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Pocahontas

Un abri (presque) parfait pour les carabes

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Pocahontas

Bonjour à tous,

 

Mardi soir j'étais chez mes parents pour fêter l'anniversaire de ma mère. Comme d'habitude, mon père avait beaucoup de mal à tenir en place, il est de type 1, et, en attendant que tout le monde arrive, il m'a sollicité une fois de plus pour lui faire quelques recherches sur Internet. Cela lui donne le sentiment de ne pas perdre son temps et lui permet d'envisager de pouvoir repasser à l'action dès que possible avec éventuellement de nouveaux éléments sous le coude.

 

La technologie, et en particulier l'informatique, c'est sa bête noire. De variante alpha, la répression de son mental se fait très fortement sentir à ce niveau, et la pression est montée d'un cran ces derniers mois car l'administration dont il dépend (il est kinésithérapeute en libéral et bosse près de 60 heures par semaine au passage) lui a notifié l'obligation de passer à la télétransmission. Je vous raconte pas les colères et l'état dans lequel ça le met. Ces aveux d'impuissance non dits mais exprimés sont une grande souffrance pour lui.

 

Il est donc venu me voir m'exposant son dilemme de la soirée en ces termes : "Comment, en permaculture, peut-on lutter contre les invasions de limaces ?".

 

Cela fait des années qu'il a investi une moitié du jardin de la maison familiale pour faire un potager et tente de lutter contre les limaces qui y prolifèrent. Sa question n'était donc pas nouvelle, elle revient sur le tapis à peu près tous les ans, si ce n'est plus, car il n'y a pas vraiment de solution idéale à son problème. Actuellement, il attend la tombée de la nuit et sort armé d'un couteau et de sa lampe frontale pour aller trucider les imprudentes qu'il trouve. Ce moment est d'ailleurs très souvent une occasion de rire de lui pour le reste de la famille. C'est tellement symptomatique ! Il en rit souvent lui-même avec nous. Toutefois, il se montre rieur, mais connaissant les mécanismes propres à son type, j'aurais plutôt tendance à penser qu'il rit jaune.

 

Je vous rappelle qu'on se situe dans le contexte de la permaculture, considérée par mon père comme la solution s'approchant le plus de son idéal pour gérer un jardin avec un potager (ou plutôt un potager assorti de quelques plates-bandes fleuries :laugh:). Personnellement, j'ai réglé le problème des limaces depuis longtemps en déposant au pied de mes salades et autres plantes que je ne veux surtout pas voir finir en dentelle ou en cure-dent des granules anti-limace bio. Ça marche plutôt bien et il y a visiblement assez de survivantes pour qu'on trouve aussi leurs prédateurs naturels planqués dans tous les recoins du jardin (orvets, crapauds, parfois des escargots de Bourgogne et des hérissons). Mais mon père rechigne vraiment à utiliser ces produits et s'appuie forcément sur son centre instinctif préféré pour mettre en œuvre toutes sortes de solutions qui se révèlent au final plus ou moins efficaces mais auxquelles il trouve de toute manière toujours quelque chose à redire (pièges variés, répulsifs naturels faits maison, abris pour attirer des prédateurs, paillis "rugueux" tels que marc de café, cendres et autres coquilles d’œufs écrasées, etc.). Il finit souvent déçu, frustré, parfois amer, plus rarement dégoûté, mais repart toujours à l'action bien évidemment.

 

Après quelques minutes de recherches sur mon téléphone, le verdict tombe : généralement, les limaces prolifèrent dans les jardins trop bien entretenus et nettoyés, où trop peu de déchets organiques sont laissés à disposition au sol, ou sont trop bien isolés (composteur trop hermétique par exemple). Il faut savoir que les limaces, loin de la croyance qui veut qu'elles adorent vos salades fraîches, se nourrissent avant tout de déchets végétaux, et que les croquettes du chat ou encore le corps mort d'une de leur congénère sont des mets qui les feront à coup sûr dévier de leur trajectoire, d'autant plus qu'elles ont un odorat très développé qui leur permet de sniffer la bonne pitance à plusieurs mètres de distance. Manque de bol, les limaces prolifèrent également dans les jardins dont le sol est à tendance spongieuse, ce qui est le cas de celui de mes parents.

 

Là, je n'ai pu m'empêcher de lancer un regard entendu à mon père en entendant ma mère et ma sœur s'exclamer en cœur : "Ah bah oui forcément !" Ben oui, le jardin qui est essentiellement entretenu par mon père fait forcément l'objet de sa fixation de perfectionnisme. Tout est au cordeau, et même s'il essaye de toutes ses forces de mettre en œuvre les principes édictés par la permaculture, ça a toujours la tête d'un truc bien fait, propre, bien rangé, etc.

 

Je poursuis en énumérant les différentes solutions proposées, toutes déjà testées par mon père, et en viens aux abris pour les prédateurs naturels des limaces. Je lis que les carabes aiment les tas de pierres. Mon père m'interrompt alors en me demandant : "Oui alors, il est comment le tas de pierres idéal pour les carabes ?" Blanc dans l'assistance. Je fais l'effort de chercher. Eh bien figurez-vous que d'autres se sont penchés sur la question avant lui. Oui Madame ! L'abri idéal pour les carabes est donc un tas de pierre plates (c'est mieux) ou de planchettes (c'est un peu moins bien car le bois ça moisi, sauf s'il est traité) disposées les unes sur les autres. Il faut choisir un endroit ombragé et frais, voire humide. L'idée, c'est de faire cohabiter ensemble le carabe et sa proie, les limaces, qui seront elles aussi attirées par ces endroits frais, proposant de nombreux interstices où trouver logis. Et là, couic la limace !

 

En dehors de l'expression de sa fixation de perfectionnisme tout au long de ce récit, on peut également discerner l'expression du sous-type Anxiété de mon père. D'abord parce qu'on se situe pile dans le domaine de la survie (le potager). Ensuite toute son anxiété est manifeste dans sa question "Il est comment le tas de pierres idéal pour les carabes ?". Ce qui serait de l'ordre de la broutille pour certains, ne serait même pas considéré par d'autres encore par exemple, devient pour lui l'objet d'une attention excessive et inquiète. Il cherche indéfiniment à bien faire, toujours mieux faire, ceci dans le but d'éviter toute erreur qui pourrait, d'après son ego, lui être fatal. Bien sûr, c'est une quête illusoire.

 

Aussi, cette anecdote soulève un paradoxe qui semble difficilement soluble pour lui à moins de s'intégrer : il pourrait a priori résoudre son problème de limaces en acceptant de laisser une forme de "chaos" s'installer dans son jardin.

 

Pour finir, dans la même veine, et en bonus, voici deux autres illustrations :

 

Mon père a mis plusieurs années pour trouver l'outil idéal pour repiquer ses petits plans de salade : une petite cuillère.

 

Mon père tue systématiquement les rats qui creusent des galeries dans son tas de compost. Quand je me suis aperçu que j'en avais également un dans mon tas de compost, mon père m'a fortement recommandé de le tuer, mais j'ai finalement décidé de lui laisser la vie sauve. Résultat des courses : il y fait un tel chantier que je n'ai plus besoin de retourner régulièrement le tas. Je n'ai qu'à me baisser pour ramasser le compost tout frais et bien aéré. :wink:

 

Ennéagrammiquement vôtre,

Pocahontas

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Merci Pocahontas pour ce beau portrait.

 

J'ai aussi appris le mot "carabe" et l'existence de ces charmantes bestioles. Échange de  bons procédés, voici un lien sur la permaculture. Je ne suis pas certain que tuer les rats soit dans l'esprit de cette méthode. En tout cas, je préfère ta solution écologique.

 

Très amicalement,

Fabien

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Pocahontas

Bonjour à tous,

 

"Échange de bons procédés, voici un lien sur la permaculture."

Merci beaucoup pour ce lien. Une intuition peut-être ? J'ai justement hésité en fin de post à laisser un nota bene pour te demander si tu connaissais la permaculture et si ça pouvait se positionner sur la spirale dynamique. :happy:

Je suis en train de terminer le livre des Chabreuil La Spirale Dynamique en attendant le prochain stage, et, ayant un peu bataillé avant de commencer à saisir toute la vénusté du concept d'holarchie (cf. discussion dans Cella) et l'ouverture d'esprit qu''il induit concrètement, je m'étais fait la remarque que la permaculture devait se situer quelque part en JAUNE.

 

"Je ne suis pas certain que tuer les rats soit dans l'esprit de cette méthode."

Trucider des centaines de limaces non plus.

C'est justement l'esprit de la permaculture que mon père a du mal à appréhender. La lettre lui pose moins de problème considérant son fonctionnement. Sauf que l'un ne va pas sans l'autre, sinon ce n'est plus vraiment de la permaculture, il me semble.

Toutefois, toute personne qui commence à s'intéresser au sujet s'apercevra rapidement à quel point cela peut être complexe, autant à appréhender que dans la mise en application. Le positionnement de la personne sur la spirale dynamique interfère nécessairement, tout comme son ennéatype. :wink:

 

Bien amicalement,

Pocahontas

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"C'est justement l'esprit de la permaculture que mon père a du mal à appréhender. La lettre lui pose moins de problème considérant son fonctionnement. Sauf que l'un ne va pas sans l'autre, sinon ce n'est plus vraiment de la permaculture, il me semble."

Effectivement, ce n'en est plus. Centrée en JAUNE, la permaculture aspire à s'intégrer dans son système environnemental avec le minimum d'action perturbatrice. C'est effectivement complexe à appréhender et à mettre en œuvre. Dans le lien que je te donnais ci-dessus, les permaculteurs ont pratiqué un an d'observation et d'analyse avant d'entreprendre quelque action concrète que ce soit. C'est dire…

 

Comme tu le dis, Pocahontas, positionnement sur la spirale dynamique et ennéatype jouent. Étant 1, ton père adhère sans doute aux idéaux de la permaculture. Peut-être a-t-il simplement besoin d'une formation ou de participer à une association lui étant consacrée.

 

Très amicalement,

Fabien

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