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Comme une image
Analyse

Comme une image : Étienne CassardÉtienne Cassard (Jean-Pierre Bacri) : 8

Dès sa première apparition, dans le taxi avec Lolita, Étienne donne le ton.

Il n’est hors de question qu’on lui marche sur les pieds :

  Lolita : J’arrête pas de me faire engueuler, moi.
  Étienne : Par qui ?
  Chauffeur : La porte !
  Étienne : [Il cesse de sourire et son visage se fige] C’est à moi que vous parlez là ?
  Chauffeur : La porte ! Elle est mal fermée.
  Étienne : Non, non, mais moi je vous demande : "C’est à moi que vous parlez là ?" Parce que vous allez pas prendre ce ton avec moi, monsieur.
  Chauffeur : Hé ! oh oh, je prends le ton que je veux.
  Étienne : Non, non, non, mais moi je vous le dis. Je vous le dis. Je vous laisse pas le choix. Je vous dis que vous allez pas prendre ce ton avec moi, ni avec personne d’autre d’ailleurs. On parle aux gens poliment. Je ne sais pas si vous êtes au courant.
  Chauffeur : [Il se retourne vers son volant sans un mot.]
  Étienne : [Il referme la porte.] On va rue de Pavois.
  Chauffeur : Oui, je sais…
  Étienne : Et bien je vous le répète.
  Chauffeur : [Il démarre.]
  Étienne : Passez à droite, parce que c’est toujours bouché par Sébasto.
  Chauffeur : [Maté.] Bien monsieur.
  Étienne : [Mimique satisfaite.]

Cette agressivité, on la retrouvera systématiquement avec les gens qui lui déplaisent ou qu’il méprise, par exemple avec l’éditeur rencontré au restaurant et qu’il considère comme un "marchand de soupe" :

  Éditeur : Ça va, Étienne ? Dis donc, c’est vrai ce qu’on raconte ? Que vous allez fusionner… que vous allez être racheté par… Tessier ? C’est ça ?
  Étienne : Des rumeurs. Ça s’appelle des rumeurs. [Se tournant vers Pierre.] Vous vous connaissez ?
  Pierre : [Il opine avec un sourire.]
  Éditeur : Oui. J’ai eu l’occasion de lui dire tout le bien que je pensais de son livre.
  Étienne : Ah ! Ben ça y est, tu sais lire.
  Éditeur : J’ai toujours apprécié la façon dont tu mets les gens à l’aise.
  Étienne : [Sarcastique] C’est quand j’ai beaucoup de sympathie pour eux.

La rumeur était vraie. Tessier rachète la maison d’édition, et ne sera pas mieux traité :

  Adjoint de Tessier : Excusez-moi. Monsieur Tessier aimerait beaucoup faire votre connaissance.
  Étienne : Ben… Oui. D’accord.
  Adjoint de Tessier : [Il s’éloigne, persuadé qu’Étienne va le suivre, puis s’aperçoit au bout de deux pas que ce n’est pas le cas. Il revient.] Monsieur Tessier, il aimerait beaucoup faire votre connaissance.
  Étienne : [Sec.] Ben oui. Je suis là.
  Adjoint de Tessier : [Consterné, il va avertir Tessier de la fronde.]
  Étienne : Ah, j’aurais jamais dû venir. Ils m’emmerdent tous ces gens. J’ai pas envie d’être là. Regarde-les tous en train de minauder devant leur nouveau maître.
  Tessier : Je voulais vous dire que je suis très heureux de vous compter parmi nos collaborateurs. J’ai beaucoup d’estime pour vous.
  Étienne : C’est parce que vous ne me connaissez pas.
  Tessier : Oh ! Quand on a lu Musique de chambre et qu’on a ressenti toute cette humanité, et aussi cette rigueur, cette exigence morale, on peut se faire une petite idée de l’homme qui l’a écrit.
  Étienne : Ah oui, vous croyez ça, vous ?
  Tessier : En tout cas, je tiens à vous rassurer, si toutefois vous étiez inquiet. La liberté que vous aviez jusqu’à maintenant ne sera absolument pas remise en cause. Bien au contraire. C’est votre indépendance que j’achète.
  Étienne : [Sarcastique] Ça me rassure énormément. [Il interrompt la conversation en faisant semblant d’être appelé sur son téléphone portable.]

Étienne réprime le centre émotionnel, et est donc dur aussi avec les gens qui lui sont indifférents ou même qu’il apprécie. Il ne retient pas les prénoms, et n’écoute pas vraiment les autres qu’il interrompt fréquemment au milieu d’une phrase :

  Sylvia : Non, c’est une question de…
  Étienne : [Louna, sa fille, se met à pleurer au loin.] C’est reposant la campagne !

Quant à son vocabulaire, il est en permanence rude. Rentrant dans la maison de campagne, il trouve Sébastien, défait, seul dans la pénombre, assis tristement sur un canapé, et il lui propose : "Il y a du cyanure dans la pharmacie si vous voulez." "Karine, on peut baisser la petite ?", dit-il en entendant Louna pleurer et en faisant le geste de tourner un bouton de radio. Karine lui reproche cette manière de considérer les gens comme des objets : "Des fois, j’ai l’impression d’être une chaise."

Étienne garde auprès de lui Vincent, dont personne ne sait très bien ce qu’il fait : "C’est son assistant ? Je sais pas.", dit Pierre à quelqu’un qui lui demande la fonction de Vincent. En fait, celle-ci est "souffre-douleur". Homme à tout faire aussi qu’on manipule quand on ne l’engueule pas : "Non, non, Vincent. On boira le vin du coin qui rend aveugle. C’est pas grave."

Étienne contrôle la vie des autres. Par exemple, au restaurant, il commande le dessert pour Pierre sans lui laisser le temps d’exprimer son avis. À la moindre contrariété, il explose, par exemple quand Sylvia lui reproche de n’avoir pas écouté le concert de sa fille :

  Sylvia : T’as pas écouté Lolita ?
  Étienne : Mais si ! Je l’ai entendue un peu au début. C’était très bien. Enfin, c’était comme c’était. [Il se met à crier.] Il fallait que je sorte. Il fallait que je trouve un stylo, et je voulais pas déranger tout le monde justement. Je vais pas me faire engueuler. De quoi je me mêle ? Elle me donne des leçons de savoir-vivre celle-là. C’est vrai qu’elle culpabilise tout le monde.

Ou encore à propos du régime de Louna :

  Louna : [Enthousiaste parce qu’on amène le fameux lapin à l’estragon.] Ouais ! De l’animal mort ! [Étienne est hilare] J’en veux moi.
  Étienne : Oui, oui, je vais t’en donner, je vais t’en donner.
  Karine : Elle a mangé, Étienne. Hein ?
  Étienne : Oui, mais ça va. Elle peut en goûter un peu. C’est pas grave.
  Karine : Je lui ai dit non. Je ne veux pas qu’elle grignote sans arrêt.
  Étienne : Oui, mais moi je lui dis oui. Elle va en manger un tout petit bout. [Il se tourne vers Louna] Hein ? Tu vas en manger un tout petit bout.
  Karine : Les problèmes de poids, ça commence comme ça, et puis…
  Étienne : [Il crie.] Ah ! Karine ! Ça va remettre en cause tout ton régime alimentaire, un petit bout de viande de quatre grammes, là, aujourd’hui à 13 h 45 ? Alors, tout d’un coup, on va s’emmerder pendant une heure avec ça !

En réalité, Étienne adore Karine et Lolita. Le départ de Karine le plonge dans la dépression, et il fait énormément de choses pour Lolita. Il veut l’aider et la protéger :

  Lolita : J’arrête pas de me faire engueuler, moi.
  Étienne : Par qui ?

Quand elle rentre de la soirée et monte directement se coucher, il réclame une marque de tendresse : "Et ben alors, tu me dis même pas bonne nuit ! [Il l’embrasse et l’attire contre lui.] Ma grande fille…"

Conscient de cet amour, il ne peut pas comprendre les reproches que lui fait Karine :

  Karine : Lolita, j’ai compris, elle m’aimera jamais. Avec toi, c’est pareil, je compte pas. Tu me dis tout le temps que tu m’aimes, je te crois, mais n’empêche que des fois, j’ai l’impression d’être une chaise.
  Étienne : [Stupéfait.] Une chaise ?
  Karine : Que tu me vois pas, que j’existe pas. Ce que je dis, c’est comme si je disais rien. Tu m’écoutes pas, ou alors tu te moques de moi devant tout le monde.
  Étienne : [Abasourdi.] Je me moque de toi !?
  Karine : Tout le temps, tu te moques de moi devant tout le monde, et tu t’en rends même pas compte. Et j’en ai marre de passer pour une idiote.
  Étienne : Mais je plaisante. Je… Je… Je fais des plaisanteries, et pas seulement avec toi. Et tu vois bien que tout le monde ne le prend pas aussi mal.
  Karine : Parce qu’ils sont lâches. Ils osent pas te le dire.
  Étienne : Parce que ça les fait rire. Ils s’en foutent.
  Karine : Parce qu’ils veulent te faire plaisir.

"Parce qu’ils sont lâches" dit Karine de ceux qui supportent Étienne. Comme tout 8 peu intégré, Étienne fait peur, même quand ce n’est pas son intention : "Je crie, mais c’est pas méchant. C’est dans le feu de l’action. Ça vient tout seul. Comme ma tête, ma tête, elle dit que je la terrorise, mais c’est ma tête, elle est comme ça au naturel. Je m’en rends pas compte." C’est là une expression classique du mécanisme de défense de dénégation du 8, qu’Étienne utilise à chaque occasion : "Non. Non. Elle m’a jamais aimé ta mère. De toute façon, je l’aimais pas non plus, alors…"

Compulsion oblige, même avec ceux qu’il aime, Étienne devient volontairement agressif dès qu’il se sent en position de faiblesse. Il perd une partie d’échecs contre Pierre, ce qui lui est extrêmement difficile : "C’est insupportable de perdre aux échecs." Quand Karine l’apprend, elle vient lui faire un câlin. Il a d’abord une mimique ravie, puis réalise soudain ce qui se passe et que les autres le regardent : "En plus, se faire consoler, c’est encore plus humiliant. Arrête."

Dans ces cas, la fixation de vengeance n’est jamais loin :

  Étienne : [Lolita rentre de la boum et monte dans sa chambre.] Et ben alors, tu me dis même pas bonne nuit. [Il l’embrasse et l’attire contre lui.] Ma grande fille…
  Lolita : Arrête. Tu me fais mal.
  Étienne : Si c’était du muscle, ça ferait pas mal.

Étienne est un 8 α de sous-type conservation ("Survie").

Comme une image : Lolita CassardLolita Cassard (Marilou Berry) : 6

Pour Lolita aussi, la première scène est significative. Elle est dans un taxi et elle a du mal à suivre une conversation téléphonique à cause de la radio que le chauffeur a mise à plein volume. Visiblement, elle a peur de s’adresser à lui. On la voit déglutir avant de demander doucement et poliment : "Excusez-moi. Ça vous dérange pas de baisser un petit peu ? J’suis au téléphone et j’arrive pas à…" Comme le chauffeur l’ignore superbement, elle s’avoue impuissante à son interlocuteur : "J’y peux rien. C’est la radio du taxi." Quand elle rejoint Karine et Étienne, elle se plaint auprès de ce dernier : "J’arrête pas de me faire engueuler, moi."

Il faut dire que pour Karine son père est l’autorité suprême, et elle manifeste à son égard la connexion à la figure paternelle typique du 6. Sébastien le lui signale d’ailleurs plusieurs fois : "Tu ne parles que de ton père." Sylvia représente une autre autorité à laquelle elle se soumet sans hésiter : "Pfff… Elle est là à me regarder comme le Messie. Je sais pas ce qu’elle a avec moi, mais… Ça me met mal à l’aise." Vis-à-vis d’elle, Lolita est uniquement phobique, alors qu’avec Étienne, elle alterne les moments phobiques et contre-phobiques : "J’en ai marre de me faire avoir comme ça à chaque fois. Je lui demande rien, moi. Il me propose un truc, et alors je me dis "bon il est sympa". Et qu’est-ce qui se passe ? Et puis voilà. Il s’en fout de moi. Et puis moi aussi je m’en fous." C’est normal, Étienne ne représentant pas pour un 6 une autorité loyale prenant soin de ceux qui sont sous sa responsabilité (exemple : la cassette de chant jamais écoutée).

La passion de peur est visible à chaque fois que Lolita doit s’adresser à quelqu’un qu’elle ne connaît pas ou peu, comme dans la scène déjà mentionnée avec le taxi. À chaque fois, elle manifeste la cordialité de l’instinct de conservation du 6 : sourire et politesse (même fort agressif, le chauffeur de taxi est systématiquement appelé Monsieur). D’autres fois, elle est plus directe. Quand Karine monte dans le taxi, elle s’affole : "Qu’est-ce qu’il fait Papa ?" Lors du week-end à la maison de campagne, elle fait une crise de panique en entendant quelques petits bruits dans la chambre :

  Lolita : Sébastien ! [Plus fort] Sébastien !
  Sébastien : Mmm.
  Lolita : Tu dors ?
  Sébastien : Mmm.
  Lolita : T’entends ?
  Sébastien : Mmm.
  Lolita : C’est quoi ?
  Sébastien : J’en sais rien.
  Lolita : Tu veux pas regarder ?
  Sébastien : [Il s’étire et soupire.] Pffff.
  Lolita : [On entend une sorte de sifflement. Lolita s’affole.] Ça, là, c’est quoi ?
  Sébastien : Je sais pas. Je suis pas spécialiste en bruits d’animaux. Des souris, un rat, des gros insectes, des cafards.
  Lolita : [La tête dans les mains, elle crie presque.] Mais arrête, arrête, tu fais exprès.
  Sébastien : Tu me demandes ce que c’est. Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Je suis comme toi, j’en sais rien.
  Lolita : [En larmes] T’es pas gentil.
  Sébastien : C’est la meilleure celle-là. C’est moi qui suis pas gentil ? [Il se lève, allume la lumière, et va voir derrière le lit] Y a rien. [Il regarde sous le lit.] Y a rien. C’est sous le plancher.
  Lolita : Mais c’est quoi ?
  Sébastien : C’est Bambi.
  Lolita : C’est quoi “c’est Bambi” ?
  Sébastien : Tu veux pas que je te dise le nom des animaux. Je te dis c’est Bambi. C’est sous le plancher. Je peux me recoucher ?
  Lolita : [Elle fond en larmes.]

Lolita manifeste aussi la fixation de doute. Elle a une image d’elle-même désastreuse :

  Sylvia : Vous laissez pas séduire par vous-même.
  Lolita : Ça, ça risque pas.

Ou bien :

  Lolita : Je suis nulle.
  Sébastien : Lolita ! On est tous nuls.
  Lolita : Moi plus que les autres.

Elle doute bien évidemment aussi des autres. Elle ne peut pas imaginer que quelqu’un s’intéresse à elle pour elle et non pas pour la position sociale de son père : "De toute façon, que ce soit Matthieu ou n’importe qui, c’est toujours la même histoire. À partir du moment où ils savent que je suis la fille de Machin, alors là… ça y est. Tout d’un coup, c’est plus les mêmes, je deviens très intéressante. Ça me dégoûte, et tout le monde est comme ça." Certes, elle a parfois raison, mais la généralisation abusive lui fait passer à côté de l’amour de Sébastien.

À chaque fois que c’est nécessaire, Lolita fait son devoir, même si c’est à son détriment. Elle n’assiste pas, malgré son envie, à la première du film tiré du roman de son père, parce qu’elle est engagée aux répétitions : "C’est toujours l’enfer pour trouver une date qui va à tout le monde. Je suis désolée, je ne pouvais pas leur faire ça." Plus tard, ce sont les répétitions auxquelles elle ne participe pas parce qu’Étienne déprime à cause du départ de Karine : "Il est vraiment pas bien. Je peux pas le laisser comme ça. Je sens qu’il a besoin de moi." C’est le devoir aussi qu’elle invoque pour se justifier d’avoir aidé Sébastien :

  Sébastien : Tu sais, c’est important pour moi. C’est important ce que tu as fait.
  Lolita : Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
  Sébastien : T’occuper de moi, comme ça, sans me connaître.
  Lolita : Ben… Oui mais, tu t’es écroulé sur mes pieds. J’étais bien obligée…

Effectivement, quand Sébastien était tombé ivre mort, elle l’avait couvert de sa veste en réaction à une injonction extérieure : "Il a froid, là. Il grelotte. Il faut lui mettre quelque chose."

Identification avancée : Lolita est un 6 α de sous-type conservation ("Cordialité").

Comme une image : Sylvia MillerSylvia Miller (Agnès Jaoui) : 2

Sylvia manifeste de façon flagrante l’orientation d’amour et d’aide envers son mari Pierre. Pendant qu’il écrit sans grand succès, elle l’encourage ("Tu veux que je te le dise tout le bien que je pense de ce que t’écris ?") et fait tourner la maison :

  Étienne : Et toi, t’as jamais eu envie d’en faire une carrière ?
  Pierre : Elle a préféré s’occuper de moi.

Égotique, cette même orientation lui rend très difficile de dire non :

  Sylvia : Je me giflerais quand je suis comme ça. On me propose quelque chose qui me déplaît d’entrée, et au lieu de dire "non, je… je… je… je peux pas, j’ai pas le temps", d’être adulte tout simplement, je dis oui, puis je me retrouve avec des semaines de cinquante heures.
    […]
  Pierre : Et c’est quoi ces gens ? Qu’est-ce qu’ils veulent faire ?
  Sylvia : C’est un groupe d’amateurs, ils sont mignons d’ailleurs. Ils veulent faire un concert quelque part, je sais plus dans quelle ville. Au fait peu importe. Il faut que je leur dise. Il faut que je leur dise que c’est plus possible.

En plus du mécanisme de défense de répression ("Ils sont mignons d’ailleurs."), on remarquera que même ici avec son mari, alors qu’il ne s’agit que d’envisager de dire non à des personnes qui ne sont pas présentes, elle bégaie rien qu’à cette idée. Alors quand il s’agira de la mettre en œuvre, ce sera grandiose. Première tentative : "Ah non, ça, ça… ça va pas être possible mardi prochain. D’ailleurs, il faut que je vous parle au sujet de ces répétitions. Pas maintenant là, parce que je suis pressée, hein ? Mais il faudra que je vous en parle. [Elle s’enfuit quasiment en courant]" Deuxième tentative :

  Lolita : Qu’est-ce que vous vouliez me dire pour les répétitions ?
  Sylvia : Ah oui ! Euh… Ben ce que je voulais vous dire, c’est que… Non, c’est bien. Euh… Vous avez de jolies voix. Euh… C’est intéressant votre projet. Mais, euh… Ça demande du travail. Euh… Ça demande beaucoup de travail.
  Lolita : Mais… Ça veut dire quoi ? Qu’il faudrait qu’on vous voie plus souvent ?
  Sylvia : Voilà. Oui. Entre autres.
  Lolita : [Ravie.] Bon ben alors, à demain.
  Sylvia : À demain.

Il est vrai qu’entre-temps, elle a appris que Lolita était la fille d’Étienne Cassard : "C’est votre père !", dit-elle avec un regard extasié. En effet Cassard est son idole :

  Sylvia : Juste là, c’est Cassard ! Tu l’as vu ? Tu l’as vu ?
  Pierre : C’est rare de te voir en transe comme ça.

On retrouve ici la tendance des 2 de sous-type social à aimer connaître des gens importants. Le même sous-type leur fait apprécier la position d’éminence grise, et Sylvia est toujours ainsi, un peu en retrait, notamment derrière Pierre.

Sylvia minimise son aide :

  Étienne : Et toi, t’as jamais eu envie d’en faire une carrière ?
  Pierre : Elle a préféré s’occuper de moi.
  Sylvia : Ça, c’est son fantasme.

Ou bien prétend qu’elle lui apporte quelque chose :

  Lolita : Ça me gêne quand même. En plus vous avez fait plein de route aujourd’hui.
  Sylvia : Oh oui, enfin, j’ai très peu conduit. Et puis, je verrai l’église comme ça.

Effet du centre émotionnel, Sylvia vit dans l’instant. Elle oublie une répétition qu’elle a pourtant promise. Elle reste à la boum où est invitée Lolita alors qu’elle devait rentrer. Elle est gênée par la souffrance d’Édith quand elle la croise dans la rue ("Là je l’ai vue. Ça m’a fait bizarre, c’est normal.").

C’est sur le plan émotionnel qu’elle définit ce qui est important dans la vie. Même si sa forte aile 1 lui fait vanter à ses élèves les vertus du travail, elle apprécie la prestation de Lolita pour une autre raison : "Elle était vraiment émouvante." D’ailleurs, chanter, c’est se déconnecter de soi-même : "Vous vous écoutez là. Il faut laisser aller le son. La musique, ça avance, vous comprenez ? Ne vous laissez pas séduire comme ça par vous-même."

Quand Sylvia quitte Étienne et Pierre à la fin, c’est parce qu’Étienne n’a pas écouté sa fille chanter. On notera ici un élément extrêmement révélateur. Lors de la scène finale avec Étienne ce dernier dit : "C’est vrai qu’elle culpabilise tout le monde." Cela fait écho à une phrase que lui avait dite Pierre : "À chaque fois, tu trouves le moyen de me culpabiliser." Le "c’est vrai" d’Étienne montre à l’évidence que Pierre avait parlé de ce problème avec lui. Sylvia n’y fera aucune allusion. Elle s’en va parce qu’Étienne ne prend pas soin de Lolita et qu’ainsi elle va "laisser [Pierre] tranquille" !

Identification avancée : Sylvia est un 2 μ de sous-type social ("Ambition") à aile 1.

Autres

D’autres personnages peuvent être étudiés à l’aide de l’Ennéagramme :

Karine Cassard (jouée par Virginie Desarnauts), l’épouse d’Étienne, est une 2 α. Elle veut désespérément être aimée. Elle est "gentille", toujours prête à aider qui en a besoin. Elle écoute Lolita qui passe son temps à se plaindre. Elle l’emmène s’acheter des vêtements et lui dit :

  Karine : En tout cas, moi ça me fait plaisir de faire des courses avec toi. J’ai envie de te le proposer de temps en temps. Ça ou autre chose. Venir au cours de gym avec moi ou… Mais j’ai toujours peur que tu m’envoies balader.
  Lolita : C’est ridicule.
  Karine : Ben oui, peut-être. Mais c’est pas facile pour moi.

Elle l’encourage : "Essaye au moins celui-là. Je suis sûre que ça t’ira super bien." Très vite, elle bascule dans la fixation de flatterie : "C’est très joli. Ça te va super bien. Moi, si j’avais ta poitrine, je peux te dire… Non vraiment prends-le. Fais-moi plaisir, prends-le."

Elle a la même attitude avec Sébastien. Elle passe un peu de temps avec lui qui regarde seul un western à la télévision, alors que les westerns l’ennuient. Elle insiste pour "faire quelque chose" pour remplacer le plat de lapin qu’il n’aime pas. D’ailleurs, avec elle et c’est bien la seule, Sébastien se sent compris :

  Karine : Sébastien, vous pouvez pas vous battre avec tous les imbéciles que vous croisez.
  Sébastien : [Son visage s’illumine.] Ah ben oui, voilà.

Elle quitte Étienne parce qu’elle ne sent pas assez aimée : "Lolita, j’ai compris, elle m’aimera jamais. Avec toi, c’est pareil, je compte pas. Tu me dis tout le temps que tu m’aimes, je te crois, mais n’empêche que des fois, j’ai l’impression d’être une chaise."

Le souci de l’image est aussi évident : vêtements, régime.

Vincent (jouée par Grégoire Ostermann), l’assistant d’Étienne, est un 9. Cela fait 14 ans qu’il supporte de jouer le double rôle de souffre-douleur et de larbin, un exploit. Il s’endort durant la partie d’échecs, mais ce n’est qu’une métaphore de la passion de paresse, et son regard montre plusieurs fois au cours du film un désespoir touchant.

À chaque fois qu’il y a un incident, Vincent essaye de dédramatiser ou de détourner la conversation vers un autre sujet, comme pendant le repas :

  Étienne : [Il crie.] Ah ! Karine ! Ça va remettre en cause tout ton régime alimentaire, un petit bout de viande de quatre grammes, là, aujourd’hui à 13 h 45 ? Alors, tout d’un coup, on va s’emmerder pendant une heure avec ça !
    [Silence de mort autour de la table.]
  Vincent : Pendant que j’y pense, il y a un petit musée à une dizaine de kilomètres d’ici que je vous recommande. Il faut absolument que vous visitiez ça.

Ou lors de l’engueulade finale :

  Sylvia : T’as pas écouté Lolita ?
  Étienne : Mais si ! Je l’ai entendue un peu au début. C’était très bien. Enfin, c’était comme c’était. [Il se met à crier.] Il fallait que je sorte. Il fallait que je trouve un stylo et je voulais pas déranger tout le monde justement. Je vais pas me faire engueuler. De quoi je me mêle ? Elle me donne des leçons de savoir-vivre celle-là. C’est vrai qu’elle culpabilise tout le monde.
  Vincent : Il a beaucoup de problèmes avec Lolita.

Sébastien (joué par Keine Bouhiza), l’ami de Lolita, est un 9. Alors que son vrai nom est Rachid, il se fait appeler Sébastien "parce que c’est plus facile dans la vie de tous les jours". Il supporte Lolita qui lui en fait pourtant voir de toutes les couleurs, et évite de la contredire :

  Lolita : Je suis nulle.
  Sébastien : Lolita ! On est tous nuls.
  Lolita : Moi plus que les autres.
  Sébastien : Bon, si tu veux.

Cette gentillesse un peu passive est une constante du personnage pendant tout le film.

Édith (jouée par Michèle Moretti), l’éditrice de Pierre, est un 1. Elle ne supporte pas qu’on lui fasse endosser une erreur : "Je ne vois pas pourquoi je reconnaîtrais des fautes que je n’ai pas commises." La rupture avec Sylvia et Pierre se fera quand elle sera accusée de mal travailler, la pire des insultes pour un 1 :

  Édith : Pierre, c’est pareil. Il me tombe dessus à la moindre occasion.
  Sylvia : Écoute, si Pierre trouve que tu fais mal ton travail, c’est normal qu’il te le dise.
  Louna : Je fais mal mon travail ?

Louna Cassard (jouée par Emma Beziaud), la deuxième fille d’Étienne, est un 7. Elle ne pense qu’à manger. Joue-t-elle, c’est à la dînette où on se régale de "chamallows du Pôle Nord et de chamallows d’Afrique avec un petit peu de sanglier". À table, l’arrivée du plat de lapin déclenche l’enthousiasme : "Ouais ! De l’animal mort ! J’en veux moi." Oui, manger, c’est vivre :

  Louna : J’ai faim.
  Lolita : Ben t’as mangé. T’attendras.
  Louna : Je vais mourir.
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