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Tir Na Nog

Travail sur mon centre instinctif réprimé

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Tir Na Nog

Je voudrais faire le point sur mes rapports avec le centre instinctif, et en particulier récapituler mes tentatives pour améliorer sa mobilisation.

 

Lorsqu’on nous a proposé en stage Bases de réfléchir sur les centres qui lâchent le plus facilement en cas de fatigue ou de stress, le centre instinctif était évident pour moi. Il n’est pas seulement inhibé quand je suis fragilisée, mais tout le temps : il m’est nécessaire de prendre une décision consciente et faire un effort pour refermer un tiroir, ramasser quelque chose que j’ai fait tomber, mettre une veste, fermer un bouton. Mon centre mental a beaucoup trimé pour calculer comment optimiser mes mouvements pour en faire le moins possible.

 

J’ai aussi identifié des éléments de mon histoire très précoce pouvant avoir contribué à la blessure du centre instinctif (et au profil instinctif Conservation --/++) : deux incidents violents, menaçant ma survie in utero, et un lié à ma naissance (j’y reviendrai plus tard, je trouve que c’est toujours intéressant en stage quand j’entends des exemples des autres stagiaires et que je peux m’y référer quand un concept reste abstrait pour moi…).

 

J’étais toutefois un peu perplexe vis-à-vis du concept selon lequel la répression d’un centre est initiée dans la toute petite enfance, puisque j’ai des souvenirs (et nombre d’anecdotes de ma famille) pour avoir été dès 1 an une enfant très active, très en avance sur le plan psychomoteur (marche à 9 mois) toujours en train de grimper et de construire des cabanes jusqu’à l’entrée dans l’adolescence. A cet âge, et par la suite, j’ai toujours valorisé les activités sportives aventureuses, et pratiqué les arts martiaux, l’escalade, la voile et l’équitation. Une explication que je me suis donnée pour maintenir la cohérence avec le modèle théorique d’une blessure précoce, c’est que d’une part, ces activités étaient fortement soutenues par mon centre émotionnel, dans le cadre de l’identité audacieuse et garçon manqué que je valorisais, et d’autre part que l’intelligence dans la petite enfance est en premier lieu sensori-motrice, et à moins que l’enfant soit fortement dissocié ou anormalement immergé dans sa vie mentale, cette intelligence sensori-motrice vient stimuler le centre instinctif.

 

Quand on nous a parlé de l’importance de mobiliser son centre réprimé pour favoriser l’intégration, j’ai été tout de suite interpelée : j’en avais eu l’intuition auparavant et commencé à mettre certaines choses en place dans mon quotidien qui allaient dans cette direction. Dès le stage Bases, j’ai cherché ce qui s’y rapportait sur le forum, et tenté de mettre en place des choses systématiques.

 

Avec un an et demi de recul sur ces pratiques que je vais essayer de décrire, je suis puissamment convaincue de l’efficacité et de l’importance du travail sur le centre réprimé. Je dirais qu’au quotidien, mobiliser le centre instinctif est devenu un moyen immédiat de contrebalancer la prépondérance des ruminations, l’absorption dans la vie fantasmatique, les transes diverses issues des centres émotionnel et mental marchant main dans la main ! C’est aussi un anxiolytique/antidépresseur léger sans effets secondaires et un moyen de court-circuiter la narcotisation, bref, un étayage épatant de changement intérieur.

 

Pourquoi ?

 

Si je reviens sur le point de vue de Hurley et Dobson exposé dans les livres What’s my type ? et My Best Self que j’ai mis à mon programme de lecture de l’été, cela tient à deux dimensions :

 

  1. « Le centre réprimé contrôle silencieusement la personnalité » : selon eux, le mésusage du centre préféré et du centre de support aurait moins d’impact que la répression du troisième centre. (Je ne résiste pas à partager la phrase originale des auteurs, que je trouve très poétique : « The Repressed Center is the silent shadow in control of personality » : "[…] l’ombre silencieuse qui contrôle la personnalité")

    En réalité, ce sont des influences qui peuvent se renforcer mutuellement. C’est en tout cas le ce qui se passe avec mon type et ma variante….

    Avant l’initiative de Hurley & Dobson (qui admettaient deux hiérarchies des centres pour les types du triangle), et surtout son extension à tous les types par les Chabreuil, on ne considérait que la version alpha de la hiérarchie des centres ; dans cette version, seuls trois types étaient affligés d’un centre instinctif « réprimé » (le terme est introduit par H & D) : le 4, le 5 et le 9. Il me semble que pour tous les trois, la répression du centre instinctif majore ou corrobore une caractéristique égotique essentielle de l’ennéatype : pour le 4 et le 5, il encourage le décrochage de l’investissement du monde réel et le refuge dans une vie fantasmée ou modélisée, vécue dans le for intérieur ; pour le 9, la répression de l’instinctif (ou « déconnexion » pour Riso et Hudson) contribue à réprimer l’affirmation de soi (avec la possibilité de fonctionner soit en « mode rêverie » soit dans des activités routinières déconnectées des émotions et de la réflexion).

    Chez moi, l’influence s’effectue de manière concrète (qu’est-ce qu’on peut faire d’autre que rêver ou fantasmer quand on est cloué au lit ou au fauteuil par une inhibition ou procrastination constante de la mise en mouvement ?), ou plus fondamentale : si on se coupe du centre instinctif, on renonce à « avoir un impact sur le monde », et la tentation de se rabattre sur le monde intérieur où l’impact est absolu et garanti est grande

    Pendant 30 ans de ma vie, j’ai consacré plusieurs heures par jour à nourrir des fantaisies dignes des mystères de Paris de par leur volume et leur continuité, où mon alter ego, complétement fabriqué et doté des vertus et pouvoirs les plus extraordinaires, ressuscitait les morts et marchait sur l’eau (entendre par là leurs équivalents narcissiques dans les domaines que je valorise)…
     
  2. Hurley & Dobson (encore eux !) sont ceux qui ont relié les vertus théologales de l’espérance, de la confiance et de l’amour aux trois centres - respectivement l’instinctif, le mental et l’émotionnel. Le manque d’espérance mène, logiquement, au désespoir et à l’inertie ; le manque de confiance, à la peur ; le manque d’amour, à la défaillance du lien avec soi et les autres.

    J’ai eu du mal initialement à comprendre la distinction sémantique entre confiance et espérance, l’attribution de H&D me paraissait un peu arbitraire. Sans doute parce que dans le langage courant on ne dit pas « je manque d’espérance en moi », pour désigner le sentiment d’impuissance à avoir un impact sur le monde, à changer son sort. Le terme n’est pas non plus relié au fait d’anticiper, en toutes situations, que les autres n’agiront pas, ne vous aideront pas, vous laisseront tomber. Mais les exercices proposés dans le stage Centres m’ont permis de prendre conscience du fait que, clairement, je n'ai pas tendance à mettre en doute la parole des autres, leur compétence, leur fiabilité – ni même la mienne (c’est en dépit de mes compétences, qualités, certitudes, par pure malédiction, que mes entreprises sont vouées à l’échec !)

    J’ai réfléchi à ce problème de terminologie, parce que je trouve plus facile de saisir le sens quand les mots me parlent (et parce que je me positionne clairement sur le pôle ratiocineur de la dichotomie du 4 !). Ça ne fonctionne pas en anglais (espérance et confiance sont respectivement hope et faith), mais le but est de me parler à moi !

    J’ai donc regardé l’étymologie « d’espérer » et de « se fier » (même racine que confiance, liée à fides qui donne également « foi », le terme retenu dans les traductions bibliques de l’épitre aux Corinthiens).

    « Espérer » vient de sperare, qui signifie « attendre », « s’attendre à » ; il y a donc une tension, une pré « mise en mouvement » vers un évènement qui va se produire. Il s’agit donc bien d’une disposition psychologique favorable tournée vers un accomplissement dans le monde, le terrain du centre instinctif.

    « Se fier à » vient de fidere, qui signifie « avoir confiance, se confier ». Avoir confiance, c’est se confier à quelqu’un, se reposer sur une personne fiable. Il y a bien la dimension de sécurité et d’absence de doute envers autrui, et envers soi, la dimension de guidance intérieure du centre mental.

    Sur le plan psychologique, le manque d’espérance entraîne un dégonflement, un abattement, une impuissance, alors que le manque de confiance entraîne de l’anxiété, de l’instabilité….

    J’ai constaté effectivement que mobiliser volontairement mon centre instinctif pour des petites choses du quotidien, en veillant à équilibrer le trop-plein des autres centres, avait un effet psychologique subtil positif sur mon humeur. Mieux, au fil du temps, comme ces micro-activités sont devenues quasi-naturelles, que l’effort est bien moindre du fait de l’habitude et de la sensation plutôt plaisante associée, il y a eu un effet positif sur des entreprises plus vastes. L’espérance entraîne l’espérance, en quelque sorte : je considère moins (en fait je ressens moins) comme de l’ordre de l’irréel la mise en œuvre de projets ayant un enjeu plus important que de vider le lave-vaisselle ou brosser mon chien…

 

Il y a un deuxième volet à ma réflexion, mais je le posterai ultérieurement car je suis bien consciente que la lecture de ces pavés pèse considérablement sur le travail de modération de Fabien ! (J’ai moi-même passé plus d’une semaine durant mes vacances sur ce sujet, écrivant un peu chaque jour…)

Et donc merci encore Fabien de ton travail pour mettre cet espace d'échange et d'expression à notre disposition ! :heart:

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"J’étais toutefois un peu perplexe vis-à-vis du concept selon lequel la répression d’un centre est initiée dans la toute petite enfance, puisque j’ai des souvenirs (et nombre d’anecdotes de ma famille) pour avoir été dès 1 an une enfant très active."

Moi-même, parmi mes rares souvenirs de petite enfance, cette époque n'a pas été celle où la répression de l'instinctif était la plus visible. Et nous ne sommes pas les seuls ; cela a déjà été mentionné sur ce forum, par Jérôme je crois.

 

Pourtant, toi comme moi et comme d'autres avons retrouvé des épisodes de la toute petite enfance qui sont des origines probables de la répression. J'avais déjà réfléchi à cela et j'ai quelques hypothèses dans mon propre cas dont je ne sais si elles sont généralisables mais qui ressemblent étrangement aux tiennes :

  • L'évènement initial a cassé l'espérance avant de provoquer l'inertie physique. En effet, j'avais moins de deux semaines donc guère de possibilités de bouger.
  • L'activité physique dont je me souviens a eu lieu pendant la période où le vMème ROUGE était dominant, ce qui provoque, je crois, une bouffée d'énergie.
  • Mon centre préféré étant le mental, je n'ai vraiment pu l'utiliser à fond qu'à partir du moment où j'ai bien su lire. En attendant, j'ai peut-être fait autre chose en attendant de pouvoir m'immobiliser et mentaliser.

De plus, comme tu le soulignes aussi, centre réprimé ne veut pas dire contre ne fonctionnant pas, mais centre que l'ego évite d'utiliser sauf s'il est indispensable au centre préféré.

 

Merci aussi, Tir Na Nog, pour l'analyse étymologique de l'espérance et de la confiance. Effectivement nombreux sont ceux qui ont du mal à distinguer ces deux notions et l'analyse que tu fais est très éclairante. Honte à moi, j'aurais dû penser à sortir mon Bloch & Wartburg.

 

Très amicalement,

Fabien

 

P.-S. : la fameuse phrase de Hurley-Donson a fait l'objet d'une discussion sur ce forum.

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Katz

Bonjour à tous,

 

Merci pour tous ces mots justes bien éclairants.

 

Je suis également 4 avec le centre instinctif réprimé, de manière assez claire selon ma mémoire, puisque, enfant, j’étais plutôt encline à rester tranquille, à la lecture, au piano (après avoir « travaillé » ce qu’il fallait, je restais seule en cherchant des sons sur l’instrument, des mélodies) , ou tout simplement à la rêverie pure avec quelques jouets (parfois détournés de leur objectifs premier), en solitaire, de fait puisque seule enfant à la maison.

De même que Tir Na Nog, les exercices que je fais régulièrement, pas seulement pour activer le centre instinctif, m’apportent un élan positif : activités physiques régulières, rappel de soi, changement d’habitudes, réduction des transes hypnotiques (progression en âge surtout), observateur intérieur. Les effets bénéfiques sont apparemment visibles même pour l’entourage.

 

À propos de mise route du centre instinctif, j’aimerais partager et analyser une petite expérience que j’ai faite l’an dernier.

Moi qui ai tendance à ne pas montrer une grande stabilité sur mes pieds et qui suis souvent, malgré moi, dans le balancement du 4 d’un pied sur l’autre (mais de moins en moins maintenant :happy:), j’avais observé une amie dont la démarche et la posture me semblaient ancrées, et bien sûr, cela me faisait envie (plutôt dans le sens interrogatif du « comment ça marche ! » poussant à l’expérimentation que dans le « j’en crève d’envie » :happy:). Ayant suivi quelques cours de théâtre plusieurs années auparavant, je me souvenais que le fait de s’entraîner à mimer un type de marche permettait de pénétrer dans le ressenti du personnage correspondant que l’on voulait jouer, et donc véritablement de réaliser sa démarche (comme si on était à sa place) et non plus la copier. J’ai donc mimé la démarche de mon amie, c’était facile car nous passions quelques jours de vacances ensemble. Et bien il m’est arrivé la chose suivante : alors que j’aidais en cuisine à préparer des légumes, je me suis trouvée abasourdie à la fin de n’avoir eu aucune pensée, émotions, durant cette action d’épluchage et de découpe, et j’ai réalisé que j’avais dû battre mon record de vitesse. C’était même perturbant pour moi d’avoir été uniquement dans l’action, parce qu’habituellement, je profite des nuances de couleur des légumes, de leur parfum, de leur texture, tout en passant en revue flash quelques questions existentielles, et en visualisant la future recette originale que je ferai, ou alors en profitant du chant des oiseaux ou d’une musique… mais pourtant je ne traîne pas ! :wink: J’ai interprété ce phénomène comme étant la conséquence directe de l’identification causée par le mimétisme corporel.

 

Amicalement

Katz

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"J’ai interprété ce phénomène comme étant la conséquence directe de l’identification causée par le mimétisme corporel."

J'espère que non ! Ce ne serait guère intéressant de remplacer une transe par une autre. Je dirais que sans doute l'exercice t'a reconnecté à ton corps et a donc eu un impact semblable à un rappel de soi.

 

Très amicalement,

Fabien

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Tir Na Nog

Merci Katz de ta réponse et de partager cette expérience ; j'ai fait un stage de théâtre cet été où on a énormément travaillé sur les déplacements, et qui a été une révélation pour moi !

Bon, moi, j'aurais tout de même crevé d'envie d'abord en voyant que la copine avait cette stabilité corporelle qui me manque !… :laugh:

Je comprends très bien cette stupéfaction dont tu parles à juste se retrouver dans le corps/mouvement, sans tout le bruissement émotionnel et mental. Les quelques fois où ça m'arrive, c'est tellement différent ! Terra incognita…

 

Voici la suite de mon message-fleuve (courage, Fabien, c'est la pénultième partie, j'attendrais une semaine pour poster l'ultime ! Et merci encore pour le temps que tu consacres à ce forum, qui m'a beaucoup inspirée pour ce dont je parle ci-dessous…)

 

Le point de vue de Riso & Hudson sur le centre mis à l’écart (le terme « réprimé » est de Hurley & Dobson) est intéressant ; ils ont pointé une raison différente de H&D pour laquelle il est très productif de travailler à son développement : le centre préféré est celui auquel on s’identifie, le centre de support est détourné de sa fonction pour stimuler le centre préféré et, dans l’opération, les deux centres sont « enchevêtrés », amalgamés (« scramble »,) l’un avec l’autre. Il en découle que le troisième centre est un centre auquel on ne s’identifie pas : « Nous pouvons le décrire comme un territoire vierge, un espace psychique inutilisé, car c’est une part largement sous-développée de nous-mêmes que nous n’avons jamais vraiment explorée. » [Understanding Enneagram, p. 256.] (NB : toutes les citations sont ma traduction, et c’est toujours moi qui souligne.)

 

Concernant plus particulièrement les ennéatypes réprimant l’instinctif (pour Riso & Hudson, ce sont les 4, 5 et 9, qu’ils classent comme « withdrawn », en retrait, repliés dans leur for intérieur), ils affirment que « parce que qu’ils ne s’identifient pas à leur corps et à leurs instincts, ils sont surpris de réaliser qu’un réel sens de l’intériorité (opposé à un sens imaginaire) peut seulement être expérimenté à travers les sensations du corps. Chacun de ces types confond avec une véritable profondeur les fantasmes, pensées, et humeurs qui sont le résultat du mélange et du déséquilibre des centres mental et émotionnel. » [UE p. 275.]

Riso & Hudson décrivent ensuite les fonctions essentielles des trois centres quand ceux-ci sont équilibrés, une très belle exposition :

« Le centre mental dans son juste fonctionnement apporte de l’ouverture et la qualité de « permettre » (« allowing », admettre, permettre, accepter).  Fondamentalement, l’esprit devient calme et permet à toutes les impressions qui surviennent de prendre place. Quand l’esprit devient calme, nous n’essayons pas de repousser les impressions du moment en remplissant notre conscience avec du bavardage interne ou des images chimériques. Ce qui présent est présent, quoi que ce soit, et nous nous sentons en sécurité et soutenus dans ce contexte.

 

Le centre émotionnel « goûte » l’expérience, nous permettant d’être pleinement engagés dans l’expérience. C’est dans le centre du cœur que la qualité du moment est éprouvée. Nous nous connectons à nos expériences à travers le degré d’ouverture et de sensibilité que nous sommes capable d’accueillir dans nos cœurs. Si notre cœur n’est pas impliqué, nous ne sommes pas touchés par la qualité de l’expérience que nous vivons. Le centre émotionnel est aussi cette part de nous qui aime la vérité. En incluant le cœur, nous aimons la vérité de ce qui arrive, quoi que ce soit, et ne serons pas satisfaits à moins.

 

La fonction du centre instinctif est d’ancrer (« to ground », donner une fondation, garder au sol) la présence. Sans la présence, nous pouvons accueillir nos impressions avec un esprit ouvert et les expérimenter profondément à travers notre cœur, mais nous nous identifions avec elles. Nous sommes perdus en elles. En demeurant ancrés dans nos corps, nous sommes conscients du fait qu’il y a un être qui est en train d’avoir cette expérience. Alors nous sommes pleinement là, occupant le moment et sentant notre vitalité ; nous recevons notre expérience et y participons pleinement. Dans le même temps, nos esprits sont ouverts, vastes, et réceptifs aux perceptions qui prennent place, de l’intérieur ou de l’extérieur. » [UE, p. 282.]

 

Explorer l’intériorité, ressentir pleinement l’expérience présente, c’est une vocation qui parle fortement à l’ennéatype 4 ! En somme, notre vocation, le fameux « sens du beau », s’amoindrit si le Centre Instinctif n’est pas de la partie…

Développer le centre instinctif, favoriser l’équilibre des trois centres et retrouver leur fonctions essentielles  permet alors d’éviter des travers caractéristiques de l’ennéatype 4, « remplir notre conscience avec du bavardage interne ou des images chimériques » dans un mésusage du mental, « nous identifier avec nos impressions, nous perdre en elles » dans un mésusage de l’émotionnel, et a contrario, « aimer la vérité de ce qui arrive, quoi que ce soit » (véritable usage de l’émotionnel), « ancrer la présence » « occuper le moment et sentir » notre vitalité (véritable usage de l’instinctif).

 

Concrètement, comment je fais, qu’est-ce que je fais pour soutenir ça ?

 

La première fois que je me suis dit que j’avais envie de faire un effort dans le domaine, c’était un an avant de rencontrer l’ennéagramme. Plus jeune, j’avais toujours écarté d’office les injonctions de « faire un effort » au nom de la santé, de l’esthétique du corps, des normes sociales concernant la tenue de la maison : « faire un effort », c’est se forcer, aller à l’encontre de son sentiment, donc de soi ; pas kasher pour mon ego de 4. La santé, ce n’est pas une motivation valable quand on est de sous-type intrépidité ; l’esthétique du corps et les normes, ben, c’est ce que tout le monde fait parce que tout le monde le fait, on ne va quand même pas céder à cette pression malsaine !

 

Quant aux micro-gestes dont je m’abstenais, aux « tares » dont j’ai parlé plus haut, j’étais certes embêtée tant ils semblaient me mettre à part dans le handicap, mais j’enrobais l’échec de justifications dépressives (à quoi bon ? refermer ce tiroir, ramasser ce crayon, est-ce que ça va changer ma vie ?)

 

Dans la foulée d’une reprise d’un travail en psychothérapie, quelque chose a changé : le sentiment qu’il y avait une raison de chercher à franchir ces limites intérieures ; cette raison, c’est que je voulais pouvoir changer quelque chose, a priori pas titanesque, que ce serait toujours ça de pris par rapport à l’Everest de ce que je voudrais changer en moi. À ce niveau minime de tâche, je réalisais c’était une question de volonté, et la volonté était un bien que mes valeurs égotiques ne pouvaient pas disqualifier aussi facilement…

 

J’avais une copine dont le plan de travail et l’évier étaient toujours débarrassés, je me suis fixé d’en faire autant chaque matin comme première chose dans la journée en faisant le café, et de tenter de le maintenir au fur et à mesure ensuite. C’est quand même un truc qui prend en fait de 5 à 10 minutes, tout en paraissant très dérisoire et peu productif. Deuxième résolution, ayant des problèmes de santé et de condition physique qui en bénéficierait grandement (je basculais sur le pôle conservation + depuis cette époque), j’allais faire du vélo d’appartement tous les jours. (Pas tous les jours parce que tous les jours c’est mieux, mais parce que je savais que jamais ma résolution ne survivrait pas à la possibilité de considérer la question que « tiens, aujourd’hui, est-ce que c’est un jour où j’en fais ? ». Je consommerais trop d’énergie psychique dans le débat intérieur, ça me frustrerait, je fauterais à qui mieux mieux, je m’en voudrais, etc.). J’ai tenté d’abaisser la barre autant que possible, en limitant le facteur d’ennui : j’ai bûché l’univers des séries de qualité visibles en streaming, pour pouvoir toujours regarder quelque chose à l’ordi en même temps.

 

Veni, vidi, vici sur la durée puisque je pédale toujours…

 

Suite et fin une prochaine fois !

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Katz
Le 13/09/2018 à 09:51, Fabien Chabreuil a dit :

"J’ai interprété ce phénomène comme étant la conséquence directe de l’identification causée par le mimétisme corporel."

J'espère que non ! Ce ne serait guère intéressant de remplacer une transe par une autre. Je dirais que sans doute l'exercice t'a reconnecté à ton corps et a donc eu un impact semblable à un rappel de soi.

Merci Fabien pour ta remarque qui me permet de clarifier le phénomène. Je l’ai interprété à tort dans le sens de l’identification car je ne me reconnaissais pas, mais j’ai omis le fait que mon attention s’est focalisée sur le présent pour agir en ayant une réponse adaptée à chaque instant (sans aucun commentaire intérieur), donc en conscience. Ainsi, je n’étais pas dans les mécanismes inconscients des transes hypnotiques.

 

Bien amicalement,

Katz

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