — ?"

Comme il n'est pas si fréquent que deux personnages importants d'une œuvre soit du même type, le fait de l'imaginer m'a fait douter de mon évaluation des ennéatypes de Monsieur et Madame Maigret. C'est comme quand une personne me dit qu'elle est d'ennéatype X, son père aussi, ses quatre frères et sœurs aussi : ce n'est pas impossible, mais c'est suffisamment rare pour cérer le doute.

 

"Par ailleurs, j'ai trouvé des phrases inachevées, et à chaque fois, je ne sais pas du tout ce qu'il a voulu dire. :surprised: Est-ce que ça arrive parfois à des ennéatypes 9 ? Est-ce une transe de confusion ?"

Ce comportement est plus souvent associé au centre émotionnel, les phrases étant interrompues par la transformation de l'émotion qu'elles étaient censées décrire. Si Georges Simenon était de variante mu, cela pourrait assez bien coller en cas de bascule de l'instinctif.

 

Ton hypothèse de la transe de confusion, si fréquente quand le 9 parle de lui-même, est parfaitement possible aussi. Les deux phénomènes peuvent d'ailleurs s'additionner.

 

Très amicalement,

Fabien

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Merci Fabien pour ces deux éclairages.

 

Je n'ai pas réussi à déterminer la variante de Simenon.

 

Un viel ami :heart:, d'ennéatype 9 alpha, bégaie quelquefois (quelquefois seulement). Je ne sais pas si ce bégaiement est lié à son ennéatype ou bien à son histoire : il est d'origine cambodgienne, et ses cinq sœurs et sa mère ont été exterminées par les Khmers rouges.

 

Très cordialement,

Yves

Yves (E5 alpha, ailes 4 et 6, C- S= X-/+)
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