Institut Français de

l’ennéagramme

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Posté(e)

Bonsoir,

Me voilà parmi vous, guidée par Mr Fillet, auteur d'un des textes de l'ennéagramme qui parle d'anorexie.

Depuis l'âge de 18 mois, je vis dans un autre monde, un monde de pensées fausses qui décortiquent chaque seconde mes émotions. Je dis 18 mois, non pas parce que je m'en rappelle (rassurez-vous, ça ne va pas aussi loin), mais parce que l'anorexie (dite précoce et sélective) a commencé à cet âge-là.

Ce monde dans lequel je suis fait mal, très mal. Autant psychologiquement que physiquement. Je m'en rends compte, mais je me rapproche de la mort au fur et à mesure que j'essaye de me rassurer. Pourquoi ? Parce que je me fie à une image idéale de moi, parce que je cherche ce que je n'ai pas et qu'il faudrait que j'aie pour aller mieux… je crois.

Ca fait ce vide immense dans mon ventre, cette douleur à l'estomac, cette chose qu'est mon corps et que je veux détruire.

Je me rends compte que mes mots sont durs, d'ailleurs je serre les dents depuis le début de mon texte, mais non ce ne sont pas des cris, simplement je le vis depuis toujours alors j'ai du mal à distinguer le bien du mauvais…

Je croyais que je n'avais aucune émotion et que ce sont les émotions de ma mère qui me faisaient mal tellement elle en avait… Ouaouh, que de soulagement de voir la description des 8 (ma mère puissance 10), qu'elle était capable de me décrypter alors que personne ne me comprenait. Mais aujourd'hui je comprends que ce qui se passe en moi n'est pas de la méchanceté, simplement toutes ces émotions qui ne sortent pas, elles sont complètement refoulées, je n'arrive pas à pleurer.

Je me suis toujours sentie nulle et méchante, car si on me demande comment je vais, je sais au fond de moi que je vais très mal, mais alors pourquoi je montre cette image d'une fille parfaite, chez qui tout va bien ????
Je croyais simplement que c'était parce qu'en fait, j'allais très bien, je fais juste un caprice… Comment un enfant qui rit, qui est plein de joie, peut-il se plaindre de ne pas aller bien ? "Il le fait exprès pour blesser les autres, il fabule." Ben non pourtant, je ne vais pas bien, c'est dans les pires moments de souffrances que je suis la moins capable de pleurer, ni d'exprimer la moindre chose… Je suis renfermée, pleine de haine envers moi.

Je ne veux pas "lâcher", comme si les émotions étaient une marque de faiblesse, de nullité.
Quand j'étais petite et ado, à chaque fois que ma mère me frappait ou m'insultait, je restais figée, sans aucune émotion qui se voyait, et je me disais en moi-même : "Tu ne gagneras pas, tu ne me fais rien, je ne faiblirais pas."

Je suis bourrée de sensibilité et de fragilité, mais ces qualificatifs m'ont toujours été exprimées comme étant une faiblesse : "C'est normal que tu n'aies pas d'amie, tu es trop sensible" ; elle se moquait de tout le monde (sans s'en rendre compte bien sûr), et dès que je faisais la moindre maladresse, elle éclatait de rire devant tout le monde, en disant "La pauvre, elle est faible et trop sensible."

J'ai toujours eu honte de moi, alors je passe ma vie à vouloir devenir "forte", à m'assumer depuis l'âge de 15 ans, toute seule.

Tu parles… Ignorer ses émotions et les détester fait l'enfer de chaque seconde et rend le monde différent de ce qu'il est, on voit les gens avec un "filtre" devant les yeux, un filtre mental et toujours négatif envers soi même, les gens paraissent parfaits et "forts" et moi nulle et toute petite.

Ce charabia que je viens d'écrire vous paraît peut-être bizarre, j'en avais besoin car je suis comme un tout petit enfant qui a besoin de comprendre tout et tout de suite car je ne vais pas bien et j'ai l'impression que je trouverais enfin mon bonheur quelque part dans ce que je vais lire ou voir, alors je ne perd pas de temps, et je déballe vite… vite…

À bientôt, j'espère,
Lointaine

Lointaine – E4

Fabien Chabreuil
Posté(e)

Bonjour Lointaine,

 

Tout d'abord, je suis heureux de t'accueillir sur ce panneau de messages et surtout :happy::wink::peur:. Ton message m'a profondément bouleversé ; j'ai moi aussi du mal à écrire. Je ne peux certes qu'imaginer ta souffrance, mais je suis de tout coeur avec toi.

 

Je suis content que l'Ennéagramme soit une clé te permettant de mieux comprendre ta situation et ses causes. Par là-même, il donne aussi quelques éléments de solution.

 

Pour une mère 8 assez désintégrée, une enfant 4 représente l'incarnation même de la faiblesse. Et la faiblesse, un 8 déteste cela, parce qu'il en a peur. Peut-être cela peut-il t'aider de savoir qu'à l'intérieur de ta mère, il y a un petit enfant terrifié, qui croit que le monde est dangereux et qui essaye désespérément de survivre.

Son attitude à ton égard n'est pas forcément à interpréter comme un manque d'amour. Le 8 qui ne va pas bien croit parfois qu'être dur, voire violent, avec ses enfants est un moyen de les aguerrir, de leur forger le caractère, de les rendre fort et donc de les aider à survivre.

 

Tu dis à propos de ta mère : "sans s'en rendre compte bien sûr" En termes d'Ennéagramme, c'est en partie exact. Les mécanismes de notre type sont des automatismes. Cela ne veut pourtant pas dire que nous ne pouvons pas avoir d'impact dessus et que nous n'en sommes pas responsables. Parmi les émotions que tu dois te donner le droit d'exprimer, il y a d'abord certainement une formidable colère contre ta mère et derrière un grand chagrin. Ces deux émotions sont légitimes. Les ressentir et les exprimer sont OK. C'est même le seul moyen de s'en débarrasser et de les rendre au passé, plutôt que de continuer à les porter chaque jour en soi.

 

Vouloir "devenir forte" n'est pas ton objectif, c'est celui de ta mère. Quand un enfant a subi des violences de la part de ceux qui sont là pour le protéger (les parents par exemple), il cherche comment donner un sens à cette absurdité. Il n'y a qu'un moyen de le faire : se dire que l'agresseur a raison, qu'on est "nulle et toute petite", que les désirs de l'agresseur sont légitimes et qu'on doit les faire sien. C'est ce qu'en psychologie, on appelle le syndrome de Stockholm et qui est une réaction entièrement normale, naturelle et habituelle. Mieux, je croix qu'au moment où l'agression a lieu, c'est la meilleure réaction possible pour survivre. Mais après, elle n'est plus adaptée et doit être abandonnée.

 

Ton message manifeste clairement l'expression de ce syndrome, et une autre des premières choses à faire (pas plus facile que la précédente et allant avec) est de désintrojecter ta mère : elle, c'est elle et toi c'est toi. Tu n'es pas forte comme elle, et alors ? Le monde est plein de personnages admirables et faibles. Lis les discussions de ce forum et vois tous les gens qui y ont exprimé des faiblesses avec le but de les comprendre et de progresser : il y a plus de courage chez eux que dans le déni des faiblesses du 8. Bienvenue parmi nous.

 

Très amicalement,

Fabien

Posté(e)

Bonsoir Fabien, merci beaucoup pour votre réponse, ça fait du bien de se sentir moins seule.
J'étais énervée de ne pas pouvoir poster un message jeudi au moment où j'ai lu le vôtre, car ça m'a beaucoup apporté toutes ces explications. Si vous saviez comme j'en ai marre de réfléchir, c'est bien des fois d'avoir quelqu'un qui explique à notre place ! :happy:

Cette voix dans ma tête qui n'arrête pas de me parler, elle cherche désespérément un moyen d'aller mieux, une émotion à exprimer, quelque chose à aimer, mais plus cette voix est là, plus je suis dans le futur et non le moment présent.

Il m'arrive de voir quelques secondes (ou minutes) la vie et les gens différemment. Tout à coup j'ai l'impression qu'ils sont devenus gentils, alors qu'en fait c'est moi qui atterrit dans le moment présent et qui apprécie les gens pour ce qu'ils sont, et ces moments sont tellement bons et imprévus que je cherche "comment j'ai fait pour être là", mais en général, le fait de chercher me fait retourner dans un lointain, je réessaie d'anticiper l'avenir et d'analyser le passé, c'est si épuisant.

Trop d'émotions refoulées donnent l'impression de ne pas en avoir, alors on en crée de nouvelles, et on analyse ce que ça donne, et ben, ça détruit !

Chercher sans cesse comment on fait pour aimer, alors qu'au fond de soi on aime tellement, mais on ne le sait pas…

Merci pour l'accueil que vous m'avez donné,
Lointaine

Lointaine – E4

Fabien Chabreuil
Posté(e)

Bonjour Lointaine,

Notre ego se manifeste par une série de phénomènes hypnotiques qui nous empêchent de nous connecter à la réalité, à l'ici et maintenant. De toutes ces transes qu'on peut apprendre à déstructurer (cf. stage Éveil), le dialogue intérieur est une des plus faciles à arrêter, parce que c'est une des plus conscientes.

Dans une autre conversation, j'ai donné une technique (issue du stage Néti néti), à la fois très simple et très efficace et qui permet à l'usage de stopper nos voix intérieures : tu peux la lire en suivant ce lien.

Très cordialement,
Fabien

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