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Enfant 4 (?) – Pourriez-vous m'éclairer sur la passion d'envie ?


Laurecd

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Bonjour à tous,

 

J'ai une petite fille de 7 ans, que je type 4, mais avec un doute cependant au regard de sa passion que je ne vois pas apparaître.

 

Depuis sa naissance (je parle du moment même de sa naissance ; la différence entre elle et ma fille aînée fut évidente dès la première minute), c'est une enfant extraordinairement difficile — et différente. Les trois premiers mois de sa vie se sont passés en hurlements de rage quasi-ininterrompus. J'ai toujours dit d'elle qu'elle est née "en colère", ce qui m'avait naturellement menée à penser au type 8 lorsque j'ai découvert l'Ennéagramme. Je pense maintenant que j'ai fait fausse route en pensant à de la colère. Je parlerais plutôt de "crises" ; et en effet, ses "crises" ont toujours été d'une violence inouie, souvent déclenchées par des événements en apparence assez triviaux : entre autres, le froid, le chaud, la faim, la soif. Si Héloïse a trop chaud, par exemple, elle a plus chaud que n'importe qui au monde, et personne ne peut comprendre l'abomination de ce qu'elle ressent. Elle hurle, pleure, se roule par terre, et souffre visiblement. Essayer de lui dire que l'on comprend est faire fausse route. Il faut attendre que la tornade émotionnelle passe ; j'ajoute que si la sensation de chaleur est calmée, cela ne signe pas forcément la fin de la crise. Héloïse doit se remettre de ce moment terrible qu'elle vient de vivre, et cela, il n'y a qu'elle qui puisse le faire. En tant que maman, je ne peux qu'être à ses côtés, calme si possible et en général (lorsque mes nerfs tiennent), je lui dis en substance que je sais que je ne peux pas comprendre, que je vois combien elle souffre, combien ça semble horrible, mais que je suis là et que je l'aime. D'après mon expérience, et après maints tatonnements, c'est le "moins pire".

 

Héloïse peut se montrer très mélancolique, et cela se manifeste régulièrement au moment du coucher ; tout à coup, venu de nulle part, elle fond en larmes et parle de personnes qui lui manquent, comme sa tante, sa grand-mère, et plus curieusement, une ancienne voisine à laquelle elle s'était beaucoup attachée lorsque nous vivions aux Etats-Unis… et qu'elle a quittée lorsqu'elle avait tout juste 3 ans. Dans ces moments d'intense tristesse, Héloïse m'indique qu'elle-même ne comprend pas ses larmes et qu'elle ne peut rien faire d'autre que de les laisser couler. Elle est triste, elle se sent triste, tout à coup, et son corps l'exprime par les larmes. Ce sont des moments très émouvants, surtout pour moi qui, 3, n'ai jamais su que faire de mes émotions (les montrer ? Pas les montrer ? Les réprimer ?).

 

C'est une enfant très fantasque, très sûre d'elle lorsqu'elle va bien. Elle est unanimement appréciée à l'école, par son maître et ses camarades, parce qu'elle est "enthousiaste, drôle et sensible". En d'autres termes, les crises ne passent généralement pas le seuil de la maison, ce dont je me réjouis, même si c'est moi qui me prend tout dans la figure lorsqu'elle a vécu une journée stressante.

 

Elle fait de la danse classique et lorsque je la vois danser, elle rayonne ! Je précise qu'elle n'a pas, je crois, de don exceptionnel pour la danse, mais clairement, cette activité la rend intensément heureuse. Il en va de même avec le chant. Elle est gauchère et donc assez maladroite pour écrire, mais lorsqu'elle décide de s'appliquer, elle est capable de dessins exceptionnels, là encore pas par leur précision et leur finesse, mais par ce qu'ils expriment, le choix des couleurs, etc.

 

Elle "sent" tout. D'ailleurs, elle me dit souvent "tu sais Maman, moi je sais tout ce qui se passe, je comprends tout", et elle dit vrai. Elle est merveilleuse avec les très jeunes enfants et déploie des trésors de prévenance à l'égards de ses petits frères (sa sœur aînée, de type mental, est nettement moins chanceuse, de ce point de vue, et l'entente entre sœurs est parfois très problématique…).

 

Elle peut se montrer infernale également, notamment lorsqu'elle est fatiguée, ou tout simplement, lorsqu'elle est de mauvaise humeur. Rien n'est prévisible ; ce qui lui fait plaisir un jour ne lui apportra pas forcément satisfaction le lendemain. Dans ces cas-là, ce sont les larmes, les hurlements, le refus absolu de toute discussion ou négociation.

 

Depuis toute petite, elle a un goût bien à elle pour les vêtements ; elle a parlé très tôt et a su donc rapidement exprimer ce qu'elle voulait et ne voulait pas. Je me souviens d'une période, entre 1 et 2 ans, durant laquelle il était hors de question qu'elle porte autre chose que des jupes (des "zupes"). J'avais toujours habillé ma fille aînée comme je le souhaitais, et il m'a fallu du temps pour comprendre que les paroles d'Héloïse n'étaient pas des paroles en l'air : c'était "zupe" ou crise tellement phénoménale que nous en ressortions toutes les deux complètement épuisées. Moi, je suis 3 alpha et je me déconnecte de mon émotionnel assez facilement ; je peux me tranformer en robot dans les moments de stress intense, et les hurlements ne me font plus rien ; je ne pense qu'à obtenir ce que je veux (je sais, c'est épouvantable décrit de cette manière, et je me rends bien compte qu'une mère 3 alpha peut littéralement casser ses enfants si elle n'y prend pas garde). Eh bien, j'ai découvert que la volonté d'Héloïse était au moins aussi forte que la mienne, quand il s'agit de choses qu'elle ne veut pas, ou n'aime pas ; maintenant, je choisis mes batailles.

 

Plus grave, à 1 an pile, Héloïse a décidé de rejetter certains (comprendre : la plupart des) aliments. J'ai aujourd'hui une petite fille qui se nourrit presque exclusivement de yahourts, compotes, pain, pommes, fraises, jus d'orange (et oranges fraîches lorsqu'elle est d'humeur exceptionnelle), crêpes, frites, gâteaux. Mon mari et moi avons tout essayé, des câlineries, tentatives de corruption, en passant par les menaces, jusqu'à la psychologue pour enfants. Rien n'y a fait. Aujourd'hui, Héloïse est donc traitée différemment à table, à sa très grande satisfaction. Elle est assez fière de cette alimentation et m'a exprimé clairement qu'elle ne comptait pas en changer — sauf lorsqu'elle l'aurait décidé. Pour le moment, faute de mieux, je laisse faire, me contentant de lui proposer de nouveaux aliments ici et là (propositions systématiquement rejetées.) Bercée du — jusque là vain — espoir que cela changera.

 

Ce que je ne distingue pas chez Héloïse en revanche, c'est la passion d'envie. J'ai l'impression qu'elle est relativement heureuse de ce qu'elle est et ce qu'elle a, et je ne l'ai jamais entendu exprimer que c'était "mieux" chez les autres. Mais je suis sa mère et peut-être ne vois-je pas tout.

 

Tout cela pour demander aux 4 et/ou intitiés de ce forum si ce descriptif leur fait sens, et s'il se peut que la passion d'envie puisse être si profondément enfouie chez un enfant qu'elle ne puisse se détecter. Un 4 se sait-il envieux, par exemple ? Je pose cette question car il me semble qu'un 3, même enfant, s'il est honnête une minute, se sait menteur.

 

Un très grand merci !

 

Très amicalement,

Laure

Laure E3 alpha, aile 4/2 , C-- S=/- X++

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Fabien Chabreuil

Bonjour Laure,

 

Une réponse brève faute de temps.

 

Oui, ce portrait colle apparement parfaitement avec un ennéatype 4. Si c'est bien le profil d'Héloïse, elle a une problématique au niveau des instincts conservation et probablement sexuel. Qu'une enfant de cet âge soit aussi marquée par les mécanisme de son type et se mette ainsi en danger, notamment au niveau de la nourriture, me semble assez inquiétant et me paraît nécessiter une action forte.

 

Chez le 4, la passion est souvent au milieu d'un enchaînement : sentiment de manque => envie => haine de soi et/ou des autres. Dans cet enchaînement, l'envie n'est pas facile à voir, ni pour le 4, ni parfois pour les autres, car il s'agit plus souvent d'une envie identitaire que matérielle : l'envie n'est pas le désir ! Le 4 est assez facilement conscient du manque, et les autres voient aisément la haine.

 

À chaque fois qu'il y a une crise, à chaque fois que ta fille se met en danger, tu peux être certaine qu'il y a derrière de l'envie. Tu peux, à ces moments-là, lui demander ce qui lui manque.

 

Très amicalement,

Fabien

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  • 2 weeks later...

Bonjour Fabien,

 

Je te remercie pour ta réponse à laquelle je réponds à mon tour tardivement pour cause de voyages et belle-famille en visite. Il me paraît en effet peu probable qu'Héloïse soit d'un autre type que le 4. Chez elle, tout commence par les émotions, suivies, je dirais, par l'instinctif puis le mental (qui fonctionne vite et bien, mais qui lâche nettement en cas de stress.)

 

Je tiens à préciser qu'Héloïse ne se met pas en danger physique avec ses choix alimentaires ; elle est en très bonne santé et plutôt potelée. Elle mange en quantités suffisantes, mais seulement ce qu'elle aime. Tout le reste la rend physiquement malade, ou plutôt, elle se rend physiquement malade avec tout le reste. Je n'essaie pas de te dire que tout est parfaitement normal (je suis très consciente que ce n'est pas le cas), simplement qu'il n'y a pas là, je crois, la volonté de se mettre en danger. Penses-tu qu'il pourrait plutôt s'agir, pour Héloïse, d'un moyen — certes très malsain — de marquer sa différence ? Quelle "action forte" te paraîtrait-elle appropriée ? La psy pour enfants nous a dit de la laisser tranquille, qu'elle diversifierait son alimentation lorsqu'elle en ressentirait le besoin. J'avoue que ma petite fille est tellement "différente" en toutes choses que j'avais cessé d'attacher trop d'importance à ses bizarreries alimentaires. Elle est, dans l'ensemble, rayonnante, prévenante, pétillante, heureuse de vivre. Souvent aussi, il est vrai, d'un caractère de dogue, affolante d'insolence, et rebelle à toute négociation, mais cela constitue, à mon sens, un tout assez harmonieux au final. Je n'ai pas l'impression qu'elle traîne un mal-être latent… et espère ne pas me tromper.

 

J'ai lu très attentivement ce que tu écris sur la passion d'envie. Pour le manque, je ne suis pas sûre de l'avoir observé. Il est vrai qu'elle demande sans cesse de nouvelles choses, mais comprend plutôt bien lorsque j'explique que c'est non (de plus, tu précises qu'il ne s'agit pas forcément de manque matériel). Je l'ai très rarement vu envier autrui ou les possessions d'autrui. Je remarque qu'elle prend facilement l'intonation de voix des amis qu'elle apprécie, mais je faisais la même chose, petite. Le manque se situe plus au niveau des sensations (comme manque de fraîcheur lorsqu'il fait chaud, pour reprendre l'exemple de mon premier message) ou des émotions (manque de personnes qu'elle aime, de câlins, de "moments spéciaux", dont elle raffole). Elle m'aime, de manière viscérale, presque féroce, et quoique je fasse, me donne l'impression que je ne lui donne jamais assez. Elle est pourtant aisément mon enfant avec qui la communication est la plus facile pour moi, et avec qui mon centre émotionnel ressort le plus naturellement, en dépit de toutes ses crises et de son caractère volatile. Il me semble que je la comprends, mais peut-être est-ce une illusion de mère aveugle… ou encore mon aile 4 qui s'en donne à cœur joie. Je ne crois pas la priver au niveau de l'attention et des marques de tendresse que je lui porte. Elle a une place particulière dans mon cœur (qui n'a rien à voir avec de la préférence).

 

Je ne distingue aucune haine chez Héloïse, ni d'elle-même, ni des autres. Elle peut certes se décomposer de frustration, de rage, mais il me semble qu'au contraire, elle aime beaucoup les gens et s'intéresse à eux. Je crois qu'elle éprouve pour elle-même beaucoup d'affection, mais cela est plus difficile à jauger. Je vais certainement suivre ton conseil et lui demander, le moment opportun, ce qui lui manque. Cela ne devrait pas être compliqué, car rien ne lui fait plus plaisir que de parler de ses états d'âme !

 

Ceci dit, je sais qu'Héloïse est une enfant compliquée, et peut-être me suis-je habituée à sa complexité, jusqu'à perdre toute objectivité. Je suis vraiment interpelée par cette notion de manque, et je vais creuser, observer cela de plus près.

 

Encore merci pour tes remarques.

Très amicalement, Laure

Laure E3 alpha, aile 4/2 , C-- S=/- X++

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Bonjour Laure et les autres,

 

"Qu'une enfant de cet âge soit aussi marquée par les mécanismes de son type et se mette ainsi en danger, notamment au niveau de la nourriture, me semble assez inquiétant et me paraît nécessiter une action forte."

Laure, je partage l'avis de Fabien, au sujet de la nécessité d'une action forte… Je profite de cette conversation pour te l'écrire !

 

"La psy pour enfants nous a dit de la laisser tranquille, qu'elle diversifierait son alimentation lorsqu'elle en ressentirait le besoin."

Certes… Et c'était il y a combien de temps ? Certains enfants entament un bras de fer avec leurs parents sur le sujet alimentaire (mes deux garçons sont passés par là), mais cela ne dure généralement pas très longtemps (= quelques mois ?), et je suis alors d'accord pour les laisser tranquille. Il me semble qu'avec Héloïse le bras de fer dure depuis plusieurs années.

 

Quant au typage de ta fille, je comprends la difficulté. J'ai eu beaucoup de mal à typer (et surtout à accepter le fait que) mon aîné était 4. Tu trouveras dans cette conversation des illustrations de la passion d'envie chez le petit 4. Pour mieux comprendre les 4 (et donc pouvoir les typer), je suggère : lecture du panneau des 4, partager des exercices avec des 4 chaque fois que c'était possible en stage, étudier des films avec le ciné-agramme avec des personnages 4.

 

Bises,

Aurore

Aurore (87 alpha, C++, S-/+, X+)

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Fabien Chabreuil

Bonjour Laure et Aurore,

 

"Je tiens à préciser qu'Héloïse ne se met pas en danger physique avec ses choix alimentaires."

En es-tu vraiment certaine ? L'alimentation que tu décris est terriblement déséquilibrée, et chez un enfant en pleine croissance, cela me paraît potentiellement dangereux. Des examens médicaux réguliers, notamment sanguins, me sembleraient indispensables, mais sans doute le fais-tu déjà.

 

J'ai l'impression qu'elle se met aussi en danger psychologiquement en ayant avec toi des relations où c'est elle qui a le pouvoir. Je me demande forcément comment, demain, elle vivra d'autres relations.

 

"Je ne distingue aucune haine chez Héloïse, ni d'elle-même, ni des autres."

Quand tu parles de "hurlments de rage" et de "crises de colère d'une violence inouïe", j'ai comme un doute. Comme j'ai du mal à ne pas voir de la haine de soi dans son alimentation.

 

La question de savoir ce qui lui manque est primordiale. C'est généralement le point d'entrée le plus facile du trio infernal manque-envie-haine. Ce n'est que cela déterminé qu'on poura savoir si une action est nécessaire, et quelle elle est.

 

En attendant, les conseils d'Aurore sur l'approfondissment de l'ennatype 4 sont totalement pertinents. La continuation de cette discussion est aussi un moyen d'approfondir le cas particulier — forcément particulier — du 4 qu'est Héloïse.

 

Très amicalement,

Fabien

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Bonjour Aurore et Fabien,

 

Je vous remercie pour vos réponses. Qui forcément me donnent à réfléchir.

 

Je dois être honnête : je suis anormalement fière de ma fille (je suppose que cela se voit dans mes messages à son sujet). Elle est tout ce que j'aurais aimé être lorsque j'étais petite ; différente sans efforts, entière et sensible. Je sais : halte à la mère qui se projette sur son enfant, danger de mort, etc. Mais de là à dire que c'est elle qui a le pouvoir, non. Je suis intraitable lorsque ses crises dégénèrent ; elle part dans sa chambre se calmer toute seule et hurler tout son saoul. Elle refuse la négociation, c'est vrai, mais je ne cède pas pour autant. J'ai d'autres enfants qui ont tout autant besoin de moi, ce n'est pas Héloïse qui fait la pluie et le beau temps — enfin pas trop : une Héloïse mal embouchée peut pourrir l'atmosphère familiale comme personne, de même qu'une Héloïse gracieuse peut mettre une sourire sur toutes les lèvres. Ce que j'entends, c'est qu'elle est tenue aux mêmes règles que les quatre autres (avec, forcément, une souplesse au niveau des délais), est réprimandée lorsqu'elle a mal agi, doit présenter ses excuses, etc.

 

En ce qui concerne l'alimentation d'Héloïse, pour répondre à ta question Fabien, a priori, elle ne court pas de danger ; elle a souvent de gros coups de fatigue qui m'avaient fait soupçonner une anémie ; des examens sanguins, qui remontent maintenant à plus d'un an, n'avaient rien révélé d'anormal. Il me semble d'ailleurs que ces moments de fatigue suivent toujours d'intenses ressentis émotionnels (qu'il s'agisse de bonheur, de colère ou de tristesse). Mais en effet, je ne fais pas faire d'examens réguliers et me contente de lui donner des vitamines de goût, de forme et de texture adéquats. Elle est plutôt grande pour son âge et n'est que très rarement malade, juste de très grosses poussées de fièvre sans symptômes, que j'ai toujours mises en parallèle avec son caractère intense. Hier soir, avec cet échange sur le forum en tête, j'ai réussi à la convaincre de manger un minuscule morceau de banane. Il a fallu préparer le terrain pendant une heure, puis passer à l'acte, ce qui a rajouté quinze bonnes minutes. Cela doit vous sembler ridicule, mais c'est une vraie victoire. Pour elle comme pour moi. Elle était si fière. Reste à voir si elle pourra renouveler l'exploit.

 

J'ai interrogé Héloïse concernant le manque ; cela m'ennuie de l'écrire, mais elle m'a très clairement exprimé deux choses : le manque de moi (elle n'a pas assez de moi, et il est vrai qu'elle me parle souvent de cette époque où, pour la calmer et la rassurer, je la gardais contre moi, joue contre joue, indéfiniment), et le manque de la période d'avant la naissance de ses trois frères. Comme elle est logique, elle garde sa sœur aînée dans l'équation, puisque cette dernière était là avant elle… Elle aime profondément ses petits frères, et le prouve chaque jour, mais visiblement, ils la privent d'oxygène. Elle a un très grand besoin d'exclusivité, qui n'est pas assouvi par cette famille de cinq enfants.

 

La haine : je l'admets, Héloïse la ressent très fort. Comme c'est une notion que je ne comprends pas très bien — et que je n'aime pas, pour tout dire —, j'ai tendance à la refuser chez les autres -et chez moi, mais je suis 3, ce doit être assez normal. Je donne ainsi toujours à la haine d'autres noms (intolérance, bêtise, crise, tristesse intense, colère, etc.) parce que cela me semble plus confortable, et plus compréhensible. Mais oui, tu as raison Fabien, et je te remercie de m'ouvrir les yeux, Héloïse est souvent en proie à la haine, dirigée contre rien en particulier. La vie peut-être, cette vie qui ne lui permet pas d'exprimer de manière satisfaisante cette multitude d'émotions qui se bousculent en elle ; la vie et tous ces imbéciles qui l'entourent et ne la comprennent pas. La haine est bien là, à tout moment, le plus souvent (fort heureusement) endormie, mais parfois, il faut qu'elle sorte, et c'est alors l'explosion. En ce qui concerne la haine de soi, cela m'est encore trop douloureux à envisager, mais j'observe et reste très vigilante.

 

Je tenais à ne pas répondre trop tardivement à vos observations, mais je dois avouer n'ai pas encore lu à fond les conversations des 4 sur le forum, par manque de temps. C'est pourquoi je ne veux pas poser de questions qui pourraient déjà avoir été abordées par le passé (comme le besoin d'exclusivité des 4). Je m'y colle dès que possible !

Merci encore. Je vous souhaite à tous une très bonne semaine.

 

Amicalement,

Laure

Laure E3 alpha, aile 4/2 , C-- S=/- X++

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Fabien Chabreuil

Bonjour Laure,

 

"Mais de là à dire que c'est elle qui a le pouvoir, non."

Quand une enfant de cet âge refuse de manger ce qui est servi au reste de la famille sans que ce soit justifié médicalement, elle a, au moins dans ce domaine, le pouvoir.

 

Pour le reste, c'est superbe que tu aies maintenant des informations sur ce qui lui manque et que tu en perçoives les conséquences. C'est un point de départ qui, à terme, sera bénéfique pour elle et pour vos relations.

 

Très amicalement,

Fabien

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Bonjour Laure et Fabien,

 

"Mais de là à dire que c'est elle qui a le pouvoir, non."

Quand une enfant de cet âge refuse de manger ce qui est servi au reste de la famille sans que ce soit justifié médicalement, elle a, au moins dans ce domaine, le pouvoir.

Désolée d'insister, Laure, mais je suis d'accord avec Fabien.

 

Mes fils me font parfois la remarque qu'Héloïse décide toute seule de ce qu'elle mange… Alors ils ne voient pas pourquoi, chez nous, on doit manger un repas équilibré et notamment des légumes. :rofl:

 

T'est-il déjà venu à l'idée de proposer un buffet (sans frites, sans chips et sans gâteau) à Héloïse ? Mon fils aîné 4 avait, à un moment donné, présenté des difficultés pour manger. Afin de ne pas m'épuiser dans de vains combats, j'avais mis en place une formule buffet : il avait adoré car il pouvait choisir sans contrainte et, surtout, il trouvait que les buffets étaient BEAUX ! Et plus c'est beau, plus il mange ! Je remarque souvent cette corrélation entre son appétit et les couleurs ou la beauté du plat qui lui est présenté.

 

"En ce qui concerne la haine de soi, cela m'est encore trop douloureux à envisager, mais j'observe et reste très vigilante."

Personnellement, je n'ai assisté qu'à une seule énorme crise d'Héloïse, j'avais bien perçu la rage ou la haine.

 

Pour la haine de soi, il y a eu, cet été, un épisode qui m'a vraiment surprise (tu n'as pas assisté à cette scène). Je filmais nos enfants, et Héloïse, fantasque, faisait un grand show. Je lui ai alors proposé de faire une entrée comme une grande actrice que j'interviewerai. Je te livre le contenu de l'interview que je viens de révisionner pour l'occasion :

Moi :
Comment tu t'appelles ?

Héloise :
Moi… je m'appelle E.
(le nom de ta fille aînée)

Moi :
Quel âge as-tu ?

Héloise :
8 ans.
(En réalité, Héloïse a 6 ans. Elle se met donc dans le peau de sa soeur.)

Moi :
« Qu'est ce que tu aimes le plus dans la vie ?

Héloise :
Rien.

Moi :
Qu'est-ce que tu détestes le plus dans la vie ?

Héloise (pointant du doigt sa sœur aînée) :
Elle !!!! Ma sœur qui s'appelle Héloïse.

J'ai arrêté de filmer là car j'ai été saisie et décontenancée par la réponse (et sans doute effarée par ma propre connerie d'avoir lancé un jeu aussi stupide). Cette scène pourrait être un jeu… Elle pourrait aussi être une expression de cette haine de soi ou encore de ce que ta cadette croit percevoir chez ton aînée…

 

Sinon, c'est formidable qu'Héloîse t'ai exprimé ce qui lui manque ! Take action !

 

Très amicalement,

Aurore

Aurore (87 alpha, C++, S-/+, X+)

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Bonjour Aurore,

 

Je te remercie pour ta réponse et tes observations.

 

"Mes fils me font parfois la remarque qu'Héloïse décide toute seule de ce qu'elle mange… Alors ils ne voient pas pourquoi, chez nous, on doit manger un repas équilibré et notamment des légumes. :rofl:"

Eh bien, s'ils le veulent, ils peuvent venir assister à une séance de "découverte d'un nouvel aliment", afin d'admirer Héloïse vomir. Ils comprendront alors que ce sont eux qui ont de la chance de pouvoir manger de tout et d'être "normaux". S'il n'y avait pas de rejet physique, il est évident que je n'aurais pas laissé les choses dégénérer à ce point. Durant six mois, avant notre arrivée à Dubaï, avec le soutien d'une maîtresse Montessori qui s'était prise d'affection pour Héloïse, j'ai tenu bon et, armée de patience, j'ai passé, deux fois par jour, midi et soir, une heure de calvaire à nourrir Héloïse, avec de la nourriture "normale". Pour arriver à lui faire avaler (tout rond, au final, après maints vomissements et hurlements) une cuillérée de pâtes. Il me fallait des cajoleries à n'en plus finir, des explications sur les bienfaits que cela aurait sur son corps, etc. Et je voyais ma petite fille qui voulait essayer, qui voulait y arriver, et cela ne passait pas, rien n'y faisait. Ces six mois furent tellement douloureux que j'ai renoncé — sans avoir l'impression d'avoir perdu la bataille, simplement parce que voir mon enfant souffrir de manière aussi terrifiante — m'était insupportable (j'ai tout de même tenu six mois à ce rythme, et je jure que je n'exagère pas ; je suis d'ailleurs aujourd'hui convaincu que c'était une mauvaise méthode).

 

"T'est-il déjà venu à l'idée de proposer un buffet (sans frites, sans chips et sans gâteau) à Héloïse ? Mon fils aîné 4 avait, à un moment donné, présenté des difficultés pour manger. Afin de ne pas m'épuiser dans de vains combats, j'avais mis en place une formule buffet : il avait adoré car il pouvait choisir sans contrainte et, surtout, il trouvait que les buffets étaient BEAUX ! Et plus c'est beau, plus il mange ! Je remarque souvent cette corrélation entre son appétit et les couleurs ou la beauté du plat qui lui est présenté."

Oui, cela m'est déjà venu à l'idée, comme de nombreuses autres méthodes ; elle pourra admirer la beauté des aliments, mais ne mangera rien.

 

Merci mille fois de relater cette épisode auquel je n'ai pas assisté. C'est très précieux et, en effet, très intéressant. Emma, sa soeur, est de type mental (6 ou 5) et peut se montrer très dure, cassante et critique. Héloïse en souffre beaucoup, même si elle n'épargne pas Emma non plus. Elle adore sa soeur, mais souffre de ne pas la comprendre et de ne pas être comprise d'elle — alors que l'inverse n'est pas vrai ; Emma aime notre chat et déverse sur lui toute son affection, et s'en porte visiblement très bien (tu te souviens Aurore, comme ton fils 4 avait été horrifié de voir combien l'amour qu'Emma porte aux bêtes l'emporte sur celui qu'elle porte aux humains !) Je me demande si cette scène est révélatrice de son mal-être, ou si, au contraire, elle lui a permis de théâtraliser un ressentil très fort, et d'ainsi le sortir d'elle.

 

J'arrête pour ce soir, mais je continue de réfléchir, et d'observer.

 

Encore merci pour tes observations !

 

Bises à tous,

Laure

Laure E3 alpha, aile 4/2 , C-- S=/- X++

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Fabien Chabreuil

Bonjour Laure,

 

"Ils peuvent venir assister à une séance de 'découverte d'un nouvel aliment', afin d'admirer Héloïse vomir."

Il n'y a que deux possibilités :

  • Soit Héloïse a un problème physique et celui-ci doit être urgemment dépisté et soigné.
  • Soit elle est en guerre avec toi, guerre qu'elle a d'ailleurs gagnée. Si elle est bien de l'ennéatype 4, il y a là manifestation de la compulsion d'évitement de la banalité, haine de soi et haine des autres. Il me semble que, là aussi, il y a urgence.

"Merci mille fois de relater cette épisode auquel je n'ai pas assisté. C'est très précieux et, en effet, très intéressant."

Moi, placé dans le tableau général, je trouve surtout cela inquiétant.

 

Tu décris, par ailleurs, Héloïse comme une enfant apparemment heureuse :

  1. J'en doute. Je ne vois guère comment on peut manifester de telles caractéristiques égotiques et être réellement heureux.
  2. Il ne faut pas forcément se fier aux apparences. Par exemple, jusqu'à l'adolescence, j'avais certainement l'air d'un enfant heureux. Vu de l'extérieur.
  3. Quand bien même elle serait heureuse — après tout, elle a gagné la guerre —, elle se prépare des difficultés et des souffrances quand elle voudra en gagner d'autres et exprimer sa compulsion, à l'école, en amitié, en couple ou au travail.

"J'arrête pour ce soir, mais je continue de réfléchir, et d'observer."

Je rejoindrais plutôt Aurore : "Take action."

 

Très amicalement,

Fabien

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