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Institut Français de

l’ennéagramme

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Alice et le lapin

Exemple de désintégration en 3 d'une 6 alpha

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Alice et le lapin

Bonjour à tous,
 

De tous les mécanismes égotiques, la désintégration externe est peut-être celui qui m'a donné le plus de fil à retordre. C'est sûrement parce qu'il me renvoie à des choses que je n'aime pas du tout chez moi et que donc je ne veux pas voir. :beurk: Comme je crois avoir identifié avec certitude une période où j'ai vécu ce type de désintégration de manière prolongée, j'ai décidé d'en témoigner ici.  

 

L'ennéagramme nous dit :

  • Que pour que la désintégration externe se produise, il faut que la compulsion du type de base ait été mise en échec et de ce fait que l'orientation ne soit pas atteinte.  
  • Que la désintégration interne relève de la sur-utilisation du centre préféré et la désintégration externe de l'augmentation de la répression du centre réprimé ?
  • S'ajoutent alors à la fixation et la passion du type de base, la fixation et la passion du type de désintégration, ainsi que le mécanisme de défense du type externe toujours en subordination aux mécanismes du type de base. Ce qui donne pour moi, en plus de la peur et du doute, le mensonge et la vanité, avec projection et identification. 
  • Une désintégration interne précède ce type de désintégration, même si l’intervalle de temps entre les deux phénomènes peut être très court.  

Étant donné tous les prérequis nécessaires à ce type de désintégration, j'avance que c'est une situation plus exceptionnelle que la "simple" désintégration interne.
 

L'épisode que je relate ici s'est étalé sur plusieurs années et a démarré avec l'annonce de la maladie de ma sœur.  

Ma mère est elle-même décédée en 1997 trois mois après qu’on lui ait diagnostiqué une tumeur au cerveau, ça a été une expérience absolument atroce à vivre, aussi lorsque ma sœur m'a annoncé fin 2008 qu'elle était atteinte d'un cancer au poumon, j'ai cru mourir de terreur.

Elle s'est battue pendant plus de trois ans contre la maladie pour finir par décéder en mars 2012.

 

Je me souviens que l’annonce de sa maladie a provoqué chez moi un tel choc émotionnel que je suis restée éveillée toute la nuit, roulée en boule sur mon lit, dans l’incapacité de circonstancier, noyée dans l’émotion présente comme si ce moment allait durer pour toujours, en bascule totale.

 

Pourtant le pire était à venir. En effet ce qui a provoqué cette désintégration durable externe, ce n’est pas seulement cette nouvelle et la peur qui allait avec, c'est que par le jeu de loyautés croisées, je me suis trouvée dans l'incapacité d'exprimer comme je l'aurais voulu mon orientation et ainsi ma compulsion « éviter la déviance » s’est trouvée mise en échec. En la circonstance je n'ai pas pu me montrer loyale envers ma sœur comme je pensais devoir le faire. La seule façon que mon ego a trouvé pour gérer la situation, c'est d'avoir recours au mensonge du 3, en l'occurrence je me suis auto-convaincue que mon devoir était ailleurs.

 

Pendant cette période je me suis comportée comme une 3, sans en avoir les motivations. Je me suis investie corps et âme (l'expression me semble vraiment appropriée) dans un projet professionnel qui tombait à point nommé et dans la réalisation duquel mon ego pensait trouver la sécurité tellement recherchée.

 

Je me souviens très précisément du moment où cela s'est produit : on m'a demandé d'assister à une réunion à laquelle ma hiérarchie et d'autres autorités étaient présentes, on m'y a demandé au débotté quelles étaient mes propositions pour atteindre les objectifs que nous nous étions fixé. J'ai alors perçu très clairement ce qui était attendu de moi et ai automatiquement revêtu mon costume de 3. Tout d'un coup, dans le contexte professionnel, je suis devenue décidée et affirmative. Je précise que ce n'est pas un comportement habituel chez moi, en tant que 6 alpha je suis plutôt prudente et j'ai l'habitude de beaucoup réfléchir avant de donner mes conclusions, toujours assaisonnées d'un grand nombre de si, de oui mais, etc.

 

Comme le disent Patricia et Fabien dans leur Grand livre de l’ennéagramme :

Fabien et Patricia Chabreuil a dit :

Quand il se désintègre en 3, le 6 alpha pense pouvoir atteindre la sécurité en obtenant des succès faciles qui lui vaudront l'admiration de son groupe. Au sein de celui-ci, il joue un rôle destiné à obtenir l'acceptation maximale. Il est agressif vis-à-vis de tous ceux qui en compromettent le fonctionnement et la stabilité.

 

En plus du mensonge à soi, la vanité était bel et bien perceptible, j'ai par exemple tout fait pour obtenir une promotion. J’ai été jusqu'à faire changer l'intitulé de mon poste et ainsi je suis passée de bibliothécaire à bibliothécaire en chef ! J'ai même argumenté cette demande par de belles rationalisations du type, "ce changement de titre me permettra d'avoir plus de poids auprès de mes futurs interlocuteurs et rends plus explicite mes responsabilités étendues" (souci image).

Je pouvais aussi facilement dire des phrases du type : "Ah faut vraiment que je fasse tout moi-même !", ou bien "Qu'est que c'est bien, c'est vraiment beau hein ?" en parlant de certaines de mes réalisations. :blush:

 

Le drame de la situation c'est que pendant que je m'investissais ainsi dans mon travail et ma quête d'une promotion, ma sœur était en train de mourir d'un cancer du poumon. :cry:

 

Je me suis fixé des objectifs, j'ai appliqué des règles et je m'y suis tenue même dans le domaine personnel. Maintenir un semblant d'ordre était essentiel pour moi durant cette période chaotique. J'ai d'ailleurs "géré" la maladie de ma sœur comme si c'était un projet à mener.

 

Soit dit en passant, ma hiérarchie a bien profité de ma désintégration, ils se sont montrés très satisfaits de mon travail. Je le sais car j’ai reçu des retours très positifs. C’est une chose qui doit arriver a pas mal de 3. Je vivais un enfer personnel mais j’étais efficace, un bon petit soldat.

 

Alors que je m'investissais à fond dans mon travail, j'étais terrifiée par les conséquences fantasmées du décès de ma sœur (progressions en âge et régressions en âge à la pelle, hallucinations positives, créations de sensations, etc.). Rentrer chez moi devenait insupportable, là-bas tous mes soucis me rattrapaient. Au travail c’était tellement mieux, j’avais un but, une raison d’être… Mon dieu quelle horreur quand j’y repense !

Me désintégrant en 3 je reste 6, j'ai donc essayé dans la mesure de mes possibilités de continuer à honorer mes différentes loyautés. J'ai aménagé mon temps de travail pour pouvoir visiter plus fréquemment ma sœur et l'aider dans la mesure de mes possibilités, sans que cela impacte trop sur ma famille ou mon travail.

 

Je remarque toutefois que j'ai privilégié le faire à l'être, j'ai oblitéré les éléments humains, ce qui en fait aurais dû vraiment compter pour moi, et m'identifiant à ce projet, je l'ai considéré comme étant la chose prioritaire puisque me valorisant et donc me sécurisant.

 

Durant cette période j’ai d'ailleurs fortement ressenti un grand vide intérieur, comme si à l'intérieur c’était mort.

 

Un des signes qui ont ratifiés ma sortie de cette période de désintégration, c'est lorsque j'ai été capable de dire non aux demandes de ma hiérarchie, expliquant que mon investissement précédent était circonstancié et qu'il n'avait plus lieu d'être. Comme je travaille dans une association religieuse, Dieu merci cela ne m'a pas trop posé de problèmes, mon comportement à tout au plus suscité de l'étonnement.

 

De la phrase de Fabien et Patricia sur la désintégration externe du 6 alpha en 3, je retiens tout mis à part l'adjectif "faciles" appliqué aux" succès" recherchés pour se sécuriser. Je n'ai pas trouvé que c'était facile, en l'occurrence cela m'a demandé de gros efforts et un investissement important, mais il est vrai que ce n'est pas toujours le cas, et puis surtout je pense que c'était surtout au niveau du vécu que c'était vraiment difficile.

 

Je distingue maintenant de temps en temps les moments où cela m'arrive, ils sont en général passagers et dus à un stress égotique important mais ponctuel. Lorsque mon insécurité est très importante et que mes mécanismes habituels ne suffisent pas à gérer la crise, le phénomène s'enclenche et je deviens attaché à mon image en lien avec la réalisation de projets qui sont supposés m'apporter l'estime de ma hiérarchie et donc la sécurité.

 

Très amicalement,

Alice et le lapin

 

PS : Sid j'ai vu ton sujet alors que je m’apprêtais à créer le mien. Sur les conseils de Fabien et par souci de lisibilité j'ai préféré créer un autre post même si les sujets sont très proches.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Merci Alice et le lapin pour ce témoignage qui m'a beaucoup ému. :heart: L'implacable mécanique de l'ego est parfois bien triste. La connaître grâce à l'ennéagramme nous permet parfois de l'éviter, sinon de la comprendre et de remplacer une éventuelle culpabilité par de la compassion pour soi et pour les autres.

 

"La désintégration interne relève de la sur-utilisation du centre préféré et la désintégration externe de l'augmentation de la répression du centre réprimé ?"

Il me semble que oui, au moins dans un premier temps, mais en inversant la loi circulaire,  il doit y avoir des exceptions.

 

"Une désintégration interne précède ce type de désintégration, même si l’intervalle de temps entre les deux phénomènes peut être très court."

La désintégration interne commence seule, puis à partir d'un certain moment, les deux ont lieu en parallèle (cf. le schéma dans le chapitre correspondant du Grand livre de l'Ennéagramme).

 

"Étant donné tous les prérequis nécessaires à ce type de désintégration, j'avance que c'est une situation plus exceptionnelle que la "simple" désintégration interne."

Moins fréquent certainement, mais ni la désintégration interne ni la désintégration externe ne sont vraiment exceptionnelles. Ce qui l'est, c'est qu'elles soient durables. Il faut des souffrances fortes et longues. comme celle due à la maladie de ta sœur pour que ces désintégrations durent plusieurs mois.

 

Bises amicales,

Fabien

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