Institut Français de

l’ennéagramme

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Ouadjet

Antonio R. Damasio et l'Ennéagramme

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Ouadjet

Bonsoir,

 

Je suis pour l'heure plongée dans la lecture du dernier ouvrage du neurobiologiste Antonio R. Damasio, "Spinoza avait raison", pour lequel les émotions et sentiments seraient une forme de réponse "automatique" de l'organisme, liée à la perception par le cerveau de changements internes et destinés à préserver la vie des individus.

 

Quelqu'un sur ce forum a-t-il lu cet ouvrage et tenté de comprendre comment l'ennéagramme pourrait s'inscrire dans cette théorie basées sur des études récentes en neurobiologie ?

 

Cordialement,

Ouadjet

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Fabien Chabreuil

Bonjour,

 

Je crois que cet ouvrage, passionnant au demeurant, se situe en amont de l'Ennéagramme. Damasio est un partisan de l'émergence de la conscience en résultat de la sélection darwinienne et ses thèses sont solides et convaincantes.

 

En Ennéagramme, on peut évidemment s'interroger sur les mécanismes d'apparition de l'ego et l'essence. Cependant, la réponse à cette question, qu'elle soit spiritualiste ou matérialiste et de n'importe quelle variante au sein de ces deux grandes catégories, ne change rien à ce jour à la validité de l'Ennéagramme dans notre vie et à son utilisation.

 

L'Ennéagramme est devenu un outil utilisé positivement par des gens de toute obédience et je pense souhaitable de le manitenir dans cette position neutre, d'abord parce qu'il peut ainsi bénéficier à plus de personnes, et ensuite parce qu'il peut être alors un point commun entre ces personnes.

 

Cela n'empêche pas bien sûr à être attentif aux développements des neurosciences afin de vérifier la pertinence de notre modèle.

 

Très cordialement,

Fabien

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Ouadjet

Bonsoir Fabien,

 

En attendant ce que Damasio dit sur les sentiments m'encouragerait plutôt à regarder ce "centre" qui chez moi n'a jamais vraiment eu la côte !

 

Je ne sais plus qui un jour a dit sur ce forum : quand un 7 s'interroge sur ses sentiments, il ouvre un bouquin ! :heart:

Bon celui de Damasio est assez ardu, il est vrai ! Mais je suis contente d'avoir fait l'effort de le lire…

 

Cordialement,

ouadjet

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Ouadjet

Bonjour,

 

En marge de la lecture de l'ouvrage de Damasio (Spinoza avait raison), j'ai eu l'opportunité de m'intéresser à d'autres livres et articles traitant des évolutions récentes de la neurobiologie.

Il ressort de ces lectures des idées communes - un consensus entre les chercheurs – qui permet de mieux comprendre les fondements biologiques de l'ennéagramme, mais aussi ses biais et limites (en temps que modèle).

 

Vue la forte minorité de 6 participant à ce forum, je prends le risque de voir mes propos taxés d'intolérablement déviants, mais c'est en bousculant un peu les systèmes qu'on éprouve leur solidité !

Dans le texte suivant, j'ai mis en italique ce qui relevait de mes réflexions personnelles.

 

L'évolution a doté l'homme de trois "cerveaux". Jusque là, la neurobiologie et l'ennéagramme sont d'accord. Par contre, attribuer la peur au centre mental, la colère au centre instinctif et le souci d'image au centre émotionnel semble relever d'avantage de la métaphore que de la réalité (neuro)biologique.

Le premier cerveau de l'homme, le plus "primitif" que nous partageons avec des animaux aussi primitifs que les fourmis (ou les éponges) est le siège des réflexes et des régulations purement automatiques (s'éloigner des sources de chaleur intenses par exemple). Le deuxième, celui des émotions "au sens neurobiologique" dont un organe majeur est l'amygdale, et c'est le troisième – le néocortex – qui nous permet d'avoir des sentiments "au sens neurobiologique".

 

Les émotions au sens neurobiologique sont des réponses automatiques de l'amygdale et sont au nombre de 7 : la colère, la peur, le bonheur, l'amour, la tristesse, le dégoût, la surprise.

 

S'il est tentant pour un 7 de s'attribuer le bonheur et de laisser l'amour au 2, la mélancolie au 4, la peur au 6…. Un modèle à sept éléments ne saurait se recouper parfaitement sur un modèle à neuf éléments.

 

On peut noter que la colère, la peur et le dégoût sont trois émotions intimement liées à la préservation dans l'urgence de l'organisme : elles modifient l'équilibre chimique du corps pour faire face à un danger imminent et déclenchent des réactions rapides : se battre pour la colère, fuir pour la peur, recracher ou repousser pour le dégoût. Les autres émotions sont plus lentes à s'installer, ou à disparaître, ou ne sont pas destinées à contrer un danger immédiat. Ces trois émotions sont de loin les plus étudiées par les neurobiologistes.

 

Ce sont aussi elles qui servent de "base" aux "centres" de l'ennéagramme. Voilà pour les émotions.

 

Les sentiments au sens neurobiologique font intervenir les émotions de l'amygdale et d'autres centres du néocortex. Ce sont non plus des réponses automatiques de l'amygdale, mais la mémoire qu'on en a gardé et qui nous pousse à suivre le message de l'amygdale, ou au contraire à le refouler.

 

J'aurais tendance à penser que la peur du 6 est un sentiment au sens neurobiologique, c'est à dire une émotion amplifiée par d'autres souvenirs angoissants, alors que la peur "normale" reste au stade de l'émotion neurobiologique.

 

Cordialement, ouadjet –7-

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Fabien Chabreuil

Bonjour Ouadjet,

 

Je n'ai pas très bien compris en quoi ce message pouvait être déviant, mais bon, il me reste encore plein de boulot pour développer mon aile 6. :confused:

 

Deux remarques préalables :

- Je ne crois pas qu'il y ait une réelle unanimité pour définir sept émotions de base. Je me rappelle avoir lu des travaux de chercheurs qui se contentaient de trois ou quatre émotions, et d'autres qui en utilisaient beaucoup plus, comme par exemple le professeur Baron-Cohen qui définit 412 émotions réparties en 24 groupes. Je crois que c'est un peu comme quand on essaye de mesurer la longueur des côtes d'un pays : il n'y a pas de réponse absolue (théorie des fractales), cela dépend du degré de détails et de précision souhaité.

- La phrase "Par contre, attribuer la peur au centre mental, la colère au centre instinctif et le souci d'image au centre émotionnel semble relever d'avantage de la métaphore que de la réalité (neuro)biologique." n'est pas exacte. L'Ennéagramme sait (quand même !) que la peur et la colère appartiennent au centre émotionnel. Il se contente de dire que les gens ayant une préférence pour les centres mental ou instinctif ont un problème émotionnel dû à ces émotions spécifiques.

 

La distinction émotion-sentiment est effectivement utile, et il est bien dommage que l'Ennéagramme ne la fasse pas. Ceci dit, en utilisant cette terminologie, en dehors de moments d'urgence plutôt rares chez l'homme moderne, l'être humain vit beaucoup plus souvent des sentiments que des émotions.

 

Il me semble que les émotions sont plus liées aux instincts et que les sentiments sont plus liés au centre dit émotionnel.

 

Le fait que l'Ennéagramme classe parmi les émotions la paresse ou le mensonge montre qu'il s'intéresse aux sentiments, et non réellement aux émotions. C'est donc vrai aussi pour le 6, dont, je suis d'accord, la peur est un sentiment. Mais, c'est sans doute aussi le cas des autres types, l'émotion nommée peur étant sans doute plutôt un élément de l'instinct de conservation.

 

Très cordialement,

Fabien

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Ouadjet

Bonjour Fabien,

 

Merci pour ta réponse, elle me permet d'éclaircir ma réflexion : je m'interrogeais sur la place des émotions "neurobiologiques" dans l'Ennéagramme.

 

Lorsque l'on parle de la "peur" du 6 ou du "mensonge" du 3, ce sont effectivement des sentiments au sens "neurobiologique", et non pas des émotions. Dès lors il serait sans doute plus juste d'écrire : la passion est le sentiment principal ressenti par un type quand il est dans son ego.

 

En revanche, lorsque l'on parle de la "peur" du centre mental ou de la "colère" du centre instinctif, ou du "souci d'image" du centre émotionnel, c'est, selon moi, de l'émotion neurobiologique dont on parle (émotion en tant que facteur générateur de sentiments et élément permettant à l'ego de chaque type de valider sa "théorie", c'est-à-dire sa compulsion).

Ainsi, chez le 6, l'émotion "peur" finit par générer un sentiment de peur qui entraîne à son tour les comportements phobiques ou contrephobiques de ce type.

 

Chez le 7, l'émotion "peur" génère un sentiment de dédramatisation, qui entraîne un comportement de refoulement, ou refus optimiste (l'expression est de Weinberger, elle a été reprise par Goleman). Le refoulement est le comportement de personnes qui de façon habituelle et automatique semblent effacer les troubles émotionnels de leur conscience. Les travaux de Weinberger sur le refoulement démontrent que "les individus tout en paraissant calmes et impassibles sont la proie d'une effervescence intérieure due à des désordres physiologiques dont ils n'ont pas conscience". Goleman parle d'automatismes destinés à réguler les émotions négatives.

 

L'émotion neurobiologique reste la même : la peur dirige le sang vers les muscles comme les jambes et prépare à la fuite, les centres émotionnels du cerveau (au sens neurobiologique, c'est-à-dire l'amygdale) secrètent massivement des hormones qui mettent le corps en état d'alerte général, mais le sentiment, c'est-à-dire le souvenir ou la représentation mentale de la situation qu'en tire le néocortex n'est pas la même, ce sentiment entraîne alors des comportements différents.

 

La question que je me suis dès lors posée est la suivante : pourquoi l'Ennéagramme est-il centré sur ces trois émotions, alors qu'il en existe d'autres ?

J'en suis également arrivée à la conclusion que ces trois émotions étaient primordiales pour la conservation de l'individu : elles entraînent des changements physiologiques violents et une réaction immédiate = se battre, fuir ou expulser. Et du coup je suis quelque peu perplexe quant à la définition du centre instinctif… J'ai moi aussi l'impression que la notion d'instinct développée dans l'ennéagramme est à rattacher au mécanisme des émotions neurobiologiques (ce qui explique sans doute pourquoi, quel que soit le type et la hiérarchie des centres, l'instinct tient un rôle central dans l'Ennéagramme).

 

Cordialement,

– ouadjet 7-

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Fabien Chabreuil

Bonjour Ouadjet,

 

En revanche, lorsque l'on parle de la "peur" du centre mental ou de la "colère" du centre instinctif, ou du "souci d'image" du centre émotionnel, c'est, selon moi, de l'émotion neurobiologique dont on parle (émotion en tant que facteur générateur de sentiments et élément permettant à l'ego de chaque type de valider sa "théorie", c'est-à-dire sa compulsion).
Je ne comprends pas ce qui te fait dire cela.

 

La colère du centre instinctif n'est pas différente de la colère des 8, 9 et 1. C'est la même qui est exprimée, réprimée ou refoulée. Comment pourrait-elle être une émotion quand il s'agit du centre, et un sentiment quand il s'agit du type ?

 

Il me semble en être de même de la peur du centre mental. Celle-ci est due essentiellement à l'anticipation imaginaire de difficultés à venir. Ne s'agit-il pas d'un sentiment plus que d'une émotion ?

 

En résumé :

Type/centre => sentiment

Instinct => émotion

Qu'en penses-tu ?

 

Très cordialement,

Fabien

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J. Robert Oppenheimer

Bonjour,

 

Discussion très intéressante.

 

Je tiens juste à ajouter quelque chose.

Selon Damasio, il existe deux types de conscience :

 

1. La conscience noyau

Étroitement liée à la mémoire à court terme,

elle est la conscience de l'instant présent

(sans projection, ni prise en compte du passé).

Tout animal la possèderait, tout Homme aussi.

Elle est la base de la conscience seconde (conscience étendue).

Cette conscience noyau, nommons-là donc instinct.

 

Soit, comme le dit Fabien :

Instinct --> émotion.

La douleur est une émotion, par exemple

 

2. La conscience étendue

Étroitement liée à la mémoire à long terme,

elle est la conscience contextuelle (ou l'experience fait partie du contexte)

(avec projection, prise en compte du savoir faire et de l'experience - en termes aristotéliciens).

Tout Homme la posséderait aussi.

Elle est l'édifice construit sur la conscience noyau

(sans conscience noyau, pas de conscience étendue).

 

Soit, comme le dit Fabien :

Type/centre --> sentiment.

Je ressents la douleur (émotion) et dès lors je prends peur (un sentiment).

Et si j'appréhende, c'est bien parce que j'imagine une suite possible

en fonction de ma mémoire du passé.

 

--

Amicalement,

JRO

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Enensis

Bonjour à tous

 

Il me semble avoir lu dans le livre de Goleman que globalement les "informations" arrivent bien plus rapidement à notre cerveau limbique (siège des émotions) que dans le néo-cortex (siège de notre activité "mentale"). Grosso modo, cela signifie donc que l'émotion est d'abord présente (que j'en sois conscient ou non) avant d'être "récupérée/interprétée" par le neo-cortex et devenir le cas échéant un sentiment.

 

Cela rejoint, il me semble, la différentiation que fait Fabien en terme d'émotion rapportée à l'instinct versus le sentiment qui devient une problématique passée au filtre du type et/ou du centre préféré.

 

Très cordialement.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

JRO, la douleur est une sensation, une perception kinesthésique, elle n'est pas une émotion. Les perceptions, quel que soit le canal sensoriel emprunté, génèrent des émotions auxquelles succèdent éventuellement des sentiments.

 

Eric, j'ai les mêmes informations que toi. Les informations arrivent dans l'ordre au complexe R, puis au système limbique, puis au néo-cortex. C'est d'ailleurs un mécanisme de survie indispensable, donnant le temps aux instincts de réagir en cas de danger fort sans être paralysé par les sentiments ou le mental.

 

Quand le mental se fait son cinéma et qu'on aboutit au sentiment de peur, y a-t-il uniquement un sentiment ? Ou le cerveau, qui ne sait pas bien faire la différence entre événement extérieur et simulation intérieure, génère-t-il une émotion qui précède le sentiment ?

Je penche pour la deuxième hypothèse, mais sans certitude. Quelqu'un a-t-il la réponse ?

 

Très cordialement,

Fabien

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Ouadjet

Bonjour,

 

La colère du centre instinctif n'est pas différente de la colère des 8, 9 et 1. C'est la même qui est exprimée, réprimée ou refoulée. Comment pourrait-elle être une émotion quand il s'agit du centre, et un sentiment quand il s'agit du type ?
Et bien, apparemment si !

Pour préciser ma théorie, je vais développer un peu plus avant comment ça fonctionne.

Quand on a peur suite à un stimulus extérieur, l'amygdale est effectivement la première à réagir (avec l'hippocampe), et induit des changements physiologiques avant que le néocortex soit au courant, et surtout quand bien même ce néocortex ne serait jamais au courant de la situation. Ainsi, des rats à qui on a sectionné le cortex auditif continuent de réagir à un bruit strident assimilé à un danger (travaux de Joseph Ledoux), car l'amygdale et l'hippocampe ont mémorisé l'information : l'hippocampe retient quel est le bruit et l'amygdale lui associe la "saveur" DANGER ! Le cerveau limbique possède sa propre mémoire. C'est une mémoire inconsciente, entachée d'erreurs, incapable de relativiser les situations, mais c'est une mémoire tout de même, et elle persiste sur le long terme.

 

Ensuite, cette émotion est effectivement récupérée par le néocortex qui en fait une représentation ou carte mentale du corps : l'émotion devient consciente, elle peut être analysée, amplifiée ou au contraire relativisée (refoulée, réprimée, ajustée à la situation). D'un point de vue neurobiologique, certaines zones du néocortex sont activées (et là tout dépend de l'individu et du sentiment "généré" par l'émotion). La peur refoulée n'active pas les mêmes régions du néocortex que la peur amplifiée, c'est pour ça que je soutiens que le sentiment de peur du 7 est neurobiologiquement différent du sentiment de peur du 6 alors que l'émotion neurobiologique "peur" du 6 et du 7 sont les mêmes. Si Magritte avait peint la peur-émotion, il aurait pu écrire au bas de son tableau "ceci n'est pas la peur" et son tableau aurait eu pour titre "le sentiment de peur".

 

Quand on parle de "peur" du centre mental, on ne distingue pas ce que le néocortex fait de cette peur, donc on parle de l'émotion.

Quand on dit que untel de type 6 réagit de façon phobique ou contrephobique, on parle du traitement du néocortex, donc, on est dans le sentiment.

 

Aussi, j'ai tendance à penser que la partition serait plutôt la suivante, pour la peur :

Type -> peur-sentiment avec pour les types privilégiant le centre mental une stratégie dominante appliquée automatiquement dans le traitement de cette peur : la compulsion.

Centre -> peur-émotion (j'entends par centre le fait que tout le monde possède un centre mental et la peur du 6 le prépare à fuir comme la peur du 7, ou la peur du 3, ou la peur du 2) et là, c'est effectivement la même "peur" d'un point de vue neurobiologique.

Instinct : on peut attribuer à chaque émotion un niveau d'instinct. Pour la peur, c'est le niveau conservation (quel que soit le type et la hiérarchie des centres, car la peur est une émotion qui vise à préserver l'individu). Aux niveaux "social" et "sexuel", on trouve des émotions plus complexes (le mépris = un mélange de dégoût et de colère).

 

Je me retrouve donc à défendre la configuration suivante :

Instinct/Centre : émotion.

Type : sentiment.

 

Quand le mental se fait son cinéma et qu'on aboutit au sentiment de peur, y a-t-il uniquement un sentiment ? Ou le cerveau, qui ne sait pas bien faire la différence entre événement extérieur et simulation intérieure, génère-t-il une émotion qui précède le sentiment ?

Je penche pour la deuxième hypothèse, mais sans certitude.

Damasio a étudié la question : il a demandé à des cobayes humains de penser à une situation émotionnellement forte et le résultat est que l'émotion précède toujours le sentiment. Tu as tout ceci relaté dans son dernier bouquin "Spinoza avait raison".

Ceci me fait également dire que la peur "émotion" est présente au niveau du centre comme substrat de la peur "sentiment" du type.

 

La douleur est une sensation, une perception kinesthésique, elle n'est pas une émotion. Les perceptions, quel que soit le canal sensoriel emprunté, génèrent des émotions auxquelles succèdent éventuellement des sentiments.
Oui, c'est vrai la douleur est une sensation, donc une perception. Mais curieusement, les sentiments seraient aussi, selon Damasio, des perceptions introspectives (humorales ou viscérales) de l'état du corps. Le "sentiment d'abandon" réveillerait ainsi les mêmes centres neuraux que la douleur physique (résultat de recherche de l'université de Californie, indépendamment des recherches de Damasio). Un sentiment serait donc un type particulier de sensation.

 

En définitive, la neurobiologie moderne bouscule la séparation entre l'âme et le corps établie par Descartes. Or, cette séparation est implicitement reconnue dans la définition "commune" d'un sentiment ou d'une émotion ou d'une sensation.

 

Bien cordialement,

Ouadjet –7 –

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Fabien Chabreuil

Bonjour Ouadjet,

 

Je ne suis toujours pas convaincu.

 

"Quand on parle de "peur" du centre mental, on ne distingue pas ce que le néocortex fait de cette peur, donc on parle de l'émotion."

Mais le centre mental EST le néo-cortex. Ce n'est pas à 100% exact, mais on peut associer, grossièrement, le centre instinctif au complexe R, le centre émotionnel au système limbique, et le centre mental au néo-cortex.

 

Je me demande si le problème ne vient pas d'une confusion à propos de ce qu'est la peur du centre mental vue par le modèle de l'Ennéagramme.

 

La peur du centre mental n'est pas une peur de quelque chose. Elle est le sentiment déclenché par son incapacité à expliquer la totalité du monde, par la prise de conscience de ses limites. Ceci ne peut pas être une émotion, c'est bien un sentiment, le résultat d'un raisonnement, la prise de conscience de l'échec de ce raisonnement, et la conséquence de tout cela.

Certes tous les types ont un centre mental, mais la peur ne vient pas du centre mental seul, elle vient de la préférence pour ce centre qui rend douloureux l'incapacité à expliquer le monde sus-mentionnée. Par exemple, un 8 est confronté à la même limitation du centre mental, mais il s'en fout ! Et il ne ressent donc pas la peur correspondante. Si le mental a peur, c'est bien le résultat de son propre travail, et donc un sentiment.

Ce sentiment renforce alors l'emballement du centre mental qui multiplie hypothèses et scénarii. Certains de ces scénarii vont provoquer des peurs classiques (et si la cuisinière explosait ?) qui, elles, vont générer un couple émotion-sentiment. Mais la peur du centre mental précède et est un artefact de son fonctionnement, et donc du néo-cortex.

 

"La peur refoulée n'active pas les mêmes régions du néocortex que la peur amplifiée, c'est pour ça que je soutiens que le sentiment de peur du 7 est neurobiologiquement différent du sentiment de peur du 6 alors que l'émotion neurobiologique "peur" du 6 et du 7 sont les mêmes."

Et alors ? Il est évident que les sentiments de peur des 5, 6 et 7 sont différents, comme sont différents les sentiments de peur de tous les autres types.

Il est probable que l'émotion de peur de tous les types (et pas seulement les membres du centre mental) est semblable.

Cela ne démontre en rien qu'il n'y a pas un sentiment commun de peur à tous les membres du centre mental : la peur du centre mental, expliquée ci-dessus.

 

Je maintiens ce que je disais dans un message précédent : "La colère du centre instinctif n'est pas différente de la colère des 8, 9 et 1. C'est la même qui est exprimée, réprimée ou refoulée. Comment pourrait-elle être une émotion quand il s'agit du centre, et un sentiment quand il s'agit du type ?" C'est bien entendu transposable aux autres centres.

 

Très cordialement,

Fabien

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Ouadjet

Bonjour Fabien,

 

Je suis d'accord avec l'existence de l'association sentiment-émotion sur le fonctionnement d'un type : la peur des types privilégiant le centre mental est un sentiment ; mais la colère des types du centre instinctif est aussi un sentiment !

Chez les types du centre instinctif, il y a une émotion (limbique) nommée colère qui provient de la prise de conscience du néocortex de ne pas réussir à "agir efficacement" sur le monde. Cette émotion entretient (ou ravive) au niveau du néocortex le sentiment de colère. [Découverte de Damasio : "pas de sentiment sans émotion préalable"]

 

L'association que tu cites :

on peut associer, grossièrement, le centre instinctif au complexe R, le centre émotionnel au système limbique, et le centre mental au néo-cortex.
me parait, quant à elle, relever d'avantage de la métaphore que de la réalité neurobiologique.

Je sais qu'elle est courramment répandue dans les livres consacrés à l'ennéagramme et assez ancienne dans l'histoire de l'ennéagrame. Je comprends que les défenseurs de l'ennéagramme y tiennent, car elle leur permet de valider l'existence des trois centres sur des bases biologiques.

 

Mais, à mes yeux, cette validation ne tient pas la route puisque chez les types du centre instinctif, les sentiments restent issus du néocortex et l'émotion de colère reste issue de l'activité de l'amygdale, comme chez les types du centre émotionnel et les types du centre mental.

Le siège de la colère n'est pas le complexe "R", et le fonctionnement du complexe R n'est pas à l'origine de la colère d'un 8.

 

C'est en cela que je pense que la neurobiologie et l'ennéagramme divergent (un 6 dirait dévie) ; ce qui n'enlève rien de l'intérêt de l'ennéagramme ou à la possibilité de le valider sur des bases biologiques.

 

Bien cordialement,

ouadjet -7-

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Fabien Chabreuil

Bonjour Ouadjet,

 

La peur des types privilégiant le centre mental est un sentiment ; mais la colère des types du centre instinctif est aussi un sentiment !
D'accord bien sûr, c'est ce que je dis depuis le début : centre/type => sentiment.

 

L'association que tu cites me parait, quant à elle, relever d'avantage de la métaphore que de la réalité neurobiologique.
J'ai bien pris la précaution d'écrire "grossièrement". Je ne tiens pas plus que cela à cette association, car le modèle des trois cerveaux en lui-même est déjà une métaphore, une simplification pratique, mais excessive, de la complexité du cerveau.

 

Le siège de la colère n'est pas le complexe R, et le fonctionnement du complexe R n'est pas à l'origine de la colère d'un 8.
Est-ce bien certain ? Un crocodile, champion du complexe R, pris au piège ne vit-il pas quelque chose de semblable à une colère instinctive ? N'y a-t-il pas au niveau du complexe R des proto-émotions ?

 

C'est en cela que je pense que la neurobiologie et l'ennéagramme divergent (un "6" dirait dévie) ; ce qui n'enlève rien de l'intérêt de l'ennéagramme ou à la possibilité de le valider sur des bases biologiques.
L'Ennéagramme est un modèle assez ancien, et des distinctions comme émotion et sentiment ne sont pas prises en compte, et devraient peut-être l'être. C'est l'intérêt de discussion de ce genre, de prendre conscience des imprécisions du modèle et de tenter d'y remédier.

 

Ceici dit, si

Découverte de Damasio : "pas de sentiment sans émotion préalable"
et si Damasio ne se trompe pas, car il est loin de faire l'unanimité, l'Ennéagramme n'a-t-il pas raison (au sens pratique du terme) de ne pas faire la distinction entre les deux, car comme je l'écrivais précédemment, le contraire est sans doute aussi vrai. L'être humain étant ce qu'il est, il n'y a que très exceptionnellement des émotions sans sentiments.

 

Très cordialement,

Fabien

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Harper

Bonjour,

 

C'est en cela que je pense que la neurobiologie et l'ennéagramme divergent (un 6 dirait dévie).
Ouadjet, je proteste : j'aurais dit diverger, et non dévier. Il ne s'agit pas là d'une quelconque violation de principes, règles ou intérêts collectifs.

Il s'agit d'hypothèses divergentes, un point c'est tout.

 

Ta formulation peut faire penser qu'un 6 n'accepte pas ce genre de situation. C'est faux.

 

Merci d'en tenir compte,

Bénédicte

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Jorune

Bonjour,

je souhaiterais réouvrir cette discussion suite à la lecture de L'Autre moi-même d'Antonio Damasio. Ce livre n'est pas le plus facile à aborder, et j'avoue en avoir fait une lecture moins attentive sur la fin. J'ai toutefois noté un passage qui pourrait être un début de validation scientifique des notions d'intérieur et d'extérieur telles que décrites dans l'Ennéagramme.

 

Par souci d'optimiser l'espace mémoire que nous avons dans le cerveau, nous ne retenons pas les faits en eux-mêmes, mais un ensemble de sensations internes (rythme cardiaque, respiratoire, contraction des vicères et autres) et externes (bruit, image, odeur…) associées à un événement. L'agencement de cet ensemble de sensation s'appelle une carte mentale. En nous remémorant un évènement, nous reconstruisons (nous réintégrons) les données pour reconstituer cette carte mentale.

 

À l'origine de la conscience, il y aurait des cartes particulières qui décrivent les aspects "les plus stables de l'organisme" : des cartes interoceptives d'une part (qui se focalisent sur les sensations internes) et des portails sensoriels d'autre part qui regardent vers l'extérieur. Or, ces cartes ont des sites d'intégrations différents dans le système nerveux selon qu'il s'agit d'une sensation interne ou des données externes, et sont à l'origine de la conscience de l'identité propre de chaque individu, de ce que Damasio appelle le "protosoi". Ces cartes crées par le protosoi servent ensuite à créer des cartes plus élaborées au niveau du soi-noyau et de la conscience proprement dite (notions expliquées plus haut), tout en conservant ces notions d'intérieur et d'extérieur.

 

Ces notions d'intérieur et d'extérieur auraient donc une origine physiologique : un lieu de traitement et d'intégration différent au niveau du cerveau qui fait ensuite la synthèse de tout cela.

 

Cordialement,

Jorune

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Fabien Chabreuil

Bonjour Jorune,

 

Merci pour cette information, c'est passionnant.

 

Très amicalement,

Fabien

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