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Pocahontas

Alexandre Jollien et ses blessures

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Pocahontas

Bonjour à toutes et à tous,

 

Dans le dernier numéro de Philosophie Magazine, le philosophe Alexandre Jollien revient sur les trois dernières années (de 2013 à 2016) qu'il a passées en Corée du Sud auprès du père Senécal, maître canadien catholique spécialiste du zen. Il y a étudié les kōan et pratiqué la méditation zen sans trouver l'apaisement qu'il était venu chercher. Au contraire, les heures de méditation l'ont confronté à des angoisses si insupportables qu'il a fini par partir sans demander son reste.

 

Ce monsieur Jollien avait déjà attiré mon attention auparavant notamment grâce au livre Trois amis en quête de sagesse [Version Kindle] orchestré par le trio Christophe André, Alexandre Jollien et Matthieu Ricard, paru en 2016 aux éditions l'Iconoclaste. Je n'ai jamais rien lu d'autre de lui. Dans cet ouvrage, ses interventions me mettaient parfois mal à l'aise. Ce qui me gênait c'était la forme du propos et la manière qu'il avait de prendre position¹. Cela m'a fait comme un désagréable effet miroir. J'y ai vu de la vulnérabilité qui n'a pas plu à mon ego.

 

En écoutant par la suite Jollien parler dans des vidéos sur internet, j'ai d'abord été surprise par son élocution. Je me souvenais de son handicap moteur mais je n'avais pas du tout retenu qu'il souffrait également d'un handicap vocal. Ceci dit, j'ai découvert un homme à l'aise sur les plateaux, emprunt de générosité et à l'humour décapant plutôt éloigné d'une idée un peu clichée que je m'étais premièrement faite de lui².

 

Alexandre Jollien est très possiblement un cérébral qui ne manque pas de questionner, débattre, philosopher et tutti quanti, angoisses à l'appui. Il en parle dans son interview et son récit m'a beaucoup touchée, en particulier lorsqu'à la dernière question il répond en exposant trois blessures dont il n'arrive pas à guérir. Voici l'extrait :

Alexandre Jollien a dit :

Il y a trois blessures fondamentales dont je n'arrive pas à guérir. Primo, j'ai vécu dans une institution pour handicapés jusqu'à l'âge de 20 ans. On m'y a placé quand j'avais 3 ans. Je m'y suis senti abandonné, et cela a laissé des traces psychologiques indélébiles, une souffrance qui vient de trop loin pour que je puisse l'alléger par décision ou que les succès récents suffisent à la calmer. Secundo, je me débats avec le sentiment de culpabilité. Dans cette institution, j'ai été éduqué par des religieuses pour qui la sexualité, mais aussi le corps étaient sales. Et ça, on ne s'en débarrassent pas ! J'ai l'impression d'être un salaud. C'est grave. Ce qu'enfant on a cru vrai, il est tellement difficile de s'en défaire ! Même pour un philosophe. En bas âge, j'ai gobé le mépris chrétien pour le bonheur. Une fois, j'ai eu le malheur de dire à la cantine que j'adorais le gâteau qu'on m'avait donné ; une religieuse m'a repris sévèrement en m'expliquant qu'on n'adorait que Dieu. Balancer ça à un gamin handicapé de 6 ans qui ne voit pas ses parents de la semaine et qui se régale d'un gâteau, quel sens ça a ? Un jour, je suis allé voir un psychiatre et je lui ai déballé tous mes fantasmes sexuels, croyant être gravement malade. Il m'a répondu qu'il n'avait jamais rien entendu d'aussi banal et qu'il n'avait aucun traitement à me proposer. Il a peut-être raison, mais je reste avec ma culpabilité. Tertio, mon handicap est toujours là. Hier, j'ai passé une bonne soirée chez des amis, puis je suis rentré en Uber. Le chauffeur a baissé sa vitre et, observant ma démarche, m'a dit : « Toi, tu montes pas, t'es bourré ! » C'est brutal d'être ramené à cette réalité de la différence, alors qu'on croyait s'en être affranchi. C'est pour ces raisons que je suis allé vers la méditation et que je poursuis mon chemin en revenant plus que jamais à la philosophie.

 

Sa souffrance m'émeut. Profondément. Pour moi qui ait vécu des déceptions liées à l'enseignement religieux, son témoignage trouve un écho particulier en moi.

Cela me rappelle aussi ces fois où je me sentais démunie adolescente puis jeune adulte lorsque je lisais des passages bibliques intimant aux chrétiens de pardonner. J'étais d'accord. Pardonner vraiment libère (je ne le savais pas encore à l'époque). "Ok, comment je procède ?" Voilà une question que je me suis posée pendant plusieurs années et à laquelle personne ne pouvait répondre autour de moi. Face à cela, je me suis retrouvée seule avec mes peurs, mes problèmes et ma culpabilité jusqu'à ce que je trouve l'issue par moi-même en faisant un pardon entier. Cela m'a pris huit ans. Quand j'ai appris qu'on pouvait réaliser la même chose en l'espace d'un week-end lors du stage Résilience, j'ai été scotchée.

 

Peut-être que je pourrais le dire à Alexandre Jollien (si ça passe son secrétariat) ? Qu'en pensez-vous ? Il ne m'a rien demandé. Du coup je me méfie un peu de moi-même sur ce coup-là. C'est aussi une suggestion de mon ego que de m'imaginer qu'il faut que je m'intègre pour le faire… :help:

 

Bien cordialement,

Pocahontas

_____________________

¹ Certain(e)s se souviendront peut-être de l'exercice de la lecture soufie présentée par Fabien lors du stage Essence.

² J'ai bien apprécié cette interview de lui qui date de 2015 (il réside encore à l'époque en Corée du Sud avec sa famille).

_____________________

Source : Alexandre Jollien, « La méditation n'est pas une baguette magique », Philosophie Magazine, N° 115, Décembre 2017-Janvier 2018, p. 38-44.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Merci Pocahontas pour ce partage. Lecteur assidu de Philosophie Magazine, je n'ai pas encore lu cet article.

 

Effectivement, la souffrance d'Alexandre Jollien est touchante. Sans que cela diminue ma compassion pour lui, j'aurai deux remarques :

  1. "Alexandre Jollien revient sur les trois dernières années (de 2013 à 2016) qu'il a passées en Corée du Sud auprès du père Senécal, maître canadien catholique spécialiste du zen. Il y a étudié les kōan et pratiqué la méditation zen sans trouver l'apaisement qu'il était venu chercher." Pourquoi diable aller étudier le zen avec un maître catholique ? Cela m'interpelle. Y a-t-il une peur d'aller à la source avec un vrai maître zen ? Autre chose ?
  2. "Ce qu'enfant on a cru vrai, il est tellement difficile de s'en défaire !" C'est vrai, mais, sauf violence éducatrice forte, un enfant croit ce qui résonne avec sa personnalité.

As-tu une idée, Pocahontas, du type de Jollien ?

 

"J'ai été éduqué par des religieuses pour qui la sexualité mais aussi le corps étaient sales. […] En bas âge, j'ai gobé le mépris chrétien pour le bonheur."

Je pense profondément qu'une spiritualité qui nie le corps est malsaine. Je pense aussi que mépriser le bonheur, c'est mépriser la vie et donc avoir une opinion que je trouve curieuse de celui qu'on estime en être le créateur. Après, il ne s'agit pas, bien sûr, non plus de déifier le corps ou la satisfaction matérielle et/ou sensorielle.

 

"Peut-être que je pourrais le dire à Alexandre Jollien (si ça passe son secrétariat) ? Qu'en pensez-vous ? Il ne m'a rien demandé. Du coup je me méfie un peu de moi-même sur ce coup-là."

Tiens, revoilà le risque du triangle de Karpman. Il me semble que la différence réside dans ton attente d'une réponse et dans ton attitude éventuelle face à une non-réponse. Si c'est simplement, je fais passer un message et l'autre est vraiment libre, il n'y a pas de souci.

 

"C'est aussi une suggestion de mon ego que de m'imaginer qu'il faut que je m'intègre pour le faire…"

Il n'y a de vrai service que dans l'intégration. Mais si nous attendions d'être totalement intégrés pour aider les autres… Cela nous ramène à ma phrase précédente.

 

Très amicalement,

Fabien

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Pocahontas

Bonjour Fabien, bonjour tout le monde,

 

"Pourquoi diable aller étudier le zen avec un maître catholique ?"

Alexandre Jollien l'explique ainsi dans l'article que je cites du Philosophie Magazine que tu n'as peut-être pas encore lu à ce jour : "[…] j'ai voulu explorer la discipline avec un maître qui soit catholique, pour ne pas rompre avec la tradition religieuse de mon enfance, et spécialiste du zen."

 

J'avais trouvé son explication "bizarre". J'y ai vu l'expression d'une orientation de loyauté et d'une compulsion d'évitement de la déviance. :suspicieux:

 

"As-tu une idée, Pocahontas, du type de Jollien ?"

J'ai voulu très fort qu'il soit 6 au moment où j'ai lu son interview. :proud: Passé le cap des projections, j'ai eu un genre de semblant d'intuition qu'il pourrait quand même être 6. Je me souviens qu'en matière d'effet miroir désagréable, il y avait une femme qui s'est finalement retrouvée en 6 avec une possible variante mu au stage Bases de l'année dernière. Qu'est-ce que j'avais eu du mal avec elle… Beaucoup de choses me perturbaient chez elle : ses témoignages, sa façon de parler, sa façon de s’adresser aux gens, sa façon de proposer son aide, etc. D'autres 6 que je rencontre en stage me font parfois cet effet mais moins fort en général. Je n'ai pas rencontré Jollien mais peut-être que ceci explique cela.

Sinon je ne me suis pas penchée plus que ça sur son type.

 

"Je pense profondément qu'une spiritualité qui nie le corps est malsaine."

Je suis d'accord avec toi. Je suppose que tu fais ici autant référence à la spiritualité d'un individu qu'à des spiritualités existantes de manière plus générale ?

J'ajouterais que ce n'est pas toujours la spiritualité qui est en cause dans l'histoire mais souvent aussi l'individu qui s'en fait une interprétation "biaisée" d'un point du vue doctrinal (lorsqu'il existe un consensus, voire une preuve de ce qu'on avance, ce qui est assez souvent tout bonnement impossible…) sinon subjective (réponse universelle). Dans tous les cas, bonjour les débats qui n'en finissent pas !

 

"Tiens, revoilà le risque du triangle de Karpman."

Exact ! Je l'avais repéré celui-là. D'où le stop. Néti Néti est passé par là aussi. :wink:

 

"Si c'est simplement, je fais passer un message et l'autre est vraiment libre, il n'y a pas de souci."

C'est bien cela l'idée.

 

Ce que je ne raconte pas dans mon premier post, c'est qu'en fait il m'a fallu plus de deux semaines pour le rédiger car je suis passée par un cheminement personnel.

 

Au premier round c'était déjà mort au niveau des étapes 1 et 2 de l'Ennéagramme des processus vu au stage Essence à cause des projections et du risque du triangle de Karpmann. Au point 5, je ressentais de la pitié plutôt que de la compassion. Ce qui m'a ramené à la première étape c'est justement de découvrir dans des vidéos un Jollien très éloigné de l'image que je m'en étais faite. Je suis redescendue de mon piédestal direct, cela m'a fait vivre de l’humilité, et j'ai pu repartir pour un second round sur des bases plus équilibrées. À l'étape 2, je n'ai pas été gênée par le fait de ne pas connaître l'ennéatype du philosophe dans la mesure où je m'étais libérée des projections. Émotionnellement, le choc a bien lieu, et je vis de la compassion pour lui au point 5. Reste à savoir si le point choc en 6 est suffisant pour générer volonté et service et la boucle sera bouclée. Du courage, de la confiance et un peu d'intégration à la clé.

 

Bises,

Pocahontas

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"Passé le cap des projections, j'ai eu un genre de semblant d'intuition qu'il pourrait quand même être 6."

Même s'il n'était ma priorité dans le journal, j'ai lu l'article hier au soir, histoire de pouvoir te répondre Pocahontas. Moi aussi, j'aurai bien envie, en première hypothèse de le voir 6., ne serait-ce que pour des passages comme celui-ci :

— […] J'avais plus d'angoisse que jamais. L'angoisse a atteint un niveau vraiment intolérable, j'ai senti que je risquais ma peau, alors… je me suis tiré séance tenante. […]

— Vous avez parlé à votre maître de cette décision ?

— Non, je n'ai pas osé ! Cela aurait pourtant été simple et normal, j'aurais pu lui dire : « C'est fini, je m'en vais », mais j'ai eu peur de lui et de sa désapprobation.

 

"Je suppose que tu fais ici autant référence à la spiritualité d'un individu qu'à des spiritualités existantes de manière plus générale ?"

Oui.

 

À part ça, superbe ton utilisation de l'ennéagramme des processus du stage Essence !

 

Très amicalement,

Fabien

 

Source : Alexandre Jollien, « La méditation n'est pas une baguette magique », Philosophie Magazine, N° 115, Décembre 2017-Janvier 2018, p. 38-44.

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Rosso

Bonjour à tous,

 

J'avais lu il y a plusieurs mois une interview croisée de Matthieu Ricard, Christophe André et Alexandre Jollien dans le Point à la sortie de leur livre "Trois amis en quête de sagesse". Quelques interventions de Alexandre Jollien m'avait aussi   fait penser au 6. Voici quelques extraits.

 

"Pour dissiper s'il y avait l'ombre d'un doute, sachez qu'il y a eu un moment de ma vie où j'étais bien plus anxieux que maintenant. Il y a dix ans, j'avais une phobie délirante du sida. Je ne pouvais pas marcher dans la rue tant j'avais peur de tomber sur un rasoir. Je ne l'avais jamais raconté, mais dans ma folie, je suis allé jusqu'à commencer une trithérapie." Il raconte qu'un jour qu'il était chez Christophe André et qu'il s'était endormi suite à une dose sévère de médicament, Christophe se levait pour vérifier régulièrement qu'il allait bien. Il témoigne : "Vivre un amour aussi inconditionnel, c'est énorme. Cet événement a été fondateur, il m'a transmis de la confiance dans la vie, alors que c'était loin d'être mon truc." En parlant de ces deux amis : " Ces deux gaillards m'aident à vivre." Dans un encart reprenant des éléments de sa personnalité il confirme qu'un de ses principaux défauts est l'anxiété, l'autre étant l'impatience.

 

Amicalement,

Rosso

 

Source : Thomas Mahler & Olivia Recasens, « Le Grand livre de la sagesse », Le Point, N° 2261, 7 janvier 2016, p. 42-51.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Merci pour ce complément, Rosso.

 

Je suis allé voir le site d'Alexandre Jollien. Il y publie toutes les chroniques qu'il a écrites pour divers journaux. Il y en a trop pour que je les lise, le personnage n'étant pas dans mes centres d'intérêt du moment. J'en ai quand même parcouru quelques-unes au hasard et suis tombé sur cette phrase : "Parfois la vie blesse, ouvre des plaies. Dès lors, la crainte, les blessures accumulées interdisent de rester sobre et léger à l'endroit de ce qui nous échappe. Les habitudes opèrent, la méfiance sévit."

 

Disons que l'hypothèse se précise.

 

Très amicalement,

Fabien

 

Source : Alexandre Jollien, « Le bonheur en 6 1/2 étapes », L’Humanité, 8 octobre 2002.

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