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Tir Na Nog

Travail sur mon centre instinctif réprimé

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Tir Na Nog

Je voudrais faire le point sur mes rapports avec le centre instinctif, et en particulier récapituler mes tentatives pour améliorer sa mobilisation.

 

Lorsqu’on nous a proposé en stage Bases de réfléchir sur les centres qui lâchent le plus facilement en cas de fatigue ou de stress, le centre instinctif était évident pour moi. Il n’est pas seulement inhibé quand je suis fragilisée, mais tout le temps : il m’est nécessaire de prendre une décision consciente et faire un effort pour refermer un tiroir, ramasser quelque chose que j’ai fait tomber, mettre une veste, fermer un bouton. Mon centre mental a beaucoup trimé pour calculer comment optimiser mes mouvements pour en faire le moins possible.

 

J’ai aussi identifié des éléments de mon histoire très précoce pouvant avoir contribué à la blessure du centre instinctif (et au profil instinctif Conservation --/++) : deux incidents violents, menaçant ma survie in utero, et un lié à ma naissance (j’y reviendrai plus tard, je trouve que c’est toujours intéressant en stage quand j’entends des exemples des autres stagiaires et que je peux m’y référer quand un concept reste abstrait pour moi…).

 

J’étais toutefois un peu perplexe vis-à-vis du concept selon lequel la répression d’un centre est initiée dans la toute petite enfance, puisque j’ai des souvenirs (et nombre d’anecdotes de ma famille) pour avoir été dès 1 an une enfant très active, très en avance sur le plan psychomoteur (marche à 9 mois) toujours en train de grimper et de construire des cabanes jusqu’à l’entrée dans l’adolescence. A cet âge, et par la suite, j’ai toujours valorisé les activités sportives aventureuses, et pratiqué les arts martiaux, l’escalade, la voile et l’équitation. Une explication que je me suis donnée pour maintenir la cohérence avec le modèle théorique d’une blessure précoce, c’est que d’une part, ces activités étaient fortement soutenues par mon centre émotionnel, dans le cadre de l’identité audacieuse et garçon manqué que je valorisais, et d’autre part que l’intelligence dans la petite enfance est en premier lieu sensori-motrice, et à moins que l’enfant soit fortement dissocié ou anormalement immergé dans sa vie mentale, cette intelligence sensori-motrice vient stimuler le centre instinctif.

 

Quand on nous a parlé de l’importance de mobiliser son centre réprimé pour favoriser l’intégration, j’ai été tout de suite interpelée : j’en avais eu l’intuition auparavant et commencé à mettre certaines choses en place dans mon quotidien qui allaient dans cette direction. Dès le stage Bases, j’ai cherché ce qui s’y rapportait sur le forum, et tenté de mettre en place des choses systématiques.

 

Avec un an et demi de recul sur ces pratiques que je vais essayer de décrire, je suis puissamment convaincue de l’efficacité et de l’importance du travail sur le centre réprimé. Je dirais qu’au quotidien, mobiliser le centre instinctif est devenu un moyen immédiat de contrebalancer la prépondérance des ruminations, l’absorption dans la vie fantasmatique, les transes diverses issues des centres émotionnel et mental marchant main dans la main ! C’est aussi un anxiolytique/antidépresseur léger sans effets secondaires et un moyen de court-circuiter la narcotisation, bref, un étayage épatant de changement intérieur.

 

Pourquoi ?

 

Si je reviens sur le point de vue de Hurley et Dobson exposé dans les livres What’s my type ? et My Best Self que j’ai mis à mon programme de lecture de l’été, cela tient à deux dimensions :

 

  1. « Le centre réprimé contrôle silencieusement la personnalité » : selon eux, le mésusage du centre préféré et du centre de support aurait moins d’impact que la répression du troisième centre. (Je ne résiste pas à partager la phrase originale des auteurs, que je trouve très poétique : « The Repressed Center is the silent shadow in control of personality » : "[…] l’ombre silencieuse qui contrôle la personnalité")

    En réalité, ce sont des influences qui peuvent se renforcer mutuellement. C’est en tout cas le ce qui se passe avec mon type et ma variante….

    Avant l’initiative de Hurley & Dobson (qui admettaient deux hiérarchies des centres pour les types du triangle), et surtout son extension à tous les types par les Chabreuil, on ne considérait que la version alpha de la hiérarchie des centres ; dans cette version, seuls trois types étaient affligés d’un centre instinctif « réprimé » (le terme est introduit par H & D) : le 4, le 5 et le 9. Il me semble que pour tous les trois, la répression du centre instinctif majore ou corrobore une caractéristique égotique essentielle de l’ennéatype : pour le 4 et le 5, il encourage le décrochage de l’investissement du monde réel et le refuge dans une vie fantasmée ou modélisée, vécue dans le for intérieur ; pour le 9, la répression de l’instinctif (ou « déconnexion » pour Riso et Hudson) contribue à réprimer l’affirmation de soi (avec la possibilité de fonctionner soit en « mode rêverie » soit dans des activités routinières déconnectées des émotions et de la réflexion).

    Chez moi, l’influence s’effectue de manière concrète (qu’est-ce qu’on peut faire d’autre que rêver ou fantasmer quand on est cloué au lit ou au fauteuil par une inhibition ou procrastination constante de la mise en mouvement ?), ou plus fondamentale : si on se coupe du centre instinctif, on renonce à « avoir un impact sur le monde », et la tentation de se rabattre sur le monde intérieur où l’impact est absolu et garanti est grande

    Pendant 30 ans de ma vie, j’ai consacré plusieurs heures par jour à nourrir des fantaisies dignes des mystères de Paris de par leur volume et leur continuité, où mon alter ego, complétement fabriqué et doté des vertus et pouvoirs les plus extraordinaires, ressuscitait les morts et marchait sur l’eau (entendre par là leurs équivalents narcissiques dans les domaines que je valorise)…
     
  2. Hurley & Dobson (encore eux !) sont ceux qui ont relié les vertus théologales de l’espérance, de la confiance et de l’amour aux trois centres - respectivement l’instinctif, le mental et l’émotionnel. Le manque d’espérance mène, logiquement, au désespoir et à l’inertie ; le manque de confiance, à la peur ; le manque d’amour, à la défaillance du lien avec soi et les autres.

    J’ai eu du mal initialement à comprendre la distinction sémantique entre confiance et espérance, l’attribution de H&D me paraissait un peu arbitraire. Sans doute parce que dans le langage courant on ne dit pas « je manque d’espérance en moi », pour désigner le sentiment d’impuissance à avoir un impact sur le monde, à changer son sort. Le terme n’est pas non plus relié au fait d’anticiper, en toutes situations, que les autres n’agiront pas, ne vous aideront pas, vous laisseront tomber. Mais les exercices proposés dans le stage Centres m’ont permis de prendre conscience du fait que, clairement, je n'ai pas tendance à mettre en doute la parole des autres, leur compétence, leur fiabilité – ni même la mienne (c’est en dépit de mes compétences, qualités, certitudes, par pure malédiction, que mes entreprises sont vouées à l’échec !)

    J’ai réfléchi à ce problème de terminologie, parce que je trouve plus facile de saisir le sens quand les mots me parlent (et parce que je me positionne clairement sur le pôle ratiocineur de la dichotomie du 4 !). Ça ne fonctionne pas en anglais (espérance et confiance sont respectivement hope et faith), mais le but est de me parler à moi !

    J’ai donc regardé l’étymologie « d’espérer » et de « se fier » (même racine que confiance, liée à fides qui donne également « foi », le terme retenu dans les traductions bibliques de l’épitre aux Corinthiens).

    « Espérer » vient de sperare, qui signifie « attendre », « s’attendre à » ; il y a donc une tension, une pré « mise en mouvement » vers un évènement qui va se produire. Il s’agit donc bien d’une disposition psychologique favorable tournée vers un accomplissement dans le monde, le terrain du centre instinctif.

    « Se fier à » vient de fidere, qui signifie « avoir confiance, se confier ». Avoir confiance, c’est se confier à quelqu’un, se reposer sur une personne fiable. Il y a bien la dimension de sécurité et d’absence de doute envers autrui, et envers soi, la dimension de guidance intérieure du centre mental.

    Sur le plan psychologique, le manque d’espérance entraîne un dégonflement, un abattement, une impuissance, alors que le manque de confiance entraîne de l’anxiété, de l’instabilité….

    J’ai constaté effectivement que mobiliser volontairement mon centre instinctif pour des petites choses du quotidien, en veillant à équilibrer le trop-plein des autres centres, avait un effet psychologique subtil positif sur mon humeur. Mieux, au fil du temps, comme ces micro-activités sont devenues quasi-naturelles, que l’effort est bien moindre du fait de l’habitude et de la sensation plutôt plaisante associée, il y a eu un effet positif sur des entreprises plus vastes. L’espérance entraîne l’espérance, en quelque sorte : je considère moins (en fait je ressens moins) comme de l’ordre de l’irréel la mise en œuvre de projets ayant un enjeu plus important que de vider le lave-vaisselle ou brosser mon chien…

 

Il y a un deuxième volet à ma réflexion, mais je le posterai ultérieurement car je suis bien consciente que la lecture de ces pavés pèse considérablement sur le travail de modération de Fabien ! (J’ai moi-même passé plus d’une semaine durant mes vacances sur ce sujet, écrivant un peu chaque jour…)

Et donc merci encore Fabien de ton travail pour mettre cet espace d'échange et d'expression à notre disposition ! :heart:

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"J’étais toutefois un peu perplexe vis-à-vis du concept selon lequel la répression d’un centre est initiée dans la toute petite enfance, puisque j’ai des souvenirs (et nombre d’anecdotes de ma famille) pour avoir été dès 1 an une enfant très active."

Moi-même, parmi mes rares souvenirs de petite enfance, cette époque n'a pas été celle où la répression de l'instinctif était la plus visible. Et nous ne sommes pas les seuls ; cela a déjà été mentionné sur ce forum, par Jérôme je crois.

 

Pourtant, toi comme moi et comme d'autres avons retrouvé des épisodes de la toute petite enfance qui sont des origines probables de la répression. J'avais déjà réfléchi à cela et j'ai quelques hypothèses dans mon propre cas dont je ne sais si elles sont généralisables mais qui ressemblent étrangement aux tiennes :

  • L'évènement initial a cassé l'espérance avant de provoquer l'inertie physique. En effet, j'avais moins de deux semaines donc guère de possibilités de bouger.
  • L'activité physique dont je me souviens a eu lieu pendant la période où le vMème ROUGE était dominant, ce qui provoque, je crois, une bouffée d'énergie.
  • Mon centre préféré étant le mental, je n'ai vraiment pu l'utiliser à fond qu'à partir du moment où j'ai bien su lire. En attendant, j'ai peut-être fait autre chose en attendant de pouvoir m'immobiliser et mentaliser.

De plus, comme tu le soulignes aussi, centre réprimé ne veut pas dire contre ne fonctionnant pas, mais centre que l'ego évite d'utiliser sauf s'il est indispensable au centre préféré.

 

Merci aussi, Tir Na Nog, pour l'analyse étymologique de l'espérance et de la confiance. Effectivement nombreux sont ceux qui ont du mal à distinguer ces deux notions et l'analyse que tu fais est très éclairante. Honte à moi, j'aurais dû penser à sortir mon Bloch & Wartburg.

 

Très amicalement,

Fabien

 

P.-S. : la fameuse phrase de Hurley-Donson a fait l'objet d'une discussion sur ce forum.

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Katz

Bonjour à tous,

 

Merci pour tous ces mots justes bien éclairants.

 

Je suis également 4 avec le centre instinctif réprimé, de manière assez claire selon ma mémoire, puisque, enfant, j’étais plutôt encline à rester tranquille, à la lecture, au piano (après avoir « travaillé » ce qu’il fallait, je restais seule en cherchant des sons sur l’instrument, des mélodies) , ou tout simplement à la rêverie pure avec quelques jouets (parfois détournés de leur objectifs premier), en solitaire, de fait puisque seule enfant à la maison.

De même que Tir Na Nog, les exercices que je fais régulièrement, pas seulement pour activer le centre instinctif, m’apportent un élan positif : activités physiques régulières, rappel de soi, changement d’habitudes, réduction des transes hypnotiques (progression en âge surtout), observateur intérieur. Les effets bénéfiques sont apparemment visibles même pour l’entourage.

 

À propos de mise route du centre instinctif, j’aimerais partager et analyser une petite expérience que j’ai faite l’an dernier.

Moi qui ai tendance à ne pas montrer une grande stabilité sur mes pieds et qui suis souvent, malgré moi, dans le balancement du 4 d’un pied sur l’autre (mais de moins en moins maintenant :happy:), j’avais observé une amie dont la démarche et la posture me semblaient ancrées, et bien sûr, cela me faisait envie (plutôt dans le sens interrogatif du « comment ça marche ! » poussant à l’expérimentation que dans le « j’en crève d’envie » :happy:). Ayant suivi quelques cours de théâtre plusieurs années auparavant, je me souvenais que le fait de s’entraîner à mimer un type de marche permettait de pénétrer dans le ressenti du personnage correspondant que l’on voulait jouer, et donc véritablement de réaliser sa démarche (comme si on était à sa place) et non plus la copier. J’ai donc mimé la démarche de mon amie, c’était facile car nous passions quelques jours de vacances ensemble. Et bien il m’est arrivé la chose suivante : alors que j’aidais en cuisine à préparer des légumes, je me suis trouvée abasourdie à la fin de n’avoir eu aucune pensée, émotions, durant cette action d’épluchage et de découpe, et j’ai réalisé que j’avais dû battre mon record de vitesse. C’était même perturbant pour moi d’avoir été uniquement dans l’action, parce qu’habituellement, je profite des nuances de couleur des légumes, de leur parfum, de leur texture, tout en passant en revue flash quelques questions existentielles, et en visualisant la future recette originale que je ferai, ou alors en profitant du chant des oiseaux ou d’une musique… mais pourtant je ne traîne pas ! :wink: J’ai interprété ce phénomène comme étant la conséquence directe de l’identification causée par le mimétisme corporel.

 

Amicalement

Katz

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"J’ai interprété ce phénomène comme étant la conséquence directe de l’identification causée par le mimétisme corporel."

J'espère que non ! Ce ne serait guère intéressant de remplacer une transe par une autre. Je dirais que sans doute l'exercice t'a reconnecté à ton corps et a donc eu un impact semblable à un rappel de soi.

 

Très amicalement,

Fabien

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Tir Na Nog

Merci Katz de ta réponse et de partager cette expérience ; j'ai fait un stage de théâtre cet été où on a énormément travaillé sur les déplacements, et qui a été une révélation pour moi !

Bon, moi, j'aurais tout de même crevé d'envie d'abord en voyant que la copine avait cette stabilité corporelle qui me manque !… :laugh:

Je comprends très bien cette stupéfaction dont tu parles à juste se retrouver dans le corps/mouvement, sans tout le bruissement émotionnel et mental. Les quelques fois où ça m'arrive, c'est tellement différent ! Terra incognita…

 

Voici la suite de mon message-fleuve (courage, Fabien, c'est la pénultième partie, j'attendrais une semaine pour poster l'ultime ! Et merci encore pour le temps que tu consacres à ce forum, qui m'a beaucoup inspirée pour ce dont je parle ci-dessous…)

 

Le point de vue de Riso & Hudson sur le centre mis à l’écart (le terme « réprimé » est de Hurley & Dobson) est intéressant ; ils ont pointé une raison différente de H&D pour laquelle il est très productif de travailler à son développement : le centre préféré est celui auquel on s’identifie, le centre de support est détourné de sa fonction pour stimuler le centre préféré et, dans l’opération, les deux centres sont « enchevêtrés », amalgamés (« scramble »,) l’un avec l’autre. Il en découle que le troisième centre est un centre auquel on ne s’identifie pas : « Nous pouvons le décrire comme un territoire vierge, un espace psychique inutilisé, car c’est une part largement sous-développée de nous-mêmes que nous n’avons jamais vraiment explorée. » [Understanding Enneagram, p. 256.] (NB : toutes les citations sont ma traduction, et c’est toujours moi qui souligne.)

 

Concernant plus particulièrement les ennéatypes réprimant l’instinctif (pour Riso & Hudson, ce sont les 4, 5 et 9, qu’ils classent comme « withdrawn », en retrait, repliés dans leur for intérieur), ils affirment que « parce que qu’ils ne s’identifient pas à leur corps et à leurs instincts, ils sont surpris de réaliser qu’un réel sens de l’intériorité (opposé à un sens imaginaire) peut seulement être expérimenté à travers les sensations du corps. Chacun de ces types confond avec une véritable profondeur les fantasmes, pensées, et humeurs qui sont le résultat du mélange et du déséquilibre des centres mental et émotionnel. » [UE p. 275.]

Riso & Hudson décrivent ensuite les fonctions essentielles des trois centres quand ceux-ci sont équilibrés, une très belle exposition :

« Le centre mental dans son juste fonctionnement apporte de l’ouverture et la qualité de « permettre » (« allowing », admettre, permettre, accepter).  Fondamentalement, l’esprit devient calme et permet à toutes les impressions qui surviennent de prendre place. Quand l’esprit devient calme, nous n’essayons pas de repousser les impressions du moment en remplissant notre conscience avec du bavardage interne ou des images chimériques. Ce qui présent est présent, quoi que ce soit, et nous nous sentons en sécurité et soutenus dans ce contexte.

 

Le centre émotionnel « goûte » l’expérience, nous permettant d’être pleinement engagés dans l’expérience. C’est dans le centre du cœur que la qualité du moment est éprouvée. Nous nous connectons à nos expériences à travers le degré d’ouverture et de sensibilité que nous sommes capable d’accueillir dans nos cœurs. Si notre cœur n’est pas impliqué, nous ne sommes pas touchés par la qualité de l’expérience que nous vivons. Le centre émotionnel est aussi cette part de nous qui aime la vérité. En incluant le cœur, nous aimons la vérité de ce qui arrive, quoi que ce soit, et ne serons pas satisfaits à moins.

 

La fonction du centre instinctif est d’ancrer (« to ground », donner une fondation, garder au sol) la présence. Sans la présence, nous pouvons accueillir nos impressions avec un esprit ouvert et les expérimenter profondément à travers notre cœur, mais nous nous identifions avec elles. Nous sommes perdus en elles. En demeurant ancrés dans nos corps, nous sommes conscients du fait qu’il y a un être qui est en train d’avoir cette expérience. Alors nous sommes pleinement là, occupant le moment et sentant notre vitalité ; nous recevons notre expérience et y participons pleinement. Dans le même temps, nos esprits sont ouverts, vastes, et réceptifs aux perceptions qui prennent place, de l’intérieur ou de l’extérieur. » [UE, p. 282.]

 

Explorer l’intériorité, ressentir pleinement l’expérience présente, c’est une vocation qui parle fortement à l’ennéatype 4 ! En somme, notre vocation, le fameux « sens du beau », s’amoindrit si le Centre Instinctif n’est pas de la partie…

Développer le centre instinctif, favoriser l’équilibre des trois centres et retrouver leur fonctions essentielles  permet alors d’éviter des travers caractéristiques de l’ennéatype 4, « remplir notre conscience avec du bavardage interne ou des images chimériques » dans un mésusage du mental, « nous identifier avec nos impressions, nous perdre en elles » dans un mésusage de l’émotionnel, et a contrario, « aimer la vérité de ce qui arrive, quoi que ce soit » (véritable usage de l’émotionnel), « ancrer la présence » « occuper le moment et sentir » notre vitalité (véritable usage de l’instinctif).

 

Concrètement, comment je fais, qu’est-ce que je fais pour soutenir ça ?

 

La première fois que je me suis dit que j’avais envie de faire un effort dans le domaine, c’était un an avant de rencontrer l’ennéagramme. Plus jeune, j’avais toujours écarté d’office les injonctions de « faire un effort » au nom de la santé, de l’esthétique du corps, des normes sociales concernant la tenue de la maison : « faire un effort », c’est se forcer, aller à l’encontre de son sentiment, donc de soi ; pas kasher pour mon ego de 4. La santé, ce n’est pas une motivation valable quand on est de sous-type intrépidité ; l’esthétique du corps et les normes, ben, c’est ce que tout le monde fait parce que tout le monde le fait, on ne va quand même pas céder à cette pression malsaine !

 

Quant aux micro-gestes dont je m’abstenais, aux « tares » dont j’ai parlé plus haut, j’étais certes embêtée tant ils semblaient me mettre à part dans le handicap, mais j’enrobais l’échec de justifications dépressives (à quoi bon ? refermer ce tiroir, ramasser ce crayon, est-ce que ça va changer ma vie ?)

 

Dans la foulée d’une reprise d’un travail en psychothérapie, quelque chose a changé : le sentiment qu’il y avait une raison de chercher à franchir ces limites intérieures ; cette raison, c’est que je voulais pouvoir changer quelque chose, a priori pas titanesque, que ce serait toujours ça de pris par rapport à l’Everest de ce que je voudrais changer en moi. À ce niveau minime de tâche, je réalisais c’était une question de volonté, et la volonté était un bien que mes valeurs égotiques ne pouvaient pas disqualifier aussi facilement…

 

J’avais une copine dont le plan de travail et l’évier étaient toujours débarrassés, je me suis fixé d’en faire autant chaque matin comme première chose dans la journée en faisant le café, et de tenter de le maintenir au fur et à mesure ensuite. C’est quand même un truc qui prend en fait de 5 à 10 minutes, tout en paraissant très dérisoire et peu productif. Deuxième résolution, ayant des problèmes de santé et de condition physique qui en bénéficierait grandement (je basculais sur le pôle conservation + depuis cette époque), j’allais faire du vélo d’appartement tous les jours. (Pas tous les jours parce que tous les jours c’est mieux, mais parce que je savais que jamais ma résolution ne survivrait pas à la possibilité de considérer la question que « tiens, aujourd’hui, est-ce que c’est un jour où j’en fais ? ». Je consommerais trop d’énergie psychique dans le débat intérieur, ça me frustrerait, je fauterais à qui mieux mieux, je m’en voudrais, etc.). J’ai tenté d’abaisser la barre autant que possible, en limitant le facteur d’ennui : j’ai bûché l’univers des séries de qualité visibles en streaming, pour pouvoir toujours regarder quelque chose à l’ordi en même temps.

 

Veni, vidi, vici sur la durée puisque je pédale toujours…

 

Suite et fin une prochaine fois !

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Katz
Le 13/09/2018 à 09:51, Fabien Chabreuil a dit :

"J’ai interprété ce phénomène comme étant la conséquence directe de l’identification causée par le mimétisme corporel."

J'espère que non ! Ce ne serait guère intéressant de remplacer une transe par une autre. Je dirais que sans doute l'exercice t'a reconnecté à ton corps et a donc eu un impact semblable à un rappel de soi.

Merci Fabien pour ta remarque qui me permet de clarifier le phénomène. Je l’ai interprété à tort dans le sens de l’identification car je ne me reconnaissais pas, mais j’ai omis le fait que mon attention s’est focalisée sur le présent pour agir en ayant une réponse adaptée à chaque instant (sans aucun commentaire intérieur), donc en conscience. Ainsi, je n’étais pas dans les mécanismes inconscients des transes hypnotiques.

 

Bien amicalement,

Katz

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Tir Na Nog

Bonjour à tous, j'espère que vous avez passé un beau week-end !

 

Je termine aujourd'hui mon odyssée sur le thème du centre instinctif perdu.

 

Au moment où j’ai rencontré le concept de centre réprimé avec l’ennéagramme, j’ai décidé d’élargir au maximum la « démarche de l’évier », c'est-à-dire augmenter en quantité et en immédiateté la  mise en œuvre des petits gestes normalement procrastinés : vider le lave-vaisselle, me lever pour aller chercher un truc, monter à l’étage pour chercher un truc, ranger un truc… Sachant que ce qui me facilitait grandement les opérations, c’était que ce n’était plus simplement passer l’aspirateur pour faire du ménage, mais en vue de mon développement personnel ! L’amélioration de ma condition physique grâce au vélo-séries épaulait aussi tous ces efforts harassants…

 

J’ai pu observer qu’une partie des petits gestes auxquels je renonçais étaient pénibles parce que ceux-là demandaient une certaine dextérité qui me frustrait d’avance, me mettant en tension musculaire complétement superflue (orteils, abdos, épaules, cuisses, nuque, visage…) avec arrêt de la respiration ; sensation très désagréable et forcément aversive. J’ai essayé d’y être systématiquement attentive, respirer, détendre (travail en cours)…

 

Sur d’autres gestes plus basiques, j’ai peu à peu essayé d’ajouter une qualité (pour l’instant ça tient très peu de temps car c’est très peu naturel pour moi) : ne pas penser à autre chose en même temps, interrompre quelques secondes le dialogue intérieur permanent. Le soir aussi, en prenant ma douche, j’ai fait l’expérience : qu’est-ce que ça ferait si je ne pensais pas, si je ne faisais que recevoir les sensations ? Je pense que je tiens 3 longues secondes au mieux, mais j’essaye de le refaire quotidiennement et d’allonger le temps où j’essaie.

 

8 mois après le début de cette démarche, comme j’avais une rechute dépressive durant les vacances d’été, j’ai mis en place un outil pour quitter mon état végétatif — outil qui m’a ensuite étonnamment bien soutenue dans cette espèce de téléthon des micro-gestes pour sauver Willy (mon centre instinctif) : il s’agit d’une sorte de to do-list tenue quotidiennement, avec des catégories (« Habitudes », « personnes », « à faire »).

 

Tout d’abord, voici la fastidieuse description de son principe :

  • L’idée pour « habitudes » est de le faire tous les jours et de noter en vert chaque jour si je l’ai fait, en rouge sinon. Actuellement, il y a 5 catégories au menu : vélo d’appartement, exercices de chant, promenade du chien, exercices d’éducation du chien et écrire pour le forum.
  • La catégorie « personnes » prend note des gens avec qui j’initie un contact à titre personnel, sous quelque forme que ce soit : mail, SMS, téléphone (même si je laisse un message), en direct, courrier…
  • Dans « à faire », il y a tout : corvées administratives, ménagères, tâches liées au boulot, courses…

Dans ces deux dernières catégories, je mets tous les jours en vert ce que j’ai fait et j’enlève de l’entrée ce que je n’ai pas fait, qui est copié-collé au jour suivant jusqu’à ce que son tour arrive.

 

Il y a plusieurs intérêts à cette to do-list qui reste ouverte en permanence sur mon ordi (je travaille chez moi), et qu’à au moins à deux moments de la journée (matin et soir), je visualise :

  1. Je ne suis plus « hantée » par la crainte de n’avoir pas fait un truc et de risquer de l’oublier si je n’y pense pas constamment (vu le niveau de procrastination allant jusqu’à plusieurs mois, c’était une angoisse permanente) ; je ranimais auparavant lors de chaque « rappel » mental la culpabilité de ne pas me sentir capable de le faire tout de suite (sape d’estime de soi garantie), et le désespoir lié à ce que ça augure pour mon avenir.
  2. Il y a une trace de toutes les petites choses que j’ai faites, et ça m’évite de ressentir que c’est dérisoire, insuffisant, comparé à ce que « j’échoue » à faire. Comme tout fini par être fait, je n’ai pas le sentiment que c’est un échec, et je réalise aussi qu’il est normal d’avoir toujours de nouvelles choses à faire, que ça n’annule pas la réalité de ce qui est accompli. Pour un jour donné, ce qui n’a pas été fait est « purgé », ne reste que le positif. La catégorie « habitude » est la seule où je garde une trace de n’avoir pas fait quelque chose ; et même si elle est relativement exigeante, elle est aussi restreinte, elle est choisie, triée sur le volet, ce n’est pas « une tâche qui me tombe dessus ». Quand je « saute » malgré tout, parfois plusieurs jours d’affilée, je peux me rassurer sur ma détermination, rétrospectivement, car je vois que ça ne m’a pas amené à abandonner cette discipline. Du point de vue de l’ennéagramme, je pense que ça se qualifie pour du travail d’intégration en 1 !
  3. Il y a même un côté « challenge », c’est une mini-satisfaction de me dire « tiens, si je fais ça, je pourrais l’ajouter à ma liste, c'est beau tout ce vert ! ».

 

Avec du recul sur ces choses que j’ai mises en place, je commence à percevoir des bénéfices et une évolution sur le long terme : l’effort de mettre en route l’instinctif est moins grand, et un certain plaisir s’est installé, une satisfaction liée à la sensation de bouger, et surtout au fait que ça régule l’espèce de surchauffe de l’émotionnel/mental. Je commence à l’utiliser consciemment, beaucoup plus souvent, juste pour calmer le jeu, envoyer le signal « oh lààà, Bijouuu ! » à la carriole emballée. (Et je commence à sentir à quel point cet emballement créé une tension interne qui, au bout d’un moment, n’est même plus satisfaisante.)

J’essaye aussi régulièrement, quand je fais quelque chose, de voir comment je peux aller un peu plus loin, en « remettre une couche ». Un peu comme on teste un cran d’effort supplémentaire si on veut se muscler.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Merci Tir Na Nog pour cette trilogie, intellectuellement intéressante et pratiquement utile.

 

C'est super d'avoir développé tes propres méthodes pour réactiver le centre instinctif. Je suis certain qu'elle seront bénéfiques à d'autres ou leur donneront des pistes pour concevoir leur propre démarche.

 

Le sur-mesure ne doit pas empêcher le recours aux méthodes éprouvées. Quand tu parles de "tension musculaire complétement superflue […] avec arrêt de la respiration", il y a forcément là des transes qui devraient pouvoir être identifiées et déconstruites. De même le "le dialogue intérieur permanent" est la transe la plus facile à interrompre avec la technique enseignée au stage Éveil. Sur ces points, cette approche te donnerait certainement des résultats plus rapides.

 

Très amicalement,

Fabien

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Katz

Bonsoir à tous,

 

Je rebondis sur les phrases suivantes :

Le 24/09/2018 à 09:14, Tir Na Nog a dit :

J’essaye aussi régulièrement, quand je fais quelque chose, de voir comment je peux aller un peu plus loin, en « remettre une couche ». Un peu comme on teste un cran d’effort supplémentaire si on veut se muscler.

Le 24/09/2018 à 09:14, Tir Na Nog a dit :

Le soir aussi, en prenant ma douche, j’ai fait l’expérience : qu’est-ce que ça ferait si je ne pensais pas, si je ne faisais que recevoir les sensations ?

Et bien moi, c'est exactement pareil sauf que c'est le matin, avec un effet de température (eau froide).

 

Depuis un an environ, j'ai décidé de m'habituer petit à petit à la douche de plus en plus froide, afin de devenir plus rapide l'été pour me mettre à l'eau dans les lacs car j'aime beaucoup nager, mais je suis plutôt frileuse. J'ai vu un résultat positif cet été ! En plus, cela retarde les varices (ça, c'est pour le côté esthétique, je précise :wink:).

Une douche froide même après un sauna m'était vraiment désagréable, aussi, pour arriver à mes fins (température de plus en plus froide), j'ai également tenté de ne plus penser avant de recevoir l'eau froide, et du coup, la sensation n'est plus si terrible, elle est sans tension musculaire et plus brève que le désagrément que j'éprouvais auparavant.

J'aimerai bien progresser vis à vis de l'air froid, mais à part le saluer de bon matin la fenêtre ouverte en plein hiver, ensuite, je ne tiens pas la journée…

 

Après cela, je prends le temps de me mettre en posture de rappel de soi pour bien commencer la journée (devant la fenêtre ouverte d'ailleurs). C'est là que je détecte des alarmes : si j'ai du mal à vraiment réaliser l'exercice, avec notamment des images fugitives où je me trouve dans les futurs dialogues de ma journée, je comprends qu'il va falloir traiter la progression en âge. Je tâche de pleinement me concentrer sur le présent, sans regarder l'heure avant, sans non plus chronométrer, et je n'ai jamais été en retard pour réveiller mes enfants ensuite !

 

Bien amicalement,

Katz

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Simechau

Bonjour à tous,

 

Le 06/09/2018 à 11:32, Tir Na Nog a dit :

Je voudrais faire le point sur mes rapports avec le centre instinctif, et en particulier récapituler mes tentatives pour améliorer sa mobilisation.

En ce qui me concerne, ci joint, mon témoignage sur la même question. Comment contribuer à réveiller mon centre instinctif réprimé ?

 

J’ai cherché et j’ai trouvé un cheminement en ce qui me concerne, c’est ce que je voudrais partager ici. J’ai cherché hors de mon champ habituel, je me suis décalé en quelque sorte. J’ai bougé, par rapport à mes habitudes, à l’habituel pour moi, au champ d’action que je me suis habituellement moi-même assigné.

 

Ça commence à l’occasion d’un stage d’ennéagramme, Patricia évoque à plusieurs reprises le terme suivant, alors totalement inconnu pour moi : «  Krav Maga ». Je n’ai jamais entendu ce terme alors je finis par la questionner. Elle m’indique qu’il s’agit d’un sport de combat, de self-défense, une pratique très contemporaine, à finalité immédiatement et directement opérationnelle. Je ne sais pas pourquoi, j’ai immédiatement pensé : «  Tiens ça c’est pour moi, cela pourrait utilement contribuer à stimuler mon centre instinctif. ». De retour à mon domicile, je regarde s’il y a un club de krav maga dans les environs. Il y en a un.

 

J’en parle à mon épouse (ceinture noire de karaté deuxième dan), elle connait cette pratique. Je lui indique ma décision de pratiquer le krav maga. Elle est immédiatement interloquée et très très dubitative, c'est le moins que l'on puisse dire, et elle  me dit : «  Ah bon, tu es sûr ? Ce n’est pas pour toi. C’est trop violent, tu ne sais pas ce que c’est, et tu vas te blesser. » Elle en profite pour me vanter les mérites et bienfaits du karaté, un ART martial. Bla,bla, bla.

 

Au fond de moi, je sais pourtant que c’est cela qu’il me faut, le krav maga. J’explique ma démarche à mon épouse : «  Je veux travailler sur l’immédiateté, l’opérationnel immédiat, la réaction instinctive immédiate Je ne veux pas de philosophie, pas de racines historiques multi séculaires, pas de présupposés artistiques, pas d’explication théoriques, pas de réflexion. Je veux des gestes immédiats, des réactions immédiates. Quelqu’un me manque de respect je le frappe, ensuite on cause. Quelqu’un me bouscule je le frappe. Quelqu’un m’agresse, je l’envoie à l’hôpital réparer ses fractures, ensuite on cause. Voilà ma démarche, elle est simple. » (En plus cela ajoutera un peu de rouge sur ma palette spirale dynamique actuellement bien  trop monocolore à mon goût).

 

Depuis, j’ai débuté les cours de krav maga, et c’est un plaisir. Cela correspond exactement à ce à quoi j’aspirais confusément, mais avec certitude sur le fond.

 

J’adore même porter les coups, c’est chouette, c’est immédiat et instantané. C’est un plaisir et cela me fait un bien fou (on porte des protections).

 

Par contre sans surprise, l’instructeur m’a déjà dit à plusieurs reprises : «  Simechau, arrête de réfléchir, ici on se sert de son cerveau reptilien, ne pense pas le geste, fais le geste. » J’ai bien conscience qu’il y a du travail, dans ce domaine, mais je compte bien développer ma partie manquante, ou à tout le moins assoupie.

 

Par contre en bon 6, je progresse car j’écoute avec attention les consignes et je fais tout ce que me dit l’instructeur, je respecte les consignes.

 

Suite à cette décision, j’en tire quelques enseignements pour mon cheminement.

Il n’y a que moi, qui au fond et au final sait, connaît et sent ce qui peut contribuer à mon développement, contribuer à construire ma liberté.

Je suis le constructeur de ma liberté, en faisant des choix.

Les réactions de l’entourage, conjoint, enfants, amis, proches peuvent donner des indications, des signaux, notamment sur les contours du rôle habituel que je me suis moi-même assigné et qu’ils connaissent. A contrario, donc ils m’indiquent les limites et contours de ce rôle .

Ils perçoivent, signifient et confirment, si besoin est, que j’ai décidé de sortir de mes limites habituelles, celles qu’ils connaissent et qu’habituellement je donne à voir.

Maintenant, mais pas tout de suite, disons dans un an, le temps que je maîtrise et pratique les gestes et les techniques, je caresse l’espoir fou d’être agressé physiquement au moins une fois, ou d’intervenir à l’occasion d’une agression, ou au moins que quelqu’un me manque gravement de respect, pour pouvoir porter les coups que je suis en train de pratiquer.

J’ai foi dans mon avenir.

 

NB : j’envisageais également de m’exercer sur ma femme, mais elle est vraiment beaucoup, beaucoup plus forte et expérimentée que moi, en matière de combat. Mais du coup avec elle, je peux réviser à la maison.

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Fabien Chabreuil

Bonjour,

 

"Patricia évoque à plusieurs reprises le terme suivant, alors totalement inconnu pour moi : «  Krav Maga »."

"Je veux des gestes immédiats, des réactions immédiates. Quelqu’un me manque de respect je le frappe, ensuite on cause. Quelqu’un me bouscule je le frappe. Quelqu’un m’agresse, je l’envoie à l’hôpital réparer ses fractures, ensuite on cause. Voilà ma démarche, elle est simple."

"Je caresse l’espoir fou d’être agressé physiquement au moins une fois, ou d’intervenir à l’occasion d’une agression, ou au moins que quelqu’un me manque gravement de respect, pour pouvoir porter les coups que je suis en train de pratiquer."

Heureusement que Patricia ne s'occupe pas du forum parce que, là, je n'aurai pas eu le temps de l'empêcher de sauter par la fenêtre et je serais veuf.

 

"[…] un ART martial."

Effectivement le krav maga n'est pas un art martial. L'objectif d'un art martial est de ne pas s'en servir ! Pour un 6, la pratique d'un sport de combat comporte le risque de bascule en contrephobie et la philosophie des arts martiaux traditionnels me semble, au moins en partie, permettre de l'éviter.

 

"Il n’y a que moi qui au fond et au final sait, connaît et sent ce qui peut contribuer à mon développement, contribuer à construire ma liberté."

Cela fait plusieurs fois que tu termines tes messages par des phrases tournant autour de ce thème qui provoquent chez moi un certain malaise. Là aussi, attention de ne pas passer de la phobie (je ne suis rien sans la sécurité du groupe) à la contrephobie (tu pourrais lire ou relire la discussion "Comment ne pas louper ses tâches aveugles ?".

 

Très amicalement,

Fabien

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Bookineur

Bonjour à tous,

 

Cela fait longtemps que je lis cette discussion, et il y avait comme un malaise… À la fois elle me concerne mais… à quoi bon ? Que puis-je dire de très intelligent ou pertinent ? Par fierté mentale, par manque de confiance en moi, par manque d'espérance dans les autres pour faire l'effort de me lire, je préférais m'abstenir. M'exprimer en assumant ma fragilité, sans chercher à la contourner ou à la cacher derrière de la force mentale (chose que j'ai déjà faite à plusieurs reprises sur ce forum), c'est un effort surhumain pour moi, mais c'est un des points auquel je suis parfois attentif pour développer mon centre réprimé. Il s'agit d'accepter de prendre des risques sociaux et relationnels, notamment en disant ce que je pense (sans agressivité, et ça aussi c'est dur !!) et, pireeeeee, ce que je ressens (mon père m'a encore dit cet été que j'avais beau être très expansif, il ne savait rien de ce qui se passait vraiment dans ma vie). C'est purement un manque d'instinctif : parfois j'en ai envie, je le pense, et au lieu d'agir, d'ouvrir ma bouche, de m'incarner dans le moment, je ne dis rien, je ne fais rien, et je reste sur le côté… Et c'est frustrant d'être comme ça !

 

Bon, sinon lire tout ça me fait me dire que je dois travailler très certainement les distorsions de temps, que je pratique abondamment et qui annulent beaucoup de mes tentatives d'organisation. Mais je suis tellement dépendant de ces transes que je ne vois pas comment m'en passer ! (J'ai fait le traitement de celle-là. :happy:) Je ne mesure pas bien combien de temps prennent les différentes tâches, mais au fond, il doit y avoir d'autres transes que je ne vois pas forcément trop sur le moment, notamment suppressions de sensations, mais peut-être d'autres. Je vais essayer de mettre enfin en pratique les rappels de soi d'Essence (mais j'ai mon ego a une flemme monstre — à quoi bon ? — allez, n'abandonnons pas :happy:) pour faire un "scan" à chaque rappel de soi des transes que j'ai pu manifester, afin de les déconstruire. Cela me semble plus concret pour l'instant qu'espérer que "la motivation" pour pratiquer l'auto-observation viendra. Courage ! J'ai les outils pour le faire.

 

Le 01/10/2018 à 16:51, Simechau a dit :

Il n’y a que moi, qui au fond et au final sait, connaît et sent ce qui peut contribuer à mon développement, contribuer à construire ma liberté.

Moi quand je lis ça, j'ai du mal à y voir notre équilibre intérieur-extérieur. Nous autres 6 avons besoin d'équilibrer référence interne et externe, et comme cela ne change pas dans l'essence, notre liberté passe par le fait de toujours parvenir à équilibrer les deux dimensions (je le dis comme si j'y arrivais moi-même ! :rofl:).

 

Blague auto-déceptive à part, j'ai beau trouver cet idéal très beau et appréciable, pour l'embrasser moi-même à intervalles réguliers, il me semble qu'il ne peut mener qu'à une impasse. Personnellement, quand je l'expérimente, je me ferme subrepticement au jugement des autres, de peur manque d'envie qu'ils viennent influer sur ma "décision libre et en pleine conscience". Mettre le "je" à la première place, OK, si c'est pour juger avec conscience et confiance (donc sans aveuglement, ou sans un simple conformisme — genre dans mon cas, Fabien et Patricia ont dit de faire les exercices, oh j'ai la flemme mais si je ne les fais pas, je dois accepter d'être déviant, donc je l'accepte et intérieurement je suis en rébellion). Dans l'essence, on n'est pas seul, et encore moins nous les 6. La plupart des moments que j'ai trouvé où il m'a semblé être dans la sérénité et l'acceptation propre au moment présent du courage et de la confiance, j'étais systématiquement en ouverture vis-à-vis de l'autre et de ses façons d'être, le laissant s'imprimer sur moi et acceptant de recevoir de lui des ressources qui enrichissaient les miennes (je ne sais pas dans quelle mesure c'est clair, mais il m'est difficile d'expliquer ces moments depuis une situation actuelle passablement égotique :happy:).

 

Le 01/10/2018 à 16:51, Simechau a dit :

Maintenant, mais pas tout de suite, disons dans un an, le temps que je maîtrise et pratique les gestes et les techniques, je caresse l’espoir fou d’être agressé physiquement au moins une fois, ou d’intervenir à l’occasion d’une agression, ou au moins que quelqu’un me manque gravement de respect, pour pouvoir porter les coups que je suis en train de pratiquer.

Je te renvoie à cette conversation. Rien ne dit que ta planification est pertinente. Si cette situation arrive, et que tu es présent à l'instant présent, il n'est pas du tout assuré qu'envoyer quelqu'un à l’hôpital sera l'action juste. Et par projection, je me questionne quand même sur cette motivation qui m'a l'air contrephobique au sens des exercices du 6 dans le stage Centres : est ce qu'il s'agit ici de se prouver quelque chose ?

 

Tout ceci pour dire : rappel de soi, traitement de transes (:cry:), et expression de ses ressentis et de ses impressions en toute simplicité.

 

De tout :heart:

Bookineur

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Simechau

Bonjour à tous,

 

Il y a 22 heures, Fabien Chabreuil a dit :

Cela fait plusieurs fois que tu termines tes messages par des phrases tournant autour de ce thème qui provoquent chez moi un certain malaise. Là aussi, attention de ne pas passer de la phobie (je ne suis rien sans la sécurité du groupe) à la contrephobie (tu pourrais lire ou relire la discussion "Comment ne pas louper ses tâches aveugles ?"

J'avais déjà repéré et enregistré "Comment ne pas louper ses tâches aveugles ?". Si je m'y réfère, je suis très clair sur les deux points suivants :

  • Je fais confiance à ton regard extérieur et j'accueille ton message.
  • Pratiquer le Krav Maga, c'est pour moi un changement d'habitude.

Je prends ces deux points comme un balisage, un corsetage du risque de contrephobie.

 

Mais en même temps, oui, tu as raison de le souligner, je sens bien que le risque de contrephobie est potentiellement réel, même si je n'ai pas l'impression d'être dans le "il n'y a que moi qui peut pour moi, dans une sorte désormais d'autosuffisance et de toute puissance (factice et illusoire d'ailleurs)".

 

J'ai bien conscience que le chemin entre l'abîme de la  phobie et l'abîme de la  contre phobie est étroit. Je trouve que ce n'est pas aisé. Je pense que je tâtonne.

 

Concernant mon rapport au groupe, je pense, je sens, qu'il est en train de s'équilibrer, de s'ouvrir à d'autres dimensions que la seule réponse à mon important besoin de sécurité, dans un monde automatiquement et égotiquement perçu par moi comme plein de risques.

 

Comme je l'ai décrit dans un précédent post, je viens de quitter un groupe dont j'ai pris conscience que la principale et peut-être la seule motivation pour y participer, par habitude d'ailleurs, était de contribuer à assurer ma sécurité.

 

Par contre, j'ai décidé, choisi, de prendre une part plus active, beaucoup plus active dans un groupe de communication non violente, parce que je sens que je peux y apporter des choses, et je veux y apporter ce que je suis. Et je sens que les membres du groupe peuvent m'apporter des choses et que quelque chose peut se créer dans une relation vivante, dans une interaction vivante. Cette interaction vivante, à laquelle je veux prendre et apporter part, n'a rien à voir avec la sécurité.

Concrètement, j'ai déjà préparé des choses, des démarches que je veux proposer aux membres du groupe, partager avec eux et enrichir avec eux et chacun d'entre eux, et contribuer à l'accueil des nouveaux.

Et j'aime beaucoup la personne qui  contribue à animer le groupe. J'aime son dynamisme, sa volonté en actes.

 

Pour l'instant, je reste également centré sur le réveil de mon centre instinctif, mais effectivement pas en le payant du prix de la contrephobie.

 

Il y a 22 heures, Fabien Chabreuil a dit :

"Patricia évoque à plusieurs reprises le terme suivant, alors totalement inconnu pour moi : «  Krav Maga »."

"Je veux des gestes immédiats, des réactions immédiates. Quelqu’un me manque de respect je le frappe, ensuite on cause. Quelqu’un me bouscule je le frappe. Quelqu’un m’agresse, je l’envoie à l’hôpital réparer ses fractures, ensuite on cause. Voilà ma démarche, elle est simple."

"Je caresse l’espoir fou d’être agressé physiquement au moins une fois, ou d’intervenir à l’occasion d’une agression, ou au moins que quelqu’un me manque gravement de respect, pour pouvoir porter les coups que je suis en train de pratiquer."

Ça, c'est de l'humour mais effectivement l'humour, sa forme, son contenu, ça dit toujours quelque chose. (Dis à Patricia de ne pas sauter par la fenêtre).

 

Si je suis vraiment sérieux, je dirai les choses simplement, comme ceci : je sens que la pratique du Krav Maga réveille en moi une dimension endormie et j'aspire à posséder cette dimension supplémentaire qui va compléter, enrichir et équilibrer les autres dimensions, je la désire cette dimension.

 

Fabien, merci pour ton message que je prends comme un appel à la vigilance et qui m'a permis, je crois, de clarifier ma pensée et les motivations de mes actes.

 

Bien amicalement.

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Simechau

Bonjour à tous,

 

Je viens de recevoir un nouveau cadeau, en tout cas je le prends comme tel, le message de Bookineur.

 

Poster sur le forum est pour moi un acte qui n'est ni aisé, ni neutre, ni anodin. C'est le fruit d'une volonté et d'un travail. Je le vois et le pratique aussi comme un acte de courage, à un double titre : poster c'est un travail ; accueillir les regards extérieurs, c'est encore un autre travail.

 

Cette conversation me ramène à une nécessité que j'avais perdu de vue. c'est celle d'un double mouvement permanent, et peut être même qu'il n'en fait qu'un seul, à savoir : auto-observation et accueil d'un regard extérieur – accueil d'un regard extérieur et auto-observation.

 

Les messages que je reçois m'apportent les enseignements suivants. J'aurais pu penser, garder ma pensée à l'intérieur pour moi, ne pas écrire, ne pas publier et donc ne pas partager et ne pas recevoir en retour de regard extérieur susceptible d'éclairer une tache aveugle.

 

Heureusement, j'ai pensé, j'ai écrit, j'ai publié, j'ai partagé et j'ai gagné, obtenu des regards extérieurs, celui de Fabien d'abord, celui de Bookineur ensuite. J'en suis heureux vraiment, même si ces deux messages m'ont bien dérangé, pour ne pas dire plus.

 

Le 01/10/2018 à 16:51, Simechau a dit :

Il n’y a que moi, qui au fond et au final sait, connaît et sent ce qui peut contribuer à mon développement, contribuer à construire ma liberté.

Cette phrase n'est pas juste. Je perçois maintenant qu'il y a quelque chose qui cloche et qui traduit une démarche qui n'est pas juste.

Deux regards extérieurs portés sur cette phrase et la démarche qu'elle traduit, attirent mon attention.

À ce stade, je ne souhaite pas tourner autour du pot : si ce n'est pas de la contrephobie, force m'est de constater que ça y ressemble beaucoup.  Je n'aurai pas  pu la percevoir tout seul.

 

Le 02/10/2018 à 12:39, Bookineur a dit :

Moi quand je lis ça, j'ai du mal à y voir notre équilibre intérieur-extérieur. Nous autres 6 avons besoin d'équilibrer référence interne et externe, et comme cela ne change pas dans l'essence, notre liberté passe par le fait de toujours parvenir à équilibrer les deux dimensions

Là, cela me parait être beaucoup plus juste et ça renvoie effectivement à une recherche d'équilibre en permanence entre extérieur et intérieur, et c'est un travail permanent qui n'est pas aisé. (C'est bien dur de relever d'un fonctionnement égotique de type 6, même si je sais qu'un fonctionnement égotique est un fonctionnement égotique, et qu'il n'en n'existe pas de mieux ou de moins bien que d'autres.)

 

Le 02/10/2018 à 12:39, Bookineur a dit :

La plupart des moments que j'ai trouvé où il m'a semblé être dans la sérénité et l'acceptation propre au moment présent du courage et de la confiance, j'étais systématiquement en ouverture vis-à-vis de l'autre et de ses façons d'être, le laissant s'imprimer sur moi et acceptant de recevoir de lui des ressources qui enrichissaient les miennes

Oui, c'est parfaitement clair, et je le ressens comme juste. Je vais écrire et conserver cette phrase.

 

Merci beaucoup mes deux amis, pour vos deux regards extérieurs convergents (et dérangeants).

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"Je viens de recevoir un nouveau cadeau, en tout cas je le prends comme tel, le message de Bookineur."

Quand j'ai lu ce message ce matin, j'ai pensé la même chose. Bookineur a expliqué de manière très claire ce que je n'avais fait que suggérer. Ce complément était utile, nécessaire même, et fait de 6 à 6, il est encore plus convaincant.

 

"Si ce n'est pas de la contrephobie, force m'est de constater que ça y ressemble beaucoup."

Bien sûr, mais ce n'est pas grave. À partir du moment où tu as le "courage", Simechau, de partager et d'écouter, les moments où tu t'égares sur le chemin de l'intégration sont des moments où, en réalité, tu t'élèves. D'abord parce que l'humilité manifestée est une qualité essentielle. Ensuite parce que les errements corrigés renforcent l'observateur intérieur et rendent la poursuite du travail plus sûre.

 

"[…] vos deux regards extérieurs convergents (et dérangeants)."

Le vrai service est parfois dérangeant. Le message de Bookineur, parce qu'il est juste et émis d'une position pleine de modestie, est de cet ordre.

 

Très amicalement,

Fabien

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Alice et le lapin

Bonjour à tous,

 

Et merci vraiment Bookineur pour ton très joli message, il m'a moi aussi fait l'effet d'un cadeau bienveillant et m'a beaucoup touchée. :heart:

 

Dans l'ego il m'est impossible de me départir de ce balancement permanent entre phobie et contrephobie, mais lorsque je porte mon attention sur l'essence, alors l'équilibre est là naturellement. Équilibre entre le Je et le Tu. Je suis moi-même, et dans l'acceptation de l'autre et de ce qu'il m'apporte. C'est tellement bon et reposant que d'être dans cette ouverture confiante à la fois en soi et en les autres. C'est je pense, pour nous les 6 alpha, de l'intégration externe en 9.

 

Merci aussi Bookineur pour cette phrase :

Le 02/10/2018 à 12:39, Bookineur a dit :

Dans l'essence, on n'est pas seul, et encore moins nous les 6.

C'est en effet dans l'ouverture réelle à l'autre (rendue possible dans l'essence) que nous trouvons la réponse à notre problématique existentielle.

 

:heart: :heart: :heart:

Alice et le lapin

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