Institut Français de

l’ennéagramme

À quoi sert tout le reste...

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Un exemple de conflit (et des questions)


Solène

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Bonjour à tous :happy:

En tant que 9 mu, Je voulais vous raconter une petite expérience de conflit qui me laisse songeuse et quelques questions/réflexions que j'aimerais beaucoup vous soumettre.

Bon, comment raconter cela sans vous faire une énorme saga ? (hum… :confused::happy:)

Il s'agit d'un conflit entre collègues. Dans l'établissement scolaire où je travaille, en dehors de nos heures de cours, nous avons une tâche administrative à un peu fastidieuse à accomplir (elle doit être accomplie sur place). Afin de la mener à bien, nous nous partageons le travail et nous fonctionnons notamment en binôme.

Il s'avère que l'un de mes collègues a du mal, de mon point de vue, à comprendre qu'il doit lui aussi s'acquitter de cette tâche pénible. Il s'y prend de trois manières :

  • Il en fait beaucoup moins que son binôme (qui n'est pas moi).
  • Dès qu'il le peut, il fait faire sa part de travail à sa femme (qui est l'une de nos collègues) et prépare ses cours à lui pendant ce temps-là.
  • Si quelqu'un est absent ou a du retard (il peut arriver d'être débordé), il refuse catégoriquement de donner un coup de main (alors que les autres collègues prennent le relais naturellement).

Je ne peux pas déterminer de manière évidente l'ennéatype de ce collègue… J'ai une petite option sur le 6 éventuellement… Il me semble assez suspicieux en général, doute beaucoup des infos données dans la presse (il pense par exemple que le copilote de l'avion allemand crashé en France n'était pas suicidaire mais que c'est la compagnie d'avion qui lui met tout sur le dos). Il me semble très attaché aux membres de sa communauté proche mais s'intéresse très peu à d'autres personnes (en tout cas au boulot). Il me parait aimer avoir des informations sur les gens (il écoute attentivement tout ce qui se dit autour de lui) mais ne s'en sert pas pour créer des liens ou participer à la conversation. Il pense qu'il faudrait mettre les homosexuels en prison (refus de la déviance ? mais cela est aussi culturel aussi je pense). Cependant, il parle très peu de lui et reste très laconique dans ses réponses, ce qui ne facilite pas les indices sur son ennéatype.

En ce qui me concerne, son attitude vis-à-vis du travail en commun me chauffait sérieusement depuis quelques temps. J'avais un fort sentiment d'injustice et d'impunité car il n'effectuait pas sa part de travail. Je ressentais aussi de l'impuissance car lorsque j'essayais (gentiment) de lui parler, ou de lui demander d'effectuer tel ou tel travail, il était très ferme et expéditif sur ses positions, il disait « non », « ce n'est pas à moi de le faire » en donnant des arguments très courts qui ne tenaient pas la route (par exemple, je disais que telle collègue n'avait pu faire la tâche car elle était absente, et qu'il nous incombait de prendre en charge son travail, lui disait que non, qu'elle n'était pas absente et qu'elle n'avait pas fait son travail…). J'insistais parfois un peu (sans le regarder dans les yeux, évidemment, mais on fait ce qu'on peut :tongue:) mais il poussait des soupirs et disait « non », sans me regarder et tenir compte de ce que j'exprimais. Je ne voyais pas comment l'y obliger. La manière dont il me parlait m'a vraiment aidé à déclencher la colère et à passer par-dessus l'évitement du conflit, car j'avais l'impression d'être invisible, d'être quantité négligeable, ce qui me faisait voir rouge rouge rouge. :angry: :angry: :angry:

En ce qui concerne le travail effectué par sa femme, nous sommes partagés car certains collègues considèrent que cela ne nous regarde pas à partir du moment où sa femme est d'accord. Personnellement, c'était douloureux, car il me semble que c'était cautionner une forme de discrimination dans un espace public et non privé… (Mais je suis perturbée cependant par l'opinion de mes collègues et m'interroge sur ce point.)

Son binôme a pété les plombs une première fois et en a parlé à un responsable. J'ai reparlé également par la suite à ce même responsable — un 9 comme moi — qui était bien d'accord mais qui a agi assez délicatement : il lui a parlé, a changé son binôme pour en mettre un plus fort en caractère, l'a séparé en partie de sa femme. Ça a un peu aidé mais ça n'a pas changé le fond des choses.

Breeeef ! Ça a fini quand même par jaillir de mon côté ! Le déclencheur qui m'a bien aidée a été qu'il me parle d'un ton un peu excédé. Le conflit a eu lieu en public. Je ne peux pas dire que j'ai choisi consciemment cela, mais avec le recul, j'ai le sentiment que ce n'était pas innocent :

  • Je savais qu'il en serait bien davantage atteint que par moi toute seule car j'avais le sentiment diffus qu'il n'allait pas supporter « la honte » publique. Il allait être « obligé » de réagir et de « changer » si la chose était rendue « officielle ».
  • La présence de mes collègues était une « aide » car je savais qu'ils partageaient mon point de vue, je me sentais protégée, appuyée. C'était aussi une manière de les « obliger » à prendre parti :help: (et hop, un petit coup de manipulation inconscient) .

Or, le collègue a réagi d'une manière très vive (il a crié) et presque désespérée… Il a nié de toute force, il était au bord les larmes, il tremblait. Il me demandait des preuves. Il disait : « Ça me fait mal, ça me fait mal. » J'avais beau lui donner des faits « scientifiques » (selon moi), il niait en bloc. Il pensait que j'en avais après lui, il disait que je l'avais déjà accusé. Je lui disais : « Mais je n'ai aucun envie de te faire du mal, je te parle d'une inégalité dans le travail que je perçois et que je veux résoudre. » Mais il se frappait le cœur et se mettait à marmonner que je disais n'importe quoi. Comme il voyait qu'on pensait tous la même chose, alors il s'en est pris avec force à son binôme, une jeune collègue, il lui disait « C'est toi, c'est toi qui t'es plainte, tu me provoques, tu me provoques !!! » et il semblait enragé contre elle.

Il s'est passé en outre deux trucs hallucinants à mes yeux :

  • Il a attrapé le paquet de vieilles feuilles (administratives) déjà traitées en disant : « Je vais tout recompter, tout est là, je vais prouver que je fais toute ma part, et si ce n'est pas le cas, je veux bien faire toute la part de tout le monde jusqu'à la fin de l'année. » (Bon, concrètement c'est inutile car on ne voit pas bien sur les feuilles qui fait quoi, mais on sentait bien que le cœur y était.)
  • Il est allé chercher son ancien binôme avec lequel il avait déjà eu une altercation à cause de ce même problème et lui a dit : « Mais dis-leur, dis-leur, toi, que j'ai toujours fait toute ma part et qu'on n'a jamais eu de problème quand on travaillait ensemble. Tout est de la faute de celle-là [en montrant la jeune collègue — binôme actuelle]. »

Moi j'hallucinais totalement devant une telle mauvaise foi… C'est incroyable. J'avais l'impression que ce gars faisait de l'amnésie et croyait totalement à ce qu'il disait !!! Son émotion, son indignation paraissait totalement réelle !

En ce qui me concerne, quelques sentiments sur le vif :

  • Du plaisir de la colère exprimée… C'est vraiment très très étonnant comme sensation… Je ne sais pas si vous vivez ça parfois les 9. C'est très physique : ça me prend au niveau du plexus solaire, c'est très bon et très puissant. Cela m'arrive dans les cas de grosses grosses colères. Après coup, je m'interroge toujours sur ce plaisir-là. Je ne sais pas si c'est le plaisir de se sentir vivant, de s'exprimer, enfin, ou si c'est un plaisir à la Dark Vador, de puissance et de domination.
  • De la pitié… Ouais, je ne peux pas m'en empêcher, c'est plus fort que moi ce truc-là ! Impossible de ne pas éprouver de la compassion pour ce collègue acculé ! Il était vraiment pris dans une vive émotion.
  • De la fascination totale devant sa mauvaise foi et des interrogations très vives (voire obsédantes après coup) : croit-il vraiment à ce qu'il dit ???? Défend-il son image ? Se croit-il honnête ? Veut-il convaincre les collègues ? Que pense-t-il vraiment ???? Est-ce que c'est un système de défense ?

Avec le recul, je suis mitigée quand aux résultats de l'expression de ce conflit :

  • Je pense, j'espère que cela va porter ses fruits sur le plan du travail car pour ne pas être pris en défaut, il a décidé de signer toutes ses feuilles, et son travail accompli. Nous lui avons dit que nous ferions de même. Je pense donc qu'il veillera dorénavant à faire l'exacte moitié de son travail. C'était mon but.
  • Cependant, je reste perturbée par son acharnement à nier absolument tout manquement, ou au moins à reconnaître qu'il y a eu des incompréhensions. Par la suite, il est allé parler personnellement à deux autres collègues pour exprimer son point de vue, se défendre, etc. (il « ment » indéniablement sur certaines situations mais avec une telle conviction qu'il semble vraiment y croire). Moi, il n'a pas du tout cherché à me parler. Il ne me semble pas qu'il y ait eu de réelle communication entre nous. Si la situation évolue dans le bon sens de l'égalité de travail, c'est uniquement par « contrainte », pas pour le goût de l'harmonie collective et du bien être de tous. J'ai l'impression que j'ai raté un truc. Mais comment aurais-je pu faire mieux ? Il ne m'entendait pas, il ne tenait pas compte de mon/notre inconfort. Comment se faire entendre de quelqu'un qui ne le souhaite pas ? J'ai l'impression d'avoir eu le choix entre la soumission et la surpuissance (dichotomie que je cherche justement à éviter)…
  • Y a-t-il un moyen de faire évoluer cette situation ? Ai-je le choix d'être autre chose que victime ou bourreau ? Est-ce que vivre un conflit, c'est autre chose que d'être victime ou bourreau ?

Alors en résumé, j'ai quatre réflexions à vous soumettre :

  • Que pensez-vous de la réaction de ce collègue ? Peut-il croire sincèrement à ce qu'il prétend alors que tout prouve le contraire ?
  • Est-ce qu'une personne est vraiment capable d'ouvrir son esprit à ce qu'on lui dit quand, en quelque sorte, « on l'attaque » ? Est-ce que ça ne déclenche pas systématiquement une réaction de défense qui n'en n'appelle pas à la raison ?
  • Comment aller, par la suite, au-delà des conflits pour plus de compréhension mutuelle ?
  • D'où vient ce plaisir ressenti quand je me mets en boule ? Est-ce que vous ressentez la même chose ?

Bien à vous tous. :happy:

Solène – E9 mu, C+/= S++ X+/-

 

"Quand on ne sait pas ce qu'on veut, on finit par se retrouver avec des tas de trucs qu'on veut pas." (lu dans Fight Club, de Chuk Palahniuk)

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

"Comment raconter cela sans vous faire une énorme saga ?"
Rappelons une nouvelle fois que la longueur n'est pas suffisante pour définir la saga du 9 — le 5, par exemple, peut faire tout aussi bien avec ses traités —, mais qu'il faut y ajouter un contenu confusionnant et relativement vide.

Ce n'est pas le cas ici. Cependant il n'est pas facile de te répondre car tu décris les réactions de ton collègue mais pas précisément tes propres paroles. Essayons quand même.

Il s'avère que l'un de mes collègues a du mal, de mon point de vue, à comprendre qu'il doit lui aussi s'acquitter de cette tâche pénible. Il s'y prend de trois manières :

  • Il en fait beaucoup moins que son binôme (qui n'est pas moi).
  • Dès qu'il le peut, il fait faire sa part de travail à sa femme (qui est l'une de nos collègues) et prépare ses cours à lui pendant ce temps-là.
  • Si quelqu'un est absent ou a du retard (il peut arriver d'être débordé), il refuse catégoriquement de donner un coup de main (alors que les autres collègues prennent le relais naturellement).

De ces trois points, les deux premiers ne te concernent pas directement. Si tu n'es pas explicitement mandatée par son binôme ou par sa femme et que tu en as parlé à ton collègue, tu entres dans le triangle de Karpman, comme d'ailleurs certains de tes collègues te l'ont souligné :

  1. Tu sors l'armure blanche du Sauveteur vis-à-vis de gens qui ne t'ont rien demandé.
  2. Pour remplir ton rôle, tu deviens Persécuteur (la "honte publique").
  3. Ton collègue n'a donc plus que la place de la Victime.
  4. Comme elle ne lui convient pas vraiment, il file en Persécuteur…
  5. … et choisit son binôme comme Victime.
  6. En attendant la suite…

Quant au troisième point, cela dépend un peu de la manière dont tu lui en as parlé. Je reviendrai là-dessus plus bas. De toute façon, faire des reproches à quelqu'un en public est quelque chose à éviter autant que possible.

 

"Ai-je le choix d'être autre chose que victime ou bourreau ? Est-ce que vivre un conflit, c'est autre chose que d'être victime ou bourreau ?"

Oui aux deux questions. De manière très simple, tu peux utiliser des messages-Je au lieu de messages-Tu. Exprimer ton vécu plutôt que d'accuser l'autre : "Tous ces tu tuent" disait Jacques Salomé. De manière plus sophistiquée, tu peux pratiquer la communication non violente : rapporter des faits, exprimer ton ressenti, exprimer ton besoin, demander l'action souhaitée.

 

Venons-en à tes questions.

 

"Que pensez-vous de la réaction de ce collègue ? Peut-il croire sincèrement à ce qu'il prétend alors que tout prouve le contraire ?"

Oui, il peut y croire sincèrement, au moins à ce moment-là. Tu l'imagines d'ennéatype 6. La violence de ton attaque et les accusations de déviance et de déloyauté qu'elle sous-entend peuvent fort bien provoquer panique et répression du mental.

 

"Est-ce qu'une personne est vraiment capable d'ouvrir son esprit à ce qu'on lui dit quand, en quelque sorte, « on l'attaque » ?"

C'est rare. Il faudrait que la personne soit très intégrée…

 

"Est-ce que ça ne déclenche pas systématiquement une réaction de défense qui n'en n'appelle pas à la raison ?"

Oui. C'est pourquoi il vaut mieux faire autre chose qu'attaquer. C'est la problématique courante des gens qui répriment leur colère. Quand elle sort, elle sort trop fort.

 

"Comment aller, par la suite, au-delà des conflits pour plus de compréhension mutuelle ?"

Rétablir la relation n'est pas facile, d'autant moins que la blessure a été grande. Si ton collègue est bien 6, il n'oubliera pas et gardera une certaine méfiance vis-à-vis de toi même s'il fait ce qu'il faut pour que la relation professionnelle puisse continuer.

 

Tu peux peut-être aller le voir et faire le point avec lui, en fonction de ce que t'inspire ce qui a été dit ci-dessus.

 

"D'où vient ce plaisir ressenti quand je me mets en boule ?"

Toi seule peut le dire, mais ton analyse me semble juste : "Plaisir de se sentir vivant, de s'exprimer, enfin, ou […] plaisir à la Dark Vador, de puissance et de domination."

 

"Est-ce que vous ressentez la même chose ?"

C'est rare, mais cela peut arriver, et c'est alors mon aile 8-Dark Vador qui s'exprime.

 

Très amicalement,

Fabien

 

P.-S. : tu peux aussi lire la conversation "Les types et le triangle de Karpman".

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Bonjour à tous,

Merci beaucoup Fabien pour ta réponse ! :happy:

Il est vrai que je n'ai pas cité précisément mes paroles. C'est, entre autres, parce j'ai des difficultés à bien me souvenir de ce que j'ai dit dans les moments de forte colère. Quand j'y repense, cela m'évoque l'évanescence d'un rêve, et je me rappelle de certains détails étonnants (des gestes, des détails, la couleur d'un sac à main…) mais beaucoup de choses m'échappent !

Qu'est-ce qui peut expliquer ce phénomène à ton avis ? Est-ce que cela a lieu car il y a une dissociation au moment de l'expression de la colère, ou est-ce par la suite que mon cerveau élimine les infos ?

À la lecture de tes conseils sur la communication non violente, et dans la mesure où tout cela me semble requérir pas mal de finesse et de doigté, il me réapparaît clairement qu'il ne faut pas attendre d'être en colère pour exprimer ses besoins (c'est justement ce que tu dis, mais je me le re-formule, histoire que ça rentre bien :happy:). J'ai beau me dire régulièrement qu'il faut que je "traite" mes sources d'insatisfaction au jour le jour (au moins dans un premier temps à l'aide d'un journal d'auto-observation par exemple, histoire de les repérer), j'ai une force d'inertie absolument hallucinante dans le domaine. Je t'assure, je ne sais pas comment m'y prendre pour obtenir de moi quelque chose que je serais capable de suivre plus de 2 jours de suite… C'est comme essayer de franchir le mont Everest en tongs… L'intention, la motivation y sont, mais l'action reste très ténue, fragile, éternellement en suspens.

J'ai lu avec intérêt les infos concernant le triangle de Karpman ! Ce qui est très très surprenant, c'est que je n'avais pas du tout réalisé qu'effectivement, j'étais assez peu impactée directement par l'attitude de mon collègue…

Cela m'a amené à réfléchir sur les raisons de la posture de « sauveteuse » que j'ai adoptée…

Je ne sais pas bien comment l'expliquer, mais il me semblait absolument nécessaire d'intervenir pour faire cesser une situation injuste. C'était un peu comme une mission à accomplir.

Certes la femme du collègue accomplissait ce que lui demandait son mari sans rechigner…

Certes la binôme de mon collègue me disait que lui demander de faire le job lui demandait infiniment plus d'énergie et de stress que le faire elle-même…

Mais il y avait une valeur sous-jacente à défendre qui m'obsédait un peu.

J'avais l'impression que si je laissais "exister" une injustice, un déséquilibre au sein de ce petit microcosme dans lequel j'étais censée avoir une possibilité d'action, c'était comme si j'admettais l'idée de laisser l'humanité entière en proie à l'injustice et à l'abus sans intervenir… Excusez pour le côté ultra grandiloquent de la chose, mais l'idée est un peu celle-ci.

Si, moi, je laisse un mari refiler à sa femme les besognes ennuyeuses et peu gratifiantes intellectuellement, comment pourrais-je me plaindre si un jour tous les « maris » se permettent de faire la même chose ?

Si je laisse ma collègue se taper tout le boulot (sans négociation, sans contrepartie), comment pourrais-je empêcher que les gens qui n'ont pas envie de faire leur boulot "forcent" (d'une manière ou d'une autre) les autres à le faire pour eux ?

Bon, vous l'aurez compris, Zorro est de retour !!!

Je peux vous dire que jamais, je n'oserais raconter ce genre de trucs en public !

Je me demande comment je peux analyser et interpréter ce genre de pensées sous-jacentes ? Est-ce que ça reste cohérent avec l'ennéatype 9 ? Est-ce que ça viendrait d'une aile ?

Bon, sinon hier j'ai revu mon collègue. J'étais assez décidée (énergisée et rendue "sage" par le message de Fabien) à lui proposer de me donner son point de vue et à affiner le mien s'il le souhaitait (avec plein de messages "je" et tout et tout). Ce qui est ennuyeux, c'est que son hostilité manifeste (mais polie) m'a un peu découragée. Je ne suis pas surprise de sa réaction, mais ce n'est pas évident de trouver le courage de lui parler. Le chemin de l'intégration n'est pas simple (même si je le visualise ô combien gratifiant).

Bien à tous !

Solène – E9 mu, C+/= S++ X+/-

 

"Quand on ne sait pas ce qu'on veut, on finit par se retrouver avec des tas de trucs qu'on veut pas." (lu dans Fight Club, de Chuk Palahniuk)

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

"C'est, entre autres, parce j'ai des difficultés à bien me souvenir de ce que j'ai dit dans les moments de forte colère. Quand j'y repense, cela m'évoque l'évanescence d'un rêve, et je me rappelle de certains détails étonnants (des gestes, des détails, la couleur d'un sac à main…) mais beaucoup de choses m'échappent ! Qu'est-ce qui peut expliquer ce phénomène à ton avis ? Est-ce que cela a lieu car il y a une dissociation au moment de l'expression de la colère, ou est-ce par la suite que mon cerveau élimine les infos ?"
En termes de transes égotiques, il me semble, mais c'est à vérifier, qu'on est plutôt dans une hallucination négative pendant la colère, un peu comme ces personnes qui ont le trac de parler en public et qui ne voient pas leur auditoire : un conflit externe déclenche ta colère, mais la présence de celle-ci déclenche un conflit interne et une peur.

 

"Je t'assure, je ne sais pas comment m'y prendre pour obtenir de moi quelque chose que je serais capable de suivre plus de 2 jours de suite…"

Tu es inscrite à la prochaine session du stage Éveil et devrait y trouver les outils permettant de rcommencer à remédier à cette situation.

 

"Bon, vous l'aurez compris, Zorro est de retour !!! Je peux vous dire que jamais, je n'oserais raconter ce genre de trucs en public !"
Pourquoi ? Le monde a bien besoin de Zorro ! Entre parenthèses, il peut effectivement être d'ennéatype 9 ou, un peu plus vraisemblablement, 6.

 

"Je me demande comment je peux analyser et interpréter ce genre de pensées sous-jacentes ? Est-ce que ça reste cohérent avec l'ennéatype 9 ? Est-ce que ça viendrait d'une aile ?"

Ce genre de pensées confirme l'instinct social fort identifié au stage Sous-types, et, très probablement, une aile 1 ou 8 bien marquée aussi. Cela reste cohérent avec le 9, tant que ces interventions coléreuses ne sont pas trop nombreuses.

 

Le souci vient peut-être du fait qu'il me semble y avoir une dissonance entre ton constat qui est social, et ton intervention qui ne l'est pas. Comme si la personne payait pour tous ses semblables présents et à venir. :aie:

 

"Je ne suis pas surprise de sa réaction, mais ce n'est pas évident de trouver le courage de lui parler."

Je ne suis pas surpris non plus, mais là aussi cela dépend de ce que tu lui as dit.

Très amicalement,

Fabien

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Bonjour à tous,

Merci Solène pour ton témoignage, et Fabien pour tes réponses éclairantes. Voici un bref témoignage complémentaire.

"Est-ce que ça ne déclenche pas systématiquement une réaction de défense qui n'en n'appelle pas à la raison ?"
Oui. C'est pourquoi il vaut mieux faire autre chose qu'attaquer. C'est la problématique courante des gens qui répriment leur colère. Quand elle sort, elle sort trop fort.

Un jour, tandis que je lui demandais s'il se souvenait d'une de ses colères lors de l'exercice de son métier d'instituteur — colère à laquelle j'avais assisté (j'étais alors son élève) —, mon père (9 alpha) me répondit que non. Il ajouta qu'avec ses élèves, il jouait parfois la comédie de la colère : il faisait semblant d'être en colère.

Une explication possible est que cette comédie de la colère était une de ses soupapes de 9 alpha (au même titre que les mouvements brusques de l'avant-bras, en tenant un objet, les bougonnements et l'humour parfois acidulé). En effet, ses rares colères pouvaient être terribles, et je suppose que cette comédie de la colère était un stratagème mis en place par son inconscient pour éviter d'exploser trop violemment en classe. Je n'ai pas de certitude à ce sujet : il ne me l'a pas confirmé.

Une autre explication possible est que, pour sa paix intérieure, il a oublié certaines de ses colères, et transformé les autres, dans son souvenir, en comédies de colères.

En tout cas, cette colère à laquelle j'avais assisté me semble toujours, près d'un demi-siècle plus tard, vraie. Comédien malgré lui ou passion du 9 ?

Amicalement,
Yves

P.S. : l'atelier de communication non violente auquel j'ai participé était animé par un professeur de mathématiques. Une amie 9 mu y participait. L'étape "demande" s'avéra pour elle, beaucoup plus difficile que les autres étapes.

Yves (E5 alpha, ailes 4 et 6, C- S= X-/+)
"Attendre d'en savoir assez pour agir en toute lumière, c'est se condamner à l'inaction." (Jean Rostand)

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Même pas peur

Salut tout le monde !

Merci Solène d'avoir courageusement partagé ton expérience avec nous. Si je peux apporter mon humble point de vue de 6 débutant…

Dans un premier temps, j'ai dénigré ton collègue en pensées (style "quel sale type, pff, profiteur, etc.") dans la partie où tu décris le "contexte". Ensuite, tu as parlé de son enneatype, le 6, et je me suis dit "quoi ?" et très spontanément je me suis dit que je n'aurais jamais pu faire ce genre de choses. Dans le contexte pro, j'étais plutôt du genre à tout sacrifier pour mon équipe et à en faire trop. Cet individualisme et ce j'men foutisme de l'autre, ça m'avait révoltée, et voilà qu'on dit que c'est un 6

Alors soit il est loyal envers un autre groupe que celui de son boulot (mais vu ce qu'il fait subir à sa propre moitié, pas à la famille en tous cas), soit il n'est pas 6. Mais la question reste entière parce que je suis loin de pouvoir typer les autres avec certitude.

Puis il y a eu cela :

 

Or, le collègue a réagi d'une manière très vive (il a crié) et presque désespérée… Il a nié de toute force, il était au bord les larmes, il tremblait. Il me demandait des preuves. Il disait : « Ça me fait mal, ça me fait mal. » J'avais beau lui donner des faits « scientifiques » (selon moi), il niait en bloc. Il pensait que j'en avais après lui, il disait que je l'avais déjà accusé. Je lui disais : « Mais je n'ai aucun envie de te faire du mal, je te parle d'une inégalité dans le travail que je perçois et que je veux résoudre. » Mais il se frappait le cœur et se mettait à marmonner que je disais n'importe quoi. Comme il voyait qu'on pensait tous la même chose, alors il s'en est pris avec force à son binôme, une jeune collègue, il lui disait « C'est toi, c'est toi qui t'es plainte, tu me provoques, tu me provoques !!! » et il semblait enragé contre elle.

Très clairement c'est bien le genre de choses que je pourrais faire si j'estimais qu'on m'accusait à tort… Je perçois dans les réactions ci-dessus clairement le sentiment d'être victime d'une injustice… On dit que les 6 se posent souvent en victime. Je l'ai découvert à travers l'Ennéagramme, et en m'auto-observant, je m'aperçois que c'est vrai pour moi qui suis 6. Soit il est de mauvaise foi, soit il y a une information que tu n'as pas en ta possession (une info qui ferait que cette situation serait insupportable pour lui, du type "J'ai été réglo et vous m'avez trahi" ; quelque chose qui le "lie" avec d'autres protagonistes de l'affaire).

Par contre il y a quelque chose qui m'échappe dans ce comportement de 6. C'est le fait qu'il n'argumente que très peu. Un 6 fait souvent une thèse-antithèse et une synthèse de ses choix, et là "il était très ferme et expéditif sur ses positions, il disait « non », « ce n'est pas à moi de le faire » en donnant des arguments très courts qui ne tenaient pas la route."

Bon je vous dit à quel enneatype m'a fait penser ton collègue parce que je vois quand même pas mal d'évitement de la souffrance dans son positionnement vs le travail à accomplir ? Un 7, avec une aile 6, ça peut marcher ?

Bises à tous,
Même pas peur, 6 qui se soigne

Même pas peur (E6 alpha)
Qui ne sait pas être fou, n'est pas sage

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

L'atelier de communication non violente auquel j'ai participé était animé par un professeur de mathématiques. Une amie 9 mu y participait. L'étape "demande" s'avéra pour elle, beaucoup plus difficile que les autres étapes.

Étant en réalité une démarche spirituelle, la communication non violente présente des difficultés pour tous les ennéatypes. Pour un 9, chaque étape peut activer un mécanisme égotique :

  • rapporter des faits : compulsion ;
  • exprimer ton ressenti : passion et fixation ;
  • exprimer ton besoin : passion, fixation et compulsion ;
  • demander l'action souhaitée : compulsion

 

Ensuite, tu as parlé de son enneatype, le 6, et je me suis dit "quoi ?" et très spontanément je me suis dit que je n'aurais jamais pu faire ce genre de choses. Dans le contexte pro, j'étais plutôt du genre à tout sacrifier pour mon équipe et à en faire trop. Cet individualisme et ce j'men foutisme de l'autre, ça m'avait révoltée, et voilà qu'on dit que c'est un 6

Typer le collègue n'était pas l'objet de cette discussion, et nous n'avons pas assez d'éléments pour le faire sérieusement. Je veux cependant te rappeler que, comme nous l'exprimons dans le stage Détermination, deux des grands pièges du typage sont :

  • Je fais la même chose que lui, donc il doit être de mon type.
  • Je ne ferais jamais la même chose que lui, donc il ne peut pas être de mon type.

Alors soit il est loyal envers un autre groupe que celui de son boulot (mais vu ce qu'il fait subir à sa propre moitié, pas à la famille en tous cas), soit il n'est pas 6. Mais la question reste entière parce que je suis loin de pouvoir typer les autres avec certitude.

Nous le répétons ad nauseam en stage. On ne peut pas comprendre un 6 tant qu'on n'a pas identifié ses loyautés. Or ici justement, on n'en a aucune idée.

De plus, tu es ici trop imprécise. Loyal à son boulot veut dire quoi : à son métier d'enseignant ? à son établissement ? à ses élèves ? au chef d'établissement ? à la matière qu'il enseigne ? etc. ?
De même, puisque son épouse ne se plaint apparemment pas, en quoi y a-t-il déloyauté ? Qu'est qui te permet de dire qu'elle "subit", alors qu'il y a peut-être un accord de partage des tâches entre eux ? Qu'est-ce qui te fait penser que son attitude constitue une déloyauté vis-à-vis de la famille en général sur laquelle nous n'avons aucune information ?

Il peut aussi, sans que nous le sachions, avoir à arbitrer dans la situation entre plusieurs loyautés.

Par contre il y a quelque chose qui m'échappe dans ce comportement de 6. C'est le fait qu'il n'argumente que très peu. Un 6 fait souvent une thèse-antithèse et une synthèse de ses choix, et là "il était très ferme et expéditif sur ses positions, il disait « non », « ce n'est pas à moi de le faire » en donnant des arguments très courts qui ne tenaient pas la route."

Argumenter n'est pas le style de communication ni une autre caractéristique égotique du 6. C'est certes fréquent, mais pas obligatoire. Cela peut dépendre de la contrephobie, des circonstances, etc.

 

Par contre, c'est une caractéristique égotique du 7 : c'est le mécanisme de défense de rationalisation. Étant donné le stress qu'a représenté cet épisode pour le collègue de Solène, il aurait été étonnant qu'un 7 ne rationnalise pas…

 

La réaction du collègue qui a contribué à te faire écarter le 6, aurait dû encore plus contribuer à te faire écarter le 7.

 

Comme je le disais plus haut, nous ne pouvons pas typer avec les informations dont nous disposons, notamment parce qu'elles ne viennent pas de l'intéressé, parce que ce qui est rapporté ne vient que d'une seule source, et parce que cette source est suffisamment impliquée pour qu'il lui soit difficile d'être objective. Cependant, avec ce qui est dit, je ne vois rien d'impossible chez un 6, mais non plus rien de certain pour l'hypothèse 6.

Très amicalement,
Fabien

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Bonjour à tous,

Solène, je me sens bien sûr concerné par ce sujet, notamment par la difficulté d'expression de la colère dès lors qu'elle n'est pas réprimée. Comme le dit Fabien elle sort "trop", ou par à-coups, de manière non fluide.

D'où vient ce plaisir ressenti quand je me mets en boule ? Est-ce que vous ressentez la même chose ?

Personnellement je ne ressens pas de plaisir lors de mes rares explosions de colère. C'est même plutôt douloureux. La métaphore la plus parlante qui me vient est celle d'un coup de poing donné dans le vide sans aucune retenue, de toutes mes forces. Ça ne sert à rien et ça me démonte le dos quand ça ne me fait pas tomber. Vu de l'extérieur, c'est incompréhensible. Je retrouve la peur et la culpabilité de ma colère, respectivement liées à mon type 9 et mon aile 1.

Cela m'a amené à réfléchir sur les raisons de la posture de « sauveteuse » que j'ai adoptée… Je ne sais pas bien comment l'expliquer, mais il me semblait absolument nécessaire d'intervenir pour faire cesser une situation injuste. C'était un peu comme une mission à accomplir.

J'ai appris un jour lors d'une formation basique en analyse transactionnelle que pour qu'un jeu psychologique s'active — les rôles du triangle de Karpmann entrent dans les jeux psychologiques —, il faut une amorce qui active un point sensible. Parmi les points sensibles, nos valeurs et croyances ont une place prépondérante. Il est assez probable que la situation ait touché un point sensible chez toi qui reste à cerner.

Je me demande comment je peux analyser et interpréter ce genre de pensées sous-jacentes ? Est-ce que ça reste cohérent avec l'ennéatype 9 ? Est-ce que ça viendrait d'une aile ?

Le point sensible peut être propre à ton ennéatype, il peut aussi venir d'autres valeurs et croyances, par exemple celles liées à ton positionnement sur la spirale dynamique si tu connais ce modèle, ou à d'autres encore. La façon dont tu vas entrer dans les jeux psychologiques va en revanche forcément être liée à ton ennéatype car ce sont des situations de stress ou les défenses de l'ego sont activées, où les transes étudiées en stage Éveil sont multipliées. L'analyse transactionnelle dit d'ailleurs la même chose : nous adoptons les mêmes rôles de façon répétitive, hors de la conscience de notre état du moi adulte, suivant notre scénario.

Le souci vient peut-être du fait qu'il me semble y avoir une dissonance entre ton constat qui est social, et ton intervention qui ne l'est pas.

Mon instinct social domine chez moi, et je vis régulièrement cette tension que j'attribue pour l'instant à une forme d'antagonisme entre la participation périphérique de mon type 9 et l'inadaptation sociale de mon aile 1.

Très amicalement,
Jérôme

Jérôme E9 mu, aile 1, C =/- S -/+ X =/+

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