Institut Français de

l’ennéagramme

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Jorune

Benoît XVI invite à s'intégrer en 2

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Jorune

Bonjour,

 

Avant de commencer cette discussion, je conseille vivement la lecture de la discussion "Jésus Christ", et éventuellement de la discussion "Platon et l'Ennéagramme" comme préalables.

 

Tout a commencé par la lecture du traité récemment publié par Joseph Ratzinger "Jésus de Nazareth" (1). Ce pape a débuté sa catéchèse par une réflexion sur les théologiens des premiers temps de la chrétienté : après Irénée de Lyon et Clément d'Alexandrie, c'est au tour d'Origène dont il préconise la lectio divina.

Dans cette discussion, je vais d'abord présenter Origène et son apport dans la théologie chrétienne. Viendra ensuite une comparaison entre le traité du Pape et l'Ennéagramme.

 

L'apport d'Origène.

 

Origène vivait au IIIe siècle après J-C. Son père est mort en martyr et il était lui-même influencé par la violence ambiante de l'époque. Ainsi, 40 ans après la mort de son père, il déclara : "Si je n'observe pas une bonne conduite, je ne fais pas honneur à la noblesse de ma famille c'est-à-dire au martyre de mon père" et plus tard, "Si Dieu m'accordait d'être lavé dans mon sang, recevant ainsi le second baptême après avoir accepté la mort pour le Christ, je m'éloignerais de ce monde… Mais ceux qui méritent ces choses sont bienheureux." Il témoignait ainsi d'une valeur dominante de son époque (l'honneur) dans sa fidélité au Christ.

 

Le IIIe siècle était l'époque des hérésies (cf. Platon et l'ennéagramme), une époque de divisions profondes entre les gnostiques, les "catholiques" et tous les autres : Juifs, païens, judéo-chrétiens et autres religions importées (Mithra, Isis). A l'intérieur de l'Empire Romain, les persécutions étaient fréquentes envers les chrétiens, et lorsque ceux-ci étaient en position de force, ils n'étaient pas plus tendres avec les "minoritaires".

 

Comme plusieurs versions des testaments circulaient, Origène prit le soin de se référer au texte en Hébreu et d'en effectuer quatre traductions vers le Grec (en fonction des différentes nuances possibles). Ces précautions prises, il se lança dans une étude approfondie de la Bible : "Consacre-toi à la lecture des Écritures divines. Applique-toi à cela avec persévérance… En te consacrant ainsi à la lectio divina cherche avec droiture et une confiance inébranlable en Dieu le sens des Ecritures divines, qui y est renfermé en abondance", conseilla-t-il à l'un de ses disciples.

 

La lectio divina n'est pas uniquement la lecture historique d'un texte dont Benoît XVI dit : "[Comme cette méthode historique] postule la régularité du contexte dans lequel se sont déroulés les événements de l'histoire, elle doit rechercher la parole comme appartenant au passé et la laisser dans le passé.» La lectio divina essaie de trouver dans le texte un sens mystique (= tropologique ou moral) pour appliquer ce texte au présent et permettre à l'Homme de se rapprocher de Dieu. Ce sens tropologique concerne le présent (ou plutôt les présents : celui d'Origène et le nôtre). En d'autres termes, que reste-t-il des paroles de Jésus si on les sort de leur contexte historique et en quoi peuvent-elles aider les Chrétiens du IIIe comme du XXIe siècle à se rapprocher de Dieu ? Le top du top étant qu'une fois que l'humanité aura appliqué ce message, le Royaume de Dieu deviendra une réalité.

 

Origène a également réconcilié l'Ancien et le Nouveau Testament. Au IIIe siècle, les marcionites (disciples de Marcion) et les gnostiques opposaient les deux Testaments. Les gnostiques comme les marcionites étaient persuadés que le Dieu de l'Ancien Testament (orienté puissance et domination) ne pouvait être le même que celui du nouveau (orienté amour). Les uns comme les autres rejetaient donc la Torah et les origines juives du christianisme. Dans le testament de Judas, le dieu de l'Ancien Testament est un ange déchu qui a essayé de créer le monde "à son image imparfaite", et a malencontreusement ou volontairement enfermé un certain nombre d'âmes divines dans la matière impure. Jésus est donc envoyé par Dieu (le vrai) pour éveiller et libérer ces âmes enfermées, et Judas fait oeuvre de charité et d'amour en livrant Jésus à ses juges puisqu'il lui permet de se libérer de la matière pour retourner au Ciel. Ainsi, Judas fait partie des élus (du nombre de ceux qui ont une âme divine et non du commun des mortels qui en est dépourvu) et en comprenant la véritable identité de Jésus, il acquiert le moyen de se libérer lui-même du monde matériel pour retourner après sa mort vers le vrai monde. Evidemment, cette connaissance (gnosis) ne saurait être partagée qu'entre les élus eux-mêmes puisqu'on ne donne pas de confiture aux cochons (type 5).

 

Origène s'est appuyé sur la phrase "Ne pensez pas que je suis venu abolir la Loi ou les prophètes, je ne suis pas venu abolir mais accomplir". Puis encore : si votre justice ne dépasse pas celle des juges et des Pharisiens, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux". Il a donné au terme "Royaume des Cieux" ou "Royaume de Dieu" non pas une définition géographique, mais une dimension à la fois Christologique (Jésus est lui-même le Royaume) et idéaliste ou mystique (qui considère que le royaume de Dieu est établi dans l'intériorité de l'homme quand celui-ci s'efforce de se libérer du péché).

 

Dans l'Esprit d'Origène, le message de Jésus avait une vocation universelle (catholique veut dire universel) et ne saurait être réservée à une élite.

 

A partir de là, on trouve quelques unes des flèches de l'ennéagramme : le Dieu de l'Ancien Testament (8) envoie son fils sous l'apparence d'un humble fils de charpentier avec un message d'amour universel (intégration en 2), et Origène rejette catégoriquement l'approche élitiste des gnostiques et apparentés (avares gardiens d'une vérité révélée).

 

Compléments et réflexions de Benoît XVI

 

La lecture des deux Testaments que fait Benoît XVI est fortement inspirée par la pensée d'Origène. A la fois par sa méthodologie (lecture atemporelle) et par son contenu.

 

Dans sa réflexion sur les béatitudes, Benoît XVI écrit : "Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. (Mt 5,8) L'organe qui permet de voir Dieu, c'est le coeur. […] Pour que l'Homme puisse parvenir à percevoir Dieu, les forces de son existence doivent agir ensemble. Sa volonté (centre instinctif) doit être pure et déjà avant elle le fond affectif de l'âme (centre émotionnel) qui prescrit à l'entendement (centre mental) et à la volonté la direction à prendre." On trouve ici un vibrant appel en faveur en direction du type 2, par une écoute attentive des trois centres, écoute possible grâce à l'intégration.

 

Dès lors, lorsque le Pape écrit "la Loi du Christ est la liberté, tel est le paradoxe de la lettre aux Galates. […] Cette liberté a donc un contenu, une direction, et entre par là même en contradiction avec ce qui ne libère l'Homme qu'en apparence mais en réalité l'asservit", on trouve un parallèle avec la notion d'essence de l'ennéagramme : la "Loi du Christ" libère ici des mécanismes de l'ego, ce qui d'un point de vue "8" n'est pas faux. Finalement, il met en garde contre l'hybris, "cet orgueil démesuré et présomptueux par lequel l'homme s'élève lui-même au rang de divinité". Le chemin du Christ est celui de l'humilité, l'orgueil n'y a pas sa place, la fausse modestie non plus… Et on se rapproche ici de la notion de contrepassion.

 

Quid des autres types de l'ennéagramme ? Pour Origène, la question ne se pose pas : il vit à une époque où la vérité est unique, tout comme Dieu est unique, tout comme le monde s'arrête aux frontières de l'Empire Romain gouverné par un seul Empereur. Cette attitude peut paraître intolérante à nos yeux modernes, ce à quoi je répondrai par une phrase de ma prof de philosophie de terminale qui était tout à fait dans cette optique : "La tolérance, ce n'est pas admettre pour vrai ce qui est faux. C'est ne pas condamner celui qui se trompe pour ses erreurs."

 

Benoît XVI pousse un peu plus loin cette réflexion en analysant l'attitude de Jacob Neusner, Rabin juif auteur de "A Rabbi Talks with Jesus". Après une conversation imaginaire, Neusner finit par rejeter Jésus car il trouble l'ordre social et se comporte comme s'il était lui-même la Loi, en rejetant le repos du Sabbat et en préférant sa famille d'adoption (ses disciples) à sa famille biologique (sa mère et ses frères). Dans l'esprit de Neusner, Jésus ne peut faire cela car en faisant cela, il remplace la Torah par sa Loi. Or s'il était véritablement Dieu, il aurait apporté la paix, reconstruit le royaume de David et vaincu la misère sur Terre (le royaume de Dieu sur Terre). La religion juive est de type 6. Le chemin d'intégration d'un 6 est soit la réussite (3), soit la paix (9), et J. Neusner de réfuter une intégration en 2 qui bouscule ainsi ses normes sociales.

 

La réponse de Benoît XVI est la suivante : les commandements visant à réguler la société, ceux là même qui ont été remis en cause par le Christ, sont en réalité laïcs ou casuistiques. "Les dispositions juridiques et sociales concrètes, les régimes politiques ne sont plus fixés par un droit sacré dont la lettre vaut pour toutes les époques et pour tous les peuples. […] [Ces] dispositifs politiques et sociaux sont renvoyés de la sphère immédiate du sacré […] qui est enraciné dans la volonté du Père qui apprend [à l'homme] à discerner ce qui est juste et bon." "Jésus ne fait donc rien d'inouï ou de tout à fait nouveau lorsqu'il oppose aux normes casuistiques et aux pratiques développées dans la Torah la pure volonté de Dieu, conçue comme une justice supérieure." Aussi, "Jésus ne se présente ni comme un rebelle, ni comme un libérateur mais comme l'interprète prophétique de la Torah, comme celui qui n'abolit pas mais qui l'accomplit […] Ainsi, la chrétienté sera tenue d'innover en matière d'ordre social […] la dignité de l'homme procédant de la dignité de Dieu". Benoît XVI justifie ainsi l'universalisation de la parole du Christ qui n'est plus liée à un lieu géographique, à une époque ou à une origine ethnique.

 

En conclusion, l'intégration en 2 d'Origène traverse le temps et se révèle être d'actualité pour Benoît XVI, comme chemin universel vers le Royaume de Dieu. La démarche a toutefois évolué à travers les siècles, dans un sens plus conforme à l'Ennéagramme : les contemporains d'Origène voyaient dans le centre émotionnel la totalité des disfonctionnements de l'âme humaine. Ceux qui préconisaient l'ascèse pour atteindre la Grâce (voir conversation sur Platon) méconnaissaient le centre mental (l'Esprit ou l'entendement) qui au lieu de servir de support à la volonté (centre instinctif) était parfois regardé avec suspicion comme le meilleur chemin vers une gnose élitiste et avare. Aujourd'hui Benoît XVI écrit au contraire : "Pour que l'Homme puisse parvenir à percevoir Dieu, les forces de son existence doivent agir ensembles." Peut-être est-ce là l'influence de la Réforme et du siècle des Lumières.

 

Cordialement,

Jorune

 

(1) Flammarion 2007 ISBN : 978-2-0812-0390-7

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Fabien Chabreuil

Bonjour Jorune,

 

Merci pour cette passionnante et fine analyse. J'ai lu, à la sortie de ce livre, que Benoît XVI ne le publiait pas en tant que pape (donc marqué par l'infaillibilité associée à sa fonction), mais en tant que Joseph Ratzinger (donc exposé à la critique). Je n'ai pas lu cet ouvrage et n'ai pas d'informations suffisantes pour en parler sur le fond, mais je voudrais juste réagir à ton commentaire pour souligner quelques points de divergence importants avec l'Ennéagramme ou avec des textes que j'ai pu écrire ici :

  • Je suis évidemment d'accord avec cette idée d'intégration en 2, l'ayant moi-même proposée dans la conversation sur le Christ il y a plus de six ans. Je voudrais ajouter deux commentaires, un théorique et un pratique :
    • Dans cette optique, l'intégration en 2 n'est clairement pas une fin, mais une étape. Elle ne doit pas être prise comme une indication de la prééminence du centre émotionnel.
    • Dans l'état actuel de l'humanité, en supposant comme indiqué dans la conversation précitée, un départ en 8, l'intégration en 2 est-elle réellement d'actualité ? Pour s'intégrer dans un autre type que le sien, encore faut-il que ce dernier soit dans un état à peu près convenable. L'humanité en est-elle là ? Doit-elle d'abord réparer son 8 ? Doit-elle même revenir d'une désintégration en 5 ? J'avais déjà soulevé ces points à l'époque dans un message certes un peu sybillin. Je crains de ne pas exprimer très bien l'orientation d'optimisme de mon type en ce domaine…

    [*]Un des intérêts de l'Ennéagramme est de pouvoir être utilisé à des niveaux logiques différents, par exemple pour l'humanité en général, pour un pays, pour une personne. Ainsi, il ne me gêne pas de dire que je suis un 7, vivant dans un pays 4 appartenant à une humanité 8. J'y vois un moyen intelligent de gérer la complexité. La conséquence de cela est que si l'humanité globalement doit s'intégrer en 2, ce n'est pas le cas individuellement des personnes qui la constituent. Ne pas faire cette distinction me semble créer le risque de jeter certains dans une impasse, voire de conforter l'ego de certains autres.

    [*]Même si le texte, tel que tu le rapportes, semble marquer un rapprochement de la conception de l'Ennéagramme d'une importance égale des centres, on a l'impression qu'il y en a un qui est un peu mieux que les autres (l'émotionnel), et un un peu moins bien (le mental, même si je soupçonne Benoît XVI de préférer ce centre…). Pour la même raison qui m'a fait rejeter l'hypothèse d'un Christ manifestant les neuf types, cette position me semble théologiquement curieuse : pourquoi les chrétiens penseraient-ils que leur Dieu a créé les centres inégaux ?

    [*]Pour l'Ennéagramme, cela a souvent été dit sur ce forum, l'amour est dans le centre instinctif et non pas émotionnel. L'amour est indispensable, mais s'il ne se transforme pas en service, il est inutile, voire égocentrique (cf. la fin de cet article).

Très amicalement,

Fabien

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Jorune

Bonjour Fabien,

 

Ta réponse pointe en effet du doigt les différences majeures entre les deux systèmes. Je ne les ai pas évoquées dans mon exposé qui était déjà très long, car il me fallait relire certains passages pour être certaine de bien comprendre. Cependant, je vais y apporter aujourd'hui un complément.

 

Dans la conversation sur Platon et l'Ennéagramme, tu avais toi-même noté que "Il semble que, aussi bien chez Platon que chez les Pères du désert, il y ait une incapacité à trouver l'équivalent égotique des passions aussi bien dans le centre mental (ce que l'Ennéagramme appelle les fixations) que dans le centre instinctif (ce que l'Ennéagramme appelle les sous-types). Pour eux, les problématiques égotiques se limitent aux problématiques émotionnelles, et c'est pour cela que l'apathéia leur semble le fin du fin, puisque cet état cumule les vertus, c'est-à-dire la dimension émotionnelle de l'essence."

 

C'est l'une des raisons pour laquelle l'analyse d'Origène aboutit sur le centre émotionnel en 2, c'est-à-dire à une prédominance du centre émotionnel. Est-ce à dire que J. Ratzinger, 1700 ans plus tard en est resté au même stade dans sa réflexion ? Je ne le pense pas : il a pris conscience du caractère "mental" de l'avarice (aussi appelée égoïsme). Cependant sa vision du monde part d'un postulat qui est détaillé dans le cinquième chapitre de son livre et qui implique, il le reconnaît lui-même, la stricte prédominance de l'extérieur sur l'intérieur.

 

Ainsi, Joseph Ratzinger écrit : "Dans la bible, "Mère" n'est pas un titre de Dieu. Pourquoi ?" Il vient de souligner qu'à plusieurs reprises, l'amour de Dieu est comparé à celui d'une mère, et pourtant Dieu reste une entité masculine.

Sa réponse est la suivante : "Les divinités mères dont le peuple d'Israël tout comme l'Eglise du Nouveau Testament étaient entourés montrent une image de la relation entre ces dieux et le monde contraire à l'image de Dieu contenue dans la Bible. Elles englobent toujours des conceptions panthéïstes qui font disparaître le Créateur et la créature. A l'inverse, l'image du Père était et reste toujours en mesure d'exprimer l'altérité du Créateur et de la créature, la souveraineté de son acte créateur."

 

Aussi, quand tu écris "dans cette optique, l'intégration en 2 n'est clairement pas une fin, mais une étape. Elle ne doit pas être prise comme une indication de la prééminence du centre émotionnel.", puis "pour l'Ennéagramme, cela a souvent été dit sur ce forum, l'amour est dans le centre instinctif et non pas émotionnel. L'amour est indispensable, mais s'il ne se transforme pas en service, il est inutile, voire égocentrique", tu te places du point de vue de non seulement de l'égalité entre les centres mais aussi de l'égalité entre les sens. Or, cette double égalité qui donne à l'Ennéagramme sa symétrie est réfutée par Benoît XVI : "Le savoir que [Dieu] nous a donné en nous créant selon sa ressemblance a été enfoui dans l'histoire, […] recouvert de multiples façons, […] sous les cendres des préjugés. C'est pourquoi Dieu […] s'adresse à nous de l'extérieur et vient en aide à notre savoir intérieur désormais trop voilé" (p. 171) et "Nous découvrons que nous ne pouvons être entièrement juste par nos propres moyens : la force de notre propre volonté nous éloigne sans cesse de la volonté de Dieu et nous fait devenir simple Terre" (p. 173). Un peu plus loin, Benoît XVI parle de "la force de gravité de notre égoïsme".

 

Dès lors, à quoi ressemble l'Ennéagramme de J. Ratzinger ? Et bien, le 2 est en haut (à la place du 9) et on va forcément dans le sens (4-1)-7-5-8-2 pour s'intégrer. Le "royaume de Dieu" est atteint quand l'Humanité sera juste (8) et intégrée en (2). Elle agira alors en syntonie avec Dieu.

Pour J. Ratzinger, le service est implicitement rendu quand le centre est tourné vers l'extérieur. Le but est d'agir sur le monde (grâce au 8) en répandant le Bien et la bonne parole (intégration en 2), de tendre l'autre joue quand on vous frappe (renoncer à la vengeance 8).

Le sens intérieur est perçu comme égoïste et stérile. Si tu reprends le schéma de l'Ennéagramme, le passage vers le sens intérieur se fait au niveau de la flèche 5 -> 7 dans le sens de la désintégration… Et de ce point de vue, effectivement, le sens intérieur n'est pas la bonne direction.

 

L'Humanité est-elle 8 pour autant aux yeux de J. Ratzinger ? Je ne le pense pas aussi optimiste… J. Ratzinger a de l'Humanité une vision très cartésienne : "Normalement, la pensée précède la parole, la cherchant et la formant", écrit-il. Il insiste aussi sur la nécessité de la conversion (acte volontaire donc 8) et la ré-évangéalisation de l'Europe par les catholiques (8) et de la prière liturgique (8) "où la parole et la voix (= le corps) nous précèdent, et notre esprit (centre mental) doit se conformer à cette voix (centre instinctif)". J Ratzinger déplore par ailleurs le rejet de Dieu dans notre société moderne, européenne et laïciste (5 aile 6 peu intégrée ?).

 

"Pour l'Ennéagramme, cela a souvent été dit sur ce forum, l'amour est dans le centre instinctif et non pas émotionnel. L'amour est indispensable, mais s'il ne se transforme pas en service, il est inutile, voire egocentrique (cf. la fin de cet article)."

Dans le livre de J. Ratzinger, le triangle est "laïc" donc neutre et concret (il permet de rendre à César ce qui lui appartient). Ce n'est donc pas un mode d'intégration possible à ses yeux. Le "nous" du Notre Père indique l'existence d'une famille qui n'est plus fondée sur la généalogie de chacun (cf. loi juive) mais sur la communion avec Jésus et un acte volontaire d'adoption qu'on appelle conversion.

 

"Pour la même raison qui m'a fait rejeter l'hypothèse d'un Christ manifestant les neuf types, cette position me semble théologiquement curieuse : pourquoi Dieu aurait-il créé les centres inégaux ?"

Dieu est-il démocrate ? Il faudra que tu lui poses la question… Par contre l'Eglise catholique n'est pas un système démocratique et cela n'est pas à l'ordre du jour. Elle a un chef : le Pape et ses prêtres sont des personnes consacrées. Le saccerdoce universel est un des dogmes de la Réforme protestante (qui n'a jamais été admis au sein de l'Eglise Catholique), Eglise Réformée dont certaines composantes admettent voir privilégient le sens intérieur, mais cela n'est pas le sujet de cette conversation.

 

Bien cordialement,

Jorune

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Fabien Chabreuil

Bonjour Jorune,

 

Juste quelques remarques sur l'Ennéagramme, je préfère rester dans mon champ de compétences.

 

"Il a pris conscience du caractère 'mental' de l'avarice (aussi appelée égoïsme)."

Je suis évidemment en total désaccord avec une telle phrase. L'Ennéagramme nous dit qu'il y a neuf formes d'égoïsme, dont six ne sont pas mentales.

 

Alors quand je lis cette équivalence "égoïsme-avarice-mental", je doute de ce que tu écris juste avant ("Ratzinger, 1700 ans plus tard en est resté au même stade dans sa réflexion ? Je ne le pense pas."). Benoît XVI n'a d'ailleurs pas la réputation d'être un pape progressiste sur le plan de la doctrine…

 

"Cependant sa vision du monde part d'un postulat qui est détaillé dans le cinquième chapitre de son livre et qui implique, il le reconnaît lui-même, la stricte prédominance de l'extérieur sur l'intérieur."

Oui, mais le 5, si je connais bien mon Ennéagramme, est orienté vers l'extérieur. Mais cet extérieur-là… décidément…

 

Ajoutons que le message du Christ (et je préfère, comme le dit le proverbe, Dieu à ses saints) recommandait d'équilibrer extérieur et intérieur : "aime ton prochain comme toi-même."

 

"Et bien, le 2 est en haut (à la place du 9)"

Dans l'Ennéagramme, le 9 est en haut sans que cela signifie une quelconque supériorité de ce type, ni que cela en fasse une finalité.

 

"Le 'royaume de Dieu' est atteint quand l'Humanité sera juste (8) et intégrée en (2). Elle agira alors en syntonie avec Dieu."

Oui, le mental, même extérieur (5), a encore disparu…

 

"Pour J. Ratzinger, le service est implicitement rendu quand le centre est tourné vers l'extérieur. Le but est d'agir sur le monde (grâce au 8) en répandant le Bien et la bonne parole (intégration en 2), de tendre l'autre joue quand on vous frappe (renoncer à la vengeance 8)."

Du point de vue de l'Ennéagramme, l'action juste du service requière certes l'amour de l'autre, mais aussi une connaissance réelle de ce qu'il est, de ce dont il a besoin, etc. Sinon, on n'a que de la compassion et pas du service.

 

"Si tu reprends le schéma de l'Ennéagramme, le passage vers le sens intérieur se fait au niveau de la flèche 5 -> 7 dans le sens de la désintégration…"

Ben non. Pour les types alpha, il se fait aussi du 2 vers le 4 dans le sens de l'intégration. Pour les mu, tu inverses.

 

"Ratzinger déplore par ailleurs le rejet de Dieu dans notre société moderne, européenne et laïciste (5 aile 6 peu intégrée ?)."

Non, c'est juste de l'ORANGE sur la Spirale Dynamique. Mais là encore, le réflexe consiste à croire que le mental est l'ennemi… (cf. discussion "Foi")

 

"Dieu est-il démocrate ?"

Il ne s'agissait pas de démocratie, mais de théologie. Dieu est censé avoir "créé l'homme à son image"… Alors pourquoi rejeter l'utilisation intérieure ? Pourquoi rejeter le centre mental ? Puisque l'homme est à l'image de Dieu, comment peut-on aimer Dieu si on n'accepte pas et on n'aime pas l'être humain dans sa totalité (les trois centres, les deux sexes, l'intérieur et l'extérieur, le corps, l'ego et l'essence, etc.) ? (Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'évolution à souhaiter…)

 

Je précise que le paragraphe précédent n'est pas l'expression d'une critique, juste d'une incompréhension totale devant tant de séparations que je perçois comme des exclusions.

 

Très amicalement,

Fabien

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Jorune

Bonsoir Fabien,

 

Alors quand je lis cette équivalence "égoïsme-avarice-mental", je doute de ce que tu écris juste avant ("Ratzinger, 1700 ans plus tard en est resté au même stade dans sa réflexion ? Je ne le pense pas."). Benoît XVI n'a d'ailleurs pas la réputation d'être un pape progressiste sur le plan de la doctrine…

Honnêtement, je ne vois pas le Pape comme quelqu'un de très moderne : les réflexions concernant la place du centre mental dans la religion catholique datent du XVIe siècle ; on a appelé cela la Réforme et cela a créé un schisme avec d'un côté les protestants, de l'autre les catholiques. Par ailleurs, le fait de considérer que la raison prime sur l'action est une position cartésienne remise en cause par la recherche moderne (cf. A.R. DAMASIO : L'Erreur de Descartes). Ceci dit, il semble remettre le centre mental à l'honneur, centre que son prédécesseur a occulté pendant un quart de siècle.

 

"Cependant sa vision du monde part d'un postulat qui est détaillé dans le cinquième chapitre de son livre et qui implique, il le reconnaît lui-même, la stricte prédominance de l'extérieur sur l'intérieur."

Oui, mais le 5, si je connais bien mon Ennéagramme, est orienté vers l'extérieur. Mais cet extérieur-là… décidément…

Et de reformuler mon propos : même le déséquilibre des centres s'estompe, le déséquilibre des sens demeure (voir s'amplifie).

 

"Et bien, le 2 est en haut (à la place du 9)"

Dans l'Ennéagramme, le 9 est en haut sans que cela signifie une quelconque supériorité de ce type, ni que cela en fasse une finalité.

Je n'en faisais pas tant une finalité que le pivot de l'ennéagramme (au sens symétrique du terme). Le 9 apporte à la figure un certain équilibre, cet équilibre est rompu par le double déséquilibre (centre et sens) du bouquin. On obtient donc une figure tronquée… sans sens intérieur possible (sans type mu et avec un triangle en pointillé !).

 

"Dieu est-il démocrate ?"

Il ne s'agissait pas de démocratie, mais de théologie. Dieu est censé avoir "créé l'homme à son image"… Alors pourquoi rejeter l'utilisation intérieure ? Pourquoi rejeter le centre mental ? Puisque l'homme est à l'image de Dieu, comment peut-on aimer Dieu si on n'accepte pas et on n'aime pas l'être humain dans sa totalité (les trois centres, les deux sexes, l'intérieur et l'extérieur, le corps, l'ego et l'essence, etc.) ? (Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'évolution à souhaiter…)

 

Je précise que le paragraphe précédent n'est pas l'expression d'une critique, juste d'une incompréhension totale devant tant de séparations que je perçois comme des exclusions..…

Moi aussi, je perçois ces exclusions… Je précise que je suis croyante, mais pas catholique, et que le sens intérieur est évoqué par d'autres théologies (et théologiens) comme une voie possible ! Par ailleurs, mon expérience personnelle en terme d'intégration m'incite à croire que mes périodes de contrephobie sont liées à un excés ou à une attention excessive portée au sens extérieur. Suivre les préconisations de Benoît XVI, à titre personnel, ne constituerait donc pas un progrès…  :perplexe:

 

Toutefois, il n'en reste pas moins vrai que son livre a été vendu à plusieurs millions d'exemplaires, dans plusieurs langues et risque d'être mis en pratique par bon nombre de personnes. Certaines d'entre elles s'inscriront peut-être dans tes formations en ayant lu et approuvé cet ouvrage. Il me paraît donc important d'en prendre connaissance, ce qui était le but de cette discussion.

 

Bien cordialement,

Jorune

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Fabien Chabreuil

Bonjour Jorune,

"Il me paraît donc important d'en prendre connaissance, ce qui était le but de cette discussion."
Tout à fait, et je te suis très reconnaissant d'avoir pris le soin de faire ce rapprochement et de le formaliser pour l'exposer ici. J'ai trouvé intéressante la discussion que cela a permis.

"Les réflexions concernant la place du centre mental dans la religion catholique datent du XVIe siècle ; on a appelé cela la Réforme et cela a créé un schisme avec d'un côté les protestants, de l'autre les catholiques."
Comme tu le sais bien, on est là plus dans la Spirale Dynamique que dans l'Ennéagramme. La Réforme s'est adaptée au monde ORANGE, là où l'Eglise catholique a refusé de le faire (cf. Violet épiscopal et Du BLEU à l'âme). Ce refus, même s'il est en partie fait pour de bonnes raisons, est une des causes importantes de la baisse d'influence du catholicisme dans nos pays.

"Toutefois, il n'en reste pas moins vrai que son livre a été vendu à plusieurs millions d'exemplaires, dans plusieurs langues et risque d'être mis en pratique par bon nombre de personnes. Certaines d'entre elles s'inscriront peut-être dans tes formations en ayant lu et approuvé cet ouvrage."
Si la hiérarchie catholique maintient une doctrine centrée en BLEU, les ouailles, elles, vivent dans un monde où ORANGE est fort et ont tendance à se construire une religion sur-mesure (cf. Et Dieu dans tout ça ?), et même à parler du Père Noël à leurs enfants !

Dans ce cas bien précis, Benoît XVI les y incite puisque, comme je l'avais rappelé en début de conversation, il a signé ce texte Joseph Ratzinger et non Benoît XVI et a écrit à son propos : "J'ai seulement cherché à aller au-delà de la pure interprétation historique et critique en appliquant les nouveaux critères méthodologiques, qui nous permettent une interprétation proprement théologique de la Bible et qui naturellement requièrent la foi sans pour cela vouloir et pouvoir absolument renoncer au sérieux historique. Assurément, il n'est pas nécessaire de dire expressément que ce livre n'est absolument pas un acte du magistère, mais uniquement l'expression de ma recherche personnelle de la 'face du Seigneur' (Ps 27, 8). Ainsi, chacun est libre de me contredire. Je demande seulement aux lectrices et aux lecteurs une approche bienveillante sans laquelle aucune compréhension n'est possible."

Très amicalement,
Fabien

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