Institut Français de

l’ennéagramme

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Le schisme


Christian

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Bonjour Fabien, bonjour à tous,

Meilleurs vœux et je vous souhaite plein de belles choses à voir !

Encore un sujet sur le mécanisme de défense, l'introjection. Je ne réalisais pas du tout à quel point j'utilisais ce mécanisme tout le temps. J'imaginais que c'était juste de temps en temps !
Je voudrais associer ce mécanisme à un élément que je viens de découvrir par une prise de conscience style pan dans la gueule : le schisme.

Petit rappel définitionnel : l'introjection consiste à placer le monde réel en soi. Il entraîne ainsi une absence de frontière entre le réel et l'imaginaire, entre l'intérieur et l'extérieur, entre ce qui est vécu (expérimenté) et ce qui est rêvé.
Dans ces conditions, le 4 alpha que je suis ne fait jamais la différence entre les deux. Inconsciemment évidemment. Le choc le plus important fut de découvrir récemment que le monde intérieur était plus important (plus vrai) que le monde extérieur.
Je vais essayer d'expliquer tout cela.

Se connecter à la réalité est quelque chose de particulièrement douloureux pour moi. Depuis de longues années, trois ans, j'essaie de mettre un terme à un roman. Il fait actuellement 250 pages environ. Le fait de ne pas parvenir à le terminer me laisse perplexe.

Je voulais intituler cette discussion dualité, tant j'ai tout le temps le sentiment que je vois les choses en double ! Même le schéma de l'ennéagramme me semblaient receler en fait une face cachée qu'il me fallait trouver, en ergotant.
Finalement le terme schisme, pris dans l'article de Tom Condom, est tout à fait adéquat. N'ergotons pas !!!

Je me suis aperçu fin décembre combien, par automatisme, j'étais présent dans un deuxième monde : le monde de mon imaginaire et de mes émotions. Ce que j'avais appris en stage Éveil avec les transes hypnotiques.
Le monde de la réalité a finalement peu d'emprise sur moi. Ou plutôt, j'ai peu d'emprise sur le monde extérieur. Le monde réel me pousse par divers stimuli à m'enfermer dans mon monde imaginaire.
Ces stimuli sont ou furent ma mère par ses intrusions ou ses éloignements, mon frère, mes amis proches, des rencontres, ou les gens éloignés ayant un destin hors norme.
Ce qui est étonnant c'est de voir que je suis absorbé par ce monde de 4, et que donc je suis bien 4, ennéatype auquel je m'identifie de plus en plus en lâchant prise plus souvent. Et je commence à percevoir ce que décrit si justement Tracy Colina : "Le dilemme du 4 : imagination ou incarnation".

À la suite de nombreuses auto-observations, deux constatations m'ont particulièrement frappé :

  • la première découverte, au moins d'octobre - je ne suis pas vraiment bien intégré alors que je croyais que grâce aux stages ennéagramme et à ma sublime intelligence j'étais bien au-dessus des autres ! sur une échelle de 1 à 20 (10 étant un état neutre de l'ego et 20 étant l'essence), je dois me situer à 7.
  • j'avais découvert à la même époque que je suis particulièrement superficiel dans le monde réel. Confirmation pendant le stage Ailes en décembre.

Grande claque, donc, lorsque je me suis vu tel que je suis dans la réalité, dans le monde réel, c'est à dire effectivement superficiel. Superficiel voulant signifier peu présent dans le monde réel. Mon énergie étant presque entièrement absorbée par l'introjection, les transes hypnotiques.
Un élément fort est le manque d'implication dans mon travail. Je passe ici les détails douloureux qui prouvent combien je ne travaille pas comme les autres parce que je ne travaille pas !!!
A l'aide de mon sous-type sexuel, j'agis dans mon travail en fonction des collègues que je rencontre, et donc j'agis de manière désordonnée. Je mets en place, dans mon boulot, divers projets qui n'ont été créés que pour faire mieux que telle ou telle personne, pour prouver que moi aussi je sais faire. Mais la base même de mon travail reste très superficiel. Depuis trois jours, j'ai abandonné l'ensemble de mes "projets" professionnels pour me concentrer et dépenser mon énergie (une énergie de 4 alpha, hein, attention faut pas exagérer non plus) sur les éléments spécifiques de mon travail. Quand je dis "éléments spécifiques" c'est à dire ce que tout le monde fait ou doit faire. Point.

Cependant cette prise de conscience m'a conduit vers un second constat : depuis de longues années fortement teintées d'instinctif réprimé, je me suis mis en tête d'écrire un roman.
J'aime l'écriture.
Mais je viens de constater que l'écriture romanesque n'était rien de plus qu'un moyen d'échapper à la réalité. En écrivant, j'échappe à mes obligations professionnelles.
Ceci est particulièrement frappant lorsque ayant dû passer des examens ou des concours, donc contraint, je me suis mis frénétiquement à écrire. Je ne vois là qu'une simple forme pour échapper au réel et pour entrer dans mon monde imaginaire et vivre des émotions intenses.
Pendant ma scolarité, au lieu de travailler mes devoirs et mes leçons, je me suis mis frénétiquement à faire de la compétition en ski de fond, à faire beaucoup de sport, mais aussi à jouer de la guitare, à faire de la photographie, à lire énormément et à fréquenter les salles de cinéma ou les musées.
Lorsque je regarde aujourd'hui ces activités, je me rends compte qu'elles n'ont été qu'une simple manière de ne pas travailler correctement au collège, au lycée, puis à l'université. En effet, j'avais autre chose à faire ! Et je ne faisais pas ces activités pour me détendre après avoir beaucoup et bien travaillé !!

Les émotions intenses ne sont pas celles de l'écriture. Il s'agit tout simplement par cet intermédiaire de créer une identité, un être sublime de surcroît, qui parce qu'il a une mission à poursuivre grâce à l'écriture ne peut plus rien faire dans le monde réel. Ce n'est pas tant l'écriture qui m'intéresse que me nourrir d'émotions très intenses et contradictoires : être le plus grand des êtres, ici un écrivain parce que j'aime les livres mais j'aurais pu être peintre ou musicien.
Je me demandais ardemment pour quelles raisons je ne parviens pas à terminer ce projet d'écriture. Il me semble maintenant que je ne peux évidemment pas aller au bout de ce projet puisqu'il ne s'agit pas d'un projet, mais d'une simple pulsion établie dans mon introjection destinée à m'éloigner du réel et à nourrir mon émotionnel intérieur.
Je ne subis que l'énergie du 4 tournée vers l'intérieur, émotionnelle, puis mentale puis instinctive.
A partir de cet état, je me comporte dans la vie réelle comme si j'étais cet être extraordinaire (comme "un aristocrate en exil" dans l'article de Jérôme Wagner, Comment nous restons enfermés dans nos ennéatypes). D'où les décalages et les incompréhensions diverses avec les gens qui m'entourent.
Je suis 4 et je suis ce schisme inconscient.

Je le vois maintenant très nettement sur les 4 que je côtoie. Ils sont présents, mais ce qu'ils disent, racontent, expliquent, et même leur façon de se comporter indiquent qu'ils ne font qu'exprimer des ressentis, des émotions dont eux seuls ont conscience.
Par exemple, lorsque j'avais 20 ans, j'avais un ami qui passait le concours d'entrée pour SciencePo. Je disais aux gens qui m'entouraient (sauf à cet ami) que je voulais passer le concours de SciencePo, sans savoir ce que cela représentait. Juste parce que ça avait l'air très bien, et pour faire mieux que cet ami pour lequel j'avais en fait de l'envie.
Dire aux gens que je voulais faire cette formation n'avait pour moi aucun but. Je veux dire, je ne voulais pas les impressionner, leur montrer combien j'avais des qualités. Il s'agissait simplement d'exprimer inconsciemment mon monde intérieur. J'ai l'impression alors que cela représente la porosité de mon corps, entre entre mon monde imaginaire et le monde extérieur.

C'est fou le nombre de gens que j'ai détesté et que je déteste ! Et c'est fou le nombre de projets, de formations, ou de postes à responsabilités hors de propos que j'ai pu envisager ! Il ne s'agissait en fait que d'intentions, rien de plus.
Il est parfaitement clair maintenant que lorsque je rencontre quelqu'un, j'ai envie de faire la ou les mêmes activités ou projets que lui. Une forme de caméléon mais à l'intérieur !
Tout cela était pourtant pour moi parfaitement cohérent dans mon imaginaire.

Dans l'imaginaire de 4, dans cette introjection, tout est facile à vivre. Certes, la souffrance est présente, mais le 4 s'en nourrit. Je souffre souvent mais cela ne me fait rien physiquement. Cette manière de vivre facilement les événements dans l'introjection me rend hautain, dédaigneux avec les personnes dans la vie réelle.

Un exemple flagrant :
J'ai un projet (ou plutôt une intention) de film avec des écrivains. C'est une idée que j'ai eu et automatiquement j'ai introjecté ce projet. Donc, j'ai vécu cette expérience dans mon imaginaire.
Je vous raconte rapidement :
J'étais chez Amélie Nothomb à Bruxelles et je discutais avec elle. Le matin, j'avais fait la route sur l'autoroute et j'étais un peu fatigué. Elle m'a accueilli très gentiment. Je me souviens très bien de l'odeur chez elle, du parquet en bois qui grince lorsqu'on marche, de la lumière très blanche et rasante car c'était le matin en automne. Je me souviens du silence dans son appartement parce que, à un moment, je la regardais écrire. Ensuite, je suis descendu au café en bas de chez elle pour ne pas la déranger. Je suis resté une semaine en dormant à l'hôtel.
Voilà.
J'expliquais cette scène hier à ma femme. Elle me dit : "oui, moi aussi, j'imagine de telles choses pour me préparer."
Je lui répondis que ce n'était pas de l'imagination, mais du vécu, d'où les sensations, les couleurs, les odeurs et les bruits.
C'est la différence avec elle. Je vivais vraiment la situation comme si elle était réelle.
Mais cette introjection ne s'arrête pas là.
En effet, lorsqu'ensuite je suis dans la vie réelle, au boulot ou dans les magasins, je suis porteur de cette expérience, et je me comporte inconsciemment comme si, moi, le seul et unique, j'avais été il y a quelque jours en compagnie d'Amélie Nothomb. Je ne me vante pas de cela, je ne mens pas aux gens en leur racontant ce "rêve". Je n'en ai pas besoin. J'ai juste une attitude hautaine, dédaigneuse car les autres, eux, n'ont pas eu cette chance, non pas d'avoir fait ce rêve, mais d'avoir vécu cette expérience.

Cependant, avec mon aile 3, il m'arrive de dire cette introjection aux gens, et donc de mentir. Je ne le dis pas pour les impressionner, mais juste parce que je n'ai pas vraiment conscience de la frontière entre l'intérieur et l'extérieur.
Etonnant, non ?

Au départ, je pensais que je naviguais dans les deux mondes de manière équilibrée : le réel et l'imaginaire. En fait, je crois bien que je suis à 90 % dans le monde imaginaire.

Autre exemple qui pourrait montrer à quel point je ne parviens à admettre le réel :
En stage d'Ennéagramme, devant la quinzaine de personnes présentes, je me sens mal. En effet, je me sens minable car je ne suis que professeur, alors que tous les autres ont des métiers bien meilleurs. À chaque fois, ces pensées me laissent perplexe, ça me colle au ventre et il m'est difficile voire impossible de m'en débarrasser pendant les deux jours. Cette pensée génère une réaction assez violente en moi : j'ai cette sensation que tout le monde pourrait me dédaigner. Je suis même prêt à me justifier de faire ce médiocre métier. Alors que bon ! Il n'y a vraiment pas de quoi. En fait, c'est je crois bien à cause de l'introjection.
A partir de cette sensation erronée du réel dans laquelle je m'englue, le meilleur moyen pour moi est d'introjecter. Je m'imagine une autre vie, meilleure évidemment que celle-ci. D'où les regrets, la mélancolie. Et par voie de conséquence les pensées créées dans l'introjection rejaillissent dans le réel, et j'agis avec cet espèce de retrait envers les autres. Ainsi, ce qui le plus important, c'est mon introjection, ce que j'aurai pu être ou aurait dû.
L'introjection est donc inconsciemment primordiale. Le réel n'est qu'une erreur, un pis aller.

Dans ce schisme, un autre mécanisme peut se mettre en place :
Dans d'autres conditions que les stages d'Ennéagramme, voici une anecdote révélatrice de l'aveuglement du 4 alpha que je suis :
Dans cette dualité, si une personne vient vers moi et m'accepte, me montre que je suis quelqu'un de bien, automatiquement je vais l'introjecter.
J'avais un ami chirurgien. Il faisait partie de moi et je l'aimais comme un frère, il était un ami, un modèle, un être sublime (dans mon introjection). Je cherchais inconsciemment à être ou à faire comme lui et je me comportais alors comme un 2. Je m'oubliais pour me consacrer à cette personne. Je devenais une sorte de caméléon. J'avais introjecté son métier que je pouvais pratiquer. Je lisais des revues scientifiques et j'avais des projets grandioses. Puisque j'avais assisté à une opération en bloc opératoire, c'était ensuite comme si je savais faire tous les gestes. (Fabien je me demande ici si : avec tout ce qui précède, j'ai l'impression qu'avec l'introjection je me retrouve automatiquement désintégré (directement attiré) en 2 avec l'orientation du type, l'amour, la compulsion, éviter de reconnaître mes besoins, la fixation, flatterie et dédain, et la passion, l'orgueil. Peut-on envisager un tel lien, une telle réaction, et même penser que je puisse devenir une caricature de l'ego de 2 ?)
Je me rends compte maintenant que, à cette époque, je n'avais pas vraiment beaucoup évolué. Très peu de projets personnels puisque toute mon attention était tourné vers lui et sa famille. Je me croyais l'ami indispensable de cette famille, le seul et unique. Jusqu'au jour où finalement je me suis aperçu que pas du tout. Je pouvais passer après d'autres personnes. J'ai même réalisé que je pouvais ne pas être invité pour certaines fêtes. Bigre !! (Mais qu'ils sont méchants ces amis !!!) Alors, abandonné, je n'ai plus jamais donné de nouvelles, puis je me suis mis à détester cet ami.
Depuis, je me rends compte qu'une chose compte pour moi : la vengeance. Je désire réussir mieux que lui pour lui prouver qu'il a manqué quelque chose en ne voulant pas me garder comme ami, comme ami unique.
Étonnant cette souffrance, cette mélancolie durable, cette haine construite à l'intérieur de l'introjection.
C'est elle qui construit ma vie réelle. Avec toutes les erreurs ou conneries possibles.

Dernier exemple :
Je regardais il y a peu de temps à la télévision un reportage sur des jeunes entrepreneurs qui débutent. Parmi eux, une 4 (sans doute une 4 mu). Elle créait des chocolats uniques. Elle était en relation avec de grandes sociétés parisiennes, du grand luxe. A la fin du reportage, elle était obligée par le banquier de fermer sa toute jeune société, à peine quelques mois, car elle avait 100.000 euros de découvert.
Je pense qu'elle avait totalement introjecté son projet et ses ventes, sa réussite, avant que les contrats soient signés. Elle avait dépensé à tout va dans la réfection inutile de son atelier, dans l'achat de nombreux matériels, dans l'embauche de personnels, alors que rien n'était encore sûr. En effet, les contacts avec toutes les sociétés n'ont pas abouti. Ses chocolats originaux dans leur déco n'avaient sans doute pas ce qu'on demande à un chocolat : être d'abord bon, voire très bon s'ils sont destinés au domaine du luxe.
Pour elle, ce qui était le plus vrai, c'était l'introjection. Et je ne vous raconte pas cette manière dédaigneuse qu'elle avait lorsqu'elle parlait avec les gens !
Tout comme moi…

Je crois bien également que tout ce que je peux entreprendre, peindre, faire de la musique, écrire, lire des magazines, regarder la télé, sont des moyens pour me permettre d'échapper de mes obligations matériels réelles.
Il me semble que si pour un 4 faire une activité artistique est une forme de soupape de sécurité, cette même activité artistique éloigne le 4 de la réalité et le plonge dans son monde imaginaire (à vérifier).
Comment avoir une estime de soi, ou des qualités, dans ces conditions ? Parce qu'à aucun moment je ne fus, et ne suis, moi-même en raison de ce schisme.
Je ne crois pas qu'il puisse s'agir de la simple fuite du monde réel (à vérifier).

Finalement depuis une semaine je me suis mis un peu au travail. Concernant ma profession, n'ayant rien fait pendant 15 ans, vous imaginez mon désarroi face à la tache à entreprendre, mais également face à tout ce que je n'avais jamais fait.
Cependant, maintenant j'éprouve une forme de plaisir non pas à faire comme tout le monde, mais à ne pas chercher à ne pas faire comme tout le monde.

Il est clair également que j'ai vraiment l'impression de perdre mon "identité" actuellement. J'ai l'impression que je n'aurai jamais, mais jamais, le temps de me retrouver avec mon imaginaire et de pouvoir à nouveau écrire !! Ou vivre.
C'est complément aberrant !

Pour l'écriture, cette activité me tenant vraiment à cœur, il me semble que je ne pourrai la poursuivre que dans la mesure où j'aurai atteint, d'abord, mes objectifs concernant mon travail. L'écriture ne sera pas, me semble-t-il, un échappatoire, mais une autre activité concomitante pour laquelle j'aurai des objectifs de réussite. Ce schisme conscient n'est-il pas, dans ce cas, particulièrement louable ?
En effet, inconsciemment, le schisme a un effet va et vient. Je passe d'un monde à l'autre, me nourrissant de l'un pour aller vers l'autre, et inversement. Je reste en circuit fermé. Dans ce mécanisme, les projets appartiennent au monde imaginaire. Donc pas de réalisation en perspective. Ils n'alimentent que mon émotionnel.
J'ajouterai que l'introjection est tellement forte que ce que je peux vivre dans mon imaginaire me fait croire qu'il peut s'agir d'une expérience transposable dans la vie réelle.

Pour terminer ici, je me dois d'ajouter que ce schisme est totalement inconscient, je ne cherche pas à échapper (consciemment) à la réalité, et aux obligations, pour des diverses moyens (ce que j'appelle les rêvasseries en tout genre !).
Il serait important que je réalise une liste des obligations de la vie réelle, des choses normales que je doive faire : le ménage, passer l'aspirateur, ranger, travailler comme il se doit en fonction d'objectifs limités dans le temps, etc. et ne plus me croire au-dessus de tout cela, ou empêcher de faire tout cela parce que j'ai des projets très importants à mener !

Il est surprenant de constater combien ce schisme, cette dualité, fait partie de moi : par exemple, hier en regardant une émission à la télévision sur des milliardaires en vacances au ski, je me voyais moi aussi comme eux, "milliardaire".
Cependant il faut bien constater que pour réussir, il faut travailler. Et ça, je ne sais pas du tout ce que cela veut dire. Rêvasser, glandouiller, oui, mais travailler pour réussir des projets, non ?

Depuis peu, j'ai mis un terme à l'existence inconsciente d'un irréel jumeau fantôme, je me suis retrouvé à faire le deuil d'un double de moi-même totalement imaginaire. Je me suis donc retrouvé à assumer la réalité et moi-même tout seul avec ma propre identité insécable. Le petit bonhomme de chemin a suivi son cours.
Et, aujourd'hui, pan dans la gueule la porte de la superficialité dans la vie réelle à cause du schisme !

Il me semble que plus le monde réel me paraît compliqué, avec ses obligations, plus j'introjecte ce monde pour y vivre des expériences sans heurts, ni échecs. Dans mon imaginaire, tout est possible et simple. Rien n'est rationnel dans mon introjection. Pas rationnel mais très certainement crédible.
Je crois bien qu'il est difficile d'ailleurs d'avoir une discussion rationnelle avec un 4. Sa capacité d'introjection est telle qu'il s'échappe à chaque fois de la discussion réelle. Une vraie savonnette. On peut voir d'ailleurs à ses yeux dans le vague, il ne regarde pas vraiment dans les yeux, qu'il introjecte… il ne suit pas vraiment la discussion… il jubile un peu, il s'emporte dès qu'il se met à vivre des images fortes, et dès lors il dit des choses sans vraiment d'intérêt, hors de propos, voire exubérantes.
Et dans ces conditions, si une discussion me met en difficulté, m'oblige à prendre partie, à être rationnel, si je sens qu'on me pousse dans mes derniers retranchements (ceux-ci arrivant très vite) je préfère partir, quitter les lieux physiquement, avec généralement une grande colère plutôt que de subir la discussion réelle. Et parce que je ressens cette discussion comme une preuve de rejet.

Est-ce pour ces raisons décrites plus haut que le 4 se dévalorise et parce que la quête du monde parfait (le monde d'avant) est insensée, il génère lui-même sa propre mélancolie ?

Je crois qu'avec cette introjection, le 4 cherche avant tout à s'aimer lui-même. Il est le propre objet de son amour, focalisé sur lui-même. Il forme un couple improbable à l'aide de ce mécanisme de défense.
J'ai l'impression de jouer avec moi-même au jeu de la séduction ; je me regarde souvent dans le miroir pour voir si je me plais et j'attends un signe de moi-même pour dire que ça va. Mais rien ne vient ! Évidemment ! C'est comme si le monde réel et le monde imaginaire se répondait par mon intermédiaire. C'est comme si j'introjectais mon être réel. Et cette quête de soi-même, de son identité… quelle fatigue, je vous jure !
Ça en devient risible en fait.

Voilà.

Je me rends compte aujourd'hui combien ce schisme est particulièrement fort pour les 4. Ou bien, être 4 c'est vivre un schisme (ou bien cette notion de schisme est-elle identique pour tous les types ?).

Fabien, il est intéressant de voir que petit à petit, de stage en stage, le puzzle se construit, et les révélations se font jour, a posteriori.

Très amicalement,
Christian

Christian (E4 alpha, Aile 5, C= S- X+)

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Bonjour Christian, bonjour à tous,

 

Bonne année 2008 !

 

Je suis 9 et je n'ai suivi que le stage de Bases. J'ai lu ton message en entier et j'ai relu quelques passages qui m'ont interpelés, mais on voit bien que tu aimes l'écriture… :rofl:

 

D'abord sur le schisme : pour ma part j'ai peu conscience du monde intérieur. J'avais beau me dire que j'ai un "monde intérieur" riche et que par conséquent je peux rester sans rien faire, ce n'est pas vrai. Je peux effectivement rester seul à "ne rien faire" en apparence, mais je pense forcément à quelque chose et ce n'est jamais à moi-même.

Mon imaginaire est donc plutôt influencé par l'extérieur : pas de conflit entre monde imaginaire intérieur et monde extérieur.

 

Autrement pour réagir à certains passages :

  • "Le schéma de l'ennéagramme me semblaient receler en fait une face cachée qu'il me fallait trouver."
    En tant que symbole qui a traversé les âges, je pense qu'il n'est pas impossible qu'il y ait une "face cachée", quelque chose qui peut agir au niveau inconscient.
  • "Lorsque je regarde aujourd'hui ces activités, je me rends compte qu'elles n'ont été qu'une simple manière de ne pas travailler correctement au collège, au lycée, puis à l'université."
    Est-ce que ce n'est pas aussi la partie "sublimation" du mécanisme de défense des 4 ? Sortir sous une forme ou une autre ce qui a été introjecté ?
    Comme le projet d'écriture sans fin : plutôt qu'un but, n'est-ce pas un moyen de sublimation ? Et qui ne se termine pas, peut être inconsciemment, car s'il n'y a plus de sublimation, l'introjection seule n'est pas un mécanisme de défense équilibré ?
  • "Je crois bien également que tout ce que je peux entreprendre, peindre, faire de la musique, écrire, lire des magazines, regarder la télé, sont des moyens pour me permettre d'échapper de mes obligations matériels réelles."
    Pour un 9, c'est une belle liste d'activités pour narcotiser. :hautetfort:
  • "Si une discussion me met en difficulté, m'oblige à prendre partie, à être rationnel, si je sens qu'on me pousse dans mes derniers retranchements (ceux-ci arrivant très vite), je préfère partir, quitter les lieux physiquement, avec généralement une grande colère plutôt que de subir la discussion réelle. Et parce que je ressens cette discussion comme une preuve de rejet."
    C'est amusant car c'est assez proche de ce que je peux vivre parfois avec les différences suivantes : pas de colère et c'est parce que la discussion est source de conflit. Comme quoi c'est effectivement la motivation et non le comportement qui permet de connaître l'ennéatype.
    Et justement, denier point : le reportage à la télé. Tu dis avoir déterminé une femme en type 4 en voyant un reportage. J'ai beau n'avoir suivi que le stage de base, est-ce vraiment possible (peut-être décrivait-elle ses motivations) ou est-ce juste une suppposition que tu fais ?

Sevan (9α, aile 8, C-/+ S= X+)

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Fabien Chabreuil

Bonjour Christian, Sevan et les autres,

 

Ma réponse sera un peu plus courte que voulue, car je viens d'avoir une coupure de courant : tout ce que j'avais saisi a été perdu et je suis un peu découragé.

 

Christian, il me semble que le schisme est une caractéristiques des types tournés vers l'intérieur, le 1, le 4 et le 7, qui tous trois préfèrent leur monde intérieur (leurs idéaux, leur imaginaires et leurs plans respectivement) à la réalité.

 

Toutefois, le 1 est obligé d'aller dans la réalité à cause du centre instinctif préféré, et le 7 pense que le plaisir de ses fantasmes sera augmenté en les transformant en sensations et en ayant donc un minimum de contact avec le monde. Seul le 4 peut, me semble-t-il, se contenter de sa vie intérieure.

 

Chez le 4 alpha (et le 7 mu), la répression de l'instinctif accroît le schisme.

 

"Je ne réalisais pas du tout à quel point j'utilisais ce mécanisme tout le temps. J'imaginais que c'était juste de temps en temps !"

Le mécanisme de défense, c'est le bouclier de la compulsion et donc un des outils préférés de l'ego. Il est effectivement tout le temps là, encore faut-il avoir le courage et la persévérance de faire l'introspection nécessaire pour s'en apercevoir.

 

L'important est d'y être arrivé, peu importe le moment.

 

"Le choc le plus important fut de découvrir récemment que le monde intérieur était plus important (plus vrai) que le monde extérieur."

Ce n'est pas faute de l'avoir entendu en stage dans ma bouche, celle de Patricia, ou celle d'un autre stagiaire. Mais en connaissance de soi, l'information est inutile et oubliée à peine entendu tant que cela n'a pas été observé de manière incontestable en soi.

 

C'est pourquoi certains informations ne doivent pas être données trop tôt, car cela ne ferait que donner à l'ego des moyens de créer des défenses et de mieus se cacher la réalité.

 

"Sur une échelle de 1 à 20 (10 étant un état neutre de l'ego et 20 étant l'essence), je dois me situer à 7."

Es-tu certain de ne pas nous faire là un petit coup de drame ? Ce serait trop banal d'être à 10 ?

 

"J'étais chez Amélie Nothomb à Bruxelles et je discutais avec elle."

Tu me la présenteras et je te ferais rencontrer Giordano Bruno que je connais bien. Ceci dit, tu ferais mieux de ne pas fréquenter des 4, ou alors de les choisir plus intégrés.

 

"Je lui répondis que ce n'était pas de l'imagination, mais du vécu, d'où les sensations, les couleurs, les odeurs et les bruits. C'est la différence avec elle. Je vivais vraiment la situation comme si elle était réelle."

Oui, c'est juste. Giordano ne sent rien. Dire que je ne m'en étais jamais aperçu.

 

"Le réel n'est qu'une erreur, un pis aller."

En tant que 7, je peux parfois penser cela, mais il y a alors désir d'avoir un impact sur ce réel.

 

"Fabien je me demande ici si : avec tout ce qui précède, j'ai l'impression qu'avec l'introjection je me retrouve automatiquement désintégré (directement attiré) en 2 avec l'orientation du type, l'amour, la compulsion, éviter de reconnaître mes besoins, la fixation, flatterie et dédain, et la passion, l'orgueil. Peut-on envisager un tel lien, une telle réaction, et même penser que je puisse devenir une caricature de l'ego de 2 ?"

Normalement, le mécanisme de défense évite une trop grosse désintégration. Sans doute ici, Sevan a-t-il raison et le passage en 2 viendrait d'une introjection non sublimée.

 

"Est-ce pour ces raisons décrites plus haut que le 4 se dévalorise et parce que la quête du monde parfait (le monde d'avant) est insensée, il génère lui-même sa propre mélancolie ?"

Oui, cela me semble une bonne manière d'expliquer la fixation.

 

"Et justement, denier point : le reportage à la télé. Tu dis avoir déterminé une femme en type 4 en voyant un reportage. J'ai beau n'avoir suivi que le stage de base, est-ce vraiment possible (peut-être décrivait-elle ses motivations) ou est-ce juste une suppposition que tu fais ?"

Bien sûr que c'est possible, Sevan. Parfois. Quand la personne se dévoile honnêtement, que le type est intense et que le journaliste pose les bonnes questions. (Tu peux t'entraîner avec le Cinéagramme.)

 

Très amicalement,

Fabien

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  • 2 weeks later...

Bonjour Sevan, bonjour Fabien,

Sevan, ta réponse m'a apporté deux constatations :
- Mon épouse est 9 est j'ai ainsi pu comprendre qu'elle ne pense jamais à elle, mais au monde qui l'entoure.
- J'ai laissé de côté la partie sublimation. Je viens de me rendre compte que je n'ai pas encore compris cette notion. Je vais donc y réfléchir, avant de l'intégrer, de la digérer et d'en prendre conscience.

Fabien, on peut constater ainsi qu'en cas de "coupure de courant", il n'y a pas forcément débordement. :laugh:

"Toutefois, le 1 est obligé d'aller dans la réalité à cause du centre instinctif préféré, et le 7 pense que le plaisir de ses fantasmes sera augmenté en les transformant en sensations et en ayant donc un minimum de contact avec le monde. Seul le 4 peut, me semble-t-il, se contenter de sa vie intérieure."
Je viens de comprendre ce qu'est l'instinctif !!!
Je comprends maintenant ce qu'est être dans le monde réel grâce au centre instinctif. Pour la première fois, ces derniers jours, j'ai pu ressentir le poids de ce centre réprimé.

"Ce n'est pas faute de l'avoir entendu en stage dans ma bouche, celle de Patricia, ou celle d'un autre stagiaire. Mais en connaissance de soi, l'information est inutile et oubliée à peine entendu tant que cela n'a pas été observé de manière incontestable en soi."
Je suis en train de passer du savoir au raisonnement et à la prise de conscience.
En fait j'ai eu ce choc profond pendant les vacances de Noël, en regardant un reportage sur Joël Robuchon. J'ai trouvé ce type tellement dans la réalité, tellement calme et serein, tellement plein de projets qu'il réalisait, que j'en ai conclu que j'étais tout l'inverse, profondément tourné vers mes émotions et totalement absent dans le monde réel. Je suis un anti-Robuchon.  :perplexe:

"Es-tu certain de ne pas nous faire là un petit coup de drame ? Ce serait trop banal d'être à 10 ?"
Non, pas du tout. Je tiens à être objectif. Je pense que l'utilisation d'une échelle de notation semble erronée. Au départ, je voulais signifier que être dans son type correspondrait à 10, et en dessous, c'est le degré de désintégration.
Puisque je me tournais facilement vers le 2, j'ai essayé de le signifier par ce biais.

Cela dit, je réalisais une chose tout à l'heure :
Je ne pense pas que l'on puisse rester fixe sur son type. Il me semble que suivant les situations, les personnes rencontrées, les degrés de stress positifs ou négatifs, on développe son type et son degré d'intégration et de désintégration. Si je pouvais faire un parallèle avec la Théorie des cordes, j'ai envie de dire que l'on est tout le temps en vibration. Ainsi pour le 4 alpha, je ne suis pas fixe sur le cercle mais je tends vers le 2 ou vers le 1 (légèrement) suivant les moments. Est-ce plausible ? Théoriquement, pourquoi pas…

Je suis en ce moment très à l'écoute de mon introjection et donc de ce schisme.
Sans dramatiser, j'ai envie de dire que je me sens pauvre, très pauvre, voire insignifiant. Mon existence passée ainsi que mon existence présente sont pauvres. Puisque je me détache de mes délires et de mes transes hypnotiques, du moins, puisque je ne leur fais plus confiance (à la manière de John Nash), je me rends compte de la banalité dans laquelle je vis.
Je suis ainsi dans une grande mélancolie. Un juste mélancolie puisque je suis en train de perdre vraiment une importante partie de moi-même. Importante car elle a contribué à me faire avancer jusqu'à maintenant.
Depuis, je me rends compte que le seul moyen pour combler ce vide, c'est de construire et de me construire dans le réel, donc d'utiliser le centre instinctif.
Je voudrais dire que depuis une semaine, je n'ai jamais été aussi efficace dans mon travail.

Une dernière chose :
Dès que j'ai conscience de l'introjection, j'utilise des techniques apprises en stages Chabreuil et en stage Sophrologie, et j'ajoute une chose : je construis mentalement de futurs objectifs réalistes (que vais-je faire concrètement une fois rentré chez moi ou une fois arrivé au boulot ?). Et je m'y tiens.

Sinon, introjectement, Fabien, ce petit repas que nous avons partagé pour parler de tout cela fut fameux !  :miam:  :laugh:

Très amicalement,
Christian

Christian (E4 alpha, Aile 5, C= S- X+)

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Fabien Chabreuil

Bonjour Christian et tous les autres,

 

"Je ne pense pas que l'on puisse rester fixe sur son type. Il me semble que suivant les situations, les personnes rencontrées, les degrés de stress positifs ou négatifs, on développe son type et son degré d'intégration et de désintégration. Si je pouvais faire un parallèle avec la Théorie des cordes, j'ai envie de dire que l'on est tout le temps en vibration. Ainsi pour le 4 alpha, je ne suis pas fixe sur le cercle mais je tends vers le 2 ou vers le 1 (légèrement) suivant les moments. Est-ce plausible ? Théoriquement, pourquoi pas…"

Oui, c'est compatible avec les approches structurelle et opérationnelle, et cela me semble faire sens dans ma propre expérience.

 

"Je suis ainsi dans une grande mélancolie. Un juste mélancolie puisque je suis en train de perdre vraiment une importante partie de moi-même. Importante car elle a contribué à me faire avancer jusqu'à maintenant."

Cette mélancolie n'est pas celle de la fixation. Elle est une étape normale du processus de deuil de l'attachement à l'ego.

 

"Dès que j'ai conscience de l'introjection, j'utilise des techniques apprises en stages Chabreuil et en stage Sophrologie, et j'ajoute une chose : je construis mentalement de futurs objectifs réalistes (que vais-je faire concrètement une fois rentré chez moi ou une fois arrivé au boulot ?). Et je m'y tiens."

C'est parfaitement approprié : les méthodes des stages pour l'essence et des objectifs pour que, quand même, l'ego ait du grain à moudre.

 

"Sinon, introjectement, Fabien, ce petit repas que nous avons partagé pour parler de tout cela fut fameux ! :hautetfort: :rofl:"

Je ne te remercierai jamais assez d'avoir convié Robuchon à cette petite fête. :perplexe:

 

Très amicalement,

Fabien

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  • 2 weeks later...

Bonjour Fabien,

 

Une question : comment me débarrasser de toute cette haine, sourde et puissante, accumulée dans mon introjection depuis des années (exercice du stage Pardon ? de tous les stages ?) ?

C'est un poids difficile à porter maintenant, et peu propice à émouvoir (:sarcastic:) le centre instinctif.

 

Très amicalement,

Christian

Christian (E4 alpha, Aile 5, C= S- X+)

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Fabien Chabreuil

Bonjour Christian,

"Comment me débarrasser de toute cette haine, sourde et puissante, accumulée dans mon introjection depuis des années (exercice du stage Pardon ? de tous les stages ?) ?"
Oui, curatif : je dirais les exercices des étapes quatre et cinq du processus vu dans le stage Essence : pardon sur les personnes que tu hais et sur toi-même, compassion sur les mêmes.
Préventif : tu peux aussi essayer de trouver, au sens du stage Éveil, la stratégie hypnotique créant la haine pour la déstructurer si elle se reproduit.

Très amicalement,
Fabien

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