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Etoile filante

Henry Cavendish, un 5 emblématique

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Etoile filante

Amis Ennéanautes, bonjour.

 

Pour mon premier typage de célébrité sur le forum, je voudrais évoquer « le cas » (c’en est un !) du scientifique britannique Henry Cavendish (1731-1810). Certes le cher homme n’est peut-être pas une célébrité pour tout le monde (oui je sais, ça commence mal…), mais comme il dispose de sa page Wikipedia, on va faire comme si !

 

J’ai fait la connaissance d'Henry Cavendish au détour d’un livre de vulgarisation scientifique intitulé Une histoire de tout ou presque [Version Kindle] de Bill Bryson. Et j’ai été épatée de découvrir dans ce personnage passablement excentrique qu’était Cavendish un 5 presque trop beau pour être vrai…

 

Orientation

 

Incontestablement, il s’agit de l’orientation du 5, la compréhension du monde. On dit de Cavendish qu’il est l’un des pères fondateurs de la chimie, avec Priestley et Lavoisier (avant eux, on parlait plutôt d’alchimie). L’homme n’est pas une petite pointure. Il est notamment le premier à isoler et à déterminer la nature de l’hydrogène, qu’il qualifie de «  gaz inflammable ». C’est Lavoisier qui poursuivra ses travaux et baptisera ce gaz « hydrogène ». Cavendish s’est également livré à des expériences pointues avec de l’azote et des étincelles électriques. Personnellement je n’en vois pas l’utilité immédiate mais il parait que ça a bien fait avancer la science !

 

Parallèlement le cher homme fait des expériences de physique. Avec une installation à la Mac Gyver, faite de poids, de contrepoids, de fils de torsion et de sphères en suspension, il réussit, au bout d’un travail d’une précision extraordinaire impliquant 17 mesures intermédiaires, à mesurer la constante d’attraction universelle (ne me demandez surtout pas ce que c’est !) et à estimer la densité moyenne de la Terre. Par cette expérimentation, il conclut tout seul comme un grand que la Terre pèse 6 mille milliards de tonnes métriques. Or la science moderne, avec des méthodes plus sophistiqués, conclut à une densité de 5,9725 mille milliards de tonnes métriques, autrement dit quasiment la même chose, à 1 % près. Donc une très belle anticipation de la part de Cavendish, qui est parvenu à un résultat d’une haute précision à partir de méthodes d’expérimentations qui s’apparenteraient aujourd’hui à du bricolage du dimanche, mais qui étaient à l’époque le top du top de la recherche scientifique.

 

Isolement et détachement

 

Né dans une famille aristocratique (son père était duc) Cavendish exécrait les frivolités mondaines, préférant se livrer à des expérimentations en solo dans la quiétude de son laboratoire. Il a consacré sa vie entière à la recherche scientifique, rien d’autre ne l’intéressait, et surtout pas ses contemporains, qu’il fuyait comme la peste. Bryson dit : « iI souffrait selon les termes de ses biographes d’une timidité confinant à la pathologie. Tout contact humain était pour lui une source de profond malaise. Un jour, il ouvrit sa porte pour trouver sur son perron un admirateur autrichien fraichement débarqué de Vienne. L’admirateur, surexcité, s’empressa de se répandre en louanges à son endroit. Pendant quelques instant, Cavendish reçut ces compliments comme autant de coups de marteau sur la tête, puis incapable d’en supporter davantage, il s’enfuit littéralement de chez lui en laissant sa porte grande ouverte. Il fallut plusieurs heures pour le persuader de rentrer à la maison. »

 

Il refusait tout particulièrement le moindre contact avec les femmes (jugées émotionnellement perturbantes ???). Les servantes de sa maison avaient ordre de rester hors de sa vue sous peine d’être congédiées, et il ne communiquait avec sa gouvernante qu’au moyen de petits billets. Inutile de dire qu’il ne s’est jamais marié et qu’on ne lui a jamais connu la moindre maîtresse. Il n’était pas gay pour autant, c’est juste que le radada était le dernier de ses soucis. Ses jouissances étaient purement intellectuelles. Eh oui, ça existe !

 

Ceci-dit, il lui arrivait parfois de s’aventurer hors de chez lui. Non pour courir la gueuse (on l’a vue, ce n’était pas sa tasse de thé), ni pour se montrer à l’opéra ni pour jouer au whist dans le dernier salon à la mode. Non, il ne mettait le nez dehors que pour assister à des soirées scientifiques. Même là, il était plus « observateur » que participatif. Son introversion pathologique était bien connue de ses pairs, aussi les organisateurs de ces soirées prenaient-ils bien soin de prévenir les autres invités qu’il ne fallait surtout pas aborder ou regarder Cavendish ! Certains téméraires ont néanmoins tenté le coup, avec l’air de ne pas y toucher. S’ils avaient quelque chose d’intéressant à dire, ils étaient honorés d’une réponse sous forme d’un vague grommellement inintelligible. Mais s’ils tenaient des propos jugés affligeants, Cavendish poussait « un couinement d’irritation » et s’enfuyait à l’autre bout de la pièce, plantant là son interlocuteur. Sans autre forme de procès (Anecdote tirée du livre de Bryson). Observer mais ne pas participer me semble être le signe d’une fixation de détachement (si j’ai bien compris ce qu’est le détachement, que j’ai longtemps confondu avec l’isolation…).

 

Compulsion d’évitement du vide

 

Elle se déduit facilement de tout ce qui précède, tant l’homme se vidait de toute émotion et se coupait de tout lien relationnel pour remplacer ce vide par l’accumulation de connaissances scientifiques extrêmement pointues, relatives à la physique et à la chimie.

 

Passion d’avarice

 

Ce satané Cavendish a eu un coup de pot qui ferait baver d’envie bien des 5 ! Au départ il n’était pas spécialement argenté, car il n’était que le fils cadet de son duc de père, et c’est son frère aîné qui avait raflé l’essentiel de l’héritage. Il vivait donc à l’économie. Mais miracle, alors qu’il a 40 ans, un oncle lui lègue une immense fortune réalisée aux Indes. Pour autant Cavendish ne change rien à ses habitudes spartiates et conserve le même train de vie parcimonieux. Sa pingrerie vestimentaire est un modèle du genre : il portait toujours les mêmes vêtements, et est resté célèbre dans les annales pour avoir porté le même chapeau pendant 30 ans ! Au moins a-t-il pu se consacrer à ses recherches avec l’esprit tranquille de l’homme délivré des basses contingences matérielles…

 

Son seul luxe a été de transformer une de ses maisons en vaste laboratoire, avec un véritable cabinet de physique, et d’enrichir son immense bibliothèque. Il avait par ailleurs pour règle « de ne perdre ni une minute ni une parole ». De ce fait il ne gâchait ni son temps ni sa conversation dans la vanité de la vie sociale. Il était avare de son temps, comme de sa personne. Ceci-dit, il paraît qu’il faisait preuve d’une certaine générosité envers les étudiants désargentés et les indigents (Wikipedia). Cette information me laisse perplexe, compte-tenu de la misanthropie avérée du personnage. Mais après tout, pourquoi pas ? L’âme humaine est complexe… Néanmoins, Cavendish n’était guère dépensier, et il laissa tout bonnement fructifier sa fortune sans en faire grand cas. Mener grand train et rouler carrosse étaient aux antipodes de ses préoccupations. Du coup il mourut immensément riche (à 78 ans), pour le plus grand bonheur de ses héritiers !

 

Et c’est ici que j’avance mon dernier pion, parce que franchement, pour conclure en beauté sur l’avarice du 5 en général et de Cavendish en particulier, on ne trouvera jamais mieux : il était effroyablement avare d’informations au sujet de ses découvertes. C'est-à-dire qu’il ne révélait pas grand-chose du résultat de ses travaux, il gardait presque tout pour lui. En presque 60 ans de « carrière », il n’a produit que très peu de communications scientifiques faisant état du produit de ses recherches. Une petite poignée de publications lui a certes permis d’acquérir de son vivant une certaine renommée (d’où les admirateurs qui s’accrochaient parfois à ses basques), mais le plus gros de ses découvertes a été révélé au grand jour… 60 ans après sa mort. Pendant toute cette période, ses nombreux manuscrits remplis de révélations fascinantes avaient tranquillement moisi dans les archives de la famille Cavendish !

 

Bill Bryson dit dans son livre : «  Dans le goût du secret, Cavendish dépassait Newton lui-même. Ses expériences sur la conductivité de l’électricité avaient un siècle d’avance sur son temps mais ne furent hélas découvertes que lorsque le temps en question fut passé. » De même, sans rien dire à quiconque, il anticipa la loi de conservation de l’énergie, la loi de Richter des nombres proportionnels, la loi d’Ohm et diverses autres lois qui furent redécouvertes (et cette fois révélées) bien plus tard par d’autres scientifiques. Il avait aussi compris avant tout le monde l’effet de la friction des marées sur le ralentissement de la rotation terrestre, et avait d’ailleurs compris avant tout le monde plein d’autres choses. Sans le dire à personne ! Quel temps précieux on aurait pu gagner si Cavendish s’était connecté à son essence et avait été plus généreux dans le partage de ses découvertes !

 

Sur le site de l’encyclopédie Universalis, on peut lire : « Son œuvre inédite témoigne d'un prodigieux travail qu'il a gardé secret, vraisemblablement par excès de scrupule, et aussi en raison d'une difficulté morbide à communiquer. » Oui, certes. Mais il y a une explication plus simple (ignorée d’Universalis) : il était 5 !

 

C’est donc essentiellement à titre posthume que Cavendish apparaîtra comme le plus grand physicien de son époque. Il est clair que ce n’est pas le désir de reconnaissance qui faisait courir cet homme. La gloire, les hommages et les retombées médiatiques non seulement ne l’intéressaient pas mais étaient pour lui choses horrifiantes et non désirables (nos amis 3 en frémiront !) Comprendre et savoir étaient pour lui une fin en soi, il n’était pas utile d’aller plus loin.

 

Dernière précision : la fiche Wikipedia de Cavendish indique que les traits de sa personnalité étaient en accord avec un syndrome d’Asperger (il s’agit d’une forme d’autisme sans déficience intellectuelle. Bien au contraire « les Asperger » sont souvent dotés de facultés assez remarquables). Ma foi, je n’en sais rien. Je n’ai pas assez d’éléments sur sa vie privée et sur son enfance pour vérifier si tous les symptômes sont là, et de plus, je ne suis pas psychiatre. En tout cas, Asperger ou pas, Cavendish était assurément un 5. Aucun doute n’est permis !

 

Cordialement.

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Yves

Bonjour à tous,

 

Bienvenue dans l’Enné-agora, Étoile Filante, et un grand merci pour cette contribution passionnante. :thumb_up:

 

"Sur le site de l’encyclopédie Universalis, on peut lire : « Son œuvre inédite témoigne d'un prodigieux travail qu'il a gardé secret, vraisemblablement par excès de scrupule, et aussi en raison d'une difficulté morbide à communiquer. » Oui, certes. Mais il y a une explication plus simple (ignorée d’Universalis) : il était 5 !"

Je songe aux phobies de Henry Cavendish, à sa phobie relationnelle, à sa phobie de la renommée envahissante, à sa phobie de se faire croquer le portrait (cf. Wikipédia), à sa phobie d’être regardé… Je songe aux phobies de Glenn Gould, à sa phobie de jouer du piano en public, phobie devenue si prégnante que, dès l’âge de 32 ans, il disparut à tout jamais de toutes les scènes… Je songe à une autre personne dont un ami m’a parlé, n’ayant pas publié l’étude intéressante qu’elle avait menée, afin de rester invisible… Et j’éprouve de la tristesse et de la compassion.

 

Je songe aux phobies de Temple Grandin et de Josef Schovanec (Je n’ai pas publié mon étude sur lui : je vous recommande son livre Je suis à l’Est ! (Plon, 2012) [Version Kindle]). À leur grand courage, leur grande générosité, leurs engagements dans l’action. Et je ressens de l’espérance.  :happy:

 

Mais revenons à Henry Cavendish. En 1766, il avait 35 ans et, comme Glenn Gould dans sa jeunesse, ne subissait pas encore la pression d’une renommée envahissante. Cette année-là, il a présenté un premier mémoire devant la London Royal Society (cf. Wikipédia). Et dans sa vie il a tout de même publié quelques travaux fondamentaux, en particulier celui sur la constante de gravitation universelle, et fini par devenir membre de la Royal Society. Étant donné son handicap, je considère ces actions comme des manifestations de l’idée supérieure du 5.

 

Et dans son engagement fort pour la science, je reconnais la vertu du 5.

 

*******************

 

"Ceci-dit, il paraît qu’il faisait preuve d’une certaine générosité envers les étudiants désargentés et les indigents (Wikipedia). Cette information me laisse perplexe, compte-tenu de la misanthropie avérée du personnage. Mais après tout, pourquoi pas ? L’âme humaine est complexe…"

Wikipédia a écrit : « Il vit de façon plutôt spartiate et, malgré une grande générosité envers les étudiants et les malheureux, sa fortune ne fera que croître jusqu'à sa mort. »

 

« Il vit de façon plutôt spartiate » et « une grande générosité » : comment expliquer cette apparente contradiction ?

 

La parcimonie de Henry Cavendish concernait sa personne et servait à préserver son temps précieux : ne pas perdre son temps chez un chapelier, une bonnetière, un bottier ou un tailleur. Par ailleurs, la phobie relationnelle s’accompagne souvent d’agoraphobie et ces deux phobies n’aident pas franchement à se rendre chez le chapelier. Phobies et parcimonie pour soi se renforcent mutuellement.

 

Également, la routine quotidienne, les vêtements et objets usuels, de par leur familiarité, sécurisaient Glenn Gould, et j’imagine que Henry se sécurisait aussi ainsi.

 

Maintenant, quid de cette « grande générosité » ?

 

Sa mise en œuvre pouvait être déléguée à des intermédiaires et ne demandait pas de compétences en interactions sociales. Henry court-circuitait ainsi sa phobie relationnelle et l’égo. Il vivait simplement la vertu du 5.

 

Éventuellement, si jamais l’ego du 5 avait besoin d’être rassuré, un critère logique pouvait être satisfait. Par exemple, cet étudiant-ci mérite d’être aidé, car il a fourni des efforts intellectuels pour comprendre… etc.

 

Cette « grande générosité » a été favorisée par les conditions de vie de Henry Cavendish, sa noblesse de naissance, s’harmonisant avec sa noblesse de cœur, et la prédominance d’un vMème (cf. la Spirale Dynamique) de sacrifice de soi (cf. la charité de BLEU) sur des vMèmes d’expression de soi (cf. le pouvoir de ROUGE ou la prospérité individuelle de ORANGE).

 

Ni la parcimonie pour soi, ni la répression du centre émotionnel, ne sont incompatibles avec une grande sensibilité aux êtres et son expression via le centre instinctif par une « grande générosité ». Henry et Temple Grandin en sont des exemples parmi d’autres : des étudiants et des malheureux pour Henry, des animaux d’abattoir pour Temple. Ces constatations ne sont pas incohérentes avec la théorie de l’Ennéagramme : l’ennéatype 5 préfère diriger son centre émotionnel vers l’extérieur plutôt que vers l’intérieur, en particulier vers la souffrance et les besoins des autres plutôt que les siens. Le problème, c’est l’égo. Il a peur. Mais Henry ne se réduisait pas à son égo.

 

Pour éviter un malentendu  :sad: chez nos lecteurs qui découvrent l’Ennéagramme — bienvenue à eux —, j’aimerais ajouter une petite précision (ben oui, je suis 5), à propos de la « misanthropie avérée » de Henry, expression employée par Étoile filante (cf. la citation ci-dessus). Je n’ai pas trouvé cette expression dans Wikipédia, à propos de Henry. Je n’ai pas trouvé non plus le mot « misanthropie » dans l’Ennéagramme, à propos de l’ennéatype 5, contrairement au mot « phobie ». Étant donné la « grande générosité » de Henry envers autrui, le mot « misanthropie » ne peut pas être utilisé à propos de Henry dans son sens premier : « Haine à l’égard du genre humain », m’a dit le TLFI. De même que pitié n’implique pas compassion, phobie sociale et agoraphobie n’impliquent pas « haine à l’égard du genre humain ».

 

*******************

 

À la source des démarches expérimentales de Henry Cavendish, à la source de ses explorations engagées dans l’action et désintéressées, je perçois de l’émerveillement, de l’espérance, de l’intuition, une harmonie des centres et — comme dans ses présentations de ses mémoires et sa « grande générosité » envers des étudiants et des malheureux — l’essence du 5. Et je ressens de la gratitude.

 

Amicalement,

Yves

 

P.S. : il serait intéressant de connaître d’autres témoignages de Henry sur lui-même… Ah non, pas moi ! Je ne peux pas aller l’interroger : je suis né trop tard. Et peut-être bien qu’en m’apercevant au loin, il aurait pris la tangente. :bye:

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