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Philippe

Russie

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Philippe

Le peuple russe m'intéresse beaucoup, mais malheuseurement je n'ai que peu de connaissances historiques à leur sujet, donc j'espère que des gens qui ont visité ou qui connaissent beaucoup leur histoire vont pouvoir me corriger…

Rapidement, je dirais que le peuple russe représente bien le type 8 :

  • Premièrement, les Russes ont souvent attaqué de manière un peu impulsive des peuples "inférieurs". Le premier exemple qui me vient à l'esprit est une attaque qu'ils ont lancé contre les Japonais ; ils étaient certains de vaincre cette race "inférieure" ; en fait, ils se sont fait mettre en pièces.
  • Deuxièmement, les dirigeants de la Russie ont depuis longtemps été très dur avec le peuple. On pense souvent aux communistes et à Staline qui massacra son propre peuple, mais avant les communistes, la Russie était aussi dominée par de riche "nobles" qui exploitaient les pauvres.
  • Troisièment, l'excès. Les Russes sont renommés pour être de grand buveurs. Hier, une vague de chaleur a fait une quarantaine de morts à Moscou. Jusque là, rien d'extraordinaire quand on sait que les vagues de chaleur font souvent des victimes chez les personnes âgées, mais à Moscou, les vagues de chaleur font des morts parce que des personnes qui ont trop bu se baignent et se noient.

Bon… Voilà mes raisons de croire le peuple russe 8. Elles ne sont peut-être pas inébranlables, mais quand même…

En passant, mon analyse regarde beaucoup les éléments négatifs de la société russe, mais ce n'est pas par mépris pour leur peuple.

Philippe
6, qui vient d'être majeur ! :sad:

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Papyzen

Bonjour à tous,

Tu as raison, Philippe, l'excès est bien une des caractéristiques de la Russie : elle occupe 17,07 millions de km2, soit près de 30 fois la France. Des dimensions gigantesques et un climat des plus rudes : les moyennes de janvier sont souvent inférieures à -20°C, et le gel dure six mois dans certaines parties du territoire. Voilà un décor colossal, forcément déterminant sur la mentalité des peuples qui l'habitent. D'une certaine manière, le véritable maître de la vie des Russes, depuis des temps immémoriaux, c'est l'environnement si dur qui commandait toutes les activités. Les traits du Russe sont donc pour partie innés, pour partie le fruit d'une éducation correspondant aux conditions d'existence.
Pour affronter ces conditions de vie difficile, les hommes qui allaient devenir les Russes se devaient de n'avoir pas froid aux yeux (ni ailleurs :laugh:). La puissance et le courage, orientation du 8, se retrouvent à l'œuvre tout au long de l'histoire de ce peuple ; que l'on songe au sacrifice héroïque des milliers de soldats russes à Stalingrad, ou tout simplement au courage quotidien et à la détermination dont font preuve les femmes russes, héritières de ces "femmes slaves gisant sur le champ de bataille où elles accompagnaient leurs maris à la guerre" (l'historien Andreï Patchin).
Le déni de faiblesse (ne jamais se plaindre !) repose sur les valeurs religieuses que l'Église Orthodoxe mettait un soin tout particulier à inculquer aux Russes, et tout particulièrement aux femmes : le sacrifice et la rédemption par la souffrance.
Aux dimensions gigantesques du pays répond l'excès des horreurs qu'il a subi et continue de subir de la part des dirigeants successifs, que ce soit le despotisme mongol, le système répressif impitoyable d'Ivan le Terrible, la vanité cruelle de Pierre le Grand, jusqu'aux crimes collectifs de Staline. Les bolcheviks se réclameront de Pierre le Grand, et proclameront que la violence est légitime dès lors qu'elle s'exerce au nom de l'intérêt général.
Il n'en reste pas moins que la société russe n'a pas su résister : le système communiste, par exemple, était bel et bien un système de contrôle et d'oppression mis en place par la collectivité ; or la collectivité, c'est l'usine, le magasin, l'école, l'hôpital, et ce sont les collègues, les amis, les concurrents, les petits chefs, les élites venus du peuple. Les Russes pouvaient haïr Staline, Lénine, la police secrète, ils ne pouvaient accuser de leur malheur quelque force extérieure. Pour les sujets de l'URSS, pour les Russes principalement, l'histoire du système soviétique a été leur propre histoire construite par eux et contre eux, dont ils ont leur part de responsabilité dans son instauration et sa perpétuation.
"Dans la société communiste, presque chaque personne de la société a un pouvoir de contrôle sur les autres. C'est un esclavage particulier où la condition d'esclave est compensée par la possibilité qu'a chacun de voir en autrui des subordonnés qui lui sont soumis : la liberté est remplacée par une possibilité d'asservir les autres, par une participation à l'asservissement général […] Le peuple russe a toujours gardé quelque chose de spécifiquement national, même noyé au sein du peuple soviétique. C'est par exemple sa capacité séculaire à s'humilier et à humilier autrui, sa faculté de complaire aux supérieurs et d'exiger la même chose d'autrui, la facilité avec laquelle il passe d'un état sentimental et larmoyant à celui de la cruauté et de la fureur." (Zinoviev).
Parmi les caractéristiques du 8, on pourrait également citer la luxure (dans l'histoire de la famille Karamazov du célèbre roman de Dostoïevski, le père refuse de mettre des limites dans sa vie sexuelle, et il finit par être tué par son propre fils, ou bien Catherine II qui s'empare du pouvoir grâce au meurtre de son mari par ses amants), l'ascétisme (contrepassion ?) du christianisme byzantin que rien n'a tempéré, le puritanisme des élites religieuses ou politiques (celui pur et dur de Staline est à l'origine de la loi de 1930 qui condamne à 8 ans de prison le crime d'homosexualité), l'hédonisme faisant du plaisir un des buts de la vie, l'esprit de méfiance et de vengeance qui amènera l'intelligentsia russe à assassiner Alexandre II, portant jusque dans la révolution tous les comportements caricaturaux : intolérance, esprit querelleur, irréalisme et surtout extrémisme ; et enfin la peur (niée) de l'extérieur avec sa double traduction dans l'expansion messianique et l'agressivité de la "Russie, forteresse assiégée". On trouve aussi chez les Russes le goût de la transgression des lois : une enseignante russe, qui se plaignait d'avoir, en plus de son travail, à remplir de nombreux rapports destinés à des "fonctionnaires incompétents hérités de l'époque soviétique", me disait les bâcler consciemment "puisque de toutes façons il ne seront pas lus" ; "d'ailleurs, ajoutait-elle, les scientifiques qui étudient notre vie de ces dernières 70 années disent sérieusement que la Russie n'a réussi à supporter le bolchevisme que pour une seule raison : jamais aucune, loi ni décret n'y a été appliqué véritablement. La transgression des lois étant pratiquée par tous et à tous les niveaux."
Cela rejoint le domaine de préoccupation fondamentale de la conscience russe, qui est l'éthique, la moralité et les règles de conduite, dans lesquels ils se surinvestissent ou se désinvestissent, selon les circonstances.
La psychologue Tatiana Tolstoï a écrit du peuple russe : "Nos vices sont le prolongement de nos vertus. L'oppression la plus extrême de l'individu est précisément produite par un souci extrême de la personne humaine."
Alors pour finir sur une note plus optimiste, n'oublions pas la légendaire simplicité de l'accueil russe, fruste et simple, l'hospitalité proverbiale qui parvient à s'exprimer même dans le plus grand dénuement, l'extraordinaire solidarité (altérité) des Russes expatriés entre eux : voir le nombre de forums d'entraide sur le Net !
Il y a toujours dans l'âme russe une sorte de sympathie et d'élan envers les petits, les pauvres et les paumés. C'est spécifiquement slave et russe. Pour un Russe, ce qu'un homme est, il l'est dans son cœur. Je me souviens d'une discussion avec un Russe vivant à Paris. Il a vu chez moi la traduction de la fameuse Philocalie, et s'est réjoui de voir que même en Occident on apprécie des textes de la spiritualité orientale. Cependant il a ajouté d'une manière sceptique : "Vous lisez les mêmes textes que nous, mais vous les lisez avec la tête, tandis que nous les lisons avec le cœur."

Par contre, personnellement je n'arrive pas à faire la part ennéagrammique du peuple, du pays et de la culture. :confused:

Très cordialement.

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Fabien Chabreuil

Bonjour Roger,

Merci de ce beau tableau. Je ne te savais pas si fin connaisseur de la culture russe. Ce n'est pas mon cas, hélas. Je ne peux donc répondre qu'en termes de cohérence ennéagrammique. Tu nous a dressé un superbe portrait de 8, mais quelques phrases me font un peu tiquer.

Par exemple : "la société russe n'a pas su résister", "sa capacité séculaire à s'humilier", "sa faculté de complaire aux supérieurs", "larmoyant". Comment fais-tu entrer cela dans le type 8 ?

Tu décris aussi un peuple très émotionnel : "un état sentimental et larmoyant", "ce qu'un homme est, il l'est dans son cœur", "nous les lisons avec le cœur". Cela aussi est difficile à mettre chez un 8.

Mon impression, en te lisant et en tenant compte du peu que je connais, est d'entendre parler d'une société 8 et de gens qui ne le sont pas. En termes de Spirale Dynamique, il me semble évident que la Russie des tzars (les tzars blanc comme les tzars rouges) était partagée entre les vMèmes ROUGE et BLEU. Est-ce que, comme tu le pressens ("je n'arrive pas à faire la part ennéagrammique du peuple, du pays et de la culture"), cela ne pourrait pas donner une apparence de 8 chez un peuple qui ne le serait pas ?

Très cordialement,
Fabien

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Papyzen

Bonjour Fabien,

La société russe serait 8 et le peuple d'un autre type ? J'avoue que je ne vois pas comment cela serait possible dans un pays aussi fortement communautaire, où l'esprit de tribu règne en maître. vMème ROUGE : l'empire, la bande, le clan.

Mon idée est que chez le Russe, comme chez le 8, une dure carapace protège en fait le cœur d'un enfant dépendant, qui a été prématurément exposé à l'adversité. Comme chez le 8, son rapport à l'autorité est ambivalent : soumission résignée et révolte brutale sont les deux aspects apparemment opposés de sa vision de l'autorité.

Le Russe sait plus ou moins consciemment que son pays a besoin d'être dirigé d'une main ferme, au regard des conditions extrêmes de survie. Si le pouvoir est fort, il est respecté, voire adoré. Et Poutine le sait qui donne aux conservateurs la Tchétchénie en pâture.

La population russe a toujours adhéré avec ferveur à ce qu'elle comprenait comme les pouvoirs légitimes, d'abord aristocratique, puis populaire. Le stalinisme n'a été que l'aberration extrême de ce pouvoir absolu délégué à un individu.

Soumission ou rébellion : cela s'inscrit dans la personnalité du 8, n'est-ce pas ? Plusieurs 8 m'ont dit leur totale soumission à un parent, avant la rébellion.

La dualité envers les ordres des supérieurs découle des nécessités de la vie dans les plus mauvaises conditions, elle enseigne la patience, la résignation ou, quand ce n'est plus vivable, la rébellion, l'insurrection.

Les bolcheviques tiraient leur fierté de leur volonté d'aider les plus faibles. Ce qu'ils recherchaient, ce n'était pas le pouvoir, c'était la justice, ils s'engageaient parce qu'ils n'avaient plus confiance dans l'autorité et jugeaient ses dirigeants défaillants (survie, protection mutuelle ?). vMème BLEU : Sacrifier le soi maintenant pour obtenir une récompense future, centré sur le Nous.

"Notre pays est comme un ours. L'ours dort plus profondément que les autres créatures. Il faut le secouer très fort pour le réveiller. Mais quand enfin on y arrive, il déploie une grande énergie brutale" (Elvira Novikova, féministe)

Les Russes n'ont aucun sens de la mesure et ne savent pas suivre une voie médiane, ils errent toujours dans les extrêmes et font preuve d'un négativisme, d'un pessimisme existentiel en tous points semblables à celui des héros de la littérature du XIXe siècle. Leur vision spirituelle du monde (ce n'est pas moi qui le dit) ne comporte que deux plans, le paradis, monde de la vérité et de la justice, et l'enfer, monde de la perdition et du mal ; le haut et le bas de l'univers.

Le modèle du militant intransigeant, se refusant à l'attente et au compromis, prêt à se sacrifier, avait déjà été proposé par les nihilistes. Le terrorisme est l'expression achevée du nihilisme. Ne croyant plus aux vertus de la transformation évolutive du système, ils n'imaginent d'autres solutions que la pure violence qui détruit l'ordre établi en abattant ceux qui le représentent.

L'état "sentimental et larmoyant" dont parle Zinoviev est, à mon sens, ce moment où le 8 se sentant en sécurité abandonne le contrôle de la relation, et redécouvre la tendresse qu'il a enfouie, son innocence perdue. Son attention "tout ou rien" le fait alors verser dans l'extrême familiarité : il a tendance à vous étouffer, il veut tout savoir de vous ; aucun mouvement de votre âme ne doit lui échapper. La langue russe a un mot dérivé du français pour décrire cette amitié émouvante et envahissante : amicochonostvo. Parce qu'il est votre ami, un Russe se croit permis de faire irruption chez vous à n'importe quelle heure ; s'il a un problème, il ne cesse de faire que vous vous sentiez concerné. Si VOUS avez un problème, il ne vous lâche plus avant de l'avoir résolu (à son idée !).

Très cordialement.

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Fabien Chabreuil

Bonjour Roger,

La société russe serait 8 et le peuple d'un autre type ?

Je me suis sans doute exprimé trop rapidement.

Dans notre société ORANGE où la violence est canalisée, nous avons la mauvaise habitude d'associer une certaine forme d'agressivité impulsive à l'ennéatype 8. Quand une société manifeste fortement le vMème ROUGE, cela lui donne des caractéristiques qui, quand on utilise seulement le modèle de l'Ennéagramme, peuvent à tort faire penser au 8. La part de ROUGE est évidente dans la société russe. Il faut donc faire abstraction de son influence pour avoir une chance de trouver le véritable ennéatype.

À propos de Spirale Dynamique justement, je voudrais, avant d'en venir au fait, apporter une précision.

vMème ROUGE : l'empire, la bande, le clan.

L'empire est bien la structure sociale correspondant à ROUGE. La bande et le clan représentent plutôt d'autres vMèmes.

Ceci dit, je doute toujours autant, plus peut-être, de l'hypothèse 8.

Un pays aussi fortement communautaire, où l'esprit de tribu règne en maître.

On ne peut quand même pas dire que le 8 a un esprit communautaire. C'est au contraire un des grands solitaires de l'Ennéagramme.

Comme chez le 8, son rapport à l'autorité est ambivalent : soumission résignée et révolte brutale sont les deux aspects apparemment opposés de sa vision de l'autorité.

Il n'y a pas d'ambivalence à l'autorité chez le 8. Soit l'autorité est forte et juste, et elle est respectée. Soit elle ne l'est pas, et elle est combattue. La "soumission résignée", ce n'est vraiment pas une attitude 8. Si un 8 est obligé de se soumettre, il reste aux aguets et guette la faille, prêt à saisir toute occasion de prendre sa revanche.
L'ennéatype le plus ambivalent face à l'autorité, c'est le 6.

Soumission ou rébellion : cela s'inscrit dans la personnalité du 8, n'est-ce pas ? Plusieurs 8 m'ont dit leur totale soumission à un parent, avant la rébellion.

Non, ce n'est pas particulièrement 8 (cf. supra), beaucoup plus 6.
Se soumettre, c'est dire haut et fort sa faiblesse. C'est le contraire de la compulsion du 8, donc guère crédible.

Les bolcheviques tiraient leur fierté de leur volonté d'aider les plus faibles. Ce qu'ils recherchaient, ce n'était pas le pouvoir, c'était la justice.

Justement, le 8 cherche plutôt le pouvoir. Mais il est vrai que la justice peut servir d'alibi.

Ils s'engageaient parce qu'ils n'avaient plus confiance dans l'autorité et jugeaient ses dirigeants défaillants (survie, protection mutuelle ?). vMème BLEU : Sacrifier le soi maintenant pour obtenir une récompense future, centré sur le Nous.

Comme tu le dis, c'est du BLEU, pas du 8. Les ennéatypes qui préfèrent le BLEU sont le 1, le 6 et le 9 (cf. notre article "Spirale Dynamique et Ennéagramme" publié dans Enneagram Monthly). Peut-être des pistes à étudier…

"Notre pays est comme un ours. L'ours dort plus profondément que les autres créatures. Il faut le secouer très fort pour le réveiller. Mais quand enfin on y arrive, il déploie une grande énergie brutale" (Elvira Novikova, féministe)

Toujours pas. Il n'y a pas besoin de secouer un 8 pour le réveiller ! Une telle métaphore décrit infiniment plus le 9 que le 8.

Le modèle du militant intransigeant, se refusant à l'attente et au compromis, prêt à se sacrifier, avait déjà été proposé par les nihilistes. Le terrorisme est l'expression achevée du nihilisme. Ne croyant plus aux vertus de la transformation évolutive du système, ils n'imaginent d'autres solutions que la pure violence qui détruit l'ordre établi en abattant ceux qui le représentent.

Encore une fois, cela s'applique aussi bien au 6 qu'au 8, voire mieux car le militantisme du 8

L'état "sentimental et larmoyant" dont parle Zinoviev est, à mon sens, ce moment où le 8 se sentant en sécurité abandonne le contrôle de la relation, et redécouvre la tendresse qu'il a enfouie, son innocence perdue.

Quand un 8 découvre son innocence, c'est qu'il est en pleine intégration. Et l'intégration de la société russe, je n'y crois pas du tout. Pour aucune société humaine d'ailleurs. Quand on analyse une société ou une culture avec l'Ennéagramme, il vaut mieux se contenter de l'ego.

Je répète que je n'ai pas de compétence particulière concernant la culture russe, et je considère donc, Roger, ce que tu en dis comme exact. Mais j'ai des compétences en Ennéagramme, et à partir des informations que tu donnes, l'hypothèse 8 ne me semble pas cohérente. Le centre mental n'a jamais été mentionné, et est donc vraisemblablement réprimé ou co-réprimé. Je pourrais malgré tout être tenté par un 6. Le 9 mu est possible aussi, ainsi que d'autres hypothèses. Mais je n'en sais pas assez sur le sujet pour faire autre chose que vérifier la validité en termes d'Ennéagramme d'une proposition.

Très cordialement,
Fabien

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Papyzen

Bonjour Fabien,

 

Oui, le 6 et le 9 sont aussi de très bonnes pistes que j'ai écartées un peu trop rapidement. Je vais y réfléchir. Merci Fabien.

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Jérôme

Je profite d'un voyage professionnel à Moscou cette semaine pour raviver cette conversation. Je l'avais lue avant de partir et j'ai tenté de mener l'enquête auprès d'un contact français qui vit ici depuis quelques années, auprès des clients d'une soixantaine d'année avec qui j'ai pris le temps de discuter de leur pays, et en faisant moi-même quelques observations.

 

Mental (co)réprimé

 

En demandant à mes clients la principale caractéristique du peuple russe, la réponse a été très rapide : « Nous ne réfléchissons pas à toutes les conséquences avant de décider, nous avançons et nous voyons ensuite, il y a beaucoup d'émotion dans nos décisions. » Première indication pour un centre mental (co)réprimé . Il a complété sa phrase avec la devise suivante : « Fais ce que tu peux, et deviens ce que tu deviens. »

 

Le peuple russe sort d'une longue période d'un régime qui les a habitués à ne pas penser, à ne pas s'occuper du lendemain. Le mental a été mis de côté et a encore bien du mal à se réveiller. Je constate cela dans le domaine de mon travail où le marché russe a de très grandes difficultés à sortir de ce qu'il connaît déjà, de ce qui est recommandé par l'État, des grands standards existant sur le marché. Ils ne montrent pratiquement pas de capacité à innover, à créer, à se projeter.

 

Mon contact me dit que la prise de rendez-vous pour la semaine suivante représente souvent une trop grande difficulté de projection dans l'avenir et reste assez aléatoire.

 

Il fait aussi un constat intéressant entre les hommes et les femmes, ces dernières ayant selon lui une plus grande capacité à s'intéresser à l'avenir.

 

Instinctif préféré et co-réprimé

 

Le centre instinctif est forcément utilisé depuis longtemps dans ce pays pour survivre dans un environnement difficile, notamment du point de vue climatique.

 

Après discussion avec mes clients pour éclaircir leurs motivations d'action, elles semblent plus venir d'un besoin profond d'avancer que d'envies liées au centre émotionnel.

 

Dans le même temps le manque d'espoir est important.

  • L'espérance de vie des hommes est inférieure à 60 ans, inférieure à l'âge de la retraite.
  • La natalité est très faible : d'après mon contact, la Russie perd actuellement 1 million d'habitants par an. De nombreuses femmes souhaiteraient pouvoir élever leur(s) enfant(s) à l'étranger…
  • L'attitude est résignée face aux difficultés, « l'aquoibonisme » est très présent. Les manifestations sont très rares (peut être encore un contre-coup de périodes où elles étaient fortement réprimées par le pouvoir).

Le centre émotionnel

 

Les émotions sont souvent contenues, du moins vers l'extérieur, mais d'après mon contact elles sont bien plus présentes dans l'intimité des familles ou des groupes.

 

Les visages russes expriment d'une manière générale rarement de la joie en public. La tristesse ou la mélancolie sont plus facilement perceptibles dans la rue ou à la télévision. Cependant en privé ou lors du repas d'affaire, avec un démarreur à l'alcool de pomme de terre, les émotions positives se libèrent également.

 

Mon contact me dit que les Russes aiment bien la France et son romantisme.

 

Ils se sentent également profondément différents et uniques.

 

Hiérarchie des centres

 

Le mental me semble réprimé en permanence, et pas seulement en cas de bascule, ce qui éliminerait l'hypothèse 6. Je tente cependant ci-dessous de creuser un peu plus cette piste à travers la loyauté, la déviance, et la notion de groupe.

 

Le centre instinctif serait donc préféré mais souvent co-réprimé, ce qui donnerait un centre émotionnel second, soit un type 9 mu.

 

J'ai également pensé à la voir 4 mu, avec un émotionnel intérieur en premier, un instinctif en support et le mental réprimé, mais cette hypothèse me semble moins probable.

 

Solidarité, groupe

 

Le peuple russe est très soudé et se serre les coudes dans l'adversité (il convient de distinguer Russe de ex-Union Soviétique, certains peuples connexes comme les tchétchènes n'entrant pas dans le cadre de cette analyse, je ne sais pas si on peut dire qu'il s'agit su même peuple, voir du même pays). Cette solidarité évoquée par Papyzen dans les messages précédents de ce panneau est confirmée par mes clients.

 

Mon contact me dit aussi que la notion de groupe est très forte, et que même après 2 ans d'absence après des études en Russie, il a été réintégré à son groupe dès son retour, comme s'il n'était pas parti.

 

Loyauté

 

J'ai vu la semaine dernière un reportage sur Tchernobyl à la télévision, et on y voyait des liquidateurs de la centrale, toujours en vie malgré des conditions de santé difficiles dues aux radiations reçues, qui disaient aujourd'hui : « Nous n'avons fait que notre devoir, il fallait bien que quelqu'un le fasse. » La reconnaissance de la Patrie ne s'est pourtant concrétisée que sous forme d'un diplôme et de 100 euros, et ils sont aujourd'hui complètement livrés à eux-mêmes (on peut noter l'absence totale de vengeance que pourrait entretenir un 8). Un exemple de très forte loyauté, mais peut on généraliser sur cet exemple ?

 

Dans le même temps le suivi des règles est très aléatoire : dans le monde professionnel, je constate que les formalités douanières officielles ne sont suivies que par environ 20 % des entreprises qui importent. Les entreprises tiennent à jour deux, voir trois comptabilités différentes, rendant très subjective la notion de chiffre d'affaires (et donc d'impôts). Mon contact me dit ensuite que la population de Moscou fait officiellement 12 millions d'habitants, mais officieusement 17 (la différence ne s'est pas enregistrée). À l'entrée des stations de métro, il y a des dames d'un certain âge qui surveillent ceux qui fraudent. Quand elles en voient, elles sifflent et rien d'autre ne se passe, même si un agent les épaule parfois. La cohabitation de l'officiel et de l'officieux semble une habitude bien installée.

 

Si on revient à l'exemple des femmes qui souhaitent s'exiler pour élever leur(s) enfant(s) sous de meilleurs cieux, la loyauté perd quelques plumes.

 

D'après mes clients, les Russes sont très solidaires, mais pas patriotes.

 

Narcotisation

 

L'alcoolisme est la principale cause de la faible espérance de vie des hommes. Les cigarettes et l'alcool sont très bon marchés, même en se ramenant au pouvoir d'achat local.

 

Oubli de soi

 

D'après mon contact et mes clients, les Russes, notamment en comparatif à la France, s'affirment assez peu et défendent mal leurs intérêts (cf. supra : peu de manifestations).

 

Mon client me dit cependant que les Russes peuvent accumuler pendant longtemps les contrariétés, mais que quand la coupe est pleine ça peut exploser très fort, comme par exemple la révolution de 1917. Cela me semble très 9, et rejoint la métaphore de l'ours dans le message précédent de Papyzen.

 

Évitement des conflits

 

C'est plus délicat.

 

Le peuple russe ne me semble pas rechercher les conflits (son gouvernement parfois plus quand il s'agit d'intérêts stratégiques comme l'Afghanistan ou la Tchétchénie).

 

Ils ont été plusieurs fois mis en situation de se défendre, face à Napoléon ou Hitler par exemple.

 

Depuis que je suis en âge de suivre la politique internationale, il me semble qu'au conseil de sécurité de l'ONU ils sont parmi ceux qui ont été le plus systématiquement contre les résolutions guerrières, encore tout dernièrement pour la Lybie. Mais des intérêts stratégiques et une position face aux pays occidentaux faussent probablement le jeu.

 

Au-delà de ces pistes je ne connais pas assez l'histoire Russe pour en dire plus.

 

Mensonge, vanité et identification

 

La période de la guerre froide a vu la Russie présenter un visage qui après coup s'est avéré être un sacré masque. Elle a menti au monde entier ainsi qu'a elle-même : la force de son économie, la puissance de son armée, la force de ses athlètes dopés.

 

Le premier homme dans l'espace ne serait il pas guidé par de la vanité et de l'identification ?

 

Conclusion provisoire

 

En fonction de ces quelques éléments, je vois donc le peuple russe, en type 9 mu désintégré, qui a eu une période de désintégration externe en 3 pendant la Guerre froide notamment, mais qui sait aussi quand la survie du peuple en dépend se connecter au courage et à la loyauté de son type d'intégration pour repousser Napoléon, Hitler, ou la radioactivité.

 

Cette reste basée sur une étude très brève et ponctuelle et mérite d'être complétée pour être confirmée ou infirmée

 

Observation personnelle

 

Je me rends compte que le « jeu » de typage d'une culture initié par l'Ennéagramme qui a un peu tendance à m'occuper l'esprit en ce moment m'a permis de provoquer des échanges que je n'aurais pas eu sinon, et qui ont activé tous mes centres dans la même direction. J'ai accepté un repas d'affaire que j'aurais plutôt eu tendance à fuir sinon, et il a été à la fois riche en émotions et en réflexions mentales. J'ai su m'affirmer en refusant d'entrer dans la compétition des verres d'alcool fort, tout en ne compromettant pas la relation et les échanges. J'étais bien, et pendant tout ce temps mes petites voix intérieures se sont tues. J'ai appris à apprécier (aimer ?) ce pays plus que je ne l'aurais fait sinon. Je pense avoir cette fois ci plutôt vécu un moment proche de l'essence qu'un moment de narcotisation. Et puis entre 9 mu

 

Je ne vous embrasse pas sur la bouche, c'est passé de mode en Russie.

Bien amicalement quand même,

Jérôme

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Fabien Chabreuil

Bonjour Jérôme,

 

Merci d'avoir relancé ce sujet. Après sept ans d'interruption, je ne connais malheureusement pas mieux la culture russe et ne peux donc pas participer à la discussion comme je l'aimerais.

 

Peux-tu nous dire plus précisément ce qui t'a fait écarter l'hypothèse 4 ?

 

Très amicalement,

Fabien

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Jérôme

Bonjour Fabien,

 

Je crois que la principale raison tient dans les signes me laissant penser à deux centres coréprimés (mental et instinctif), ce qui implique le 6 alpha ou le 9 mu. Par ailleurs, les signes importants d'oubli de soi, de narcotisation et de colère refoulée qui éclate un jour ont favorisé le 9 mu à mes yeux.

 

On peut certes voir la mélancolie du 4 dans le peuple russe, souvent sublimée dans leur musique par exemple (je parle pour ce que je connais un peu).

Je n'ai pas trouvé la passion d'envie, ni l'évitement de la banalité. J'ai expliqué à mon client que les Français avaient tendance à vouloir être uniques, atypiques. Il m'a dit : "Bien sûr, les Russes aussi, mais il n'y a que les Américains pour croire que tout le monde est comme eux !" Cela me semble insuffisant comme argument.

 

Ce même client m'a aussi dit, en parlant de la façon dont les Russes et les Français buvaient : "Les Français s'intéressent au process en buvant du vin, les Russes s'intéressent au résultat en buvant de l'alcool fort." Autrement dit, les Français profitent des émotions de l'instant présent en buvant du vin, alors que les Russes recherchent l'accès le plus rapide à l'état de narcotisation. Cela peut peut-être illustrer une différence entre un 4 et un 9 ?

 

Enfin, je sais pour le vivre qu'un 9 mu, quand il a perdu son centre instinctif et que l'émotionnel se retrouve seul, peut parfois ressembler à un 4 mu. Voilà pour ce qui a guidé mon choix, mais le débat reste ouvert, l'analyse portant sur bien peu de témoignages pour être fiable. Peut être quelqu'un pourra-t-il confirmer ou recadrer sans attendre de nouveau 7 ans ?

 

Bien amicalement ,

Jérôme

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Isabelle P

Bonsoir Jérôme, bonsoir Fabien,

Merci d'avoir relancer ce sujet qui m'avait échappé par ailleurs. J'ai pris un véritable plaisir à lire vos diverses analyses sur ce sujet passionnant.

Autrefois très friande de littérature russe, j'ai eu envie d'apporter mon petit grain de sel féminin à ce débat. L'hypothèse 8 ayant été brillamment écartée par Fabien, je pencherais très sérieusement pour le 6. En voici les raisons principales.

Dans la littérature russe, le monde est continuellement remis en question. S'attachant à l'identification des problèmes de fond plus qu'aux problèmes de forme, l'artiste russe se sent responsable vis-à-vis de tous, dans sa quête de vérité et de justice, il cherche à soulager les misères morales de ses frères. "En Russie, l'acte d'écrire a toujours été un acte d'engagement où l'homme aux prises avec son destin, s'interroge, cherche sa raison d'être et son accomplissement". Il me semble qu'on retrouve ici la fixation et la compulsion du type 6, à savoir le doute et l'évitement de la déviance. Le sens du devoir, la loyauté et l'identification aux plus faibles me semblent également présents.

L'évitement du conflit caractéristique du 9 me semble peu envisageable, notamment si l'on se réfère à la lutte qui a longtemps opposé le peuple à l'intelligentsia. On y retrouve par ailleurs le thème d'ambivalence à l'autorité propre au 6. Dans l'œuvre du poète Alexandre Blok, le peuple Russe est décrit comme incarnant "l'esprit de Dyonysos, la vie jaillissante, la vie primitive et spontanée". L'intelligentsia représente quant à elle la vie organisée et canalisée, "la civilisation, la culture". Cette dualité peuple-intelligentsia serait le reflet d'une dualité et d'une opposition plus profonde, celle du désordre et de l'ordre, du mouvement et de l'immobilité. Ne peut-on voir là la co-répression du mental et de l'instinctif, ce qui évoquerait l'hypothèse d'un 6 alpha ?

Ce fonctionnement par "à-coups" m'évoque également la difficulté à agir du 6, voire sa peur de réussir.

Enfin pour conclure, je ne peux résister au plaisir de glisser cette citation de Dostoïevski qui me semble également être une merveilleuse illustration du 6 :

 

Un véritable réaliste, s'il est incrédule, trouve toujours en lui la force et la faculté de ne pas croire, même au miracle, et si ce dernier se présente comme un fait incontestable, il doutera de ses sens plutôt que d'admettre le fait.

 

Encore merci Jérôme d'avoir "réveillé" ce sujet et bravo pour ton analyse, il m'est vraiment difficile de croire que ton mental puisse être réprimé. :perplexe:

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

Isabelle, une petite parenthèse technique.

"L'hypothèse 8 ayant été brillamment écartée par Fabien, […]"
Je n'ai absolument pas écarté l'hypothèse 8. J'ai bien signalé plusieurs fois que je connaissais très peu la culture russe et que je n'avais donc aucune compétence pour la typer. J'essaye en général de ne pas parler des sujets que je ne connais pas… ce qui en tant que 7 n'est pas toujours facile ! Ce que j'ai dit, c'est que ce que disait Roger-Papyzen de la culture russe, dans la mesure où c'était exact, n'était pas compatible avec l'ennéatype 8.

"Autrefois très friande de littérature russe, […]"
Il faut se méfier du typage d'un pays à partir d'un sous-ensemble de la population. Même si les écrivains sont souvent de fins observateurs de leur environnement, ils appartiennent à une sous-culture dont les filtres marquent leur vision du monde qui les entourent. Je ne dis pas qu'en l'occurrence, c'est inexact ; je pense simplement qu'il faut être prudent et qu'il faudrait apporter encore d'autres éléments.

"Bravo pour ton analyse, il m'est vraiment difficile de croire que ton mental puisse être réprimé."
Je te rappelle que la hiérarchie des centres ne permet en aucun cas de préjuger de la qualité des centres. Peut-être ceci sera-t-il plus clair après avoir fait le stage Centres dans une dizaine de jours.

Très amicalement,
Fabien

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Jérôme

Encore merci Jérôme d'avoir "réveillé" ce sujet et bravo pour ton analyse, il m'est vraiment difficile de croire que ton mental puisse être réprimé. :perplexe:

Merci Isabelle.

 

Je t'avoue que que ça n'a pas été très facile d'accepter que mon centre mental soit réprimé. Lorsque j'ai découvert l'Ennéagramme, ma première analyse m'a fait dire que j'étais du type mental, plutôt 5. J'ai ensuite assez vite convergé vers le 9, et là je me suis dit que ça ne pouvait être qu'avec le mental en second, soit 9 alpha. Le stage Centres a clairement mis en évidence que le mental était en fait réprimé. :peur:

 

Sans entrer dans le détail car je suis un peu hors sujet dans cette conversation et car tu vas faire le stage Centres, je vis cela comme le fait que le centre mental est capable de très bien fonctionner, mais il ne fonctionne que si en amont le centre instinctif (s'il n'a pas basculé) et le centre émotionnel fonctionnent correctement et laissent arriver les informations utiles jusqu'au centre mental.

 

Bien amicalement,

Jérôme

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Aurolaf

Bonjour à tous,

 

Merci Jérôme de ce partage suite à ton voyage !

 

Je ne connais pas la Russie mais, depuis quatre ans, je côtoie et observe un bon nombre d'expatriés russes à Dubaï. Et je pense que les microcosmes expats assez révélateurs de la culture d'origine.

 

Les Russes que j'ai pu voir et côtoyer se font remarquer par leur côté épouvantablement ostentatoire (sacs, voiture, vêtement de marque, parlent fort… et ce n'est pas du ORANGE), aucun sens de la mesure et du respect de l'autre (ex. : ils sont les spécialistes du string sur la plage… dans un pays musulman). J'ai observé le même phénomène à Goa (Inde). De l'extérieur, ils pourraient présenter toutes les caractéristiques d'un 3 très désintégré (le 3-Sécurité ou Prestige), ce qui pourrait être cohérent avec une hypothèse 9 mu en tant que peuple.

 

Toutefois, je trouve qu'ils n'évitent vraiment pas le conflit : les Russes sont la nationalité avec qui j'ai eu le plus d'accrochage verbaux à Dubaï (le dernier date de vendredi) : le ton monte très vite et très haut. Le Russe expatrié pourrait également être classé dans la catégorie "gros lourd", et mes exemples ci-dessus ne sont pas incompatibles avec le 8 (excès), à moins que ça ne soit que l'expression d'un ROUGE qui est souvent réactivé à Dubaï pour beaucoup d'expatriés !

À Dubaï, la communauté russe rime aussi avec mafia…

 

Voilà tout ce que je peux dire, pour vous aider à avancer, sur le microcosme russe à l'étranger.

 

Amicalement,

Aurore

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Jérôme

Bonjour à tous,

 

J'ai récemment eu l'occasion d'assister à une conférence sur le leadership faite par Christian Monjou. Il a abordé le sujet de manière détournée en s'appuyant sur de nombreux éléments historiques, et notamment les arts. Au détour d'une discussion, il a pris quelques exemples dans l'histoire Russe.

 

D'après lui, la Russie toujours hésité entre s'ouvrir sur l'extérieur et conquérir le monde, ou se refermer sur elle-même et sur ses valeurs. Il illustrait cela au travers des deux toiles ci-dessous. Celle de gauche, chargée de valeurs et de tradition Russe, représente Fedor III, tsar de 1676 à 1682. Celle de droite, à la mode des conquêtes européennes avec l'armure et le bateau, représente son successeur Pierre le Grand, fondateur de St Petersbourg qui a régné jusqu'en 1725. D'après Christian Monjou, Vladimir Poutine connait encore aujourd'hui les mêmes hésitations entre agir sur la politique intérieure du pays, ou agit sur le monde extérieur.

 

Russie0.jpg

 

Je n'ai pas pu m'empêcher de faire un lien avec l'orientation intérieure-extérieure de l'ennéatype 9 envisagé dans les billets précédents de cette discussion.

 

Belle journée à vous,

Jérôme

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Pour me mettre dans l'état d'esprit approprié à un proche voyage en Russie, le viens de lire le dernier livre d'Hélène Carrère d'Encausse, Les Romanov : Une dynastie sous le règne du sang [Version Kindle].

 

L'histoire "pleine de bruit et de fureur" de cette dynastie est assez hallucinante : une longue succession de meurtres et de complots qui fait que, dans la pratique, la dynastie des Romanov n'a pas compté beaucoup de vrais Romanov, ni même de vrais Russes ! Sachant qu'elle a duré de 1613 à 1917, une telle importance en Europe du niveau d'existence ROUGE est assez surprenante, même si d'autres vMèmes sont bien sûr présents.

 

Ce ROUGE explique une forte dose de paranoïa chez les souverains qui se demandent sans cesse lequel de leur proche va comploter contre eux. Le même phénomène est tout aussi compréhensible dans la famille de ces souverains, les épouses ou enfants de tzar écartés ou tués par l'empereur ne se comptant pas.

 

Ce qui m'a frappé à la lecture de cet ouvrage est ce qui est dit du peuple. On trouve chez lui la même paranoïa et une alternance forte de moments de soumission enthousiaste à l'autorité et de rejet de cette autorité. En termes d'Ennéagramme, on pense alors à l'hypothèse 6. La fréquence et la violence des révoltes ne semblent guère coller avec l'hypothèse 9.

 

Une rumeur est constante pendant ces trois siècles : le faux tzar.

 

Le tsar tient son pouvoir de Dieu, directement et non pas par l'intermédiaire de l'Église orthodoxe. C'est pour cela que le symbole de la Russie est un aigle bicéphale : le tsar et l'Église, tous deux d'inspiration divine, mais sans lien de subordination entre eux. Il y a une sorte d'union mystique entre le tsar et chacun de ses sujets : le tsar est censé prendre soin du peuple comme un père prend soin d'un enfant. Le peuple et le tsar croient profondément à cette union. Quand le peuple trouve le comportement du pouvoir insupportable, il accuse les conseillers du tsar, ou imagine qu'il y a eu substitution, que le tsar en place est un imposteur. À ces moments-là, le peuple espère le retour du vrai tsar et se rebelle ! Sous Nicolas II, le dernier des Romanov, un homme intelligent mais influençable, velléitaire et manquant de volonté, le lien entre le tsar et le peuple sera rompu (défaite cuisante contre le Japon, "Dimanche sanglant" de 1905, influence et assassinat de Raspoutine, etc.) avec les conséquences que l'on sait.

 

Parfois c'est pour un tzar mort apprécié que le bruit se répand. Ainsi en 1825, lors d'un voyage d'inspection en Crimée, Alexandre Ier tombe malade et meurt le 19 novembre à Taganrog. Fin décembre, son corps est ramené à Saint-Pétersbourg pour être enterré, et le voyage dure deux mois. Contrairement à la tradition, le cercueil reste fermé pendant la cérémonie d'inhumation, ce que l'on peut comprendre le décès remontant à plus de trois mois ! Il n'en faudra pas plus pour déclencher les rumeurs : c'est un soldat qui a été enterré, et le vrai tsar est vivant, chez les cosaques, ou pèlerin, ou ermite, on ne sait ; en tout cas, il reviendra !

 

La fréquence de ce phénomène est telle qu'il est une composante de la société russe qui doit être intégrée dans l'analyse ennéagrammique. Personnellement je le ferai volontiers entrer aussi dans l'ennéatype 6. Outre qu'elle exprime la fixation de suspicion, l'hypothèse du faux tsar permet en effet de s'opposer à l'autorité tout en restant loyal : le peuple russe est loyal au tzar investi d'un pouvoir divin, mais peut contester l'autocrate en place puisqu'il n'est qu'un imposteur.

 

L'ouvrage cité ne se veut pas une description de la société russe, et en conséquence, ce message ne se veut lui qu'une petite pierre (le Grand :blush:) à cette discussion.

 

Très amicalement,

Fabien

 

P.-S. : dans son message du 23 mars 2011 ci-dessus, Jérôme écrit à propos de l'évitement des conflits que les Russes "ont été plusieurs fois mis en situation de se défendre, face à Napoléon ou Hitler par exemple". C'est aussi ce que je croyais et n'ai donc pas réagi à l'époque. La lecture de ce livre m'a montré que c'était inexact. La Russie a été pendant la dynastie des Romanov très agressivement expansionniste, poussant les frontières du pays vers l'ouest (annexion de la Pologne), vers le sud (nombreuses guerres contre l'Empire ottoman, occupation de Malte, projet de prendre l'Inde à l'Empire britannique), vers le nord (nombreuses guerres contre la Suède et occupation de la Finlande), et vers l'est (occupation de la Sibérie impliquant des conflits avec la Chine, occupation de l'Alaska avec des colons descendant jusqu'en Californie où ils établissent en 1812 Fort Ross, le futur San Francisco). La période napoléonienne n'est pas si simple non plus tant elle a connu de renversements d'alliance pour ou contre la France.

 

Pour la période hitlérienne, il faudrait que je vérifie, mais le pacte germano-soviétique est quand même assez expansif et agressif. Quand à l'époque de l'après-guerre et de la Guerre froide, c'est quand même la quasi-occupation des pays de l'Est, les interventions en Hongrie et Tchécoslovaquie, etc.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

Je rentre donc d'un voyage en Russie, en bateau de Moscou à Saint-Pétersbourg pour être plus précis, voyage pendant lequel j'ai écrit ce message.

Plus grand est le nombre d'églises orthodoxes que j'ai visitées — il y en a 600 rien qu'à Moscou ! — que le nombre de Russes à qui j'ai parlé. Même si je commence à avoir une hypothèse forte, je n'ai donc pas la prétention de décider dès maintenant de l'ennéatype de la Russie — ou plutôt de l'ethnie russe qui représente 80 % de la population du pays actuel —, mais seulement d'apporter quelques nouveaux éléments à cette discussion.

 

Russie1.png

Église de la Transfiguration-du-Seigneur et église de l'Intercession-de-la-Mère-de-Diee sur l'ïle de Kiji

 

Russie2.png

Cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé à Saint-Pétersbourg


Tous les Russes avec lesquels j'ai échangé sur le sujet m'ont cité l'humour comme un des traits dominants du caractère russe. Il est effectivement omniprésent. Je me suis demandé comment j'avais pu oublier d'en parler dans cette conversation, moi qui dès les années 1970 me régalais des plaisanteries que faisaient les Russes à propos de leur gouvernement et dont je me souviens encore.

L'humour sert à se distancier des difficultés de l'existence. Par exemple, en Carélie, au nord de la Russie, où le climat est extrêmement rude, on dit ne connaître que deux saisons : l'hiver, neuf mois d'attente, et l'été, trois mois de déception.

L'humour permet la critique sociale. Exemple : "Notre système soviétique fonctionne de manière parfaitement cohérente : la preuve, on fait semblant de payer des gens qui font semblant de travailler."

L'humour sert aussi à brocarder les puissants. Exemple : "Une limousine vide s'arrête devant le Kremlin. Brejnev en descend." J'adore le côté surréaliste de cette dernière blague. Il en existe une, récente mais moins mentalement élégante, qui envoie un message similaire : "Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev vont ensemble au restaurant. Le maître d'hôtel demande à Poutine ce qu'il désire manger. Poutine répond : « Des harengs marinés. Une côte de bœuf de 650 grammes saignante sans sauce. » Comme il se tait alors, le maître d'hôtel s'enquiert : « Et le légume ? » « Le légume, répond Poutine, il prend la même chose que moi. »"

Rassurez-vous, l'humour sert aussi parfois seulement à s'amuser. Sur notre bateau, Patricia a suivi quelques cours de russe. Au dernier, après un petit examen, on lui a remis un certificat lui donnant "le droit pendant trois ans d'enseigner la langue à des personnes consentantes et pas trop exigeantes" !

Un Russe, féru de l'histoire de son pays, a ajouté qu'un autre aspect du caractère de son peuple était l'optimisme : "Si on veut vivre en Russie, il faut être optimiste, sinon ce n'est pas la peine." Il a continué : "Attention, ce n'est pas l'optimisme qui consiste à dire que la bouteille de vodka est à moitié pleine plutôt qu'à moitié vide. C'est l'optimisme qui consiste à répondre « Mais si, mais si ! » au pessimiste qui vous dit que la situation ne peut pas être pire."

Il y a aussi unanimité pour dire que les Russes sont incroyablement superstitieux. Un point remarquable à ce propos est la facilité et la vitesse avec laquelle les Russes inventent de nouvelles traditions. Par exemple, pour fêter son millénaire, la ville de Iaroslavl a dressé en 2003 dans son kremlin une pierre commémorative. Quand j'y suis passé, on m'a expliqué que les femmes devaient y appuyer les mains pour acquérir l'énergie de la Terre, et les hommes le dos pour avoir beaucoup de fils. La pierre n'avait pourtant été érigée que 10 ans auparavant, et son degré de polissage dû aux multiples contacts laisse penser que le rite a déjà plusieurs années.

 

Russie3.png

Monument commémoratif des 1000 ans de Iaroslavl


Il s'agit là bien sûr de l'expression du vMème VIOLET, mais cette forme de permanence du niveau d'existence rend probable un ennéatype s'y sentant confortable.

Un autre aspect important de leur culture dont les Russes sont fiers est leur sens de l'hospitalité. Dans un pays où les conditions de vie climatiques et économiques sont, aujourd'hui encore, très dures, ce trait est vraisemblablement lié à la Spirale Dynamique plus qu'à l'Ennéagramme. En règle générale, les Russes sont au premier abord peu avenants et peu souriants, même s'ils peuvent se détendre assez rapidement et se montrer alors très gais et généreux. L'émotionnel utilisé vers l'extérieur n'est probablement pas leur centre préféré !

Ennéatype, vMème, ou les deux, les Russes ont un sens fort de la communauté. Je les ai souvent sentis arrogants, voire méprisants, vis-à-vis de tout ce qui n'est pas russe. Ou ce qui n'appartient pas à leur communauté : "Saint-Pétersbourg, cette caserne", m'a dit une Moscovite avec une exquise mauvaise foi ; une Saint-Pétersbourgeoise m'a, elle, dit que Saint-Pétersbourg et Moscou étaient un homme et une femme, Saint-Pétersbourg un aristocrate et Moscou une marchande enrichie.

Deux autres points mériteraient d'être éclaircis.

Il y a une certaine forme de démesure dans la culture russe. Je ne saurais cependant pour le moment dire la nature exacte de ce goût pour l'excès et à quoi précisément il s'applique. On peut cependant envisager soit des explications liées aux ennéatypes (passion des types 7 ou 8, ou dramatisation du 4, etc., en base, aile ou désintégration), soit une manifestation du vMème ROUGE qui est encore tellement manifeste, soit les deux.

Parmi les excès des Russes, il y a la vodka, la "petite eau". La vodka est sacrée : Mikhaïl Gorbatchev, tant aimé des Occidentaux, est honni des Russes (1,1 % des suffrages exprimés aux élections de 1991 !), certes parce qu'ils considèrent que la perestroïka a été une mascarade et a plongé le pays dans une de ses plus graves crises économiques, mais aussi parce qu'il a décidé, parmi ses premières mesures en 1985, la limitation de la vente de la vodka. Là aussi, plusieurs interprétations sont possibles : mécanisme de défense de tel ennéatype, contrepoids égotique de tel autre, simple effet des conditions de vie (froid, obscurité) comme dans d'autres pays nordiques, etc.

Dans mon message précédent, je parlais de l'aigle bicéphale, symbole de la Russie, et de sa signification. Une Russe n'a dit que l'aigle bicéphale représentait aussi la psychologie du pays : "Nous sommes doubles : européens et asiatiques, barbare et civilisés, hostiles face aux étrangers et curieux d'eux, etc."

Pour terminer, une information dont je ne sais si elle est significative. Le parlement russe s'appelle la douma, et ce terme était déjà employé il y a plusieurs siècles. La traduction française de douma est pensée.

Très amicalement,
Fabien

P.-S. : dans mon dernier message, j'évoquais l'expansionnisme de la dynastie des Romanov. Il n'y a eu qu'une autre dynastie avant elle, celle des Riourik, qui sont des Varègues, des Vikings pour faire simpl(ist)e, que les Slaves ont choisi comme dirigeants. Les Riourik ont aussi été très expansionnistes, en dehors de la parenthèse de l'occupation mongole.

Et à propos — je vous laisse en déduire ce que vous voulez —, beaucoup de Russes m'ont semblé très chagrinés par la différence de frontières entre l'actuelle Fédération de Russie et l'ancienne URSS. Voire même obsédés par ce problème quand il s'agit de la Biélorussie ou plus encore de l'Ukraine, Kiev ayant été un temps capitale de la Russie…

P.P.-S. : dans son message du 23 mars 2011, Jérôme signalait la difficulté de beaucoup de Russes à penser à long terme et y voyait une raison de considérer le centre mental comme réprimé en permanence. Je suis d'accord avec le constat, mais moins avec la conclusion tirée. La théorie de l'Ennéagramme impose que le centre mental soit orienté vers le futur, mais ne dit rien de l'horizon temporel qui en découle. Le poids du vMème ROUGE en Russie est tel que nombre de personnes n'imaginent pas les conséquences de leurs décisions, et c'est encore plus dramatique quand on est un dirigeant tout-puissant, tsar ou chef du parti communiste.

En 1861, Alexandre II, un tsar animé d'une profonde volonté de réformes, abolit le servage — en 1861, enfin ! — mais il n'a pas prévu de donner des terres aux paysans libérés. En conséquence, les paysans n'ont pas d'autre choix que de continuer à travailler pour leurs anciens maîtres, et leur mécontentement ne diminue pas. En 1881, lors du septième attentat mené contre lui, Alexandre II est mortellement blessé.

Je parlais plus haut de l'impopularité de Mikhaïl Gorbatchev. Une partie de celle-ci vient de ce problème d'horizon temporel. Il veut lutter contre l'alcoolisme ? En réalité, le pouvoir mène une lutte contre l'alcool et fait arracher les vignes. En conséquence, des régions entières sont ruinées parce qu'il n'a pas été prévu d'activités de remplacement, et le nombre de morts augmente parce que les Russes se mettent à boire des boissons frelatées. Gorbatchev veut acquérir auprès de l'Occident une image de dirigeant pacifique ? Il diminue les effectifs de l'armée de 800.000 hommes. En conséquence, la société se retrouve avec 800.000 personnes sans emploi et sans qualification. Etc.

P.P.P.-S. : Winston Churchill a dit en 1939 que "la Russie est un rébus, enveloppé d'un mystère caché par une énigme." C'est dire que nous aurons grand mérite si nous trouvons son ennéatype !

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Le magazine Books publie, dans le numéro actuellement en kiosque, une analyse de The Moscow Bombings of September 1999, le dernier ouvrage de John B. Dunlop. Pour en éclaire le sujet, voici le chapeau de l'article : "Attribués aux Tchétchènes, les attentats qui ont frappé Moscou en 1999 ont été commis par les services de sécurité russes, sous l’égide d’un certain Vladimir Poutine. La rumeur courait depuis longtemps. L’accablante énumération des faits rapportés dans un livre qui fera date ne laisse plus aucune place au doute. Le crime a permis à un Premier ministre fraîchement nommé par le clan Eltsine de se hisser au pouvoir dans des habits d’homme fort. En envahissant la Tchétchénie."

 

Pour apporter un nouvel élément au typage de la culture russe, les dernières phrases de l'article me semble éclairantes :

Dunlop est convaincu que la vérité finira par émerger, même si « cela prend une décennie ou plus ». Mais, comme le remarquait Sergueï Kovalev fin 2007, la plupart des Russes s'en moquent : « J'ai rencontré des gens persuadés que les accusations étaient vraies, et qui n'en ont pas moins voté Poutine avec la même conviction. Leur logique est simple : les vrais chefs exercent le genre de pouvoir qui est capable de tout, y compris commettre des crimes. » Comme l'ont montré plus de douze ans d'enquête, et désormais ce livre, la culpabilité de Poutine semble établie, mais cela n'a aucune importance.

Très amicalement,

Fabien

 

Source : Amy Knight, "Le crime qui a fait Poutine", Books, N° 47, Octobre 2013, p. 46-50.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Je continue donc cette conversation devenue, temporairement j'espère, soliloque.

 

Dans son message du 23 mars 2011 ci-dessus, Jérôme écrit à propos de l'évitement des conflits que les Russes "ont été plusieurs fois mis en situation de se défendre, face à Napoléon ou Hitler par exemple". C'est aussi ce que je croyais et n'ai donc pas réagi à l'époque. La lecture de ce livre m'a montré que c'était inexact. La Russie a été pendant la dynastie des Romanov très agressivement expansionniste, poussant les frontières du pays vers l'ouest (annexion de la Pologne), vers le sud (nombreuses guerres contre l'Empire ottoman, occupation de Malte, projet de prendre l'Inde à l'Empire britannique), vers le nord (nombreuses guerres contre la Suède et occupation de la Finlande), et vers l'est (occupation de la Sibérie impliquant des conflits avec la Chine, occupation de l'Alaska avec des colons descendant jusqu'en Californie où ils établissent en 1812 Fort Ross, le futur San Francisco).

Je suis en train de lire Le Grand jeu de Peter Hopkirk. Le Grand jeu relate l'affrontement au XIXe siècle entre l’Empire britannique et la Russie tsariste pour le contrôle de l'Asie Centrale, considéré comme la porte terrestre peremettant l'accès à l'Inde. C'est un pavé de 572 pages au format papier et je n'en suis qu'au tout début, mais je voudrais déjà en partager deux éléments avec vous.

 

J'y ai appris que l'expansionnisme russe vers l'Asie, et donc vers l'Inde, est un projet de longue durée : « À cette époque, quoi qu'en disent les historiens avec le recul du temps, la menace que les Russes faisaient planer sur les Indes semblait bien réelle. Il suffisait d'étudier la carte pour en avoir la preuve. Pendant quatre siècles, l'Empire russe s'était étendu sans interruption, au rythme de quatre-vingt-neuf kilomètres carrés quotidiens, soit près de trente-deux mille kilomètres carrés par an. Au début du dix-neuvième siècle, trois mille deux cents kilomètres séparaient les Empires russe et britannique en Asie. À la fin du siècle, cet espace s'était rétréci à quelques centaines de kilomètres, et dans certaines parties du Pamir, à moins de trente kilomètres. La crainte de voir les Cosaques déferler n'avait rien d’étonnant : les Indes étaient à leur portée. »

 

Se déroulant donc au XIXe siècle, le livre commence par un flashback : « Avant de traverser les cols enneigés et les traîtres déserts pour nous diriger vers l’Asie centrale où se sont déroulés les événements relatés dans ce récit, nous devons faire un retour en arrière de sept siècles dans l'histoire russe. Nous devons remonter jusqu'au cataclysme qui laissa une marque indélébile dans le caractère de ce peuple. Il imprégna les Russes de la peur permanente d'être encerclés, que ce soit par des hordes nomades ou par des sites nucléaires. Il fut à l'origine de cette poussée constante vers l'est et le sud en direction de l'Asie et mena en fin de compte au choc avec les Britanniques aux Indes. » Ce catacylsme, c'est l'invasion mongole. Extrait :

 

À cette époque, la Russie était constituée d'une douzaine de principautés, souvent en guerre les unes contre les autres. De 1219 à 1240, n'étant pas parvenues à s'unir pour résister à l'ennemi commun, elles tombèrent les unes après les autres, écrasées par l'impitoyable machine de guerre mongole. Elles allaient en souffrir pendant de longues années. Les Mongols imposaient leur loi aux régions conquises par un système de princes vassaux. À condition d'obtenir une dîme suffisante, les envahisseurs s'occupaient peu de la gestion de ces régions. Ils étaient cependant sans pitié si leurs exigences n'étaient pas satisfaites. Conséquence inévitable de cette politique, le règne des princes vassaux était tyrannique et la Russie en porte le poids encore aujourd’hui. Ce régime allait de pair avec un appauvrissement profond et un retard de développement que le pays peine à surmonter jusqu'à ce jour.

 

Pendant plus de deux cents ans, les Russes allaient végéter et souffrir sous le joug des Mongols. Ces marchands de mort se surnommaient eux-mêmes la Horde d’Or, en référence à la grande tente aux mâts en or, qui leur servait de quartier général pour l'ouest de leur empire. En sus des épouvantables destructions provoquées par les envahisseurs, leur règne de prédateurs réduisit l'économie russe à l’état de ruines, imposa une halte abrupte au commerce et à l'industrie, et fit des Russes un peuple de serfs. L'époque de la domination tatare – c'est ainsi que les Russes qualifient ce chapitre noir de leur histoire – vit également l'introduction de méthodes d'administration asiatiques, ainsi que d'autres coutumes orientales qui se superposèrent au système byzantin existant. Coupés de l'influence libérale de l'Europe de l'Ouest, l'apparence et la culture du peuple devinrent de plus en plus orientales. « Gratte un Russe, disait-on, et tu trouveras un Tatar. »

 

Profitant de son asservissement et de sa faiblesse militaire, les voisins européens de la Russie se servirent librement dans ses territoires. Les principautés germaniques, la Lituanie, la Pologne et la Suède ne s'en privèrent pas. Tant que les Mongols touchaient leur rançon, ils ne s'en préoccupaient pas : leurs possessions asiatiques les intéressaient davantage. Là, en effet, se trouvaient Samarkand et Boukhara, Hérat et Bagdad, des villes dont l'opulence et la splendeur incomparables éclipsaient largement les villes russes bâties en bois. Écrasés entre leurs ennemis européens à l'ouest et mongols à l'est, les Russes allaient développer une crainte paranoïaque de l’invasion et de l'encerclement. Cette angoisse a empoisonné leurs relations extérieures depuis lors.

 

Peu d'expériences ont laissé des cicatrices aussi profondes et durables dans l'âme d’une nation comme l'a fait la férule tatare chez les Russes. Elle explique en grande partie leur xénophobie historique (particulièrement vis-à-vis des peuples orientaux), leur politique extérieure souvent agressive et leur apparent stoïcisme sous la tyrannie. Les invasions de Napoléon et d'Hitler, même si elles se soldèrent par des échecs, ne firent que renforcer cette peur. Ce n'est que maintenant que le peuple russe donne des signes de volonté de se défaire de cet héritage de malheurs. Plus de quatre siècles après la fin de leur règne et leur retour aux ténèbres dont ils étaient issus, les féroces petits cavaliers lâchés par Gengis khan sur le monde portent encore une lourde responsabilité.

Très amicalement,

Fabien

 

Source : Peter Hopkirk, Le Grand Jeu, Bruxelles (Belgique), Nevicata, 2011. [Version Kindle]

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Jérôme

Bonjour Fabien,

"Je continue donc cette conversation devenue, temporairement j'espère, soliloque."
Je n'ai pas investi de temps ces derniers temps pour approfondir ce sujet, aussi je n'ai guère de matière à partager. Je romps quand même le soliloque pour te remercier pour ces informations passionnantes.

"Il imprégna les Russes de la peur permanente d'être encerclés, que ce soit par des hordes nomades ou par des sites nucléaires."
On peut comprendre alors que la chute du mur de Berlin et la disparition du "bloc de l'est" ont dû générer un stress fort pour la Russie, qui a ensuite dû rapidement faire face à l'autonomisation de plusieurs ex-républiques soviétiques.

Très amicalement,
Jérôme

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,
 
Je ne travaille pas non plus sur le sujet, Jérôme, je note simplement ici ce qui apparaît au fil de mes lectures qu'elles soient de veille ou distractives.
 
"On peut comprendre alors que la chute du mur de Berlin et la disparition du "bloc de l'est" ont dû générer un stress fort pour la Russie, qui a ensuite dû rapidement faire face à l'autonomisation de plusieurs ex-républiques soviétiques."
Oui, c'est éclairant de voir l'invasion mongole comme un traumatisme fondateur d'une bonne part de la culture russe. La chute de l'URSS semble effectivement mesurée à cette aune.

 

Les événements actuels en Ukraine rentre dans le même schéma. J'écrivais en août 2013, trois mois avant le démarrage de la crise actuelle : "Et à propos — je vous laisse en déduire ce que vous voulez —, beaucoup de Russes m'ont semblé très chagrinés par la différence de frontières entre l'actuelle Fédération de Russie et l'ancienne URSS. Voire même obsédés par ce problème quand il s'agit de la Biélorussie ou plus encore de l'Ukraine, Kiev ayant été un temps capitale de la Russie…" Dans les manifestations de la place Maiden et la chute du président Viktor Ianoukovytch, les Russes ne peuvent que voir la main de Washington et ils n'ont pas entièrement tort : les États-Unis ont consacré plus de 5 milliards de dollars à financer des mouvements politiques pro-européens en Ukraine entre l'indépendance du pays et le début de la crise ; quant à Ianoukovytch, c'est un sale bonhomme, mais il n'empêche qu'il a été élu en 2010 par des élections démocratiques que les observateurs de l'OSCE ont, à l'époque, déclarées honnêtes. Dans ces conditions, pour le moment — jusqu'à ce qu'il devienne éventuellement un faux tzar ! —, la situation regroupe le peuple russe autour de Poutine qui lui a, de plus, rendu la Crimée.

 

Toi qui aime les cartes, tu connais sans doute celle-ci :

 

Russie4.png

Bases militaires des USA dans le monde en 2007

By US_military_bases_in_the_world.svg: Ramaderivative work: Netspider01 (US_military_bases_in_the_world.svg) [CC-BY-SA-2.0-fr], via Wikimedia Commons

 

On peut ajouter y ces chiffres : budget militaire annuel des États-Unis, 640 milliards de dollars ; de la Russie 87 milliards de dollars (et pour info, de la Chine, 188 milliards de dollars). Mais non, chut, il n'y a pas d'impérialisme américain.

J'ajoute que si la Russie est bien une culture d'ennéatype 6, il n'est pas prudent d'activer les tendances paranoïaques que cet ennéatype a en pleine désintégration.

 

Très amicalement,

Fabien

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Thierry

Bonjour à tous,

 

Simone Barbaras donne des témoignages au sujet de la manière russe de rompre un contrat : « Lorsque j'ai posé, séparément, à deux Français vivant en Russie la question de la rupture, ils ont eu le même geste, ils ont levé les bras au ciel et les yeux aussi. Ils sont fous de la Russie et la Russie les rend fous. Ils m'ont dit avec une certaine irritation : “Pour rompre, faut-il encore avoir un contrat sous une forme ou une autre, notion qu'ignorent totalement les Russes. En Russie on rompt — si ce mot a la moindre signification — avant le supposé contrat, en lieu et place de ce qui aurait pu être un contrat, après ce qu'on avait cru être un contrat. Votre question n'a pas de sens.” »

 

Il y a répression du centre mental et déni.

 

Très amicalement,

Thierry

 

Source : Simone Barbaras, La rupture pour vivre, Paris (France), Robert Laffont, 1997, p. 126.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Merci Thierry pour cette citation.

 

"Il y a répression du centre mental et déni."

Niveau d'existence ROUGE très probablement, mais, en tenant compte seulement de cette phrase et je n'ai pas d'autre élément, je ne suis pas forcément d'accord sur le déni et la répression du centre mental :

  • Pour qu'il y ait déni, il faudrait que la partie russe se soit engagée ou ait fait croire à l'autre partie qu'elle est engagée. Est-ce le cas ou est-ce que simplement ladite autre partie a du mal à comprendre quelque chose à la culture russe ?
  • En tant que 7, je suis bien placé, hélas, pour savoir qu'on peut préférer le mental et ne pas vouloir s'engager ou respecter ses engagements.

Comme je le disais dans mon message du 9 novembre dernier, je suis en train de lire Le Grand jeu de Peter Hopkirk. Cette lecture semble bien confirmer, de la part du gouvernement de l'époque (XIXe siècle), une notion assez élastique de l'engagement. Il y est aussi mentionné une politique du fait accompli : "D’abord hisser l’aigle bicéphale, ensuite demander la permission."

 

À propos, j'ai vu hier un très beau film, Léviathan d'Andreï Zviaguintsev, qui a obtenu le prix du scénario au festival de Cannes cette année. Sa richesse et sa complexité ne peuvent se résumer ici, mais je vous le recommande chaudement si vous souhaitez voir une peinture de la face noire de la culture russe contemporaine, sa culpabilité, sa corruption, les liens malsains entre l'État et l'Église, le pharisaïsme de cette dernière, etc. À condition de ne pas oublier qu'il existe aussi une face lumineuse. On notera d'ailleurs que Léviathan représentera la Russie aux Oscars 2015.

 

J'y ai aussi retrouvé l'humour vis-à-vis des dirigeants que j'évoquais dans mon message du 23 août 2013. Dans une scène de pique-nique d'anniversaire, les participants tirent sur des portraits des anciens gouvernants de la Russie. L'un d'entre eux demande à celui qui les a amenés pourquoi il n'y a pas de cibles montrant les politiciens actuels. Ce dernier répond : "On manque de recul historique."

 

Très amicalement,

Fabien

 

Source : Peter Hopkirk, Le Grand Jeu, Bruxelles (Belgique), Nevicata, 2011. [Version Kindle]

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Thierry

Bonjour Fabien,

 

Il faudrait effectivement savoir de quelle manière "ils sont fous de la Russie et la Russie les rend fous." Mon instinct peut se tromper en voyant l'absence totale d'explication de ces deux Français comme très significative. Elle me paraît significative surtout par le fait que les déconvenues de ces deux Français ont eu lieu, du moins je le comprends ainsi, à divers moments dans le déroulement et l'avancement de leurs affaires. Le livre ne donne pas plus d'information pour analyser.

 

Très amicalement,

Thierry

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

Ceux qui ont lu les conversations sur l'Allemagne, la Grèce, l'Espagne et la Pologne savent que j'adore la collection “L'Âme des peuples”. Aussi me suis-je précipité sur ma liseuse dès la sortie d'un volume sur la Russie. Le principe de ces brefs ouvrages est d'avoir un texte écrit par un auteur principal qui est complété et enrichi par trois interviews. Ce livre est le deuxième de la collection qui me déçoit. L'auteur m'a paru aveuglé par ses convictions économiques et politiques et ne pas réussir à manifester un amour lucide du pays. Si je vous en parle cependant, c'est qu'il y a une exception, la troisième interview de Fiodor Loukianov, le rédacteur en chef de la revue Russia in Foreign Affairs : « Les Russes ne seront jamais comme vous. » Ellle me semble aller dans le sens des propos de Peter Hopkirk que j'ai cité plus haut :

Pourquoi les Russes parlent-ils si souvent de « l'âme russe » pour expliquer aussi bien leur histoire que leurs relations sociales ?
Il s'agit là d’une expression fourre-tout, difficile à expliquer. Il existe évidemment toute une mythologie, liée à l'échelle du pays. Cette âme russe se présente comme un concept très ouvert, à l'image du territoire du pays, mais en réalité, elle est le contraire même de sa mythologie : refermée sur elle-même, locale et exclusive. Elle imprègne aussi notre littérature classique. On pourrait la résumer comme le romantisme d'un peuple qui vit constamment dans un État mauvais, un État négatif, distant, que les gens détestent, mais qu'ils défendent de toute leur âme en cas de danger. Une bonne partie de notre culture exprime cette relation compliquée de haine et d'amour envers l'État russe.

[…]

L'élément central de notre dessein impérial est le sentiment constant, tout au long de notre histoire, de notre grande vulnérabilité. La construction de l’empire, surtout dans sa poussée vers l'ouest, résulte du sentiment de menace permanente et de la volonté d'établir des zones tampons. Grand pays incroyablement plat, la Russie n'est protégée ni par des montagnes, ni par des océans. Elle offre un espace ouvert d'une incroyable facilité d'accès, par l'est ou l'ouest.

L'histoire a d'ailleurs conforté ce sentiment de vulnérabilité : du joug mongol aux invasions de Napoléon ou d'Hitler, notre histoire fut une suite d'énormes invasions. Si l'âme russe est au cœur de l'empire, c'est sous cette forme : à travers ce sentiment d'insécurité permanente. La Russie n'a pas repoussé ses frontières au nom d’une pensée messianique. Les tsars avaient moins l’intention de propager la foi orthodoxe en Sibérie ou dans le Caucase que de nous protéger sans cesse. Cela marque encore profondément la vision du monde des Russes aujourd'hui, lorsque, par exemple, l'OTAN s'élargit vers l'est. C'est toujours cette peur ancestrale des Russes d'être encerclés et détruits qui refait surface.

[…]

C'est de là que découle, selon vous, cette peur des Russes envers les autres minorités ?
Les Russes représentent 85 % de la population de la Fédération de Russie, mais ils se sentent menacés. C'est ce qu'on appelle en sociologie une « majorité menacée ». Vous faites partie de la majorité, mais vous avez peur.

[…]

Il y a quelques années, Ziouganov a dit dans un de ses discours la chose suivante : « Le peuple russe est un peuple de compagnons et de laboureurs pacifiques qui a passé la moitié de son histoire au combat. » Comprenez : nous avons toujours dû nous défendre, nous avons sans cesse dû faire le jeu de quelqu'un d'autre, contre notre volonté. […] C'est une de nos caractéristiques : cette tendance à toujours voir une main étrangère dans nos malheurs. […] Nous ressemblons beaucoup au monde arabe dans lequel les théories du complot de tous ordres sont toujours très prisées et mettent en scène des forces occultes qui travaillent contre nous.

[…]

Les Russes ont-ils un problème avec l'idée même de démocratie ?
L'âme russe place toujours les intérêts de l'État au-dessus de l'intérêt individuel.


On pourra ajouter que la Russie fête surtout ses victoires militaires lorsqu'elles sont défensives : "Les trois grandes invasions venant d'Occident, que ce soit l'invasion polonaise en 1609–1612, l'invasion napoléonienne en 1812 ou l'invasion par les troupes hitlériennes en 1941 sont vénérées comme trois moments durant lesquels le grand peuple russe a pu démontrer sa force et son héroïsme. Le jour de la libération de Moscou des Polonais a été déclaré jour férié. La guerre avec Napoléon a nourri un nombre impressionnant d’œuvres d'art tout au long du dix-neuvième siècle et même au-delà. […] La résistance à Napoléon, comme celle à Hitler, a bien évidemment produit une mémoire collective à la fois sur les souffrances infligées par ces guerres ainsi que sur l'héroïsme qui permit la victoire." (Tamara Kondratieva, « La Russie a toujours été soumise au bon vouloir de ses souverains. »)

Arrivé à ce point, je considère que l'ennéatype 6 de la Russie est assez bien établi, ce qui n'empêche pas qu'objections et/ou compléments sont bienvenus.

Très amicalement,
Fabien

Source : Alain Délétroz. Russie : Les cendres de l'empire. Bruxelles (Belgique), Nevicata, 2014. [Version Kindle]

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Je viens de terminer Dans la tête de Vladimir Poutine, un ouvrage qui me semble indispensable pour comprendre le personnage et donc une bonne partie de l'histoire contemporaine. Parler de l'ennéatype de Poutine serait l'objet d'une autre discussion, et je voudrais simplement citer quelques passages du livre qui me semblent pouvoir entrer dans l'hypothèse d'une Russie en ennéatype 6.

 

"Russie. Début janvier 2014. Les hauts fonctionnaires, les gouverneurs des régions, les cadres du parti Russie unie reçoivent un singulier cadeau de Nouvel An de la part de l'administration présidentielle : des ouvrages de philosophie ! Nos missions d’Ivan Ilyine, La Philosophie de l'inégalité de Nicolas Berdiaev, La Justification du bien de Vladimir Soloviev, œuvres de penseurs russes du XIXe et du XXe siècle. […] La philosophie est partout dans la Russie de 2014. Et c’est le président lui-même qui imprime ce mouvement avec ses citations de penseurs." Il me semble qu'on peut voir dans cette démarche une manifestation de la préférence du pays pour le centre mental, d'autant que ce n'est apparemment pas le centre préféré du Président : "Poutine serait-il féru de philosophie ? Allons donc ! L'homme préfère l'histoire, la littérature, et surtout le sport. Il n'est pas un intellectuel. Il adore raconter sa jeunesse de voyou et d'espion plutôt que d'évoquer ses études à la faculté de droit de Saint-Pétersbourg. Il montre dès qu'il le peut qu'il privilégie les grands espaces et les exploits physiques aux cabinets de lecture. Et lorsqu'il évoque la philosophie, c'est pour se moquer de ceux qui coupent les cheveux en quatre, ou pour avouer son ignorance."

 

Comme l'avait rappelé Jérôme il y a presque trois ans (mais à propos d'une hypothèse 9), la Russie a toujours hésité entre une ouverture sur le monde extérieur et un repli intérieur. Les premiers sont soit occidentalistes soit eurasistes. Les seconds sont slavophiles, et ce sont eux qui vont nous intéresser ici parce qu'il cherchent à définir l'« âme russe ».

 

Nicolas Danilevski (1822-1885) décrit bien le besoin d'un groupe se constituant en opposition au monde extérieur : "La lutte avec l’Occident est le seul moyen salutaire pour la guérison de notre culture russe, comme pour la progression de la sympathie panslave." Vladimir Poutine y adhère : "La politique d'endiguement de la Russie, qui a continué au XVIIIe, au XIXe et au XXe siècle, se poursuit aujourd'hui. On essaie toujours de nous repousser dans un coin parce que nous avons une position indépendante, parce que nous la défendons, parce que nous appelons les choses par leur nom et ne jouons pas aux hypocrites. Mais il y a des limites. Et en ce qui concerne l'Ukraine nos partenaires occidentaux ont franchi la ligne jaune. Ils se sont comportés de manière grossière, irresponsable et non professionnelle." Sans le monde extérieur, le peuple russe serait fondamentalement pacifique : "La doctrine slavophile ne peut se transformer en politique réelle. Surtout, elle ne justifie aucun impérialisme. Selon les slavophiles, le peuple russe, agricole par excellence, est doux et pacifique. Il cherche d’abord à cultiver et protéger sa terre et sa commune villageoise. Au contraire, l'idée d'empire, par exemple pour Khomiakov, est profondément occidentale et romaine. Les Russes, aux yeux des slavophiles, ne sauraient se montrer agressifs, conquérants ou colonisateurs."

 

Vladimir Poutine fait tout pour renforcer ce sentiment d'appartenance à la Nation. Il "investit les lieux de mémoire de l'orthodoxie russe et interprète le christianisme dans le sens d'une identité nationale spécifique, appelée à jouer un rôle dans le monde."

 

Cette nation a besoin d'un tzar : "Danilevski explique que la “particularité éthique” du peuple russe est “son osmose avec son dirigeant”, qui crée une réalité dialectique qu'il nomme un “enthousiasme discipliné”."

 

Dans la mesure où l'identité réelle du pays se forge contre le monde extérieur, la confrontation doit rester permanente pour éviter la dissolution du pays : Vladimir Poutine "déclare à la Pravda en 2014 : “Un combat dirigé contre la Russie est mené depuis mille ans. Les jours actuels ne sont pas des exceptions, cette lutte de l'Occident contre la Russie ne cessera jamais”".

 

Pour finir, voici la dernière phrase du livre : "L'URSS n'était pas un pays, mais un concept. Avec Poutine, la Russie est à nouveau le nom d'une idée."

 

Très amicalement,

Fabien

 

Source : Michel Eltchaninoff. Dans la tête de Vladimir Poutine. Paris (France), Solin/Actes Sud, 2015. [Version Kindle]

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,
 
Je m'intéresse beaucoup aux applications culturelles et pratiques de l'organisation spatiale du temps. Si cette phrase vous semble mystérieuse, vous pouvez lire l'article du blog Et à l’auroreOù est le temps ?” avant de continuer la lecture de ce message.
 
Il y a plusieurs termes en russe pour désigner le futur. Le premier est fort classique : "Le futur du russe, quant à lui, désigne un « être » à venir, soit buduchtchee, forme participe du futur simple du verbe être : ia budu, je serai." Le second, par contre, me semble être une pierre de plus dans l'édifice, maintenant bien construit, de l'hypothèse 6 : "Que l'avenir soit éventuellement redoutable, qu'il implique une relation menaçante, s'exprime dans un autre terme russe pour le futur, plus archaïque que l'usuel buduchtchee (« un être-à-venir »), à savoir griadchtchee, « ce-qui-s’avance-et-va-nous-tomber-dessus » (du verbe griadiati, tomber-dessus) — image forte, qui dit l'amère expérience accumulée par le peuple russe au fil des siècles…"
 
Très amicalement,
Fabien
 
Source : Jean Chesneaux, "La tripartition du champ temporel comme fait de culture", Temporalités, N° 3, p. 82-93, 2005.

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Yves

Bonjour à tous,

 

Passionnante étude. Merci aux contributeurs.

 

J’ai longtemps hésité à publier ce message, car les éléments qu’il apporte me semblaient trop contextuels, en particulier trop liés au niveau d’existence DQ-BLEU (cf. la Spirale Dynamique). Aujourd’hui, je les livre quand même à votre jugement.

 

En 1994, pendant mon séjour à Saint-Pétersbourg, j’ai été très intrigué par un événement signalé par notre guide. Sur la scène du prestigieux opéra, le théâtre Mariinsky, allait être donnée Le lac des Cygnes une conférence, par une arrière-petite-fille d’un des derniers des Romanov régnant, Nicolas II ou Michel ou… Je ne sais plus… Le coût exorbitant des places ne permettait absolument pas à notre guide désargentée de s’y rendre. Non, ce n’était pas un canular : tandis que des Saint-Pétersbourgeoises très âgées, touchant une pension de retraite misérable, vendaient encore, à 22h passées, des bouquets de fleurs à l’entrée des bouches de métro, et qu’un homme se jetait sous les roues d’un tram, cette Romanov a donné sa conférence.

 

Cette anecdote m’a fait songer à une personne de ma famille, 6 alpha, dont la loyauté s’est prolongée au-delà de la mort de ses figures d’autorité, jusqu’à sa propre mort. J’ai aussi associé cette anecdote à la blague sur la limousine vide de Brejnev (cf. ce message-ci de Fabien), à la phrase de Michel Eltchaninoff "L'URSS n'était pas un pays, mais un concept. Avec Poutine, la Russie est à nouveau le nom d'une idée." (cf. ce message-là de Fabien) et aux soupçons de faux tzar (cf. ce message-ci de Fabien), que cette Romanov n’ignorait probablement pas.

 

**************

 

À propos de l’humour russe, évoqué par Fabien (cf. supra), voici quelques citations de La Russie contemporaine [Version Kindle], par Kathy Rousselet et Gilles Favarel-Garrigues (éd. Fayard, 2010) :

Kathy Rousselet & Gilles Favarel-Garrigues a dit :

En URSS […] l’existence des histoires drôles politiques est attestée depuis les années 1920 ; elles ne disparaissent pas, même aux pires heures de la terreur stalinienne, et trouvent leur apogée dans les années 1960-1980. [Plus loin dans le texte, sont cités des auteurs satiriques des années 1920 : Ilf, Petrov et Boulgakov].

[…]

La liberté de parole gagnée par la glasnost ne peut suffire à rassurer une population qui, à l’instar du chien d’une célèbre blague, peut dire : « Je traverse la frontière pour aller en Chine parce que, maintenant que j’ai aboyé tout mon soûl, j’aimerais bien avoir quelque chose à me mettre sous la dent. »

[…]

Dans les années 1960-1980 […] : « La radio annonce que l’abondance règne dans le pays et notre réfrigérateur est vide. Pourquoi ?

— Branchez donc votre réfrigérateur sur l’antenne radio ».

[…]

À l’époque soviétique les anecdoty, et dans une moindre mesure les tchastouchky (quatrains chantés), constituent un vecteur d’expression contre le système économique et politique […]. Mais si la dérision politique peut être décrite comme une forme de contestation, chaque blague constituant une « mini-révolution », selon l’expression d’Orwell, les histoires drôles politiques peuvent tout autant être vues comme une « soupape », permettant de laisser une échappatoire au mécontentement et contribuant en définitive à la stabilité du régime. […] mais les histoires drôles sont tolérées tant qu’elles restent dans le domaine privé. Au moment de la glasnost, elles finissent par se faufiler dans la sphère publique. »

[…]

« Tout au long des années 1990 […]. Le temps où chacun, en racontant une anecdote, était à la fois producteur et auditeur du comique, semble révolu. De plus, faute de temps (nombreux sont ceux qui cumulent plusieurs emplois), faute d’argent, les longues soirées entre amis se font plus rares.  Ainsi la disparition progressive des histoires drôles que notent tous les observateurs n’est-elle pas seulement liée à la plus grande liberté, mais aussi à un changement dans les formes de sociabilité.

 

Dans son essai Mon Tchekhov (Éd. Complexe, 1989), Alexandre Alexandrovitch Zinoviev (auteur cité aussi par Roger) évoque également la satire de la bureaucratisation. D’après lui, elle est produite abondamment, non seulement dans la littérature russe, au moins depuis le début du XIXe siècle (Il cite Gogol, Saltykov-Chtchédrine, Tchekhov, etc.), mais aussi dans la réalité quotidienne. Zinoviev l’a lui-même beaucoup pratiquée, de la déstalinisation jusqu’à son exil, en 1976, après avoir fait la découverte de son propre humour au sein de l’Armée Rouge, pendant la guerre. Il l’a pratiquée dans ses textes et dessins exposés dans des journaux muraux.

 

 

Le logicien Zinoviev voyait dans la satire une des meilleures façons de s’approcher de l’objectivité. Je me souviens de la blague populaire suivante, peut-être parce que je réprime le centre instinctif. Je vais vous la transmettre en substance, de mémoire : « Une réunion officielle comprend deux ordres du jour. Le premier : la construction d’un garage. Le second : la construction du communisme. Il n’y a pas d’argent pour construire le garage : on passe alors tout de suite au second ordre du jour. »

 

Amicalement,

Yves

 

P.S. : dans la plupart des blagues russes que j’ai lues, je perçois un manque d’espérance. Peut-être s’agit-il d’une projection de ma part ?

 

P.P.S. : j’entends aussi, dans la blague suivante, citée par Kathy Rousselet et Gilles Favarel-Garrigues, un écho de la prise de conscience (désespérée ?) qui a engendré la transition de BLEU à ORANGE.

— Le communisme est déjà à l’horizon.

— Et qu’est-ce que l’horizon ?

— C’est une ligne imaginaire dans laquelle le ciel rejoint la terre et qui s’éloigne de nous quand nous essayons de nous en approcher.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"J’ai longtemps hésité à publier ce message, car les éléments qu’il apporte me semblaient trop contextuels, en particulier trop liés au niveau d’existence DQ-BLEU."

L'ennéatype étant à un niveau logique supérieur par rapport aux vMèmes, il doit se manifester dans tous les niveaux d'existence. De plus dès qu'on parle d'ennéatype 6, il y a souvent un BLEU fort pas trop loin. Donc merci pour ces nouvelles pièces au dossier.

 

Très amicalement,

Fabien

 

P.-S. : les dernières élections qui ont été un succès politique pour Vladimir Poutine vont bien dans le sens de l'ennéatype 6 pour la Russie et de ce que j'écrivais il y a environ deux ans.

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Yves

Bonjour à tous,

 

« De plus dès qu'on parle d'ennéatype 6, il y a souvent un BLEU fort pas trop loin. »

À propos de la relation intime entre les Russes et BLEU-bureaucratie au XIXe siècle, voici quelques citations extraites de l’essai d’Alexandre Alexandrovitch Zinoviev, essai déjà cité dans mon message précédent à propos de la satire de la bureaucratisation dans le quotidien réel.

 

P. 75 : « On doit à Nicolas 1er la phrase suivant laquelle la Russie était gouvernée par cent mille chefs de service (il s’agit de fonctionnaires d’un niveau moyen). Au début du XXe siècle, l’appareil étatique s’était encore nettement étendu. Ce n’est donc pas par hasard que le fonctionnaire s’est transformé en l’une des figures centrales (et peut-être même l’une des principales) de l’œuvre de Tchékhov et que les représentants des autres catégories sociales sont envisagés dans leurs fonctions et leurs rapports à partir du mimétisme envers la bureaucratie. «“La Russie, écrivait Tchékhov, est un pays étatisé.” Il montra avec une force artistique stupéfiante, avec la bureaucratie, que l’insertion de l’homme dans le système social et dans la hiérarchie de la société russe était le facteur déterminant tous les autres aspects de sa vie, de son idéologie, de sa morale, de sa psychologie ; que les rapports de commandement et de subordination devenaient le fondement de tous les autres rapports.

 

P. 77 : Ce qui me semble particulièrement important dans son œuvre, c’est la tendance à la bureaucratisation de l’ensemble de la société russe, à la transformation d’une masse de gens, que l’on ne peut pas considérer formellement comme des fonctionnaires, en des êtres façonnés à l’image de ceux-ci. Tchékhov ne s’est pas limité à créer des types de fonctionnaires professionnels. Il a élaboré des modèles de rapports bureaucratiques dans toutes les sphères de la vie et dans toutes les couches de la société. C’est une tendance dominante tout au long de l’histoire russe qui est, par excellence, celle d’un empire, celle de la formation et de la consolidation d’un système étatique, celle de l’expansion de l’appareil gouvernemental. Cette tendance a été portée jusqu’à son achèvement conséquent dans les conditions soviétiques.

C’est précisément l’intérêt pour l’aspect bureaucratique de la vie qui a permis à Tchékhov de découvrir un nouveau domaine où se manifestent des phénomènes apparemment anodins et insignifiants qui, sous son regard attentif, devaient révéler leur rôle décisif dans la formation d’un régime particulier et d’un mode de vie. Comme le fit remarquer un personnage du récit La Peur, ce qui est terrifiant, c’est surtout le train-train de la vie quotidienne auquel nul ne peut se soustraire.

Je considère, d’un point de vue sociologique, que l’apport le plus significatif de Tchékhov a été la révélation du pouvoir du néant et l’analyse de celui-ci (le « train-train ») comme pierre angulaire d’une société organisée en État. »

 

P. 80 : « Tchékhov considérait l’absence de liberté comme l’un des pires maux de l’organisation sociale de son temps. […] Je me bornerai donc aux idées du récit [L’Homme à l’étui] qui se ramènent à ceci : l’absence de liberté et l’asservissement sont les conséquences inéluctables du régime existant ; en outre, il ne s’agit pas de maux que des forces extérieures auraient imposés aux gens, mais de quelque chose qu’ils auraient eux-mêmes engendré. Certains membres de la société agissent comme des membres actifs, volontaires et vigilants de l’ordre en vigueur. […] [Des personnages des récits L’Homme à l’étui et Le sous-officier Prichibéïev] sont conscients de l’atmosphère de fausseté et d’avilissement qui les entoure, de leur absence de courage qui les empêche de protester ouvertement, de leurs propres mensonges et des bassesses qu’ils commettent pour un morceau de pain, un petit coin bien au chaud, une promotion ou d’autres futilités de leur existence. »

 

P. 88 : « La question de la liberté et de l’oppression comprend encore un élément que l’on s’efforce de taire. Il s’agit de savoir comment et pourquoi des millions de personnes acceptent la forme d’assujettissement qui est la leur. On peut, par la tromperie et la force, obliger un petit nombre de gens à accepter une forme de domination pendant une brève période. Mais lorsque l’on considère le sort journalier de millions de personnes, génération après génération, la ruse et la violence n’expliquent plus rien. L’essence de la question “Pourquoi les gens sont-ils opprimés ?” devient “Pourquoi les gens préfèrent-ils l’oppression ?” »

 

J’ai longuement hésité à citer ces phrases, car Zinoviev s’appuie principalement sur sa propre vision de l’œuvre d’un écrivain, et :

 

P. 108 : « Tout dans la réalité ne convient pas nécessairement à la littérature. Celle-ci est élective, elle ne se nourrit pas de tous les éléments de la vie. »

 

Donc attention : prudence et précaution.

 

Sixement,

Yves

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