Je vous propose aujourd'hui un témoignage très personnel sur une expérience vécue récemment au sujet de troubles alimentaires mineurs. À noter qu'il y a quelques années, une conversation avait été ouverte sur le sujet du "8 et la boulimie". Je n'ai pas posté dans cette conversation car la boulimie ne me concerne pas. J'ai également témoigné en juin 2006 dans la conversation "Les types et l'alimentation".
Déséquilibre et excès alimentaires depuis sept ans
Voilà six ans que je prends du poids régulièrement, en fait depuis que je suis partie en expat. Voilà six ans que je tourne autour du problème sans arriver à le juguler.
J'avais fini par identifier (la prise de conscience date de mon stage Néti Néti) que la bouffe restait l'un des rares domaines où l'excès pouvait s'exercer à plein. Effectivement, dans cette période, j'étais à 80 % en contrepassion. J'en ai largement témoigné ici. Dans ces grands moments de contrepassion, manger restait mon seul excès. Du coup, j'avais développé des comportements alimentaires malsains : grignotage permanent de sucré et compulsion vis-à-vis du sucre et du chocolat. Je mangeais lorsque je m'ennuyais, lorsque j'étais en colère, lorsque j'étais triste, lorsque j'étais frustrée, lorsque j'étais contente, lorsque j'étais fatiguée (conséquence, bien sûr, du non-respect de mes rythmes ultradiens), etc. Bref, je mangeais tout le temps ! Et comme je travaillais à la maison, c'était facile de plonger dans le frigo ou le placard.
Je dois à un métabolisme exceptionnel (et au sport) le fait de ne pas peser 50 kg de plus… Car mes rations quotidiennes étaient trop importantes. Excès maximum ! Les grignotages sucrés se multipliaient (gaufres maisons, fondants au chocolat, biscuit, chocolat, chocolat, chocolat, chocolat…) : un tout petit peu chaque fois mais toutes les deux heures.
Évidemment, je vous laisse imaginer les transes hypnotiques associées ! Il y a des moments où je me retrouvais devant le placard sans même savoir comment j'étais arrivée là !
Les seuls moments où je ne grignotais pas étaient ceux où je travaillais (animation d'atelier ou rendez-vous clients).
J'attaque le sujet en 2009
En 2009, je décide que la prise de poids constante doit cesser, et surtout mes grignotages incessants : je veux mettre en place une alimentation saine dans ma maison (pour la valeur d'exemple auprès de mes enfants) ! [Parenthèse : en fait j'exagère car notre alimentation n'est pas malsaine car nous ne mangeons presque jamais de plats cuisinés et de produits transformés. Ayant vécu en Inde, nous partons toujours d'ingrédients bruts que nous transformons nous-mêmes. En terme de goût, la nourriture industrielle nous est intolérable (sauf lorsqu'elle est sucrée). Notre alimentation est juste trop sucrée (gâteaux fait maison), pas assez variée et avec trop de pâtes.]
En 2009, me rationner est quasiment impossible… Eh bien, je vais courir ! Je me lance dans un entraînement en vue de préparer ma première course à pied => double excès ! Car quand je cours, je peux manger davantage. Et puis, je suis une instinctive alors courir ne me coûte pas ! C'est ma grande époque d'entraînement et je participe à des courses. Je vois quelques kilos s'envoler (pas tant que cela… logique, je mange toujours trop).
Vient ensuite ma grande période de yoga qui m'apporte un équilibre et une régulation de mon appétit : mon prof me fait travailler sur des pauses pour réguler le pancréas… super-efficace ! Les fringales diminuent, je fais moins d'hypoglycémie, le sucre m'attire moins.
Du coup, cela va beaucoup mieux pour moi car je remets mon instinctif en action. La forme revient, la contrepassion diminue, les grignotages sont moindres.
Je travaille avec un copain nutritionniste, formé à l'Ennéagramme, pour équilibrer mes menus.
Mais je sais que lors de mon prochain changement de pays, je serai à risque sur mes comportements alimentaires.
Le stress revient en 2011 lorsque je change de pays. En plus, je passe d'une alimentation pays chaud à une alimentation pays froid : j'ai perdu tous mes repères, mes sources d'approvisionnement… L'anarchie alimentaire se remet en place, et c'est du grand n'importe quoi pour toute la famille ! Jamais nous n'avons mangé aussi déséquilibré. Ceci dit, pendant cette période, je vais quand même mieux qu'avant car je continue le sport et je travaille… La prise de poids est davantage due à une perte de repères alimentaires et une incapacité à cuisiner en mode "pays froid".
Quelques courageux (ou inconscients ?
Pendant toutes ces périodes, je ne peux pas dire que je n'avais pas conscience du déni, de la vengeance, ou de l'excès. Je savais que j'y étais… Et je me réjouissais
Début 2012, je suis à +11 kg depuis janvier 2006… Et là, j'en ai marre.
En plus, je me documente sur les déséquilibres alimentaires et je pense à mes enfants. Ma meilleure amie du moment est une 4 qui cuisine zen macrobiotique depuis 15 ans et qui a une relation maladive à la nourriture (elle est C+++++). Son discours interpelle mon sous-type conservation… mais je l'envoie ballader en lui disant que c'est trop compliqué et que ma priorité est de travailler… pas de faire à manger et de faire les courses !
Toutefois, ses idées font leur chemin. Je me dis que je dois être valeur d'exemple pour mes enfants et que je ne peux pas continuer ainsi. Je recontacte mon ami nutritionniste qui me propose d'équilibrer mon alimentation.
Toutefois, une partie de moi reste persuadée que ça ne fonctionnera pas car je ne suis pas capable de "mesurettes" dans ce domaine. Je veux un truc qui fait péter tous mes schémas d'un coup, une thérapie de choc. Bref, un truc de 8.
Les hasards de la vie font que je vois Patricia, début mai 2012 pour travailler sur un sujet. Lors d'une grosse séance de coaching, nous mettons à jour des croyances et équivalences complexes sur la "nourriture — cuisiner — alimentation". J'avais un problème qui remontait à quand j'avais 4 ans, quand j'avais peur que ma mère (apparemment anorexique ou tendance anorexique) meure de faim. J'avais également une équivalence "cuisiner = s'occuper de moi et s'occuper des autres" (on retrouve ici le 8 alpha coupé de l'amour de soi (=> je ne prends pas la peine de cuisiner et de prendre soin de moi), plus vengeance sur mon mari et mes enfants qui m'énervent (alors je ne leur fais pas à manger ou je leur fais à manger de la merde). Nous faisons un réimprinting plus apport de ressources.
À la suite de cela, mes comportements alimentaires changent un peu, je cuisine… mais les grignotages se remettent en place suite à gros stress.
Juin 2012 : j'ai dynamité la montagne ! Je l'efface de la carte !
Juin 2012 : je tombe malade et j'ai vraiment eu peur. Un matin, j'ai même dit à mon mari : "Si je meurs, je veux que tu te remaries !" C'est dire à quel point j'étais mal ! Du fait de cette maladie, je n'ai rien mangé pendant trois jours ! RIEN… et je n'avais même pas faim !
Puis, le jour où j'ai pu me lever et que j'ai eu l'idée de manger, eh bien, je me suis dit que j'allais prolonger mon jeûne volontaire de deux jours pour éliminer de mon organisme toutes les toxines.
Lorsque je faisais mes recherches sur Gandhi, je me suis toujours demandé comment il pouvait faire une grève de la faim (en fait ce n'est pas si difficile car on ne ressent plus la faim au bout de trois jours de jeûne !). Je me suis dit que c'était l'occasion de tester de faire mon expérience de vérité ! Et puis, mon amie 4, qui pratique régulièrement des jeûnes purificateurs, m'a guidé dans la démarche. Ce jeûne a fait péter toutes mes croyances limitantes sur le bouffe, a développé des sensations nouvelles, m'a reconnecté à mon corps.
La première bouchée que j'ai mangée après ce jeune de cinq jours a été exceptionnelle ! Une explosion des papilles gustatives. C'était comme si je découvrais ce que c'était que MANGER en savourant un aliment (avant je devais manger comme un labrador qui engloutit compulsivement des trucs…
Du jour au lendemain, mes rations alimentaires ont été réduites pas trois, car j'étais connectée à mon corps lorsque je mangeais.
Il m'est arrivé deux fois, depuis ce jeûne, de me retrouver devant le placard à provision, par habitude, pour grignoter et je me suis dit : "Merde ! qu'est-ce que tu fous là ? Tu sais très bien que tu n'as pas faim ! Tu n'as pas bouffé pendant 5 jours sans avoir faim… T'es juste fatiguée… Alors bois et repose-toi…" Et j'ai bu et j'ai fait une mini-pause et je n'ai pas grignoté…
J'ai aussi expérimenté à quel point, j'étais mieux dans mon corps. J'ai compris à quel point j'avais été intoxiquée (par le sucre, thé et café). Au fur et à mesure que j'ai réintroduit des aliments, j'ai pu voir comment mon corps réagissait. C'était presque magique en terme de sensation vécue. C'est bien au-delà de tout ce que je peux écrire et dire. C'est une expérience unique, comme si j'étais devenue vivante dans les moments où je mange et où je bois. Je me sens tellement bien que j'ai décidé de poursuivre l'expérience et de tenter le végétarisme pendant quelques mois, pour voir comment ça fait dans mon corps.
Bref, la relation à la nourriture était ma montagne à gravir. Ben, je n'ai pas gravi la montagne, je l'ai explosée, dynamitée, effacée de la carte ! La montagne n'existe plus : je n'ai pas eu à la gravir puisqu'elle est partie en fumée… Et le détonateur a été un tout petit virus de merde qui a inquiété mon instinct de conservation ! Merci petit virus !
J'ai même découvert que j'aimais cuisiner (alors que je m'appliquais à foirer tous mes plats depuis 25 ans — Il faut savoir que quand je fais mal quelque chose, je le fais également mal avec excès !) et que je pouvais faire preuve de créativité sur le sujet.
De l'usage de l'ego
Évidemment, je sais que j'ai joué à fond sur mon ego et sur l'excès. Je vous livre un échange que j'ai eu avec mon ami nutritionniste :
Moi (à propos du changement à 180°) : "Je trouve cela très cohérent avec le 8 ! Tout ou rien ! Je savais que je devais faire une révolution pour bouger sur ce point ! Un truc brutal ! Au fond, je ne crois pas que tu puisses changer l'alimentation d'un 8 sans faire une révolution !! Que dit ton expérience ?"
Lui (9) : "C'est une question que je me pose souvent pour les 8 et les autres. Vu que je cherche à mettre en place des changements de comportements qui soient sains et protecteurs pour la santé. Faut-il les piloter en utilisant le moteur de la passion et/ou de la compulsion ?"
Moi :"Rappelle-toi que Fabien dis toujours que l'ego a son utilité. C'est ce qui nous permet de fonctionner au quotidien. Je sais que j'ai utilisé à fond mon ego dans cette histoire (d'ailleurs j'en tire fierté, je suis bien dans l'ego !)… mais je sais aussi que c'est un changement sain pour moi et pour ma famille… Alors je dis que c'est OK ! Parce que mon ego, je l'ai laissé faire en toute conscience ! Fabien nous répète souvent qu'on s'auto-observe et, un jour, on a le choix : suivre son ego ou prendre une autre direction ! J'ai choisi de prendre une autre direction en jouant sur mon ego… En m'appuyant que quelque chose qui fonctionne. J'ai le résultat : efficace, sain qui ne porte préjudice à personne… alors pourquoi pas !" (À ce jour, je me pose toujours la question de savoir quelle était la part de déni dans ma remarque… mais au fond, je m'en fous, ce qui compte c'est le résultat et le confort au corps. Fabien, j'aimerai bien avoir ton avis sur ce point.)
Un changement pérenne… s'appuyer sur les pauses ultradiennes.
Évidemment la question se pose de savoir si le changement sera pérenne ou non. Je pense que OUI car :
- La différence de perception au quotidien est tellement énorme que je n'ai PLUS JAMAIS envie de redevenir comme avant ! PLUS JAMAIS !! Plus jamais je ne serai intoxiquée au thé, au café et au sucre ! Plus jamais je ne serai prisonnière de compulsion alimentaire (parfois, j'avais tellement envie de sucre, que j'étais prête à voler le goûter de mes enfants !)
- Mon mari est allé voir son super-kiné, à Paris, la semaine dernière qui lui dit que ses problèmes de tendons provenaient d'une alimentation trop acide => Mon mari m'a demandé à manger autrement => motivation suplémentaire pour cuisiner et organiser les courses !
- Dans la foulée, mon fils cadet est tombé malade et son inflammation peut aussi être due à une alimentation trop acide => idem à point 2.
- Mon changement de ressenti intérieur a provoqué des changements énormes dans l'ambiance familiale à table : la table est devenue un réel endroit d'échange et de bonne humeurs alors qu'avant ce n'était que tensions ! Les enfants sont ravis de ma nouvelle créativité culinaire et des nouvelles saveurs que nous testons.
- J'ai mis en place une superbe organisation et un process parfait pour assurer l'approvisionnement de ma cuisine + toujours avoir sous la main de quoi cuisiner un plat complet équilibré et délicieux !
Du coup, j'ai aussi découvert que, avant, je croyais que pendant la pause ultradienne, il fallait se reposer… Mais j'avais mal traduit, dans ma tête, "se reposer". En effet, je n'aime pas me reposer : souvent, cela me fatigue de me reposer (je pense que j'avais une équivalence "se reposer = rien faire = rien faire en mangeant"). J'ai réfléchi à ce que voulait dire pour moi "faire une pause" ou "se reposer". Mes moments de compulsions alimentaires venaient de moments où j'avais passé trop de temps à travailler sur écran, trop dans mon centre de support, le mental… et j'ai eu le déclic : ce qui me repose, c'est de "faire". Désormais, lorsque j'ai besoin d'une pause, ce n'est plus "un Mars et ça repart", mais c'est une pause d'instinctif : j'épluche et je coupe des légumes pour le repas du soir, je vais au bout de la rue, au petit marché acheter quelque chose (pain, œufs…), j'en profite pour lancer une machine ou pour étendre le linge, je fais une pause de yoga, un exercice respiratoire, je prépare une décoction de plantes ou de gingembre… Bref, je fais un truc 100 % instinctif et je suis reposée ! J'ai eu ma pause ; du coup, je ne grignote plus !
J'ai aussi fait, avec excès (j'y ai consacré une semaine à raison de plusieurs heures par jour), des recherches sur les façons de manger et cuisiner végétarien, j'ai revu toute l'organisation de mes fonds de placards, j'ai appris à utiliser des nouveaux produits, j'ai pondu des cartes mentales dans tous les sens pour structurer les informations et mes nouveaux apprentissages (notez le mental au service de l'instinctif) ET voilà… roule ma poule… ma silhouette s'affine, je me sens en forme comme jamais, mes enfants sont heureux de venir à table, et mon mari s'émerveille de cette révolution (à noter que eux ns sont pas végétariens mais ils profitent quand même de la nouvelle ambiance et de la créativité) !
Mon amie 4 continue à me transmettre son savoir macrobiotique (elle étudie et cuisine macrobiotique depuis 15 ans). Mais elle est prévenue : avec moi, ça doit être simple, pratique et rapide ! Pas de trucs compliqués et alambiqués !
ANECDOTE : vendredi dernier, je suis allée faire des courses dans un centre commercial avec une autre amie et nous avons déjeuné dans un food court. J'ai eu beaucoup de mal à terminer mon assiette qui était trop copieuse (alors qu'avant je terminais toujours mon assiette, plus je me resservais et je terminais l'assiette des autres !) Et en passant devant les pâtisseries et les paquets de bonbons, mon corps s'est crispé de dégoût, et j'ai eu l'impression de voir du poison. Vision un peu excessive, j'en conviens ! Partout où je vais maintenant, je réalise avec horreur que notre société de consommation propose des sucres partout… Au secours, on veut nous empoisonner !
Voilà, je reviendrai dans quelque temps vous raconter si le changement a été pérenne. Je l'espère parce que c'est drôlement cool de redevenir vivant quand on mange et de cuisiner des trucs créatifs !
Je précise que si je poste ce témoignage, qui est quand même très personnel, c'est parce que je pense qu'il peut être utile et intéressant pour illustrer des mécanismes de 8… mais aussi parce que c'est une façon de mettre cet événement à l'extérieur de moi. Sur des trucs lourds, j'ai toujours besoin de mettre à l'extérieur !
Bien amicalement,
Aurore
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