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l’ennéagramme

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Jorune

Platon et l'ennéagramme

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Jorune

Et si la vision du monde de Platon avait influencé l'ennéagramme ?

 

Je sais que certains d'entre vous sont calés en philosophie, ce qui n'est pas mon cas, aussi je vous soumets la question !

Je me bornerai pour ma part d'apporter les quelques éléments historiques et sociologiques qui m'amènent à m'interroger.

 

Platon a inventé une vision du monde dite platonicienne. Cette vision du monde a ensuite influencé d'autres religions, notamment des juifs, des chrétiens (dont les fameux Pères de l'église) et des judéo-chrétiens (dont certains s'enfuirent vers le sud de l'Arabie et perdurèrent jusqu'au Xe siècle où ils eurent le temps d'influencer la troisième religion monothéiste qui adopta certaines de leurs pratiques).

Je ne pense pas que l'ennéagramme ait été inventé à partir de rien en 1960, et, comme certains spécialistes semblent reconnaître l'influence d'Evagre le Pontique et des mystiques Soufis, je ne pense pas inconcevable qu'il puisse y avoir une influence antique dans la conception de ce système.

 

Deux idées de Platon me semblent avoir été reprises dans l'ennéagramme :

- l'idée d'un monde supérieur "réel" dont le monde inférieur "matériel" ne serait qu'un reflet imparfait (le créateur ayant dilué les âmes en les mélangeant avec des matériaux impurs) ;

- l'idée d'un individu tripartite.

Je rapproche la seconde idée des notions de corps, d'ego et d'essence, des trois centres, des trois instincts, des trois parties (cercle, triangle, et "fer à cheval anguleux" de l'ennéagramme). Quant à la première, et bien c'est l'idée que l'ego n'est que la fausse personnalité de l'essence, et que la contrepassion ne fait qu'imiter la vertu d'un type.

 

Reste à savoir comment passer du monde matériel imparfait au monde du créateur parfait. A cela, l'Antiquité apportait deux types de réponses la gnose ou l'ascèse.

 

1. La gnose

 

La gnose, c'est la connaissance révélée par un prophète, un messie, un dieu ou un extra-terrestre qui apporte sa vision du monde parfait aux petits êtres de matière que nous sommes et qui, sans aide extérieure, ne peuvent percevoir la réalité du monde. Certains êtres de matière sont trop attachés à la réalité du monde pour écouter l'envoyé. Pour eux, point de salut… Les autres arrivent à se libérer (généralement au moment de leur mort) et à regagner le monde supérieur. L'idée d'une relation entre la pensée de Platon et le gnosticisme, en particulier le gnosticisme chrétien, est assez récente : pendant longtemps, on n'a connu ce courant que par ses détracteurs. Des trouvailles archéologiques exploitées depuis 2002 (dont le testament dit de Judas) ont permis de faire le lien entre le philosophe grec et ce courant de pensée.

 

Les religions à mystère de l'Antiquité véhiculent des idées et des pratiques "magiques" ou du moins perçues comme telles à l'époque, car contraires à ce que les gens pensent ou font habituellement. Par exemple, quand la religion officielle sacrifie un boeuf ou un mouton, le rituel gnostique utilise un chat ou un âne… Quand la religion officielle considère Judas comme un traître, la religion gnostique le récupère et en fait "le seul véritable intime du Christ". Le vMème ROUGE arrive sous les traits du héros sauveur de l'humanité (et de l'idée que l'initié fait partie du petit nombre d'élus). La gnose véhicule des croyances violet-ROUGE. Dans la religion chrétienne, ce courant a été étouffé par le courant majoritaire (Saint Irénée), partisan de la deuxième voie.

 

2. L'ascèse

 

La seconde voie est celle de la Foi et de l'ascèse. Là aussi, le héros sauveur ROUGE apporte sa contribution en ouvrant la voie, mais il invite à la Foi et à la discipline. Le vMème BLEU est donc fort dans ce courant : Evagre le Pontique vivait en ascète et recommandait de changer de grotte chaque fois que l'on s'attachait à sa grotte. Ce courant a travaillé sur les béatitudes (Heureux les doux…) avec l'idée qu'en se détachant du monde (apathie) on pouvait comprendre l'Amour de Dieu. Curieusement, les béatitudes sont au nombre de 9, comme les vertus de l'ennéagramme, avec une différence dans l'approche qui me paraît fondamentale…

 

L'ennéagramme prône l'idée qu'aucune des neuf voies (vertus) n'est meilleure que les autres (les Pères de l'église étaient, quant à eux, persuadés qu'il existait une hiérarchie entre les béatitudes, sans être en mesure de la déterminer), et que la façon de procéder dépend de l'endroit d'où l'on part (de son type, de son niveau d'intégration, de l'instinct qu'il faut soigner). L'Ennéagramme n'aurait pas pu exister à l'époque de Platon car l'idée du relativisme, l'idée de contingence n'existait pas dans la société. La contingence est une idée qui naît avec ORANGE et qui devient prédominante avec VERT au point de l'étouffer (VERT nodal).

L'ennéagramme intègre cette notion de contingence, et en cela est un produit du XXe siècle et n'aurait pas pu percer avant cette époque !

Comme je l'écrivais en privée à Fabien, je me demande si l'Ennéagramme n'est pas une version moderne (ORANGE-VERT) de la philosophie platonicienne. Qu'en pensez-vous ?

 

Cordialement,

Jorune

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Fabien Chabreuil

Bonjour Jorune,

 

Tu lances là une discussion bien complexe qui va au delà, je le crains, de mes compétences. J'espère que de plus savants que moi complèterons ma réponse.

 

Je suis bien évidemment d'accord avec toi sur le fait que l'Ennéagramme n'est pas sorti tout neuf et tout entier du cerveau d'Oscar Ichazo. Pendant longtemps, le monde de l'Ennéagramme a cru à la piste soufie, et effectivement, nous savons aujourd'hui que les Pères du désert les ont précédés. Les très longues périodes d'isolement et d'introspection de ces derniers leur ont peut-être permis de découvrir le système, mais ils peuvent aussi avoir été inspiré par des chercheurs plus anciens.

 

Il n'y aucune mention dans l’œuvre de Platon de quelque chose qui puisse ressembler à l'Ennéagramme. Ce n'est d'ailleurs pas là ton propos. La parenté, si parenté il y a, est plutôt de l'ordre d'un cadre conceptuel commun.

 

La nature tripartite de l'homme est effectivement présente dans les deux systèmes. Je n'ai rien de plus à dire sur le sujet, cette conception étant présente depuis la plus haute Antiquité jusqu'à la psychologie contemporaine. Il y a toutefois sur ce thème une différence entre Platon et l'Ennéagramme : l'Ennéagramme plaide pour une égalité des trois éléments, là où Platon les hiérarchise, notamment en affirmant la prééminence du noûs, de la raison. En termes d'Ennéagramme, on aurait là une vision égotique mentale, car même si Platon plaide in fine pour un équilibre entre les trois parties de l'âme, c'est à la raison qu'il confie le soin de maîtriser les autres parties et d'assurer ledit équilibre.

 

La distinction platonicienne entre le monde des idées et le monde de la réalité sensible est-elle semblable à la distinction que fait l'Ennéagramme entre essence et ego ? Oui au sens où l'Ennéagramme considère l'ego comme une sorte de caricature de l'essence, un peu comme les ombres sur la paroi de la caverne sont une caricature de la réalité qu'elles représentent. Oui aussi au sens où pour Platon l'âme a connu la connaissance antérieurement à son existence terrestre et où pour l'Ennéagramme l'être humain commence son existence dans l'essence.

 

Cependant, je note deux différences.

 

Pour Platon, la connaissance du monde des idées rend inutile la connaissance sensible. Si je me retourne et voit la réalité, je ne m'intéresse plus aux ombres sur la paroi de la caverne. Entre ego et essence, l'Ennéagramme, au moins tel que je l'enseigne, considère plutôt qu'il y a là deux niveaux de réalité ne s'excluant pas, l'identification à l'un ou à l'autre étant une forme de transe. Il y a chez Platon une opposition entre essence et existence, là où il y a chez l'Ennéagramme cohabitation.

 

Platon considère que l'être humain ne peut pas découvrir la réalité autrement que par réminiscence, alors que l'Ennéagramme croit à une démarche proactive, plus proche de ce que tu appelles l'ascèse. Gnosticisme et ascèse ne sont pas, à ma connaissance, des voies proposées par Platon.

 

L'Ennéagramme ne me semble pas dans la lignée d'une vérité révélée, donc gnostique au sens où tu l'entends. Par contre, l'Ennéagramme invite bien à la discipline (en évitant le piège de la contrepassion), et d'une certaine manière, le travail sur soi présuppose de croire en la réalité de l'essence et au fait qu'elle est atteignable (même si des contacts épisodiques avec les vertus de l'essence donne une base concrète à cette confiance : certains de ces contacts peuvent peut-être relever de la réminiscence platonicienne, ou s'ils sont le résultat d'un travil sur soi ou de circonstances, la provoquer ).

 

Très amicalement,

Fabien

 

P.-S. : les Pères du désert ont fait de multiples tentatives de hiérarchiser les passions, sans arriver à l'unanimité sur le sujet. Peut-être bien que cela signifie que l'Ennéagramme a raison et que cette hiérarchie est différente pour chaque ennéatype. Quant au Béatitudes, j'attends toujours un mémoire sur le sujet

 

P.P.-S. : l'Ennéagramme me semble avoir un très très fort BLEU. Le thème (au sens de Spirale Dynamique) de BLEU, c'est de sacrifier le soi maintenant pour obtenir une récompense plus tard, et quand même… Il y a certes des éléments qu'on peut interpréter en VERT, mais je ne suis pas certain que c'en soit réellement. Cela pourrait bien être du 9 BLEU. (Si l'Ennéagramme ne peut se typer lui-même — cf. cette conversation —, l'ensemble Ennéagramme + Spirale Dynamique peut peut-être le faire en évitant les pièges logiques.) Cela dépend aussi de la personne qui l'enseigne : j'ai tendance à le considérer comme un modèle, là où d'autres y voient une vérité universelle.

 

P.P.P.-S : le "héros sauveur de l'humanité" ne peut pas être en ROUGE, mais uniquement dans la transition entre ROUGE et BLEU, plus vraisemblablement en rouge/BLEU.

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Jorune

Bonsoir,

 

En lisant tes commentaires, j'ai complété mes recherches autour de la question suivante : en quoi Platon (et les philosophes grecs) ont-ils influencé les Pères du désert, et je suis tombée sur un mémoire de théologie intitulé Apathéia. Je me permets de donner le lien ici, car je pense que ce mot, très important pour les Pères de l'église, qu'ils soient ascétiques ou gnostiques ou un mélange des deux (Clément d'Alexandrie), et la recherche philosophique autour de cette notion est une des bases du "cadre conceptuel commun".

 

Le sens du mot apathéia varie selon les philosophes : absence de sensibilité ou tranquillité de l'âme.

 

L'auteur note par ailleurs :

"Marianne Prigent" a dit :
Il est à noter que cette notion d'apathéia a été précédée par celle d'ataraxia, terme que l'on retrouve déjà chez Démocrite au IVe siècle avant notre ère, en tant que tranquillité d'âme qui résulte de la mesure dans le plaisir, de l'harmonie dans la vie.

Cette dernière approche me semble très compatible avec l'ennéagramme car elle n'exclut rien.

 

Quelqu'un pourrait-il confirmer la version de cet(te) auteur(e) de la pensée de Démocrite ? Car là on pourrait effectivement parler d'un 9 BLEU.

 

Cordialement,

Jorune

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Fabien Chabreuil

Bonjour Jorune,

 

Merci pour ce très intéressant lien. J'ai survolé ce mémoire, et vais le lire en profondeur dès que possible.

 

Oui, pour les Pères du désert, l'apathéia, que Jean Claude Larchet traduit par "impassibilité" dans cet ouvrage monumental, hélas actuellement épuisé, qu'est Thérapeutique des maladies spirituelles, est "la fleur de la praxis", selon les termes d'Evagre le Pontique. Elle est possession de toutes les vertus : "L'homme possède l'impassibilité quand les vertus lui sont devenus une seconde nature", dit saint Jean Climaque.

 

Mais toujours selon Larchet, "si l'impassibilité est 'la fleur de la praxis', la charité en est le terme. […] La charité succède à l'impassibilité." Mais aussi, "la charité parfaite est traditionnellement considérée comme le terme de la praxis. A la praxis, succèdent la connaissance et le contemplation spirituelles."

 

Et boum, nous revoilà avec un découpage tripartite qui n'est pas sans évoquer les trois centres de l'Ennéagramme (émotionnel, instinctif, mental respectivement), et bien sûr la méthode platonicienne selon laquelle le noûs (la raison) gouverne le thumos (le coeur), qui gouverne l'épithumia (les désirs et passions).

 

En ce sens, l'Ennéagramme est, comme je le soulignais, plus proche des Pères du désert que de Platon. Platon met une hiérarchie entre les centres, là où les Pères du désert mettent un enchaînement. Je propose quelque chose de semblable dans l'ennéagramme de la libération spirituelle.

 

Très amicalement,

Fabien

 

P.-S. : je ne sais pas grand chose sur Démocrite et l'ataraxie : il la définit, je crois, comme un plaisir venant de l'absence de troubles, notion que l'on retrouvera chez les épicuriens.

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Fabien Chabreuil

Bonjour,

Un petit complément à mon message de ce matin. Il semble que, aussi bien chez Platon que chez les Pères du désert, il y ait une incapacité à trouver l'équivalent égotique des passions aussi bien dans le centre mental (ce que l'Ennéagramme appelle les fixations) que dans le centre instinctif (ce que l'Ennéagramme appelle les sous-types). Pour eux, les problématiques égotiques se limitent au problématiques émotionnelles, et c'est pour cela que l'apathéia leur semble le fin du fin, puisque cet état cumule les vertus, c'est-à-dire la dimension émotionnelle de l'essence.

En ce sens, tu as raison sur ce tu disais dans ton premier message. L'Ennéagramme ne pouvait pas apparaître sous sa forme complète actuelle avant le vMème ORANGE, qui seul à su distinguer les fonctions des trois centres (plus précisément, pour ceux qui ont fait le stage "Spirale Dynamique : Transitions", distinguer les quatre quadrants avant de les réduire à la dimension extérieure).

Très amicalement,
Fabien

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Jorune

Bonjour,

J'ai fait quelques recherches sur Démocrite et les épicuriens. Leur philosophie parvient à concilier le monde des idées et le monde physique. Elle aboutit à une hierarchie M-I (encore une fois une hiérarchie unique) où, si le monde des idées est bien le monde supérieur, le monde physique n'en est pas moins réel et nécessaire pour comprendre le monde supérieur… Et l'émotionnel dans tout ça ? Et bien, c'est d'avantage une source de problèmes qu'une source de connaissances (quand on aborde le sujet).
Donc, on se trouve effectivement coincé dans un schéma M-I-e, avec un tout tout petit e.

Idem chez les premiers chrétiens, l'ordre de la trinité (père, fils, saint-esprit) n'est pas anodin !
Le troisième attendra la réforme protestante pour sortir de son rôle de colombe qui apparaît une fois de temps à autre et n'a ni histoire ni importance réelle…

Idem chez les Égyptiens antiques où l'âme immortelle s'appuie sur le corps mortel mais momifiable, avec un lien entre les deux dont l'idéogramme est un oiseau à tête d'homme qui s'envole définitivement à la mort du défunt.

Le centre émotionnel est pour les civilisations antiques et du moyen-âge occidental le lien entre l'âme et le corps, une source d'énergie (qui met en mouvement le corps par la volonté et le savoir de l'âme), mais un lien périssable, subalterne et pas nécessaire pour appréhender l'environnement. C'est souvent aussi un lien animal ou féminin. En bref, il est réprimé.

Mettre les trois centres sur le même plan est donc bien une invention du monde moderne, et je pense que le type 9 de l'ennéagramme est plutôt due à une interprétation ORANGE-VERT du schéma. On trouve dans le vMème VERT des inclinaisons 9 (la concertation pour favoriser l'acceptation du consensus).
On y trouve aussi de la discipline (BLEU), et un drôle de dessin avec un nom de personnage pour chaque type (VIOLET), mais la spirale ne détruit pas les vMèmes antérieurs, elle les reconsidère comme des moyens.

J'ai lu un article sur la force et la faiblesse des types dans les vMèmes. Existe-t-il des recherches sur la manifestation des vMèmes dans l'ennéagramme ? Auquel cas, je serais intéressée de les lire.

Cordialement,
Jorune

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Fabien Chabreuil

Bonjour Jorune,

J'ai l'impression que nous sommes en train de nous éloigner du sujet initial ou du moins de l'élargir considérablement.

"J'ai fait quelques recherches sur Démocrite et les épicuriens. Leur philosophie parvient à concilier le monde des idées et le monde physique. Elle aboutit à une hierarchie M-I (encore une fois une hiérarchie unique) où, si le monde des idées est bien le monde supérieur, le monde physique n'en est pas moins réel et nécessaire pour comprendre le monde supérieur…"
Démocrite d'Abdera, un pré-socratique inventeur de l'atomisme (et probablement un 7 dans l'Ennéagramme, mais ce serait une autre conversation), est un grand philosophe matérialiste. Il fait partie de ceux que Socrate appelait les physiciens. Certes, il donne prééminence à la raison, mais aussi la déclare incapable de comprendre réellement le monde : "Nous ne connaissons rien de sûr", "Il est impossible de connaître la nature des choses", "En réalité nous ne savons rien", etc.

Epicure et ses disciples sont arrivés plus d'un siècle plus tard. Epicure est, lui, un post-socratique et même s'il a utilisé la philosophie de Démocrite, on ne peut donc pas mettre dans un même sac Démocrite et les épicuriens. Epicure rejette la religion et la superstition. Il définit une morale du plaisir, et insiste sur la planification de la satisfaction des désirs pour éviter ce qu'il appelait les "effets secondaires". Il y a effectivement là une dimension mentale. Epicure est un rationaliste, mais tout autant (sinon plus ?) un sensualiste. D'ailleurs, Epicure résumait lui-même ainsi sa philosophie : "Nous n'avons rien à craindre des dieux. La mort ne mérite pas qu'on s'en inquiète. Le Bien est facile à atteindre. Le terrifiant est facile à supporter." Il appelait cela les "quatre plantes médicinales", et l'accent y est plus mis sur la morale (centre instinctif) que sur la raison (centre mental).

"Idem chez les premiers chrétiens, l'ordre de la trinité (père, fils, saint-esprit) n'est pas anodin !"
Je ne suis pas du tout d'accord avec cela. L'ordre de la Trinité, c'est l'ordre instinctif, émotionnel, mental : cf. la discussion sur le type de Jésus Christ. C'est d'ailleurs confirmé par ce que je disais dans mon message précédent, à savoir que les Pères du désert reconnaissent les passions (la part émotionnelle de l'ego), et jamais les fixations (la part mentale). Voir aussi, dans l'Eglise orthodoxe, la plus proche des Pères du désert, l'importance de la prière du coeur.

"Le troisième attendra la réforme protestante pour sortir de son rôle de colombe qui apparaît une fois de temps à autre et n'a ni histoire ni importance réelle…"
Justement, la réforme protestante, contemporaine de l'émergence d'ORANGE, accorde une plus grande importance au centre mental et rejette certains aspects du catholicisme perçus comme des superstitions (cf. "VIOLET épiscopal").

"Le centre émotionnel est pour les civilisations antiques et du moyen-âge occidental le lien entre l'âme et le corps, une source d'énergie (qui met en mouvement le corps par la volonté et le savoir de l'âme), mais un lien périssable, subalterne et pas nécessaire pour appréhender l'environnement. C'est souvent aussi un lien animal ou féminin. En bref, il est réprimé."
La situation est différente pour les philosophes grecs et le Moyen-Age chrétien. On peut défendre pour les premiers une préférence pour le centre mental, dans certaines limites énoncées ci-dessus et dans les messages précédents. Le Moyen-Agre chrétien, comme les Pères du désert, au contraire, ne voit que le centre émotionnel ! Et donc bien sûr il s'en méfie puisque l'ego se résume pour eux à son dysfonctionnement (les passions). Il ne réprime pas l'émotionnel en tant que tel, mais plutôt l'ego limité aux passions.

"Mettre les trois centres sur le même plan est donc bien une invention du monde moderne, et je pense que le type 9 de l'ennéagramme est plutôt due à une interprétation ORANGE-VERT du schéma."
Je ne comprends pas le lien entre la première partie de la phrase et la seconde. Quel rapport entre le 9 et la mise sur le même plan des trois centres ?
De plus, la passion du 9 est très clairement décrite chez les Pères du désert, et n'est donc pas une découverte contemporaine.

"On trouve dans le vMème VERT des inclinaisons 9 (la concertation pour favoriser l'acceptation du consensus)."
Pas tant que cela. Le vMème VERT est souvent très mal compris, simplement parce que la plupart des gens ne l'ont encore pas vécu. Le consensus n'est qu'une conséquence et un moyen de mettre en oeuvre sa thématique. Dans nos stages, nous avons au moins autant de 9 qui refusent VERT que de 9 qui l'apprécient et l'acceptent.
Et j'ai vu de beaux exemples de 9 à tous les niveaux de la Spirale, y compris ROUGE.

"Existe-t-il des recherches sur la manifestation des vMèmes dans l'ennéagramme ?"
Ben oui, bien sûr. Cela fait quand même trois ou quatre ans que nous travaillons dessus, et il existe depuis cet été un stage qui présente le résultat de ces recherches. Cependant le sujet est complexe, prend en compte les sous-types et les variantes alpha-mu, et nécessite donc une vraie formation tant à l'Ennéagramme et qu'à la Spirale Dynamique.

Très amicalement,
Fabien

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Jorune

Bonjour,

 

Fabien a dit :
"Mettre les trois centres sur le même plan est donc bien une invention du monde moderne, et je pense que le type 9 de l'énnéagramme est plutôt due à une interprétation ORANGE-VERT du schéma."

Je ne comprends pas le lien entre la première partie de la phrase et la seconde. Quel rapport entre le 9 et la mise sur le même plan des trois centres ?

De plus, la passion du 9 est très clairement décrite chez les Pères du désert, et n'est donc pas une découverte contemporaine.

 

"On trouve dans le vMème VERT des inclinaisons 9 (la concertation pour favoriser l'acceptation du concensus)."

Pas tant que cela. Le vMème VERT est souvent très mal compris, simplement parce que la plupart des gens ne l'ont encore pas vécu. Le consensus n'est qu'une conséquence et un moyen de mettre en oeuvre sa thématique. Dans nos stages, nous avons au moins autant de 9 qui refusent VERT que de 9 qui l'apprécient et l'acceptent.

Et j'ai vu de beaux exemples de 9 à tous les niveaux de la Spirale, y compris ROUGE.

Ce que je veux dire par là, c'est que, pour moi, dire que l'ennéagramme est de type 9, c'est comme dire que le mot couleur est bleu ou que l'oiseau est une espèce de merle. C'est illogique, impossible, et en fait, c'est la phrase inverse qui a un sens : bleu est une couleur et le merle est une espèce d'oiseau.

 

En revanche, le fait de mettre les centres sur le même plan et d'en arriver à la conclusion que c'est le niveau d'intégration qui est important et non l'ordre des centres, le fait de dire que pour chaque personne il y a un "ordre des choses" et de ne pas chercher une hiérarchie unique des béatitudes, de ne pas attendre un retour sous forme de payback de l'intégration (le payback, ce que l'on attend d'un ego qui fonctionne bien), ça je le range dans le vMème VERT (et pas dans le type 9).

 

Maintenant, il est vrai que mes cours de Spirale Dynamique datent un peu et qu'on avait surtout insisté sur les niveaux inférieurs (VERT étant quasi-inexistant dans les années 80, à l'échelle du pays). Et si ça se trouve, effectivement, l'ennéagramme est d'un autre niveau que je ne connais pas. D'où ma question sur l'existence de recherches en ce sens.

 

Est-ce que cette formulation est plus claire ?

 

Cordialement,

Jorune

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Fabien Chabreuil

Bonjour Jorune,

 

"Ce que je veux dire par là, c'est que, pour moi, dire que l'ennéagramme est de type 9, c'est comme dire que le mot couleur est bleu ou que l'oiseau est une espèce de merle. C'est illogique, impossible, et en fait, c'est la phrase inverse qui a un sens : bleu est une couleur et le merle est une espèce d'oiseau."

Je suis bien évidemment d'accord avec toi, et il me semble que mon message du 10 octobre et la conversation vers laquelle il pointait ne disaient pas autre chose :

Fabien a dit :
L'Ennéagramme me semble avoir un très très fort BLEU. Le thème (au sens de Spirale Dynamique) de BLEU, c'est de sacrifier le Soi maintenant pour obtenir une récompense plus tard, et quand même… Il y a certes des éléments qu'on peut interpréter en VERT, mais je ne suis pas certain que c'en soit réellement. Cela pourrait bien être du 9 BLEU. (Si l'Ennéagramme ne peut se typer lui-même — cf. cette conversation —, l'ensemble Ennéagramme + Spirale Dynamique peut peut-être le faire en évitant les pièges logiques.)

"En revanche, le fait de mettre les centres sur le même plan et d'en arriver à la conclusion que c'est le niveau d'intégration qui est important et non l'ordre des centres, le fait de dire que pour chaque personne il y a un 'ordre des choses' et de ne pas chercher une hiérarchie unique des béatitudes, de ne pas attendre un retour sous forme de payback de l'intégration (le payback, ce que l'on attend d'un ego qui fonctionne bien), ça je le range dans le vMème VERT (et pas dans le type 9)."

Tout ceci est de l'ordre de ce que Spirale Dynamique appelle les valeurs de surface. Mettre les centres sur le même plan, d'accord mais pourquoi ? Même question pour les autres points. Franchement, l'Ennéagramme n'est pas VERT (cf. infra).

 

"Maintenant, il est vrai que mes cours de Spirale Dynamique datent un peu et qu'on avait surtout insisté sur les niveaux inférieurs (VERT étant quasi-inexistant dans les années 80, à l'échelle du pays)."

C'est surtout que, si je me souviens bien, tu as appris la Spirale dans le contexte d'une formation à l'histoire, ce qui, il me semble (peut-être à tort), peut te poser problème.

Tout d'abord, l'aspect psychologique n'a sans doute pas été au centre de l'enseignement que tu as reçu. Or, fondamentalement, Clare W. Graves, le fondateur, est Professeur émérite de psychologie à Union College (New York). L'objectif de son travail est d'arriver à une théorie de la personnalité. Cette dimension psychologique est au premier plan de la Spirale dynamique, pas au second.

Ensuite, effectivement il n'y a guère de sociétés dominées par VERT dans les années 1980. Pourtant le vMème est apparu plusieurs dizaines d'année avant, il est correctement cartographié par Graves, et de très nombreux individus culminent à ce niveau. Mais une approche à dominante socio-historique de la Spirale Dynamique ne peut à cette époque que passer à côté.

 

"Et si ça se trouve, effectivement, l'ennéagramme est d'un autre niveau que je ne connais pas. D'où ma question sur l'existence de recherches en ce sens."

Il n'y guère de place pour le doute :thumb_up: en ce qui concerne le positionnement de l'Ennéagramme. Je ne peux que reciter la même discussion :

Fabien a dit :
L'Ennéagramme me semble avoir un très très fort BLEU. Le thème (au sens de Spirale Dynamique) de BLEU, c'est de sacrifier le soi maintenant pour obtenir une récompense plus tard, et quand même…

Bien entendu, comme toujours, plusieurs niveaux d'existence cohabitent, mais la dominante est là.

 

Ceci n'empêche pas les autres niveaux d'utiliser l'Ennéagramme, en l'adaptant à leur thématique pour ceux de la première boucle, comme un modèle approprié dans certaines circonstances pour ceux de la seconde boucle.

 

Très amicalement,

Fabien

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