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Posté(e)

Bonjour Fabien, bonjour à tous,

 

Depuis quelques semaines, j'ai pris conscience que je développais de manière inconsciente une attitude de victime vis à vis des autres.

J'ai toujours les mêmes difficultés pour réussir mes projets en raison de ce centre instinctif que je traîne comme un boulet. Je trouve toujours des raisons qui me permettent de ne pas croire en mes réussites personnelles. Je comprends que réprimer le centre instinctif me pousse à de telles conclusions. De la même manière, la passion, l'envie, associé à mon sous-type sexuel "Compétition", m'entraîne à me comparer aux autres en me dévalorisant. C'est cette dévalorisation que j'associe à l'aspect de victime dans lequel je semble être en permanence.

 

Ainsi, il me semble que tout dans mon attitude tende vers cet état :

- le fait de me sentir jugé, épié, une sorte de paranoïa inconsciente, le fait de me sentir dans une sorte de coquille, d'entrer ma tête dans mes épaules, de ne pas réussir à me tenir droit ;

- le fait d'être très souvent sur la défensive, de croire qu'il faut que je me justifie pour chacun de mes actes ou chacune de mes intentions - ce qui provoque en moi une immense et violente colère. Il me semble également (c'est en fait une réalité !) que j'anticipe les réactions des autres qui seront toujours négatives à mon encontre. D'où une manière de parler et d'être en fonction de cette fausse anticipation, et ce perpétuel mécanisme qui consiste à m'excuser de presque tout.

 

Victime donc, et toujours victime de quelqu'un car même si je me crois indépendant, sans jamais rien devoir à personne, je découvre peu à peu qu'en fait je suis toujours lié à quelqu'un. Il s'agit soit d'une personne du passé, soit d'une personne du présent. Dans tout les cas, je vis par rapport à cette personne, soit en attendant qu'elle m'encourage à être, soit contre qui je lutte (le sous type "Compétition") et sur qui porte ma perpétuelle colère. C'est ainsi toujours à cause des autres que je n'existe pas tel que je le devrais ! Je trouve vraiment étonnant ce lien invisible et indispensable que je tisse avec les autres. Est-ce dû à l'introjection ? Il est vraiment difficile de vivre sans attache émotionnelle mais sans être en dehors du monde, détaché de tous, et ainsi en souffrance. Car il m'arrive bien souvent de rester à l'écart afin de me protéger des attaques.

 

J'ajouterai que depuis que j'ai pris conscience de cet état, je me suis rendu compte que je me croyais très souvent victime. Alors, je parviens à stopper un éventuel engrenage qui me pousserait vers des prises de risque, ou vers la honte ou la mélancolie, de manière consciente bien sûr, ne sachant pas si inconsciemment je ne développe cela !

 

Je dois dire également qu'en écrivant ces remarques, je me rends compte que je rêve d'être autrement. J'ai envie de ne plus subir cet état, et d'être ainsi quelqu'un d'autre, quelqu'un qui n'est ni sur la défensive ni au contraire, sur l'offensive. Est-ce légitime de vouloir encore changer de personnalité ?

 

En fait, pour chacune de mes remarques, je ne parviens pas toujours à les lier à un centre ou à un sous-type. Cet aspect de victime, existe-t-il ? N'est-il que la conséquence d'un centre instinctif qui ne parvient pas à se mettre en oeuvre (auquel cas ce n'est pas une situation spécifique au seul 4 alpha). Ou bien est-il la convergence de plusieurs facteurs, c'est à dire le fait d'être 4 alpha ?

 

Bien amicalement,

Christian

Christian (E4 alpha, Aile 5, C= S- X+)

Fabien Chabreuil
Posté(e)

Bonjour Christian,

 

Cela fait plaisir de te relire après un long silence.

 

Le sentiment d'être victime est clairement un problème de 4 (et pas uniquement alpha).

 

Je ne pense que la répression de l'instinctif puisse en être la cause : je réprime l'instinctif et n'ai (quasiment) jamais vécu cela. Peut-être est-il une circonstance aggravante ? J'espère que d'autres 4 témoigneront à ce sujet.

 

J'ai un peu de mal à te répondre car j'aurais tendance à voir dans ce sentiment une simple variante de l'impression de rejet que vivent tous les 4. Perçois-tu ce phénomène comme différent ?

 

Très amicalement,

Fabien

Posté(e)

Bonjour Christian et Fabien,

 

Je me permets d'intervenir dans cette conversation afin d'apporter un témoignage sur mon fils 4 (presque six ans) qui, comme toi Christian, se pose très souvent en victime !

 

Il revient souvent de l'école en pleurant et en disant que les autres enfants sont méchants avec lui, qu'ils se moquent de lui ou même qu'ils le battent ! Cette dernière affirmation est, pour moi, une aberration, car mon fils est très grand et fort pour son âge : il pourrait facilement se battre et avoir le dessus avec les "méchants" qui ne l'embêteraient alors plus !

 

Je l'observe depuis plusieurs mois dans ses jeux avec l'un de ses meilleurs copains qui pratique sur mon fils une forme de chantage affectif et qui le "martyrise" psychologiquement. Les jeux se terminent souvent par des crises de larmes de mon fils qui se roule par terre de désespoir et ne sait plus gérer ses émotions.

J'ai du sermonner à plusieurs reprises les deux enfants et leur interdire de se voir pendant quelques semaines afin de protéger mon enfant qui, clairement, se complaisait dans son statut de victime.

 

Il y a même une époque où mon petit 4 essayait de se poser en victime vis-à-vis de moi : il avait le don, presque tous les jours, de me pousser dans mes retranchements jusqu'à me faire exploser de rage (c'est facile avec moi, mais il reproduisait le même manège avec son père). Un jour, au sommet de la rage, alors que je lui hurlais "Mais tu as envie que je te tape ou quoi ? Tu veux une fessée ???", il m'a froidement répondu "oui".

Ce "oui" n'était pas à mon sens provocateur. J'ai cru déceler que ce petit 4 aimait sa position de victime… Et surtout qu'il aimait que, pétrie de remords, je le console ! (Il a clairement exprimé cela il y a quelques mois !)

Ce petit manège a cessé avec moi mais continue hélas avec ses copains !

 

Je suis assez d'accord sur le fait que "être victime" est une variante au sentiment de rejet (en tout cas, vu de l'extérieur). (A noter que je ne sais pas encore s'il est 4 mu ou alpha.)

 

Mon fils revient toujours de l'école avec des phrases du genre :

  • "Les enfants me battent parce que je suis vilain."
  • "Personne ne voudra se marier avec moi car personne ne m'aime."
  • "La maîtresse ne gronde que moi et je suis le seul à avoir devoirs difficiles."

Bref à l'écouter, on se croirait en présence de Caliméro ! Pour tenter d'enrayer ce statut de "etite victime", je l'ai inscrit au Tae Kwan Do en espérant qu'avec sa grande taille et sa technique de défense, il apprendra à se défendre.

 

Son père lui explique également régulièrement comment ne pas tomber dans le chantage affectif de ses copains et comment se défendre "avec les mots".

Parfois, alors que j'assiste à une scène où mon fils est en train de tomber dans le statut de victime, je lui dit "pense à ce que t'as dit Papa". L'enfant se met alors à hurler en pleurant "je ne m'en souviens pas, je ne sais plus" et, de mon point de vue de 8, se complet dans la situation de rejet qu'il vit alors.

 

Voilà Christian, j'espère que ce témoignage te sera utile… et j'en profite pour te remercier des nombreux messages que tu as écrit sur les 4, et qui m'ont permis, il y a quelques temps, de mieux comprendre le fonctionnement de mon fils ! :angry:

 

Bonne semaine à tous.

Aurore (87 alpha, C++, S-/+, X+)

Posté(e)

Bonjour à tous,

 

Merci Fabien pour ta réponse, et Aurore pour ce témoignage qui me permet d'avancer un peu plus.

 

Je cherche à mettre un nom, ou un mécanisme, sur ce que je ressens et qui me gêne comme une situation que je ne parviens ni à prévoir et à empêcher, ni à voir dans sa globalité. Et puis, en plus de ce témoignage ici et des exercices pour me connecter à mon corps, les sensations désagréables s'amenuisent. Mais je voudrais poursuivre ce témoignage.

 

Il ne s'agit pas vraiment d'un rejet. Ce que je peux ressentir serait plus proche de la notion de sacrifice. Le dictionnaire me donne cette définition de victime : créature vivante offerte en sacrifice au dieux. La seconde définition est : personne qui subit la haine, les tourments, les injustices de quelqu'un. Je ne me retrouve pas à 100% dans cette seconde définition dans laquelle je subirais les autres. Je me retrouve davantage dans cet aspect de sacrifice, où si il faut céder une place libre, si quelqu'un cherche un volontaire, je n'hésite pas à offrir mes services, non pas uniquement pour faire plaisir. Je ne suis pas profondément altruiste, il s'avère que le monde a tendance à m'envahir, à me gêner dans mon petit monde personnel que je suis le seul à comprendre, avec mes propres règles, et mes propres émotions.

 

Par exemple, on me proposait dernièrement pour mon boulot un ordinateur portable. Or, nous sommes deux à en avoir fait une demande. Je me suis entendu dire "pas de problème, l'autre personne peut le prendre, tant pis". Ensuite, je m'en suis voulu d'avoir dit cela, d'abandonner ce matériel alors que j'avais de nombreuses raisons de le revendiquer, et d'expliquer que l'autre personne pouvait attendre quelques mois pour en récupérer un, comme je l'avais fait.

 

Ce genre de situation est coutumier : laisser passer quelqu'un avant moi dans une file d'attente alors que je n'ose pas signifier qu'elle est en train de me doubler ; ne pas parvenir à me défendre si on dit des choses négatives sur moi (ou sur quelqu'un d'autre, je crois). Je pourrais multiplier les exemples et montrer ainsi que cet aspect de victime et de sacrifice se déroule en moi. Il ne s'agit donc pas d'être victime d'une autre personne qui deviendrait tortionnaire, donc pas vraiment de rôle de martyr en somme comme pouvait le faire remarquer Aurore.

 

Je me demande en fait si je ne suis pas en train de mettre en valeur le fait que je ne parviens pas à me défendre (est-ce la même chose qu'être victime ?). Depuis le stage Pardon, et la découverte de la colère, je n'ai cessé de me demander où je me situais par rapport aux autres, quelle était ma place, mon identité. Souvent je me suis rendu compte que je ne parvenais pas à me défendre, ou à défendre mes projets. J'ai tout le temps cette fâcheuse habitude soit de minimiser ce que je fais, soit de ne trouver que des défauts. En ce moment, et depuis de très longs mois qui n'en finissent pas, je prépare un projet artistique. Je me rends compte que je ne parviens finalement pas à voir ce qui va bien dans ce que je fais et donc à le défendre, à le finaliser et ainsi à le concrétiser.

 

Pour terminer, j'ai envie d'ajouter que j'ai souvent envie de dire aux autres : malgré mes souffrances, regardez ce que je suis prêt à faire (en fait, des souffrances, je n'en ai pas plus que les autres, et ce que je suis prêt à faire, je ne le fais pas quand je le fais, c'est presque comme un sacrifice !!! étonnant non !)

 

AJOUT DE DERNIERE MINUTE :angry:

J'ai écrit ce qui précède ce week-end, dans le calme de ma masure, sans un chat car je n'en ai pas, ni d'animal domestique d'ailleurs, mais là, je m'égare.

 

Et soudain, en me rasant ce matin, j'ai soudain compris ce que voulais dire Fabien par "le rejet". Et je me suis dit : mais bien sûr, évidemment !!!

Et ce fut une grande claque.

Alors, je laisse le témoignage précédent et je voudrais juste ajouter maintenant :

 

Je crois que ce que cette sensation de victime, voire de sacrifice ne se met en place actuellement parce que je tiens par tous les moyens de mettre en route le centre instinctif pour être au milieu du monde extérieur. Et donc cette simple sensation de rejet !!! De plus je n'ai cessé depuis vendredi dernier de repenser à cette phrase de Fabien lue sur un autre témoignage (dans Type 7, déifier la paresse pour la rendre acceptable) : "Pour apprendre, il faudrait que tu acceptes d'être aimée."

 

Ce matin en me rasant, donc, j'ai donc eu comme une révélation et je me suis mis à éclater de rire, sans me couper. Le rejet !!

 

Rejet, non pas parce que je ne fais rien ou parce que je suis le 4 incompris du monde, mais rejet parce que je vais vers le monde extérieur en croyant ne pas y être admis, d'où victime et donc sensation de sacrifice si je fais alors quelque chose. Toujours étonnant cette fâcheuse habitude de créer des liens avec des gens absents et de se sentir rejeté avec les gens présents !! Je ne peux me souvenir maintenant de tout ce que je n'ai jamais osé faire non pas par peur de rater, mas par peur du rejet. Si je voulais faire quelque chose (rencontre amoureuse, projet, voyage…) il fallait que je le réussisse du premier coup, sans échec, c'est à dire avec l'approbation des autres ; approbation !!! Ou rejet !!!!

 

Au fond de moi, ce lundi matin, un poids est tombé et je me sens bien plus léger. Comment diable après toutes ces années d'ennéagramme ai-je pu passer à côté de cela ? :proud:

 

Très amicalement,

Christian

Christian (E4 alpha, Aile 5, C= S- X+)

Fabien Chabreuil
Posté(e)

Bonjour Christian,

 

Merci pour cette clarification et cette intéressante analyse.

 

Et puis nous savons aujourd'hui que penser à des choses intéressantes en se rasant et pas seulement en se rasant peut mener très loin. :angry:

 

Très amicalement,

Fabien

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