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Cœur de cristal

Mon père, ce héros qui s'ignorait

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Cœur de cristal

Je me souviens de mon père comme d’un homme plutôt secret et effacé dans sa vie privée et chef d’entreprise affirmé dans sa vie professionnelle. Ma relation avec mon père était assez lointaine, bien qu’empreinte d’amour et de respect.
 
L'ennéatype de mon père était indiscutablement 6 avec le centre instinctif réprimé. Élevé par une mère ennéatype 3 veuve, il est resté très longtemps incapable de rompre le cordon ombilical, ce qui valait des repas de famille houleux  (ma mère était d'ennéatype 8).
Il s’est d’ailleurs beaucoup laissé porter par la formidable énergie de son épouse pour pouvoir quitter sa mère et mener sa vie d’homme et de père.
 
Surprenant destin que celui de cet homme éminemment loyal et honnête, qui vivait au travers de ses peurs et de ses fidélités. Sa vie professionnelle a été guidée par sa fidélité à sa mère. Architecte contre son gré,  il détestait son métier. Il aurait souhaité être professeur de français ou d’histoire, ce qui était  inconcevable pour ma grand-mère, entrepreneur dans le bâtiment. Pour elle, on était chef d’entreprise ou on n’était rien, et comme elle avait déjà pignon sur rue dans les métiers du bâtiment, son fils devrait être architecte. Il n’y avait pas à revenir là- dessus.
 
Il a donc dépensé (ou gaspillé ?) sa vie à diriger son agence d’architecture, y passant de longues heures et très souvent ses week-end, car il tenait de ma grand-mère le besoin de réussite sociale et la peur de l'échec. Je pense que dans cet engagement professionnel, la bascule des centres s’avérait probablement salutaire à bien des égards. Finalement, je me rends compte qu’il devenait 3 dans son entreprise.
 
Mais à la maison, il aimait par-dessus tout la lecture et il lisait très vite. Ce qui m’a énormément surprise, lorsque j’ai été en âge de mieux percevoir les choses, était sa capacité à retenir tout ce qu’il lisait, absolument tout. D’ailleurs, à environ 50 ans il a appris seul le japonais (avec des cassettes audio qu’il se passait en voiture) et lorsqu’il nous a emmenées au Japon, ma mère et moi, nous avons eu la surprise de constater qu’il se débrouillait fort bien dans cette langue.
Pourquoi le Japonais ? Parce qu’à cette époque, il a eu un client japonais à qui il vouait une immense admiration et avec qui il est d’ailleurs resté en contact de nombreuses années.
 
Plus tard, à de multiples reprises, j’ai eu l’occasion de me rendre compte de cette étonnante accumulation de savoir tous azimuts : homme souvent taciturne, il pouvait se transformer au cours d’un repas, en un conteur absolument passionnant et plein d’humour, émaillant ses récits d’anecdotes croustillantes et savoureuses, mêlant avec esprit tous les ingrédients indispensables pour captiver un auditoire, sur des sujets variés. Il ne s’agissait pas du tout d’étalage ennuyeux d'un savoir spécifique, mais d’un partage soudain et instantané d’un moment de bonhommie qu’il était en train de vivre, avec tout le bagage culturel qui était le sien. Dans ces moments, il aurait pu se confondre avec un ennéatype 7.
 
Ses peurs étaient multiples et nombreuses. En fait, le moindre fait nouveau lui faisait peur. Il était important pour lui d’inscrire son action dans des groupes établis (fidèle à un parti politique, à un noyau d’entreprises, il a également été partie prenante de la création d’un groupe de bâtisseurs) , il y trouvait une forme de protection.
 
Durant ma jeunesse, il m’a transmis une bonne partie de ses peurs auxquelles je finissais par m’identifier. Il m’a d’ailleurs été indispensable, à un moment de ma vie, de faire le tri entre ce qui m’appartenait et ces peurs transmises qui n’étaient pas les miennes : à commencer par la peur de l’échec, transmise dès le berceau par sa mère jusqu’à moi. Jeune, j’ai été incapable de choisir un métier : tout ce qui aurait pu me plaire se heurtait aux commentaires de mon père sur tous les dangers auxquels je m’exposerais alors. La peur de l’inconnu : aux environs de mes 35 ans, j’ai fait beaucoup de séjours dans un centre bouddhiste tibétain, ce qui ne rassurait pas du tout mon père, tant il craignait que j’intègre une secte.
 
Il ne cherchait en aucune manière à gérer ma vie ou m’empêcher de vivre, simplement il me transférait ses peurs multiples que, en tant qu'ennéatype 2 (centre émotionnel tourné vers l’extérieur), j’absorbais sans le savoir.
À côté de cela, il était très généreux et bienveillant. Lorsqu’avec ma mère, ils ont atteint la retraite, débarrassés de toutes contraintes, j’ai découvert en lui un homme très drôle, sincère et très prévenant.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"Il a donc dépensé (ou gaspillé ?) sa vie à diriger son agence d’architecture, y passant de longues heures et très souvent ses week-end, car il tenait de ma grand-mère le besoin de réussite sociale et la peur de l'échec. Je pense que dans cet engagement professionnel, la bascule des centres s’avérait probablement salutaire à bien des égards. Finalement, je me rends compte qu’il devenait 3 dans son entreprise."

6 alpha, ton père, Cœur de cristal, se désintégrait en 3. Il est alors bien probable qu'il a "gaspillé" une partie de sa vie dans un métier qu'il exerçait "contre son gré" et "détestait". C'est bien triste. Je n'ai pas compris en quoi "la bascule des centres — du centre mental uniquement — s'avérait salutaire à bien des égards". Peux-tu préciser ?

 

"Il m’a d’ailleurs été indispensable, à un moment de ma vie, de faire le tri entre ce qui m’appartenait et ces peurs transmises qui n’étaient pas les miennes."

Nous avons tous en nous une petite copie de nos parents et parfois en plus de personnes qui ont joué un rôle important dans notre vie. Nous avons donc tous à faire ce tri et je rappelle, pour ceux qui ont fait le stage Éveil, que cela consiste à repérer et traquer la transe d'identification.

 

Très amicalement,

Fabien

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Cœur de cristal

Bonjour à tous, bonjour Fabien et merci de ta réponse,

 

La bascule des centres me semble avoir été salutaire, dans le sens où c'est ce qui lui a permis de tenir et surtout de faire prospérer une entreprise. En basculant ou se désintégrant en 3, le mensonge à lui-même a probablement facilité le processus d'identification à des images de réussite sociale. C'était une échappatoire, une planche de salut pour éviter de se remettre en question professionnellement et donc de remettre en question une idée de la réussite.

 

Peut-être que le mot "salutaire" semble inapproprié, un autre schéma aurait pu être d'accepter d'entrer dans une crise profonde qu'aurait la remise en question de ce qu'il faisait de sa vie, de ce qui lui avait été inculqué et changer de vie.

Mais cela impliquait une infidélité caractérisée à sa mère, à cette vision de la réussite et peut-être une forme d'infidélité à son père mort pour la patrie. En effet, mon père faisait partie de cette génération qui avait vécu son enfance pendant la Seconde Guerre mondiale. L'instinct de conservation avait été donc été fortement sollicité, ainsi que probablement l'instinct social. Les préoccupations et priorités étaient différentes de celles de nos générations. Cette vision de la réussite sociale était très forte pour cette génération.

 

D'ailleurs, ma mère, qui avait vécu encore plus fortement les privations de cette époque (zone occupée, mère ouvrière agricole pauvre avec six bouches à nourrir), avait aussi cette vision forte de réussite sociale. Il était important pour eux de pouvoir s'offrir et offrir à leur enfant le confort matériel dont ils avaient été privés par une force extérieure à la volonté de leurs parents, c'était leur façon d'exorciser ces heures sombres de leur enfance.

 

Dans ma vie, ce qui m'a été salutaire, a justement été de m'autoriser cette remise en question, ce tri entre ce que je voulais vraiment et mon éducation. Mais ma génération a des ressources et des préoccupations différentes de celles de mes parents, de même que les générations suivantes ont des ressources et préoccupations nouvelles.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"En basculant ou se désintégrant en 3, […]"

Je ne pense pas qu'il puisse y avoir eu de bascule durable du centre préféré. En effet, cette bascule intervient quand l'ego est activé et, ici, ton père, Cœur de cristal, satisfait sa compulsion d'évitement de la déviance en faisant le métier qui convenait à sa mère. Il pouvait certes y avoir une déviance intérieure par rapport à ses propres goûts et valeurs. Cependant si elle avait provoqué la bascule, un 6 alpha aurait coréprimé le mental et l'instinctif, et n'aurait laissé fonctionner qu'un émotionnel vraisemblablement dominé par la peur. Cela ne convient guère à la direction avec succès d'une agence d'architecture.

 

"Le mensonge à lui-même a probablement facilité le processus d'identification à des images de réussite sociale. C'était une échappatoire, une planche de salut pour éviter de se remettre en question professionnellement et donc de remettre en question une idée de la réussite. Peut-être que le mot "salutaire" semble inapproprié, […]"

Oui, cela dépend où on place le salut ! Cette attitude a peut-être été le meilleur choix que pouvait faire l'ego de ton père, mais bien sûr il a contribué à le couper de l'essence.

 

Très amicalement,

Fabien

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