Institut Français de

l’ennéagramme

À quoi sert tout le reste...

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Bonjour Fabien,

 

Pour essayer de faire comprendre (aux autres types et à moi-même aussi) comment je fonctionnais en tant que 4 lorsque j'étais plus jeune et avant que je n'entreprenne un travail sur moi, je vais essayer de décrire, à travers la grille de lecture de l'ennéagramme, ce qui me revient à la mémoire de mes motivations de 4.

 

Je voudrais vous parler du sentiment qu'a le 4 d'être incompris.

 

Vous le savez, le 4 a très souvent le sentiment d'être incompris.

 

Personnellement, je me sentais tellement incomprise que j'étais capable à certains moments de dire des choses non pas par conviction, mais par pure provocation, pour voir l'autre me dévisager et se demander (du moins, c'est ce que je crois) "mais de quoi elle parle   ?" Je retrouve ce plaisir (qui en même temps était une grande souffrance) que j'avais parfois à mettre l'autre dans l'incompréhension, comme pour le punir de ne pas me comprendre ou pour lui dire "tu vois, j'ai raison de penser que tu ne me comprends pas". Comme je ne pouvais mettre des mots sur mes états intérieurs, en me comportant ainsi, je matérialisais concrètement le fait d'être incomprise. Et plus je mettais l'autre dans l'incompréhension, plus je me sentais seule et mal intérieurement, mais ça je ne le comprenais alors pas. La communication, au lieu de nous rapprocher, finissait pas nous éloigner, et je me retrouvais comme au début, voire pire puisqu'une nouvelle relation venait de me confirmer ce que je savais déjà, à savoir que j'étais bien bien seule et incomprise.

 

En même temps je retrouve aussi la sensation que me procurait une telle attitude qui si elle me permettait de crier mon sentiment d'être incomprise, me faisait me sentir… eh oui… différente, particulière. Oui, j'étais capable de penser autrement, de m'exprimer autrement que les autres. Quel délice. J'étais unique  ! Eh c'est là le paradoxe de ma "quatritude". Le paradoxe, c'était que je voulais être unique et en même temps être comme les autres (oui, je sais, c'est le paradoxe d'une grande partie des jeunes mais chez un 4, ce paradoxe est aggravé par le fait que cela va passer par le filtre de l'émotionnel et qu'il y a de grande chance que cela l'emmène dans une spirale dans laquelle il lui sera difficile de sortir  : en tout cas c'est ce qui s'est passé pour moi).

 

Pas de quoi être fière et pourtant, je retrouve aujourd'hui combien en fait cela me faisait du bien et me rendait fière de me dire que je pouvais être différente. Etre différente, c'était ÊTRE, pensais-je  !!! Ce que je ne comprenais pas, c'est que la différence par le simple fait que je voulais qu'elle existe, sinon c'était moi qui n'existais tout simplement pas, matérialisait automatiquement une DIFFERENCE entre moi et l'autre, et donc créait un fossé entre moi et l'autre, fossé d'où naissait l'incompréhension. Quel dilemme  ! N'était-il pas possible d'être différent et compris en même temps  ?

 

Mais le prix à payer pour être différente était bien là  : choisir entre "être différente et incomprise" ou "comprise et…" Au fait l'opposé de différente ne serait-il pas commun, banal  ???? Si je voulais que l'autre me comprenne, ne fallait-il pas que je renonce à ma différence pour devenir (horreur) banale comme les autres et du coup renoncer à ce qui justifiait mon existence sur cette terre  ?

 

Pour échapper à la fois au profond mal-être que provoquait le fait d'être incomprise et à l'insupportable idée que je puisse être comme tout le monde, car cela aurait signifié pour moi que je n'étais plus rien donc que je n'existais plus, et tout en évitant d'avoir affaire à une relation commune (parce qu'il y avait ça aussi), je me rends donc compte aujourd'hui que j'étais ainsi capable de mettre en scène ce mal-être intérieur pour provoquer l'incompréhension de l'autre pour me certifier que j'étais incomprise.

Pendant longtemps, grâce à la grille de lecture que m'offre l'ennéagramme, je peux dire aujourd'hui que j'ai opté pour ce choix  : préserver mon besoin de me sentir originale et chercher à me comporter comme telle dans mes rencontres, mes amours, mon style de vie et tout le reste, ce qui me permettait de justifier ma présence sur terre en tant qu'Etre, mais que le prix à payer pour cela était d'accepter que je sois incomprise. J'ai tenu avec cette certitude pendant plusieurs années.

 

Mais grâce à cette analyse des choses, je me rends aussi compte aujourd'hui que l'on pouvait penser de moi l'opposé de ce que je recherchais avant tout à être, c'est-à-dire authentique. Mais si vous me l'aviez dit, à l'époque, cela aurait très certainement renforcé mon sentiment d'être incomprise et donc la mélancolie qui en découlait.

 

Je reviendrai très certainement très prochainement sur tout cela, car je sens que j'aurai encore à dire sur le sujet.  :surprised:  :thumb_up:

Bridget (4 mu, aile 3, C +/- S --/+ X +/-)

Fabien Chabreuil
Posted

Bonjour Bridget,

 

Merci pour ce beau témoignage des paradoxes et des pièges de l'ego.

 

Très amicalement,

Fabien

  • 1 month later...
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Bonjour Fabien, :calin:

 

Je voudrais revenir sur les douleurs intérieures que peut vivre un 4, et essayer de les faire comprendre (pour les mentaux) ou ressentir (pour les autres émotionnels) (tiens qu'est ce qu'on pourrait dire pour les instinctifs ?) aux autres types de l'ennéagramme.

 

J'ai expliqué dans mon précédent message comment le fait de me sentir incomprise m'isolait des autres et qu'en même temps cela renforçait mon idée d'être originale.

 

J'ai compris, en fait, avec les années, ce que me confirme l'ennéagramme aujourd'hui et ce que tu nommes, Fabien les pièges de l'ego :sorry:, que ce sentiment profond à l'intérieur de moi de n'être pas comprise des autres, s'il pouvait être source de fierté m'entraînait avant tout dans la mélancolie (fixation de mon type), voire la dépression.

 

C'est alors que je mettais en action ma passion puisque je me mettais à me comparer aux autres. Qu'avaient-ils que je n'avais pas ? Que me manquait-il pour être comme eux ?

 

Pour celui qui n'est pas de type 4, je voudrais vraiment expliquer que la passion d'envie chez un 4 n'est pas forcément tournée et/ou surtout vers des "choses" extérieures.

 

Chez moi, ce n'est pas tant les biens matériels ou autres qui attiraient mon regard, mon envie concernait ce qu'ils étaient tout simplement ou ce qu'ils vivaient.

 

Lorsque j'étais très mal, on aurait pu me combler de toutes les merveilles du monde, mon mal être intérieur était toujours là gluant comme du chewing-gum et engluant ma vie dans les tréfonds de la noirceur. J'avais le sentiment que la vie était toujours à côté de moi, mais pas pour moi. :proud:

 

J'enviais les autres car ils étaient, pour moi, encore et toujours dans l'insouciance alors que moi, soit je plongeais dans mes états intérieurs avec délices car c'était comme ça que j'avais l'impression de vivre à fond les choses, soit je me débattais avec eux lorsqu'ils devenaient trop visqueux ou qu'ils me faisaient me cogner la tête contre les murs. :sorry:

 

Ce que j'enviais le plus chez les autres, c'était qu'ils étaient "vivants" alors que moi, j'avais le sentiment que je ne pouvais pas vivre normalement. Ils pouvaient se permettre de demeurer dans les rêves de l'enfance, dans une dynamique de jeu et de vie. Moi, je ne pouvais pas.

 

Tout était triste autour de moi et en moi. A quatorze ans, le journal télévisé suffisait à me rendre mélancolique pendant plusieurs jours. Etant déjà "écolo", on va dire, je voyais déjà les catastrophes vers lesquelles nous avancions (et dont on parle maintenant) et cela renforçait ma mélancolie. N'y avait-il personne pour se rendre compte de la réalité des choses ? Les autres ne comprenaient rien, car ils ne ressentaient rien (pensais-je). Pourquoi moi étais-je différente ? :thumb_up:

 

Moi… Les autres… Je me rends compte que j'étais sans cesse en train de pratiquer cette bascule comme un mouvement de va-et-vient perpétuel.

 

Il faut dire que j'étais "malade" à cette époque, puisque je traînais sans le savoir une névrose (héritée de ma grand-mère) que j'ai dénouée dans le cabinet d'un psy quelques années plus tard, et il est vrai que le fait de dénouer des choses au niveau psy m'a énormément aidée à transcender cet ego "de malheur". J'aurai dû faire une thérapie alors que j'étais ado. Mais les choses sont ainsi et il a bien fallu que je me colle à ces états intérieurs jusqu'à la trentaine, et essayer de trouver une voie de sortie sinon c'était moi qui y passais. En écrivant cette phrase, je me rends compte qu'au fond de moi, et c'est peut-être ce qui m'a sauvé, je refusais de m'identifier à ces états intérieurs. Non je n'étais pas ça (mais cela devait être la névrose et ce qu'elle comportait qui faisait cela). Je n'étais pas cet être en souffrance permanente. Je ne pouvais pas être que cela.

 

Ainsi, de me mettre sans cesse en comparaison avec les autres, je pouvais tenter de voir ce qui clochait chez moi et qui faisait que je me sentais, et que j'étais, si différente.

 

Pour quelqu'un qui n'est pas de cet ennéatype, il est peut être difficile d'appréhender cela pour enfermer le 4 dans une boîte de 4 au contour bien défini. Un 4 cherche à être unique vous dit-on alors peut-être pourriez-vous penser : eh bien d'après ce qu'elle raconte, elle avait ce qu'elle recherchait en tant que 4. Et c'est là encore un paradoxe du 4 (en tout cas pour moi) car oui j'aimais être différente, mais je ne souhaitais pas que cette différence m'emmène dans les affres de la souffrance. Je me disais : si seulement je pouvais être comme eux, je ne ressentirais pas ce que je ressentais. J'aurais été bien, j'aurai été vivante, totalement vivante… et cela me rendait mélancolique. Mais pour cela, il fallait d'abord accepter de "rejoindre le troupeau" et ça, je n'étais pas prête à le faire. Donc résultats des courses, j'étais tout le temps mélancolique…

 

Comment faisaient-ils tous ces autres pour vivre ? Comment faisaient-ils pour ne pas se cogner la tête contre les murs car, comme le disait Françis Lalanne (que j'écoutais bien sûr à longueur de journée car lui, pensais-je, était comme moi), "la vie, la mort, plus j'y pense et plus je trouve ça dingue". Qu'est-ce que j'étais venue faire sur cette terre ? Pourquoi étions-nous dotés d'une conscience, d'un émotionnel ? J'aurai tellement aimé arrêter de penser, arrêter de ressentir, de penser que j'étais à la fois morte et en vie en même temps. Vous voyez le paradoxe et vous comprenez peut-être pourquoi les thèmes de la folie et de la mort sont chers au coeur d'un 4.

 

Je me souviens d'un moment très fort où, en quelques secondes, j'ai eu l'impression d'être emprisonnée derrière les fenêtres de mes yeux. Je dis fenêtres mais ce n'est pas le mot, je devrai dire, pour vous faire comprendre ce qui s'est passé, regardant le monde comme à travers, vous savez cet espace comme une meurtrière (je ne me rappelle plus le nom excusez-moi) dans les blockhaus qui permettait aux soldats de surveiller la campagne environnante. C'était une sensation très forte dont je n'arrivais pas à me dessaisir. Cette sensation est allée en grandissant. Elle devenait presque obsédante à tel point que je voyais les autres qu'au travers de cette sensation (j'étais tout simplement en train de vivre le début de ma dissociation d'avec mon corps). :cry:

 

En effet, je me sentais tellement séparée des autres que cette sensation s'est aussi transformée en séparation d'avec mon corps. J'étais recluse à l'intérieur d'un corps que je ne comprenais pas. Puis, une nuit, la douleur était telle qu'il m'a lâchée. J'ai pris alors très peur, car mes mains n'étaient plus mes mains, mes bras n'étaient plus mes bras. Mon psy m'a dit que j'avais fait un délire je ne sais plus quoi et que j'ai eu de la chance de ne pas sombrer dans quelque chose d'où je ne serai peut-être pas revenue de cette dissociation d'avec mon corps. J'ai dû très certainement descendre alors aux frontières de la désintégration de mon type pour aller flirter avec les abîmes de la folie ou du moins avec un de ces symptômes psychotiques au nom barbare. Qu'est-ce que tu en penses, Fabien ?

 

Mais j'ai eu tellement peur que là je me suis dis (j'avais dix sept ans) : "Ma vieille, là, c'est le début de la fin. Il faut que tu réagisses que tu t'en sortes. Tu ne peux pas passer ta vie comme ça ou sinon c'est tout droit l'hôpital psy." Je sais aujourd'hui que ce jour-là, je venais de toucher le fond de ma piscine intérieure. Ma remontée vers des eaux plus calmes a été très très dure. Et comme je vous l'ai dit plus haut, je n'étais pas suivie par un psy à l'époque et en bonne 4 que j'étais (et que je suis toujours), j'ai vécu tout cela de l'intérieur sans en parler à quiconque. Ma thérapie, je n'allais la commencer qu'à l'âge de 27 ans, mais bon sang que ça m'a fait du bien. Bien sûr, il y avait à dénouer des choses de ma vie personnelle, de mon enfance…. Mais j'avais aussi besoin d'aller voir ce qui se passait à l'intérieur de moi pour mettre des mots sur tous ces maux, toute cette vie émotionnelle intérieure intense et me sentir apaisée et comprendre qu'en vivant cette séparation émotionnelle d'avec les autres, je me sentais certes différente, mais cela finissait toujours par m'entraîner dans les bas fonds du spleen et du mal être, et plus je me séparais des autres, plus les murs de ma prison mentale s'épaississaient. :beurk:

 

Il m'a fallu encore une ou deux "bonnes claques" comme on dit pour décider enfin de rejoindre le troupeau et de sortir de ce mécanisme égotique aliénant. Je reviendrai très certainement là-dessus prochainement.

 

En tout cas que je suis heureuse d'être sortie de là et d'avoir entrepris ma remontée vers les mers plus calmes de l'intégration ! Et merci à l'ennéagramme de me montrer que tout ce que j'ai entrepris instinctivement pour me sortir de là correspond bien au travail qu'un 4 doit effectuer pour être mieux avec lui-même et les autres. :surprised:

Bridget (4 mu, aile 3, C +/- S --/+ X +/-)

Fabien Chabreuil
Posted

Bonjour Bridget,

 

Merci pour ce très beau, très émouvant et très lucide témoignage. Je pense que tu fais là, à tous les lecteurs de ce forum, un magnifique cadeau. Les non-4 peuvent y gagner en compréhension et en compassion ; les 4 peuvent y gagner en lucidité et en espérance. :surprised:

 

"Je voudrais revenir sur les douleurs intérieures que peut vivre un 4, et essayer de les faire comprendre (pour les mentaux) ou ressentir (pour les autres émotionnels) (tiens qu'est ce qu'on pourrait dire pour les instinctifs ?) aux autres types de l'ennéagramme."

Je dirais "essayer de leur faire toucher du doigt les douleurs intérieures du 4".

 

"Pour celui qui n'est pas de type 4, je voudrais vraiment expliquer que la passion d'envie chez un 4 n'est pas forcément tournée et/ou surtout vers des "choses" extérieures."

Mille fois oui ! L'envie du 4 est liée à la problématique émotionnelle de l'identité et n'a rien à voir avec le désir matériel de telle ou telle chose. Beaucoup de gens font effectivement cette confusion, et chez de nombreux 4, elle sert d'alibi à l'ego pour ne pas voir et donc traiter l'envie véritable. Ta description du mécanisme est superbement éclairante pour tous ceux-là.

 

"En effet, je me sentais tellement séparée des autres que cette sensation s'est aussi transformée en séparation d'avec mon corps. J'étais recluse à l'intérieur d'un corps que je ne comprenais pas. Puis, une nuit, la douleur était telle qu'il m'a lâchée. J'ai pris alors très peur, car mes mains n'étaient plus mes mains, mes bras n'étaient plus mes bras. Mon psy m'a dit que j'avais fait un délire je ne sais plus quoi et que j'ai eu de la chance de ne pas sombrer dans quelque chose d'où je ne serai peut-être pas revenue de cette dissociation d'avec mon corps. J'ai dû très certainement descendre alors aux frontières de la désintégration de mon type pour aller flirter avec les abîmes de la folie ou du moins avec un de ces symptômes psychotiques au nom barbare. Qu'est-ce que tu en penses, Fabien ?"

La dissociation (que nous étudions au stage Eveil) est un mécanisme de défense. Quand la souffrance est trop forte, nous avons (presque) tous ce réflexe, parfois salutaire (maladie grave, torture, etc.). Je la perçois donc plus comme un indicateur d'un problème que comme le problème lui-même.

 

Bien sûr, si la dissociation devient fréquente et durable, si comme tu le dis "on n'en revient pas", elle est à son tour un problème, mais rarement le seul. Les personnes qui pratiquent exagérément la dissociation sont le plus souvent des personnes réprimant le centre émotionnel. Il me semble qu'il y a peu de risques qu'un 4 reste enfermé dans ce processus, mais je peux me tromper.

 

Si j'ai bien compris ce qui t'es arrivé, la dissociation a eu deux fonctions positives : interrompre la souffrance et créer un signal fort qui t'a poussé à réagir. Aussi effrayante qu'ait pu être cette expérience, n'a-t-elle pas malgré tout été le début d'un sursaut salutaire ?

 

Très amicalement,

Fabien

  • 3 weeks later...
Posted

Bonjour Fabien, :angry:

 

J'ai mis un peu de temps à te répondre car j'attendais de suivre le stage "Eveil" pour voir si on parlait bien de la même chose. :cool:

 

Il est vrai que de toutes les transes que nous avons travaillées pendant ce stage, seule celle sur la dissociation n'a pas retenue mon intérêt car je ne pratique pas cette transe car étant fortement connectée à mon monde intérieur, je ne vois pas l'intérêt d'aller voir ailleurs ce qui s'y passe. Je n'ai pratiqué cette transe que deux fois dans ma vie mais cela étant dû à un choc violent,je n'ai pas fait l'exercice demandé par peur de revivre quelque chose de trop douloureux pour moi. :rofl:

 

J'ai effectivement vécu deux fois dans ma vie deux situations identiques dans lesquelles où je me suis vue "dédoublée".

 

Il s'agissait de deux évènements où je me suis retrouvée à devoir agir vite et bien pour trouver des secours car la personne avait qui j'étais s'est retrouvée brutalement entre la vie et la mort (les deux fois ces personnes étaient les hommes avec qui je vivais, la dernière allant devenir mon mari actuel).

 

C'était tellement violent pour moi émotionnellement parlant, qu'effectivement je me suis dissociée car je savais d'instinct (puisque je ne connaissais pas l'ennéagramme à cette époque) que je ne serai efficace que si je "blindais" cet émotionnel qui était en train de "péter un plomb" et que l'heure n'était pas à la contemplation ou à la sublimation de mes états intérieurs. Alors pour museler cet émotionnel bouillonnant, je me suis dissociée et j'ai pu ainsi faire les bons gestes et avoir les attitudes justes… Mais je ne te raconte pas le contre-coup quand j'ai réintégré mon corps… :beurk:

 

En écrivant cela, j'ai un sourire qui me monte aux lèvres car je suis en train de me dire "tiens, tiens, une 4 qui vit des émotions fortes non pas dans la séparation, mais bien quand l'homme de sa vie est là avec elle !" On est loin du romantisme du 4 qui vit des émotions grâce au manque de l'autre. Là, dans ce que j'ai vécu, pas besoin de se créer des films pour échapper à la banalité du moment tellement ennuyeux et qui serait tellement bien si l'autre était là. Moi, il était là et bien là et il m'emmenait, par ce qui lui arrivait, dans un torrent bouillant d'émotions fortes et incontrôlables, tellement incontrôlables que je me suis dissociée ou dédoublée.

 

Je ne pouvais tout simplement pas me contenter de me "regarder le nombril" (sous-entendant regarder mes états d'être intérieurs) car la vie d'une autre personne était en jeu. Il me fallait agir, utiliser mon centre de support (instinctif) de façon rapide et efficace.

 

Mais à bien y regarder et si je suis honnête avec moi, je dis que l'autre était là, mais ce n'est pas véritablement vrai puisqu'il était (dans les deux cas) inconscient. C'est vrai qu'en me reconnectant à ce souvenir, je me rappelle m'être sentie, les deux fois, brutalement abandonnée. Je ne pouvais pas rester sur ces ressentis et ils ont donc vite été balayés par l'urgence, mais je me rends compte que c'est comme si l'autre était parti puisque j'étais seule à devoir résoudre le problème.

 

Pour revenir à ce que tu me demandes à la fin de ton message : "Si j'ai bien compris ce qui t'es arrivé, la dissociation a eu deux fonctions positives : interrompre la souffrance et créer un signal fort qui t'a poussé à réagir. Aussi effrayante qu'ait pu être cette expérience, n'a-t-elle pas malgré tout été le début d'un sursaut salutaire ?", je ne sais pas si ce que j'ai décrit dans mon dernier message était vraiment de la dissociation car dans ce que je décrivais je ne me suis pas sentie à côté de mon corps. J'étais bien prisonnière de mon corps dans lequel je souffrais terriblement, mais c'est mon corps lui-même qui s'est morcelé. Il n'y avait plus de lien entre les mains et les bras par exemple et j'avais l'impression que mes membres n'étaient plus reliés à mon être intérieur. Je me souviens avoir regardé mes mains comme celle d'un étranger et d'en avoir pris terriblement peur. Je crois que mon mal-être intérieur était tel que je reportais sur mon corps (que je détestais) une très grande partie de la cause de tous mes tourments. Alors, il était plus simple pour moi de l'ignorer et cette ignorance était arrivée à un tel point qu'il m'a lâché.

 

Je comprends aujourd'hui la douleur indescriptible de ces fous à l'hôpital qui se mettent à hurler à voir leur bras bouger par exemple.

 

Je ne sais donc pas si c'était de la dissociation, mais effectivement lorsque cela m'est arrivé je me suis dit que j'avais touché le fond de la piscine dans laquelle je m'étais laissée allée et qu'il fallait maintenant que j'arrête de me faire souffrir autant, que je trouve une porte de sortie à tout cela. Mais la souffrance intérieure ne s'arrête pas comme ça. Pour une émotionnelle, il ne suffit pas de le décréter pour que cela soi.

 

Ca a été long, j'avais dix sept ans et il a fallu que j'attende la trentaine pour enfin me libérer de cet enfer dans lequel je vivais. Aujourd'hui, je sais que mon état de 4 n'arrangeait pas les choses et je suis heureuse, grâce à l'ennéagramme, d'avoir la confirmation que tout ce que j'ai fait depuis n'était pas vain puisque instinctivement j'ai entrepris, sans le savoir, à partir de cet épisode, ma remontée vers, peut-être, mon essence ou du moins vers plus de sérénité : il était hors de question que je passe ma vie à côté du bonheur. :beurk:

 

Connaître l'ennéagramme avant m'aurait sûrement aidée à gagner du temps et des années de compréhension mais je sais que tout devait se passer comme cela car étant quelqu'un qui a besoin d'intégrer les choses par l'expérimentation, je devais expérimenter par moi-même cette remontée, en tâtonnant certes.

 

Peut-être me diras-tu qu'il s'agissait là encore d'une stratégie de l'ego puisqu'en cherchant à m'en sortir par moi-même je vivais forcément toutes mes tentatives par le filtre de l'émotionnel d'abord, puisque j'avais là une raison d'essayer vivre intérieurement des choses intenses. Vraisemblablement ai-je d'abord tenté de remplacer une expérience intérieure douloureuse par d'autres moins extrêmes mais qui n'en restaient pas moins connectées à mon émotionnel.

 

En y regardant bien, je me rends compte que ma vie, après cet épisode, a bien encore été une vie de 4 et il m'a fallu aller dans ce que j'appelle "mon overdose émotionnelle" pour me dire que trop c'était trop, et qu'il me fallait absolument accepter de voir et de prendre les choses autrement et notamment en finissant par accepter de ne plus considérer l'émotionnel comme le seul, l'unique moteur par lequel la vie vaut la peine d'être vécue. Ce dont on j'étais le plus fière devait être revu et corrigé !!!

Ca m'a pris encore une bonne dizaine d'année (pour ne pas dire une bonne quinzaine d'année) avant d'arriver à cet état d'équilibre tant recherché. Je voudrai donc dire à des 4 quelque peu désespérés que l'on peut y arriver et même si cet équilibre est à travailler en permanence, il n'en reste pas moins vrai que lorsque l'on a trouvé et vécu ce point d'équilibre, il est quand même plus facile, non pas de le retrouver d'emblée, mais au moins de retrouver la route pour y parvenir lorsque les tempêtes émotionnelles sont à nouveau là.

 

J'espère que ces quelques lignes ont été éclairantes. :proud:

Je t'embrasse,

Bridget :calin:

Bridget (4 mu, aile 3, C +/- S --/+ X +/-)

Fabien Chabreuil
Posted

Bonjour Bridget,

 

Merci d'avoir continué ce témoignage. J'admire ton courage et apprécie le message d'espoir que tu nous délivres. Les excès de la désintégration peuvent nous conduire au pire, mais il y a toujours une possibilité de remonter vers la vie et l'essence. Puissions-nous nous en souvenir.

 

"Il s'agissait de deux évènements où je me suis retrouvée à devoir agir vite et bien pour trouver des secours car la personne avait qui j'étais s'est retrouvée brutalement entre la vie et la mort (les deux fois ces personnes étaient les hommes avec qui je vivais, la dernière allant devenir mon mari actuel)."

Ici, on n'est bien dans un phénomène de dissociation, mais c'est un véritable mécanisme de survie. Dans des circonstances extrêmes, il est normal que l'attention se focalise sur l'action immédiate et indispensable. Techniquement, puisque l'attention est à 100% sur l'action, on est bien dans une transe égotique. Pratiquement, je n'ai pas envie d'appeler cela comme cela. Je serais tenté d'utiliser plutôt le modèle de la Spirale Dynamique et d'y voir une régression en BEIGE c'est-à-dire dans un état qui est en fait pré-égotique.

 

"C'est vrai qu'en me reconnectant à ce souvenir, je me rappelle m'être sentie, les deux fois, brutalement abandonnée."

Voilà qui est très lucide et fort intéressant. En tant que non-4, il ne me viendrait jamais à l'idée (ou au sentiment) de me sentir abandonné en de telles circonstances.

 

"Je ne sais pas si ce que j'ai décrit dans mon dernier message était vraiment de la dissociation car dans ce que je décrivais je ne me suis pas sentie à côté de mon corps. J'étais bien prisonnière de mon corps dans lequel je souffrais terriblement, mais c'est mon corps lui-même qui s'est morcelé. Il n'y avait plus de lien entre les mains et les bras par exemple et j'avais l'impression que mes membres n'étaient plus reliés à mon être intérieur. Je me souviens avoir regardé mes mains comme celle d'un étranger et d'en avoir pris terriblement peur."

Effectivement, il y a là une transe beaucoup plus complexe qu'une simple dissociation, même si la dissociation est présente. Mais, il est inutile d'essayer d'analyser a posteriori la structure de la transe. :angry:

 

"Connaître l'ennéagramme avant m'aurait sûrement aidée à gagner du temps et des années de compréhension mais je sais que tout devait se passer comme cela car étant quelqu'un qui a besoin d'intégrer les choses par l'expérimentation, je devais expérimenter par moi-même cette remontée, en tâtonnant certes."

Oui, c'est triste, mais il y a parfois des choses qu'on n'apprend qu'en commettant certaines erreurs, quelles que soient les mises en garde.

 

Très amicalement,

Fabien

Posted

Bonjour Fabien,

 

Merci pour ces commentaires et pour ta compréhension (oui, oui, je dis bien compréhension car il n'y a pas de doute possible : tu n'es pas 4 mais tu arrives bien à entrer dans mon univers et je t'en remercie !). J'aime particulièrement l'expression "remontée vers la vie" qui me donne vraiment l'impression que tu me comprends !!!!! :proud: :proud: :proud:

 

Je reviens donc à ce que j'ai développé dans un message ultérieur sur mon analyse des paradoxes du 4, notamment dans son besoin d'être compris pour ne plus avoir le sentiment d'être seul et abandonné de tous et livré à ses émotions intérieures (ce qui renforce son impression d'isolement du reste du monde), et en même temps l'évitement de prendre le risque d'être compris car la compréhension de l'autre, si elle lui donne un sentiment de fusion, l'entraîne à ne plus être original car il sera ainsi noyé au grand troupeau de la masse des individus et n'aura plus le sentiment d'exister, ce qui créera à nouveau des tempêtes émotionnelles intérieures qui lui donneront le sentiment de ne pas être compris… et on est reparti pour un tour !!!!! :beurk:

 

L'évitement de la banalité demeure tant que l'autre ne me comprendra pas, pensais-je donc (en d'autres termes, bien sûr). Dès lors qu'une compréhension s'installe, l'originalité disparaît. A moins que l'autre soit aussi original et que le refuge que représente le groupe "marginal", donc original qu'il aura rejoint, lui permette d'entretenir ce sentiment d'être plusieurs à être incompris du reste du monde, ce qui lui permet de rester sur sa certitude d'être original.

 

Que les stratégies de l'ego peuvent être compliquées ! Et pourtant c'est dans cette complexité que je me suis contorsionnée pendant des années avant d'envisager "une autre façon de faire et d'être" (petit clin d'œil à la 4 que je suis qui a déployé pour ce faire son aile 3 !). :tongue:

 

Ma passion qui est, je le rappelle, l'envie me faisait certes regarder l'herbe du voisin mais je voyais bien qu'une autre vie était possible et que ce n'était pas, ce ne pouvait être un rêve, une vision idéaliste et utopique de ma part. Alors je me disais pourquoi ne serais-je pas capable d'avoir la même vision de la vie qu'eux ou pourquoi n'y aurais-je pas, moi aussi, droit à cette vie qui me semblait bien moins compliquée chez les autres !!!!

 

Suite à tes commentaires et pour répondre réellement à ta question, "aussi effrayante qu'ait pu être cette expérience, n'a-t-elle pas malgré tout été le début d'un sursaut salutaire ?", ma "remontée vers la vie" après cet épisode très douloureux et effrayant, que nous appellerons de "dissociation" (même s'il est plus complexe que cela), s'est passée en plusieurs étapes dont deux que je vais tenter de te faire partager.

 

1– Ne plus porter mon attention sur ce qui se passait à l'intérieur de moi, mais aller chercher vers l'extérieur des émotions suffisamment fortes qu'elles m'en aurait fait oublier ce qui se passait à l'intérieur de moi. (Bien sûr cette stratégie était alors complètement inconsciente. C'est maintenant avec le regard de l'ennéagramme que je comprends cela) :calin:

 

Comme mes états intérieurs me torturaient car il s'y passait des tempêtes que je n'arrivais pas à comprendre, j'ai commencé à sortir de mon château fort intérieur pour vivre la vie, que je croyais être la vraie vie, à l'extérieur de mon être. Et si jamais une tempête venait à se présenter, je l'associais à ce que je vivais à l'extérieur : c'était toujours la faute à l'autre qui m'avait emmenée là-dedans, ou la faute aux évènements eux-mêmes ! Je m'étais trouvée un prétexte, un semblant d'explication logique, à mes yeux, pouvant expliquer mes états intérieurs. Ce que je vivais à l'extérieur était tellement intense émotionnellement parlant qu'il était normal que je sois retournée à l'intérieur de moi !!!! Je me mentais tout simplement à moi-même !!!!

 

A partir de 18 ans, ma vie a tourné grâce et autour de deux rencontres importantes : celle de mon compagnon avec qui j'allais vivre une tranche de vie de 12 ans, et celle d'amis artistes rencontrés lors d'une exposition de peinture que j'avais organisée pour le compte de ma commune.

 

Ce garçon et surtout cette famille d'artistes avaient la caractéristique d'être ce que l'on peut nommer des "marginaux". Mes futurs amis vivaient toujours loin de tout et aimait arborer une vie de marginaux en marge du système avec tout ce que cela peut comporter (pas de numéro de sécurité sociale, pas d'adresse déclarée et une devise anarchiste en banderole ("ni dieu, ni maître'… enfin tu vois le genre !). :crazy:

 

Avec eux, j'avais une raison de vivre cette existence puisque je n'étais plus seule à penser comme je pensais, et surtout avec eux mes émotions étaient enfin connues et reconnues. Je pouvais les vivre sans tabou, en parler librement et être comprise d'eux. Tant pis si la terre entière ne me comprenait pas et si je ne comprenais pas la terre entière, eux me reconnaissaient, m'acceptaient et étaient comme moi (pensais-je). C'était le plus important à mon coeur et à mes yeux. J'ai tenu avec cette certitude pendant une dizaine d'années. :cool:

 

J'ai eu, avec ce compagnon et ces amis, une vie de 4 comme tu nous l'as décrit dans les stages ennéagramme, avec toujours cette pointe d'originalité qui mettait du pigment à mon quotidien. Combien de fois n'avons-nous pas vécu des moments si intenses au niveau des émotions et des sentiments que j'avais vraiment l'impression de vivre ! :calin:

 

Donc, en me rappelant comment s'est déroulé ma vie après cet épisode de "dissociation forte", je vois bien que mes mécanismes égotiques ont conduit chacun de mes choix.

 

Bien sûr, de cette vie basée sur la recherche (inconsciente) d'émotions intenses, il en a forcément résulté des chocs émotionnels également d'une grande intensité.

 

J'ajoute aussi que si cet épisode de "dissociation forte" a été un électrochoc et a contribué au début de ma remontée vers la vie, il n'en demeure pas moins qu'il a fallu que je passe encore et encore, par des moments de grande souffrance intérieure et des chocs émotionnels si forts et si puissants que j'ai été obligée de plier les genoux, de vomir ma souffrance et de hurler mon ras-le bol de tout cela. J'ai aussi dû renoncer à mes stratégies déployées sur lesquelles je ne pensais pourtant pas devoir revenir.

 

Je reconnais que la rage qui m'habitait alors a été une bonne arme pour tenir debout. C'est elle qui m'a empêché de franchir certaines limites que je me serais, sans elle, très certainement autorisée à dépasser. C'est elle qui me ramenait à la Vie à chaque fois que je flanchais. J'avais toujours dans la tête cette certitude à laquelle je me raccrochais comme à une bouée de sauvetage : la vie ne pouvait pas être que ces états d'être intérieurs infernaux (que je retrouvais vite une fois que je n'étais plus avec mes amis évoqués ci-dessus), il devait y avoir une autre vie en dehors de tout ça. Il suffisait de trouver le chemin pour y parvenir. Mais le quotidien de mon être et de mon vécu me montrait que cela n'était pas aussi simple que cela. L'intention ne suffisait pas pour l'atteindre. Alors je suis passée à une autre étape.

 

2– Me rendre compte que la cause de mes souffrances ne venait ni de mon intérieur ni de l'extérieur mais que c'était mon fonctionnement propre qui occasionnait cela. Ne fallait-il tout simplement pas accepter cet état de fait ?

 

Mais pour cela il fallait que je passe encore deux étapes principales : celle de l'affrontement avec ma peur profonde de l'abandon et celle de chocs émotionnels d'une violence si incroyable qu'ils m'ont fait dire que trop c'était trop. :beurk:

 

L'épisode de dissociation décrit dans mon précédent texte a effectivement contribué à ma "remontée vers la vie", mais il m'a fallu encore trois sursauts salutaires provoqués par des chocs émotionnels plus violents que ce que je pouvais supporter et qui ont été pour moi comme des "overdoses émotionnelles" dans lesquelles je ne voulais absolument plus retourner.

 

Un de ces chocs allait arriver par ces amis si chers à mon coeur dont je parlais plus haut.

 

En effet, je ne pouvais imaginer qu'ils allaient me rejeter et me renvoyer à cette peur la plus profonde et que je refusais de tout mon être : la peur de l'abandon associé à la peur d'être rejetée du groupe que nous formions. Pourtant tel fût le cas. Ils sont partis un jour sans laisser d'adresse me laissant orpheline, moi qu'ils nommaient la fille de la famille, abandonnée du jour au lendemain, sans explication aucune. J'ai remuée la terre entière, mais sans succès, pour les retrouver. J'ai mis des années à me remettre de cela.

 

Je devais alors voir le kiné toutes les semaines tellement ma colonne vertébrale n'arrivait pas à rester droite. A l'instar de ce qui se passait en moi, mon axe porteur ne me portait plus. Le sol s'était littéralement dérobé sous mes pas. Le pire que je n'osais imaginer m'était arrivé. J'avais été trahie et abandonnée sans explication aucune, rejetée et livrée à mes tempêtes intérieures sans plus personne pour me soutenir. :beurk:

C'est avec cet épisode que j'ai pu expérimenter ce que Fabien et Patricia nous ont enseigné dans le stage Pardon. Il a fallu que je me remette debout, puis que je pardonne pour colmater cette plaie ouverte. C'est là, une fois le baume du pardon ayant fait son effet (ça m'a pris plusieurs années je te l'assure) que je me suis rendue compte qu'en fait j'étais le propre fabricant de mes souffrances. D'avoir pardonné et de ressentir le calme après toute cette tempête me faisait sentir combien, en prenant de la hauteur, en n'étant plus collé et englué dans mes péripéties intérieures, je pouvais être autrement à l'intérieur de moi et vivre les choses de façon différente.

J'ai d'ailleurs pu encore expérimenter cela lors du dernier stage Pardon, et je vous remercie Fabien et Patricia pour cette piqûre de rappel car on a très vite tendance à oublier le chemin qui mène à ces prairies plus vertes :angry: de la sérénité gagnée. Je développerai peut-être cela dans un prochain message.

 

Voilà comment s'est passée ma "remontée vers la vie" comme tu dis si bien Fabien. :proud:

 

J'espère que cela a été éclairant. J'ajoute que je trouve intéressant d'en parler à la lumière de son type car il est clair maintenant (en tout cas pour moi) que les mécanismes égotiques étaient, pour partie, à l'origine de mes souffrances…

 

Enfin, je me demande (et c'est une question que je te pose Fabien, si ce que je viens de décrire ne fait pas aussi référence aux mécanismes des sous-types ? :rofl:

 

En effet, je pense confirmer dans ce que je viens de décrire mon instinct social qui m'a conduit à rechercher un groupe pour assouvir mon idéal communautaire et entretenir l'illusion qui était que grâce à eux, mes amis et le groupe qu'il formait, je pouvais obtenir de l'extérieur de moi-même ce qui me manquait à l'intérieur (amour, approbation, acceptation…).

 

Je me suis identifiée à ce groupe dans lequel j'avais ma place puisque on me disait "la fille de la famille". Mon attitude associable était complètement assouvie puisqu'ils étaient des marginaux vivant en marge du système. Ma plus grande peur vis-à-vis d'eux a été d'être rejetée, ce qui s'est effectivement passé.

 

La question que je me pose est la suivante, et j'espère, Fabien que tu pourras m'éclairer : le fait d'avoir vécu cette "régression en BEIGE" suite aux "malaises" de ces deux personnes que je décrivais dans mon précédent texte, puis ce rejet de mes amis, n'a-t-il pas contribué à me faire travailler mon sous-type conservation (avec la décision d'en finir avec les situations de mises en danger) dans un premier temps et le sous type social (tourné vers une forte asociabilité) dans un second temps ou non ? :beurk:

En travaillant (involontairement) sur mes sous-types, n'ai-je pas pris conscience de mes mécanismes, et en en prenant conscience, voire de ce fait, n'ai-je pas mieux envisagé les stratégies à adopter pour tenter de m'en sortir ? :beurk:

 

(Je te parle plutôt de sous-types plutôt que de Spirale Dynamique puisque je n'ai pas encore suivi les stages s'y rapportant).

 

Merci de ton soutien et de ta réponse.

Bien amicalement.

Bridget (4 mu, aile 3, C +/- S --/+ X +/-)

Fabien Chabreuil
Posted

Bonjour Bridget,

 

"Il n'y a pas de doute possible : tu n'es pas 4 mais tu arrives bien à entrer dans mon univers et je t'en remercie ! J'aime particulièrement l'expression 'remontée vers la vie' qui me donne vraiment l'impression que tu me comprends !!!!! :cool::rofl::beurk:"

J'aime à me dire que je comprends, mais la subtilité et la richesse de ton témoignage me montrent aussi tout ce que j'ai à découvrir. Merci de l'enrichissement que tu m'apportes et que tu nous apportes à tous. Découvrir ainsi le cheminement d'une personnalité 4, les errements, les fausses pistes et finalement l'existence et la découverte d'une porte ouverte vers plus d'équanimité est un trésor.

 

"Me rendre compte que la cause de mes souffrances ne venait ni de mon intérieur ni de l'extérieur mais que c'était mon fonctionnement propre qui occasionnait cela. Ne fallait-il tout simplement pas accepter cet état de fait ?"

Il n'y a pas que les 4 qui doivent découvrir cela. Certains commencent par s'accuser, d'autres par accuser les autres, mais à l'arrivée il nous faut accepter avec amour que ce sont des mécanismes en nous mais qui ne sont pas nous. Et comme c'est étrange que ce soit si difficile…

 

"Je pense confirmer dans ce que je viens de décrire mon instinct social qui m'a conduit à rechercher un groupe pour assouvir mon idéal communautaire et entretenir l'illusion qui était que grâce à eux, mes amis et le groupe qu'il formait, je pouvais obtenir de l'extérieur de moi-même ce qui me manquait à l'intérieur (amour, approbation, acceptation…)."

Oui, c'est très clairement une belle description de l'impact de l'instinct social, et la manière dont cela s'est termné est peut-être une des raisons pour lesquelles à ce jour ta signature dit S--/+. Au sein de ce groupe, vivais-tu la honte qui est le sous-type social du 4 ou bien au contraire ce groupe représentait-il un idéal d'instinct social fonctionnant bien, ce qui aurait rendu la séparation encore plus douloureuse ?

 

"Le fait d'avoir vécu cette "régression en BEIGE" suite aux "malaises" de ces deux personnes que je décrivais dans mon précédent texte, puis ce rejet de mes amis, n'a-t-il pas contribué à me faire travailler mon sous-type conservation (avec la décision d'en finir avec les situations de mises en danger) dans un premier temps et le sous type social (tourné vers une forte asociabilité) dans un second temps ou non ? :angry: En travaillant (involontairement) sur mes sous-types, n'ai-je pas pris conscience de mes mécanismes, et en en prenant conscience, voire de ce fait, n'ai-je pas mieux envisagé les stratégies à adopter pour tenter de m'en sortir ? :proud:"

Oui et c'est intéressant que ces deux épisodes se soient manifestés dans l'ordre de mise en place des instincts qui est aussi l'ordre dans lequel ils doivent être traités. On retrouve ce dont nous discutions dans les messages précédents, un apprentissage très douleureux, mais un véritable apprentissage quand même.

 

"Je te parle plutôt de sous-types plutôt que de Spirale Dynamique puisque je n'ai pas encore suivi les stages s'y rapportant."

Le BEIGE de Spirale Dynamique inclut l'instinct de conservation de l'Ennéagramme.

 

Très amicalement,

Fabien

  • 2 weeks later...
Posted

Bonjour Fabien, :sarcastic:

 

Je ne répondrai pas tout de suite à ta question car j'aimerais tout d'abord rajouter ceci : :sarcastic:

 

Les épreuves décrites précédemment ont eu, comme je l'ai expliqué, pour effet de me faire plier et de me placer par rapport à un choix : soit je tentais de changer carrément de comportements et de motivations (c'est comme cela que je m'expliquais les choses à cette époque), soit j'acceptais de continuer à souffrir.

 

Tout d'abord il a fallu que je prenne conscience, grâce au pardon que j'allais devoir expérimenter (le pardon envers ces amis qui m'avaient abandonnées), que je pouvais prendre de la hauteur et que de cette hauteur, tout était beaucoup plus facile. Mais encore fallait-il arriver à monter, et ça je me rendais bien compte que ce n'était pas une mince affaire !!!!

 

Mon choix se portait pourtant vers la joie et la vie car comme je l'ai dit dans mon précédent texte, j'ai toujours eu une connexion forte à la rage qui m'habitait : la rage de m'en sortir, la rage de trouver quelque part une voie pour atteindre plus de sérénité et de joie, la rage de refuser que la vie n'est que souffrance.

 

Ca n'a pas été tout seul mais je me souviens très bien ce jour où mon corps, ma tête n'en pouvant plus de souffrir sous l'emprise d'états émotionnels asphyxiants, j'en ai eu vraiment plus qu'assez et je m'entends encore hurler et crier ma défaite pour déclamer que désormais "j'acceptais de rejoindre le troupeau, que je ne ferai plus un seul effort pour tenter de m'en sortir (à la lumière de l'ennéagramme je peux dire que cela sous-entendait tenter de sortir de la masse !!!!). J'étais vaincue c'était fini !"

 

Je jurais de passer le restant de ma vie dans une vie de "madame tout le monde". C'en était fini de se mettre dans des situations impossibles à gérer émotionnellement parlant, et tout ça pour ne pas être comme les autres ou du moins s'en persuader. Oh oui, ça sera peut-être insipide mais si c'était le prix à payer pour être bien, je le ferai. Je reprécise que lorsque j'ai déclamé tout cela je ne connaissais pas l'ennéagramme, mais c'était la souffrance qui m'avait fait prendre conscience de mes mécanismes sans que je puisse bien sûr les expliquer. Mais je ressentais que ma stratégie pour vivre cette vie n'était pas la bonne. OK les autres y étaient pour quelque chose mais n'étais-je pas moi aussi responsable de cet état intérieur douloureux ?

 

Bizarrement, de hurler ou plutôt de vomir tout ça m'a énormément apaisée. J'ai eu brutalement l'impression, le sentiment que la guerre était soudainement finie et que les choses allaient désormais pouvoir être complètement différentes. Moins pimentées certes, mais au moins avec l'intuition que le yoyo infernal du grand huit s'atténuerait. Je pouvais descendre du manège et réapprendre à marcher sur un sol ferme…

 

Il avait juste fallu que j'accepte de franchir cette porte, que je prenne cette décision de descendre de ce manège infernal. Cela semblait si simple une fois qu'on l'a fait, et si compliqué tant qu'on ne l'a pas expérimenté. Bien sûr mes mécanisme de 4 étaient et sont toujours là, mais c'est différent maintenant, si différent. Et l'ennéagramme vient comme me montrer que la route que j'ai empruntée était bien la bonne. Je ne m'étais pas trompée !!!!!

 

A partir de ce moment, les acceptations se sont enchaînées les unes aux autres. J'ai accepté de voir les autres, tous les autres comme uniques. Je me rappelle la joie que me procurait une promenade dans la rue car j'avais l'impression de découvrir chaque être avec ce qu'il a de particulier et d'unique. Je me réconciliais avec tous ces autres, et que je sois comprise ou pas n'avait plus d'importance pour moi. J'avais l'impression que mes yeux s'étaient soudainement ouverts sur un monde que je ne connaissais pas. La seule vue d'une fleur ou le sourire d'un enfant pouvait me comblait de bonheur pour la journée entière. Mon attention n'était plus attirée par ce qui me manquait pour être bien, mais vers tout ce qui était beau et qui pouvait susciter des émotions heureuses. Ces moments étaient d'une rare intensité, mais toujours dans la simplicité et l'apaisement. Mes émotions étaient toujours là, (mon ego aussi !!!!) l'intensité également quoique différente, mais j'étais en paix.

 

Si c'était la souffrance qui m'avait emmenée dans cet espace, je ne regrettais pas le chemin parcouru !!!!!! :pt1cable:

 

Je sais Fabien, je n'ai pas répondu à ta question mais ce n'est que partie remise car je compte bien essayer d'expliquer plus à fond ce sous-type social auquel j'appartiens et sur lequel porte ton interrogation.

 

Je t'embrasse. :happy:

Bridget (4 mu, aile 3, C +/- S --/+ X +/-)

Fabien Chabreuil
Posted

Bonjour Bridget,

 

"Il avait juste fallu que j'accepte de franchir cette porte, que je prenne cette décision de descendre de ce manège infernal. Cela semblait si simple une fois qu'on l'a fait, et si compliqué tant qu'on ne l'a pas expérimenté."

Oui, c'est vrai, l'intégration se résume à cela, mais qu'est-ce qu'on a peur de la franchir cette porte…

 

Très amicalement, :happy:

Fabien

  • 3 months later...
Posted

Bonjour Fabien, :rofl:

 

Je suis désolée de ne pas t'avoir répondu plus vite, mais la vie m'a emportée dans un flot d'activités qui m'a quelque peu éloignée du forum. C'est avec un réel plaisir que je reviens converser avec toi et tenter de trouver une réponse à ta question concernant mon sous-type social. :happy:

 

"Vivais-tu la honte… ou bien, au contraire, ce groupe représentait-il un idéal social fonctionnant bien, ce qui aurait rendu la séparation encore plus douloureuse ?"

 

Tout d'abord, je dois dire que le mot "honte" m'a quelque peu posé quelques interrogations lorsque je me suis reconnue de ce sous type lors du stage qui leur était consacré. La honte n'a pas été un sentiment que j'avais identifié en tant que tel, et je ne pense pas que tel aurait été le terme que j'aurai utilisé en tentant d'expliquer ce que je ressentais à propos de mon rapport aux groupes. :hautetfort:

 

Dans le cas qui nous intéresse ici, je peux dire que je ne ressentais pas la honte dans ce groupe, car son fonctionnement marginal était effectivement pour moi un "idéal d'instinct social" qui correspondait à mon propre mode de fonctionnement.

 

Le fonctionnement de ce groupe avec leur mode de vie, de pensée, etc. correspondait exactement à la manière dont je pensais qu'un groupe devait fonctionner pour que le monde "tourne rond". Je ne me sentais donc pas en décalage avec eux mais plutôt avec le monde qui nous entourait. :cool:

 

Ce groupe fonctionnait sur des systèmes de valeur forts, pour moi, c'est-à-dire des valeurs qui, toujours pour moi, faisaient sens et qui en plus me permettaient de vivre dans l'intensité émotionnelle permanente. Effectivement, il s'agissait de personnes vivant au milieu de la nature et pratiquant un art de vivre en complète harmonie avec les arbres, les animaux, la terre… bref tout ce qui pouvait et peut encore me faire vibrer à l'heure d'aujourd'hui.

 

Faire la fête toute la nuit sous les étoiles et danser autour d'un feu de camp immense ou encore nos virées dans la forêt la nuit pour ensuite coucher à la belle étoile sont autant de souvenir, pour moi, qui gardent cette empreinte de liberté enfin accessible que je n'oublierai pas. La maison était remplie en permanence de jeunes des environs qui trouvaient là un espace de liberté, de communication et d'échanges à la mesure de leurs idéaux de jeunesse. Toutes les émotions étaient vécues sans tabous aucun. L'amour, la joie, la tristesse, la mélancolie y étaient en permanence exprimés et servaient d'ailleurs de terreau à tous les élans artistiques des uns et des autres.

 

Les années hippies et baba cool se vivaient avec ces gens, bien après leur déclin, à chaque seconde mais pour moi ce n'était que la façon "normale et authentique de vivre" à laquelle j'aspirais, et ce au-delà des modes quelles qu'elles soient. Je dois préciser que cette liaison à ce groupe a duré quinze ans. :rofl:

 

Je comprends maintenant que mes mécanismes égotiques pouvaient s'exprimer alors dans toute leur ampleur, mais quand ces gens sont partis sans laisser d'adresse (après que je venais de leur prêter une grosse somme d'argent), ce qui m'a laissée comme une orpheline au bord du chemin. Mais là encore je n'ai pas réellement vécue la honte vis-à-vis d'eux à moins que les questions que je me posais (mais que je pense être légitime sans les rattacher à un sentiment de honte en tant que tel) sur ce que j'avais bien pu faire pour mériter ce rejet. Effectivement, je me suis demandée ce qui pouvait ou avait pu clocher en moi pour que l'on me traite ainsi. Mais je ne peux pas dire que cela soit rattaché à de la honte en tant que telle à moins que, tellement habituée à penser (croyance quand je te tiens !) qu'il y ait quelque chose qui cloche en moi, je ne puisse identifier cela à de la honte. :happy:

 

Mais je sais aujourd'hui que cette séparation brutale, aussi douloureuse fût-elle, a été réellement libératrice et m'a emmenée sur la voie de mon vrai Moi alors que je pensais, lorsque je vivais auprès d'eux, que c'était justement avec eux que j'étais réellement moi-même. Quelle illusion ! :surprised:

 

Je n'ai d'abord pas compris ce qui se passait et tour à tour leur en ai voulu longtemps et m'en voulais d'être ce que j'étais avant que j'entreprenne petit à petit un travail de pardon (au passage je recommande le stage "Pardon" à tous ceux qui auraient à emprunter ce chemin) pour retrouver mon intégrité en même temps que grandie de cette expérience.

 

J'ai su qu'il avait fallu vivre directement ce sentiment enfoui d'abandon pour pouvoir retrouver le chemin de ma libération. En fin de compte, jusqu'au bout ces gens n'avaient cessé de me faire des cadeaux, car c'est bien grâce à eux que je peux aujourd'hui vivre beaucoup mieux les paradoxes de mon type.

 

J'ai cependant retentée l'expérience du "groupe" quelques années plus tard, pas dans le même contexte et pas du tout avec les même profils de personnes, mais avec des personnes qui partageaient les mêmes valeurs, spirituelles notamment.

 

Là encore, j'ai été amenée à nouveau à revivre une rupture brutale (le "je t'attire et je te rejette" me poursuis !) mais là, j'avais quelques armes pour que la traversée du désert soit moins longue et mois douloureuse.

 

Mais cette deuxième rupture était encore nécessaire pour qu'aujourd'hui, je ne m'implique plus dans un groupe quel qu'il soit. Désormais, je rentre, je sors mais je ne cherche plus à y comprendre ma place. J'y suis parce que j'y suis et lorsque l'heure est de partir, je pars. Point barre. :cool:

 

Par contre, je reste toujours aussi mal à l'aise si je me trouve dans un groupe dans lequel je n'ai rien à y faire (ou y être !) : un cocktail le soir, ou une représentation quelconque où je suis obligée d'aller à l'occasion de mon travail par exemple me mettent toujours dans des états d'important malaise. C'est là qu'une connexion à la honte de ne pas être comme les autres pourrait peut-être surgir.

 

Voilà Fabien, j'espère avoir répondu à la question.

 

Amicalement. :kiss2:

Bridget (4 mu, aile 3, C +/- S --/+ X +/-)

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