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Hadadelaluna

Répression du centre émotionnel

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Fabien Chabreuil

Bonjour Aurore,

"Je pense que ce vécu correspond à un début de prise en compte de l'autre (et donc de connexion aux émotions ? :confused:)."
Dans l'absolu, il n'y a pas équivalence entre "prise en compte de l'autre" et "connexion au centre émotionnel". Les spécialistes scientifiques de l'empathie et de la compassion en distinguent trois sortes qui correspondent en fait aux trois centres (j'ai un court article à ce sujet que je publierai en fin de semaine sur le blog). Il peut y avoir prise en compte non émotionnelle de l'autre (l'idée supérieure du 8 est l'altérité, et non pas l'amour), mais c'est une étape très positive vers une véritable compassion émotionnelle.

Cependant dans ton cas, tu dis avoir "ressenti" la problématique de ton fils. Qu'était ce ressenti ? Que signifiait-il ? Quelque chose d'uniquement factuel (il a un problème, je dois agir) et donc instinctif, ou bien y avait-il une composante affective (j'ai de la peine pour lui ou avec lui) et donc émotionnelle ?

"Par contre, je n'arrive pas à nommer les émotions ressenties (compassion ? empathie ?)."
Tu peux utiliser un dictionnaire pour avoir des définitions fines de ces émotions, et ensuite constituer ton propre dictionnaire : quand je ressens telles choses à tels endroits précis de mon corps, c'est telle émotion.

"J'ai assumé ! :cool: J'ai simplement dit : 'Désolée, je suis émue quand j'en parle.' J'étais interloquée par mon propre ressenti !"
Dans ce second cas, bien sûr, il n'y a pas de doute. :thumb_up: Je suppose que c'est ce vécu qui t'a poussée à publier le témoignage de ce matin.

"Par contre, je conserve toujours une difficulté pour faire la différence entre une émotion et un ressenti (qui serait plutôt lié au centre instinctif)."
C'est une hésitation classique chez les personnes réprimant l'émotionnel. Tu peux commencer par distinguer des choses évidentes. Tu as eu les larmes aux yeux quand tu as raconté la naissance de ton fils, et tu as aussi les larmes aux yeux quand tu épluches des oignons. Quelle est la différence ? Qu'est-ce qu'il y a de plus dans la première situation qui distingue une émotion d'un simple ressenti physique ?

"Quand je parle d'empathie, est-ce une émotion ou un ressenti corporel ? Quand je nage et que je me concentre sur mon ressenti et la sensation de plaisir liée au contact de l'eau, est-ce que je mets en œuvre le centre instinctif ou émotionnel ?"
Respectivement, une émotion et un ressenti.

Très amicalement,
Fabien

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Aurolaf

Bonjour Fabien,
 

Cependant dans ton cas, tu dis avoir "ressenti" la problématique de ton fils. Qu'était ce ressenti ? Que signifiait-il ? Quelque chose d'uniquement factuel (il a un problème, je dois agir) et donc instinctif, ou bien y avait-il une composante affective (j'ai de la peine pour lui ou avec lui) et donc émotionnelle ?

Effectivement, après lecture de ton article, je réalise que mon ressenti n'avait rien d'émotionnel. J'ai commencé par une empathie cognitive (j'ai reconnu l'émotion et la détresse de mon fils), et j'ai ensuite vécu une empathie compassionnelle (en voulant l'aider à résoudre cette situation afin de le sortir de ses émotions négatives). A aucun moment, il n'y a eu empathie émotionnelle. :sad:

"Je suppose que c'est ce vécu qui t'a poussée à publier le témoignage de ce matin."
Ben oui ! Ce vécu a d'ailleurs agi comme un déclic (pour des raisons que je suis encore incapable d'analyser). Depuis ma relation à mon fils est considérablement améliorée !

J'ai remarqué que lorsque je ressentais des émotions, j'étais ensuite épuisée? ce qui semble normal puisque tu as écrit :

 

En standard, notre consommation d'énergie est généralement la suivante :

  • Le centre préféré ressource ;
  • Le centre de support est plutôt neutre ;
  • Le centre réprimé épuise.

Comment est–ce que je fais pour éviter d'être fatiguée quand je ressens une émotion ?

Vendredi dernier, j'ai vécu une très beau moment d'émotions positives. J'étais tellement épuisée que j'en suis tombée malade dans le week-end. Être malade ou fatiguée me dérange (ben oui, évitement de la faiblesse). Alors si je suis ainsi après chaque émotion, je doute fort que Mr Ego me laisse longtemps me connecter au centre émotionnel. Mme Lucidité a beau veiller, Mr Ego est fort !

Bonne semaine à tous.

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Hamlet

Bonjour,

 

Ici dans la citation, j'aimerais savoir comment appliquer celà pour les membres du triangle. Par exemple dans mon cas,

mental -> ressource et épuisement en même temps,

instinctif -> épuisement

 

L'émotionnel est il considéré comme un centre de ressource lorsque le mental est réprimé ?

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Harper

Bonjour Hamlet,

 

D'après mon expérience :

 

- Mental : dans les moments difficiles, certains aspects ou certaines utilisations deviennent en effet épuisants. Je "solutionne" le problème par une diversion, c'est à dire que je vais utiliser le mental sur des choses anodines (mots croisés, sudoku, etc.) afin de profiter de l'aspect "ressourcement" sans en subir le stress/répression.

 

- Emotionnel : à mon avis, l'émotionnel peut apporter un certain ressourcement en cas de répression du mental, mais il me semble que les apports énergétiques sont assez faibles et donc insuffisants. En fait c'est assez difficile à dire, parce que mes connexions à l'émotionnel comportent très souvent en même temps un échange d'informations, donc une part de mental.

En plus, je n'ai pas d'exemples récents de périodes où j'aurais totalement réprimé le mental pendant suffisamment longtemps pour chercher mon énergie par défaut dans l'émotionnel.

 

- Instinctif : rien que de penser à un effort ou en entendre parler me fatigue? (J'exagère à peine.)

 

Très cordialement,

Bénédicte

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Pour répondre d'abord à la parenthèse ouverte par Hamlet, il me semble que pour le triangle, le second centre est un centre de support et, en fonctionnement normal, est donc relativement neutre du point de vue évoqué. Quand sous stress, il y a bascule du centre préféré, il me semble que la consommation d'énergie est forte, due au dit stress, et qu'alors le centre de support n'y peut pas grand chose.

 

Je réponds maintenant à Aurore.

 

"J'ai commencé par une empathie cognitive (j'ai reconnu l'émotion et la détresse de mon fils), et j'ai ensuite vécu une empathie compassionnelle (en voulant l'aider à résoudre cette situation afin de le sortir de ses émotions négatives). A aucun moment, il n'y a eu empathie émotionnelle. :sad:"

Il n'y a pas de quoi être :sad:. Manifester deux sur trois des composantes de l'empathie est déjà pas mal. J'en connais qui en sont loin? Comme je te l'ai dit dans un autre message, l'idée supérieure du 8 est l'altérité, et non pas l'amour. Il serait contreproductif d'être trop exigeante avec toi-même.

 

"Comment est–ce que je fais pour éviter d'être fatiguée quand je ressens une émotion ?"

Tu ne peux pas. C'est un corollaire de la répression. La fatigue ne diminuera qu'au fur et à mesure que la répression diminuera.

 

Une expérience personnelle. Je réprime l'instinctif et me lever pour aller chercher le sel est un effort, que je fais pour lutter contre la répression, mais un effort quand même. Cependant, cet été, j'ai fait sans aucune fatigue des trekkings en Amazonie ou sur les Iles Galapagos. Là, le centre réprimé fonctionnait au service du centre préféré (j'ai appris des choses) et du centre de support (j'ai vécu des moments émotionnels de connexion à la nature assez extraordinaires), et du coup, il fonctionnait bien, sans gêne, sans que je répugne à m'en servir. Bien au contraire, cela devenait un réel plaisir de l'utiliser. Depuis quelque chose à changé : par exemple, il m'arrive de monter chez moi par l'escalier pour le plaisir au lieu de prendre l'ascenseur. :rofl:

Je ne sais pas comment, mais la structure de cette expérience est peut-être transférable à ta propre hiérarchie des centres.

 

Très amicalement à Mr Ego, à Mme Lucidité, à Hamlet et à Bénédicte,

Fabien

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Aurolaf

Bonjour à tous,

Une petite incursion rapide… car je n'ai ni le temps, ni l'envie d'écrire !

Il y a trois jours, j'ai assisté à un énorme enfouissement de mon centre émotionnel. Depuis il a disparu, alors que j'étais pourtant parvenu à l'apprivoiser au cours des dernières années…

Dimanche dernier, j'étais en train de discuter au téléphone à une amie et je téléchargeais mes mails en même temps… Soudain je vois un titre qui m'inquiète (car j'ai un ami très malade en France). Je lis le mail tout en papotant, et je lis le décès du malade décrit par sa femme (l'une de mes meilleures amies, une 1 à l'émotionnel salement réprimé) : la description était froide et pourtant hurlante de chagrin.

Un bref instant, j'ai eu l'impression de vivre une désincarnation. Je vivais le moment dans mon corps, et en même temps j'étais sortie de moi et je m'observais.
C'est comme si une vague avait brusquement noyé l'émotionnel et le mental… et même l'instinctif ! Les trois centres noyés !
J'ai brusquement cessé de parler à ma copine au téléphone, je me suis transformée en statue de pierre, avant de dire un truc du genre « merde, xxxx est mort » J'ai lutté un moment pour arriver à parler à nouveau.
J'ai alors enfoui complètement mon émotionnel et j'ai continué ma conversation, froidement. Mon amie au téléphone (une 9 mu) me disait horrifiée : « Euh… On se rappelle. Je te laisse avec cette nouvelle. Tu me rappelles… Tu dois avoir envie de rester seule… ». Et moi, tranchante comme caillou : « Non, on termine cette conversation. »

Depuis quatre jours, c'est comme si l'émotionnel n'existait plus chez moi ! Toute émotion (même la colère) est totalement anéantie. J'ai l'impression de retourner 15 ans en arrière, en ces temps où j'avais si bien enfoui la moindre parcelle d'émotion que j'étais presque devenue une machine !
Je ne ressens rien, je suis anesthésiée, je vis comme sur un nuage (pas beau le nuage), j'effectue machinalement les gestes de la vie, et j'ai des hallucinations où je vois mon amie, veuve à 40 ans avec ses deux petites filles de 3 et 6 ans… Et je projette l'hallucination sur moi.

Je me dis par moment : à quoi sert tout ce travail sur soi pour replonger aussi facilement ?
Je sais que mon émotionnel va finir par revenir… et je ne sais pas quand. Et je ne sais pas trop quoi faire pour cela.
Je n'ai même pas su quoi dire à mon amie qui a perdu son mari. J'ai été incapable de trouver les mots.

A bientôt,
Amicalement.

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Fabien Chabreuil

Bonjour Aurore,

Tout d'abord, en ce moment, je te redis toute mon amitié. :heart::calin::kiss2:

"Un bref instant, j'ai eu l'impression de vivre une désincarnation. Je vivais le moment dans mon corps, et en même temps j'étais sortie de moi et je m'observais. C'est comme si une vague avait brusquement noyé l'émotionnel et le mental… et même l'instinctif ! Les 3 centres noyés !"
C'est un mécanisme hypnotique appelé dissociation, une protection classique contre une trop grande souffrance.

"J'ai alors enfoui complètement mon émotionnel et j'ai continué ma conversation, froidement. […] Et moi, tranchante comme caillou : « Non, on termine cette conversation. »"
Et puis la compulsion reprend la main, car plus le chagrin est grand, plus il a l'impression que la faiblesse est grande.

"Je me dis par moment : à quoi sert tout ce travail sur soi pour replonger aussi facilement."
Tout d'abord, l'ego est toujours là, et c'est OK qu'il reprenne parfois la main. Tu as à faire des progrès, pas à être une sainte… enfin pas tout de suite ! :wink:

Ensuite, l'évolution avec l'Ennéagramme est d'abord auto-observation. Toutes ces années, tu as fait en ce domaine un travail magnifique. L'auto-observation, sauf peut-être après une vingtaine d'années, n'est pas suffisante. Il y a des techniques qui permettent d'améliorer ce qu'on a observé. Dans les stages dits d'évolution, tu n'as fait, du fait de tes conditions de vie d'expatriée, que le stage Essence. C'est aidant (pratique la connexion au corps, c'est là que sont les émotions), mais évidemment très insuffisant. Tu as décrit avec une belle lucidité des phénomènes hypnotiques de dissociation et d'hallucination, et le stage Éveil donne des techniques pour déconstruire ces transes.

Cependant, tu n'es pas totalement désarmée devant ce qui se passe : exprime en premier ta colère contre ce que tu veux (ton ami qui est mort en te laissant et en laissant sa femme, contre la maladie et la vie qui sont injustes, contre Dieu qui n'a pas "pitié du cœur des hommes", etc.) ; quand tu auras bien vidé toute ta colère, alors il ne restera plus que le chagrin ; essaye de le sortir, avec quelqu'un ou toute seule, en parlant ou par écrit, en disant ce que tu aimais chez ton ami et qui va te manquer. Courage !
Si tu n'y arrives pas, fais-toi plusieurs désactivations d'ancres.

Je t'embrasse très amicalement,
Fabien

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Sevan

Bonjour Aurore,

 

Ton message m'a beaucoup touché. La seule chose que je puisse exprimer c'est : :tongue:

 

Amicalement,

Sevan

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On dirait le sud

Bonjour à toutes et tous,

 

J'ai resuivi le stage stage Centres ce weekend, ce qui m'a permis de constater l'absence de doute quant à ma variante alpha (contrairement à la première fois où j'avais suivi le stage).

 

Lors du panel des "émotionnels réprimés", j'ai choisi de ne pas témoigner directement de la conscience de ma répression de la tristesse (depuis plusieurs années). Je ne l'ai fait que brièvement le lendemain et, en observant cela (le samedi comme le dimanche), je sentais l'émotion à fleur de peau. Mais il m'était intolérable d'ouvrir les vannes devant autant de monde, d'où la brièveté de mon témoignage. Je trouve toutefois nécessaire de ne pas laisser cela ainsi en plan, et j'ai choisi d'en parler sur le forum dès ce matin. (J'étais content de trouver un sujet déjà ouvert.)

 

Tout d'abord, je suis d'accord avec la synthèse proposée par Hada de la Luna. Je constate cette fameuse boucle, cet enfermement égotique. Ensuite, je suis tombé un peu plus loin sur le témoignage d'Aurore — qui partage la même hiérarchie des centres que moi. Depuis le décès de mes grands-parents (en 2004 pour le dernier d'entre eux), je n'ai plus souvenir de m'être effondré en larmes, d'avoir accepté pendant quelques instants "d'ouvrir les vannes" (sauf peut-être quelques mois après une rupture de couple et un mariage annulé que j'avais décidé sans pouvoir de suite l'expliquer… mais ma mémoire est évidemment très mauvaise en ce domaine, les transes d'amnésie étant caractéristiques de mon ennéatype).

 

En lisant le témoignage d'Aurore, je me demande si je n'ai pas évité de prendre des décisions dans ma vie, si je n'ai pas ralenti, voire saboté inconsciemment, certains projets (donc certains changements) afin de ne pas avoir d'enfants de suite (alors que je rêve de devenir papa un jour) justement par peur que mon ou mes enfants me confrontent à ma répression du centre émotionnel, et en particulier aux larmes de joie et de fierté devant leurs réalisations, devant leur évolution dans le monde (et aussi à ma compulsion d'évitement des conflits, bien évidemment). Je ressens dès lors beaucoup d'empathie face à l'expérience d'Aurore et d'admiration pour son courage en la relatant ici (ce n'est d'ailleurs pas son seul témoignage qui ait transpercé mon armure et m'ait aidé à sentir la justesse de la vertu de mon ennéatype ; un énorme merci donc à toi, Aurore).

 

Un autre élément de ma personnalité et de cette répression du centre émotionnel peut aussi expliquer le ralentissement (ou le sabotage) de certains projets : ma peur de m'évanouir, de ne pas être réellement présent (voire d'être un obstacle au corps médical) lors de l'accouchement de ma compagne. Il m'est déjà arrivé (il y a longtemps de cela heureusement maintenant) à deux reprises de commencer à "tomber dans les pommes" en lisant simplement un livre. Je suis toujours mal à l'aise lorsque je me rends en visite dans un hôpital (et encore plus dans une maternité). Bref, cause ou conséquence de la répression de mon centre émotionnel, je suis très sensible (ma famille m'a d'ailleurs souvent traité de "petite nature", et ennéatype 9 oblige, je n'ai pas protesté, ou alors de manière non convaincante).

 

Bref, depuis que je lis ce forum avec l'idée de m'auto-observer réellement (et non comme outil de narcotisation), je constate de plus en plus des émotions (que je regroupe sous l'étiquette de "tristesse" même si je commence à sentir certaines nuances) toquant à la porte. Et je sens une partie de moi qui redoute leur explosion en public et/ou dans un contexte que mon ego juge à l'avance comme inapproprié. Je constate ce contrôle en silence de la personnalité par le centre réprimé (et cela d'autant plus quand je considère que les émotions, les miennes et/ou celles des autres, peuvent être — ou sont — la source de conflits).

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

"Je me demande si je n'ai pas évité de prendre des décisions dans ma vie, si je n'ai pas ralenti, voire saboté inconsciemment, certains projets (donc certains changements) afin de ne pas avoir d'enfants de suite (alors que je rêve de devenir papa un jour) justement par peur que mon ou mes enfants me confrontent à ma répression du centre émotionnel."

Comme nous le disons en stage, les petits enfants (et les animaux) sont une chance pour les personnes réprimant l'émotionnel de se connecter à ce centre, parce qu'ils ne jugent pas nos émotions, ni leur expression même si elle est maladroite. Le temps qu'ils grandissent et puissent le faire peut être suffisant pour un bon apprentissage émotionnel.

 

Après, toutes les personnes réprimant l'émotionnel ne saisissent malheureusement pas cette chance, avec la conséquence que cela a sur leur enfants.

 

"Ma peur de m'évanouir, de ne pas être réellement présent (voire d'être un obstacle au corps médical) lors de l'accouchement de ma compagne."

Autrefois, la présence du père était interdite dans la salle (pièce) d'accouchement, et il attendait dehors (en grillant clope sur clope si c'est dans un film). C'était stupide.

 

Aujourd'hui, cette présence est quasiment obligatoire. C'est stupide. Même si on aime la mère et si on est content d'avoir un enfant, le spectacle est dur. Il est normal de ne pas se sentir capable de le supporter. Je connais des pères qui se sont forcés à assister à l'accouchement et qui en sont sortis traumatisés, avec un impact négatif durable sur leur couple (relation émotionnelle et sexualité).

 

Il est donc important que les futurs pères se donnent le choix, et que les futures mères comprennent qu'une éventuelle non-participation n'est pas tournée contre elles ou contre l'enfant à venir.

 

"Ma famille m'a d'ailleurs souvent traité de 'petite nature'"
Cela dit quelque chose sur les gens qui ont dit cela et rien sur toi.

 

Très amicalement,

Fabien

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Pocahontas

Bonjour à tous,

 

Cela fait un bon moment que je veux témoigner de la répression de mon centre émotionnel et que je laisse traîner la chose. Jusqu'à présent je ne savais pas trop sous quel angle l'aborder. Dernièrement, la discussion ouverte par Alice et le lapin “Répression des centres et mécanismes de défense” m'a donné des idées et ça s'est débloqué.

 

Je suis repartie de l'observation consécutive au stage Éveil (cf. “Aux anciens des stages Éveil”) que je pouvais générer de "fausses émotions"* via une transe de création de sensations.

 

Exemple : voilà un proche triste et ça ne me touche pas émotionnellement parlant => activation de ma loyauté compulsive => constat inconscient de l'émotionnel réprimé => création de sensations internes => je "ressens" quelque chose => je peux être dans la peine avec elle/lui et l'ego est sauf.

 

Je me suis alors souvenue qu'à une époque de ma vie, j'assumais davantage la froideur de mon mental préféré et l'insensibilité liée à mon émotionnel réprimé. Par assumer, j'entends le fait que mon ego justifiait et validait plus souvent et facilement une telle attitude, que ce soit verbalisé ou non. Cela ne m'empêchait pas de me sentir extrêmement mal à l'aise et de souffrir dès lors que je vivais cette froideur comme une déviance (reproches faits par des personnes auxquels j'étais loyale).

J'utilisais déjà probablement cette combinaison de transes (la création de sensations étant accompagnée de suggestions hypnotiques, d'hallucinations positives et négatives, etc.) pour gérer le problème, mais bien moins souvent que je ne l'ai fait par la suite, et ce pour des raisons essentiellement contextuelles. L'endroit où j'étais la plus encline à l'utiliser, c'était mon église, parce que l'amour fraternel et la bienveillance y avaient réellement une place prépondérante (volonté de la part de la communauté). Me croyant sérieusement handicapée à ce niveau-là (cf. “Quand je serais grand, je serais…”), j'ai pu y utiliser régulièrement ce stratagème pour compenser.

 

Par la suite, des événements extérieurs sont venus changer la donne en terme de loyautés, et j'ai donc pu observer un "avant" et un "après", les plus importants changements s'étalant peut-être sur une grosse année.

 

L'époque "avant" que j'évoque recouvre mon adolescence et mon entrée dans la vie active. J'étais souvent stressée et donc désintégrée (émotionnel kaputt). C'est une époque pendant laquelle je me suis prise en pleine poire des qualificatifs comme "cœur de pierre", "sans cœur", "manquant d'amour pour son prochain", ce, uniquement dans un contexte ecclésial, d'autant que je m'en souvienne. Faisant le constat de la mise en échec de ma compulsion de ce point de vue-là et montant souvent le truc en mayonnaise, le meilleur moyen qu'a finalement trouvé mon ego pour régler la question s'est traduit par un renforcement de mes loyautés approuvant et favorisant un usage du mental, justifiant de facto mon attitude non émotionnelle, froide, rationnelle, etc. (auto-validation). Le résultat embêtant de cette tactique c'est que je n'ai quasiment pas développé la qualité de mon centre émotionnel. C'est le serpent qui se mord la queue.

Dans le contexte de mes études, je me souviens que l'enjeu pour moi vis-à-vis de cette répression participait de la préoccupation plus générale de savoir ce que les enseignants attendaient de moi. Pendant un temps, j'ai poussé le truc assez loin après avoir découvert la communication non verbale. Je me suis acheté plusieurs bouquins, y compris des dictionnaires, et j'ai appris toute seule à décrypter ce langage. Je passais ainsi une partie de mes cours à scruter les attitudes et les mimiques de mes professeurs, histoire de glaner un peu plus d'informations pour soulager ma compulsion.

 

Ensuite, je lie la rupture dont il est question à un événement survenu à peu près un an après que j'ai pris mon actuel poste à la bibliothèque. Ma supérieure hiérarchique (6 alpha) ainsi que l'intendante de la Fac (2 alpha) sont venues me parler, se faisant les médiatrices d'un reproche plus largement partagé à mon encontre parmi l'équipe enseignante, les employés, et peut-être aussi des lecteurs, à savoir que j'étais trop rigoriste et pas suffisamment avenante et relationnelle à l'accueil. Je l'ai très mal vécu (échec cuisant de ma compulsion, non pas vis-à-vis du groupe Fac, mais vis-à-vis de loyautés internes qui prenaient la forme d'exigences d'excellence en matière d'éthique personnelle) et j'ai craint pour mon boulot (pour ma sécurité et mon indépendance financière plus exactement => on est dans le domaine de la conservation de soi). Il m'a donc fallu trouver des solutions et forcer un changement de loyauté en quelque sorte, en donnant la priorité à un nouveau référentiel externe embarrassant sur un référentiel interne familier et approuvé.

Les premiers mois après cette mise au point furent assez pénibles et inconfortables. Je m’efforçais de gérer la chose avec un semblant de relationnel mentalisé qui trompait rarement les gens, tout en maintenant un discours dans lequel j'exprimais mon désarroi de devoir agir de la sorte, pensant qu'il s'agissait tout simplement d'un manque total d'honnêteté de ma part. Ça me dépassait. Se montrer avenante vis-à-vis du public alors que je ne ressentais pas réellement une forme d'empathie pour mes interlocuteurs n'étaient pas justifié mentalement et je l'interprétais comme une sorte de mensonge. Je me trahissais moi-même et me considérais comme une faux-cul en agissant ainsi vis-à-vis des autres.

 

Il m'a d'abord fallu comprendre que c'était une fausse croyance, dans le cadre de mon boulot, mais pas que, puis, dans un second temps j'ai commencé à envisager l'intérêt que je pourrais retirer à me comporter d'une manière plus relationnelle avec les autres de manière générale, jusqu'à ce que l'horizon s'élargisse et dépasse ma petite personne pour comprendre qu'il n'était pas question que de moi, mais aussi d'un "moi/toi/nous" réel et investi volontairement, la relation elle-même j’entends.

Étape par étape, mon ego s'est adapté avec les moyens du bord. Je me souviens que la principale technique que j'ai consciemment mise en place suite à cette mise au point a consisté à observer ma collègue de boulot à l’œuvre et à reproduire ses attitudes, ses propos, ou encore à adopter le ton de sa voix ou ses postures. Cela m'a beaucoup aidée (cf. le très intéressant article sur le lien entre les mouvements du corps et les émotions). Inconsciemment, l'adaptation s'est surtout faite à coup de sympathie mentale (Conservation réactivée ++) et les fameuses créations de sensations sont revenues sur le devant de la scène. C'était éprouvé, donc mon ego en a usé et abusé.
Je ne suis toujours pas loyale au groupe Fac qui tend pourtant à véhiculer les valeurs dites "d'église" que sont la serviabilité, voire le don de soi, la coopération, la tolérance, l'hospitalité, entre autres choses, par contre je suis devenue loyale à quelques personnes qui travaillent avec moi et pour lesquelles l'émotionnel et la relation à l'autre sont importants. Nuance.

 

Quelques temps après sont survenus d'autres événements qui m'ont beaucoup perturbée (un décès tragique après plusieurs années de maladie). J'ai alors suivi une courte psychothérapie et j'ai commencé à m'intéresser à l'Ennéagramme. C'est clairement à la même époque que mon émotionnel a commencé à se débloquer d'une manière totalement chaotique. Un exemple tout bête, avant, je ne pleurais jamais devant un film, même si j'en avais envie d'ailleurs, après, je pleurais à chaudes larmes pour un rien devant des scènes ne se prêtant parfois guère à ce genre de réaction, aussi bien en mode "C'est trop triste !" qu'en mode "C'est trop beau !". C'est un peu comme si les événements douloureux vécus avaient ouvert les vannes sans possibilité de retour en arrière.

Au début, j'ai eu beaucoup de mal à assumer ces sorties incontrôlables et je m'arrangeais pour rester la plus discrète possible, jusqu'au jour où mon ego a changé son fusil d'épaule et a commencé à ressentir une grande fierté à ce sujet, et j'ai commencé à m'en vanter régulièrement. Il m'arrive encore aujourd'hui de ressentir de la fierté à ce sujet, mais je ne le verbalise plus parce que c'est dans la case "déviant" maintenant. Ce sont des récupérations égotiques de moments où mon ego croit qu'il ne réprime pas l'émotionnel alors que c'est toujours le cas, mais aussi très facilement de moments où j'ai réellement vécu et reconnu une émotion. C'est un piège classique, mon ego sait qu'il s'agit d'intégration, en fait des caisses et en éprouve de la fierté, de la même manière qu'il peut me rabrouer dès lors qu'il estime que je suis en train de me désintégrer (ego qui observe et juge l'ego).

 

Un autre exemple marquant d'évolution pour moi est celui des enterrements. Mon arrière-grand père paternel est décédé quand j'avais quinze ans. Je l'aimais beaucoup. Je me souviens que pendant toute la cérémonie, je m'étais retenue de pleurer en fixant un mur de l'église et en me focalisant sur la Sonate au Clair de Lune de Beethoven qui passait. Je m'interdisais toute émotion et restais la plus stoïque possible. Ma grand-mère maternelle est décédée l'année dernière dans des circonstances difficiles (elle avait Alzheimer). J'ai pu laisser aller toute ma tristesse et exprimer naturellement ma peine.

 

Aujourd'hui, à défaut d'un émotionnel accessible, je dispose a minima de capacités relationnelles que j'ai développées au fil du temps. Cela a considérablement amélioré mes relations, notamment avec mes proches qui apprécient visiblement (cf. “Question : 9 se disputant avec son conjoint”).

Depuis que j'ai commencé ma formation à l'Institut Français de l'Ennéagramme, je m'occupe un peu plus de mon centre émotionnel et l'apprivoise. J'écoute des musiques et des chansons qui m'émeuvent (pas que du Léo Ferré :wink: cf. “S'exercer sur du Léo Ferré”), je revois des films qui m'ont émue et continue à laisser s'exprimer mes émotions devant de nouveaux films (ça s’équilibre avec le temps), je danse régulièrement chez moi sur différents sons qui me permettent de laisser le centre instinctif se manifester à un niveau essentiel et mon centre émotionnel lui emboîte parfois le pas, je me constitue des albums d'images qui me plaisent ou me touchent. J'ai remarqué que je pouvais passer beaucoup de temps à revoir ou ré-écouter ce qui m'avait fait quelque chose, comme pour bien ancrer le ressenti. Parfois j'arrive à mettre un mot dessus, voire une nuance, et parfois non. Je me construis ainsi mon petit "dictionnaire intérieur des émotions" :wink:. Le cas échéant (ce qui arrive quasiment tout le temps), le décalage entre un vécu émotionnel et sa prise de conscience est souvent important, mais s'est réduit. Là où cela se comptait en mois ou en semaines, cela se compte en jours, là où cela se comptait en jours, cela se compte en heures, etc. Parfois, je pleure en décalé, mais au moins je pleure, parce que "c'est là" depuis un certain temps et "ça a besoin" de sortir. Je constate également mieux la perception de mes émotions et de celles des autres, et comment je n'en tiens pas compte aussi.

 

Puis il y a l'amour, le sentiment je veux dire, le saisissement. Boudiou, ça faisait bien longtemps que je ne l'avais pas ressenti celui-là, mais c'est ça mon jardin secret ! :tongue: :happy:

 

Bien amicalement,
Pocahontas

 

* Je suis encore dans le doute vis-à-vis du fait qu'il puisse s'agir d'émotions véritables mais provoquées par mes mécanismes égotiques ou bien de simples sensations que je prendrais pour des émotions (ce qui me semble plus probable en l'état actuel de mes observations).

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Merci Pocahontas de cet exposé des moyens trouvés par l'ego pour valider ou masquer la répression de l'émotionnel. Je suis certain que nombre de 6 mu y trouveront des pistes intéressantes d'auto-observation.

 

Et bravo pour les progrès de connexion à l'émotionnel. Je vais citer derechef la phrase de Kathy Hurley et Theodorre Donnson : "Le centre réprimé contrôle silencieusement la personnalité." C'est ce "silencieusement" qui rend le travail sur le centre réprimé si difficile alors qu'il est pourtant la clé de l'intégration externe.

 

Très amicalement,

Fabien

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