Institut Français de

l’ennéagramme

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Bonjour,

Me voici de retour sur ce forum pour un questionnement qui prend de plus en plus d'importance, ou plutôt dont je prends conscience de façon beaucoup plus aiguë. Désolé si c'est enfoncer une porte ouverte… (le 4 social qui s'excuse avant même de commencer…)

Je me rappelle vaguement qu'au cours d'un stage Ennéagramme, Fabien et/ou Patricia avai(en)t expliqué que l'ennéatype 4 était associé à un sentiment d'abandon au cours de la petite enfance. Je ne me rappelle plus très bien si un lien de causalité avait été supposé ou non. Cependant je sais que sur le coup, ceci n'avait pas fait sens pour moi, ayant eu (et ayant toujours) des parents particulièrement aimants. Donc quid de cette contradiction ? J'ai été probablement surprotégé par mes parents, et particulièrement ma mère…

Or depuis quelques temps, je me questionne beaucoup sur la place que j'occupe dans ma famille. J'ai été persuadé aux alentours de 7-8 ans que j'étais un enfant adopté. J'ai clairement posé la question à mes parents à cette époque. J'ai d'ailleurs fouillé la maison pour trouver les documents prouvant cette adoption malgré leur dénégation évidente… Jusqu'à présent, je pensais que c'était un cheminement normal dans le développement de l'enfant, mais plusieurs professionnels m'ont expliqué qu'entre le penser et le formaliser d'une façon si répétitive, ce n'était finalement pas du tout la même chose. Alors… il semblerait que le sentiment d'abandon ai été ou soit présent.

J'ai mis très longtemps à mettre en lien ce sentiment de pas être dans la "bonne famille", et la disparition de celui qui aurait dû être mon frère ainé. Ludovic est en effet décédé une semaine après sa naissance suite à une erreur médicale. Pour faire court, j'ai compris récemment que je n'ai jamais réussi à être à ma place dans ma famille (et probablement de façon générale dans ma vie), car j'ai toujours craint que mes parents ne m'auraient pas eu si Ludovic avait survécu (je suis en fait le troisième, une sœur me précédant). Finalement le genre de questionnement inconscient qui me taraudait était donc : suis-je celui que mes parents espéraient avoir ? Mon frère aurait-il été mieux ? Suis-je là pour moi-même ? Etc. Le lien à la problématique de l'identité est donc évident… Par ailleurs, suite à un stage de constellation et systémique, je me suis aussi rendu compte que je portais la tristesse de mes parents, ceux-ci ne s'étant jamais réellement remis de ce décès…

En fait, de façon un peu caricaturale, tout est là : la mélancolie et l'envie ainsi que l'évitement de la banalité… (être différent… de mon frère). Je trouve ce constat assez terrible, et en même temps fascinant. Suis-je un 4 à cause de cette histoire familiale ou bien ai-je vécu cette histoire familiale à cause de la sensibilité mon ennéatype ?
À un autre niveau, qu'en est-il de l'imprégnation chez l'enfant d'une histoire non dite ? Je suis subjugué par toutes les implications qui en découlent et la réalité de nombreux modèles dont bien sûr en premier lieu l'ennéagramme, mais aussi la psycho-généalogie…

Voilà, j'avais envie de partager cette réflexion de façon très synthétique. Je suis particulièrement intrigué de voir si de telles histoires familiales sont associées à l'ennéatype 4 (mais aussi à d'autres ennéatypes, peu-être).

Amitiés
Jean-Charles (4 alpha social, une aile 3 sûrement, une aile 5 souvent)

Jean-Charles – E4 alpha

Fabien Chabreuil
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Bonjour Jean-Charles,

"Je me rappelle vaguement qu'au cours d'un stage Ennéagramme, Fabien et/ou Patricia avai(en)t expliqué que l'ennéatype 4 était associé à un sentiment d'abandon au cours de la petite enfance. Je ne me rappelle plus très bien si un lien de causalité avait été supposé ou non."
Oui, nous parlons de cela. Le 4 a un sentiment d'abandon, mais évidemment pas toujours vécu une histoire d'abandon.

"Plusieurs professionnels m'ont expliqué qu'entre le penser et le formaliser d'une façon si répétitive, ce n'était finalement pas du tout la même chose. Alors? il semblerait que le sentiment d'abandon ai été ou soit présent."
Je suis d'accord. Tous les enfants y pensent un jour ou l'autre. Par exemple, j'ai eu la même idée, mais moi, différence entre 4 et 7, j'en aurais à l'époque été ravi : je ne tenais pas particulièrement à avoir des parents comme les miens. J'ai aussi fait quelques fouilles pour trouver le livret de famille. Ceci dit, cela a juste été un questionnement passager. Quand il est répétitif et durable, il y a forcément problématique.

"Par ailleurs, suite à un stage de constellation et systémique, je me suis aussi rendu compte que je portais la tristesse de mes parents, ceux-ci ne s'étant jamais réellement remis de ce décès?"
Ce genre de techniques permet d'obtenir des insights intéressants. Cependant correspondent-ils à une réalité tangible, ou sont-ils une mise en scène de nos propres ressentis. Je penche très fortement pour la seconde hypothèse.
Tu ne peux en aucun cas être certain que cette d'expérience t'a révélé quelque chose sur tes parents. Elle a plus probablement parlé de la manière dont tu les perçois. Plus que la réalité, elle a mis en évidence ton ennéatype 4 (ce qui n'est pas un scoop ! :happy:) : la tristesse de tes parents ne fait que confirmer ton sentiment d'abandon.

"Suis-je un 4 à cause de cette histoire familiale ou bien ai-je vécu cette histoire familiale à cause de la sensibilité mon ennéatype ?"
Il n'y a aucun doute, c'est la deuxième hypothèse. Nous étudions en détails la manière dont les enfants perçoivent leurs parents dans notre stage Connexions. Le type détermine la manière dont nous voyons nos parents, ce que nous retenons de ce qu'ils disent et ce que nous mettons de côté, comment nous interprétons leurs attitudes, leur attention, leurs sentiments.

On peut trouver des personnes d'autres profils avec des histoires semblables à la tienne, et des 4 chez lesquels il est impossible de trouver une histoire d'abandon ayant une quelconque base réelle.

Prenons simplement le cas de ta sœur. Sa naissance était plus proche que la tienne du décès de Ludovic, et donc la tristesse de tes parents et l'impact de la mort de Ludovic sur leur style d'éducation auraient dû être encore plus forts. Est-ce le cas ? Quel est son ennéatype ? Vit-elle un sentiment d'abandon ? (Elle aurait pu encore faire mieux que toi en regrettant de ne pas être un garçon !) Si elle n'est pas 4, pourquoi est-ce que cela aurait sauté un élément de la fratrie ?

Mais au fond, est-ce vraiment important ? Le problème est là aujourd'hui, et doit être traité aujourd'hui. Que notre problématique renvoie à une histoire ou à une métaphore ne change rien à notre souffrance, ni à ce qu'on peut faire pour l'alléger.

Très amicalement,
Fabien

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