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Chrismon

Chocolat (film de Roschdy Zem, 2016)

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Chrismon

Histoire [source Wikipédia] :

En 1897, un homme noir du nom de Kananga, ancien fils d'esclave de Cuba, joue un petit rôle de cannibale dans le modeste cirque Delvaux. Le clown blanc George Foottit, sommé de renouveler ses numéros par le directeur du cirque, a l'idée de s'associer avec Kananga dans un duo de clown blanc autoritaire et de clown noir souffre-douleur, qui prendra le nom de Chocolat. Le duo comique est très bien accueilli par le public, et Delvaux commence à faire des affaires. La rumeur du succès se répand en France au point que Joseph Oller, directeur du Nouveau Cirque, convainc Foottit et Chocolat de prendre du service dans son établissement parisien. Le succès dans la capitale est immédiat, et Chocolat devient le premier artiste noir de la scène française. Grisé par l'argent, il s'adonne au jeu et se laisse aller aux plaisirs des femmes.

Le personnage de Chocolat (joué par Omar Sy) : 7

Orientation : Joie et Optimisme

 

Kananga ou Chocolat sont deux noms pour une même personne qui respire la joie de vivre.

 

Dès le début du film, la rencontre avec Foottit est à l’image du personnage : il ne peut s’empêcher de faire une blague à Foottit pour lui faire peur en se cachant derrière le rôle du cannibale qu’il joue sur la piste du cirque. Lui seul rit.

Sous la tente du cirque Delvaux, Kananga est heureux de ce qu’il vit : heureux de faire rire, heureux d’être logé, chauffé, nourri surtout après les années d’esclavage qu’il a connues. Entouré des amis du cirque, avec lesquels il joue au poker… ou de Camille qu’il séduit.

Lorsque le directeur du cirque Delvaux accepte leur nouveau numéro de clown :

Chocolat : Ça veut dire qu’on est pris ?
Foottit : Ça veut dire que le plus dur commence !
Chocolat : [En sautant de joie] Je suis clown, je suis clown !

L’un pense au plaisir, l’autre au travail.

Moqueur, acide et content de lui, Chocolat se crée beaucoup d’inimitié : l’épouse Delvaux, les autres artistes de cirques. À des journalistes qui l’interrogent :

Journaliste 1 : Que répondez-vous à ceux qui disent que vous êtes incapable d’écrire un numéro ?
Chocolat : Il paraît que je suis aussi incapable de faire rire ! [Rires de l’auditoire] C’est ce que pensait mon ancien employeur. Le cirque Delvaux. Vous connaissez ?
Journaliste 1 : Non !
Chocolat : Madame ?
Journaliste 2 : Non !
Chocolat : Forcément ! Depuis que je suis parti, ils ont fait faillite !

Publiée, cette répartie n’a pas dû plaire à tout le monde !

 

Chocolat paie cher ses arrogances : loge dévastée et surtout prison, qui lui ouvrira les yeux de la souffrance.

Compulsion : éviter la souffrance

Très bien montré dans le film, la compulsion apparait dès le premier échange avec Foottit. Quand celui-ci fait remarquer à Chocolat-Kananga que le rôle qu’il joue le dévalorise et le cantonne dans un rôle humiliant, celui-ci lui rétorque tout le bonheur qu’il a à vivre dans ce cirque : « On vend plus de place, et moi, je mange à ma faim. »
Tout une logique de rationalisation qu’il utilisera encore longtemps.

Quand Foottit lui propose une association, après l’avoir rejetée, il fait un essai avec lui. Suit cet échange :

Foottit : On sera indissociable.
Chocolat : [Avec une voix angoissée] Indissociable ?
Foottit : Oui, quelque chose comme ça. [Foottit lie sa main et ces doigts à ceux de Chocolat.]

On sent à ce moment que Chocolat est angoissé par ce lien, cette perte de liberté potentielle. Il est alors dérangé par l’arrivée des gendarmes et part vite se cacher. Une manière opportune de fuir une souffrance potentielle.

Tout au long du film, la souffrance est là. Très cachée au début, elle prend pourtant la forme du souvenir qu’il a de son père, serviteur des Blancs en Afrique. Il se remémore pat petits bouts cette fois où son père sert le repas aux Blancs. Cette scène apparaît plusieurs fois dans le film, à chaque fois un peu plus longue : à ce que l’on imagine être la fin du repas, le maître fait jouer au père un « numéro de cirque ». Il a d’abord l’air de s’amuser dans ce rôle. Au fil des souvenirs de Chocolat, on comprend que cette scène n’est qu’humiliation. L’échange de regard entre Chocolat et son père est éloquent.

 

Dans l’histoire, cette scène est fondamentale car elle montre le cheminement psychologique de Chocolat et la prise de conscience de sa souffrance.

 

Son codétenu de prison jouera aussi un rôle important dans cette prise de conscience.

Passion : intempérance

 

Rien ne semble manquer à son besoin de plaisir à l’excès : argent, femme, objets de luxe, apparence vestimentaire. Il charme les dames tout en jouant son numéro, et Foottit a toute les peines du monde à le ramener à son rôle. Camille fera les frais de son intempérance…

Très dispersé, le travail devient rapidement une étape pénible pour Chocolat. À la rigueur de Foottit, il préfère de loin passer ses nuits à jouer, boire, voire ou visiter les enfants dans les hôpitaux. Il ne manque pas d’échappatoires pour trouver du plaisir et de la joie. Le plus grand des plans B qu’il va se trouver est celui du théâtre.

Le personnage de Foottit (joué par James Thierrée) : 6 (?)

Autant Chocolat respire la joie de vivre, autant Foottit laisse transparaître sa peur. Ses regards (James Thierrée est clown avant d’être acteur) sont d’une densité qui se rapproche de celle de Charlie Chaplin.

Au début du film, Foottit passe une audition auprès du patron du cirque Delvaux. Quand celui-ci l’interrompt au milieu du numéro, pas convaincu, la première réplique de Foottit est alors : « Je suis fini alors ? J’arrête ? » Le ton est donné. Jusqu’à la fin du duo avec Chocolat, Foottit a peur d’« être fini »… et de ne pas pouvoir assurer sa survie, son avenir.

Orientation : loyauté

Dès qu’il voit Chocolat dans son numéro de cannibale, il comprend le potentiel de cet homme et tout le bénéfice d’une association. Aussitôt, et avant même que Chocolat ait accepté de devenir « indissociable » (il ne le dira d’ailleurs pas), il fait preuve d’une immense loyauté et de protection envers lui. Ainsi quand les gendarmes viennent contrôler les papiers des gens du cirque, Foottit immédiatement le rassure en lui disant : « Bouge pas, je m’en occupe ! » Effectivement, Chocolat n’est pas inquiété. Il le fera une seconde fois quand, à Paris, les gendarmes emmènent son ami.

Passion : peur

 

Peur de ne pas être dans le ton, de ne pas plaire au directeur, de ne pas arriver à l’heure, de ne plus avoir de job, de ne pas pouvoir assurer son avenir, peur d’être sans soutien (de son partenaire ou du directeur de cirque).

 

Ainsi quand ils découvrent la piste et les gradins du prestigieux cirque parisien :

Chocolat : [Les yeux pétillants de plaisir]C ’est magnifique ! C’est grand ici !

Foottit : [Visage angoissé] Le meilleur public, c’est celui qui applaudit à la fin ! Concentre-toi !

 

La peur de perdre son emploi rayonne tout le long de l’épisode parisien, et Foottit est prêt à beaucoup de concessions pour ne pas risquer de se trouver à la rue. Ainsi quand ils retrouvent leur loge saccagée :

Chocolat : Je vais lui régler son compte !
Foottit : À qui ? X, Y, Z ? Après on aura tout perdu ! On est célèbre, on a du succès ! C’est normal… [qu’on crée des jalousies].

Pour être dans les meilleurs et assurer son présent et son avenir, Foottit travaille avec acharnement. Il met l’accent sur le travail dès le début de la collaboration. Quand Chocolat se réjouit d’être clown, la réponse de Foottit est : « Le plus dur commence ! »

Lors de la négociation avec Joseph, leur futur directeur du cirque parisien, celui-ci demande à Foottit s’il a déjà d’autres numéros de prêts. À son regard angoissé, on sait que ça n’est pas (encore) le cas. C’est alors Chocolat qui sauve la situation en affirmant en éclatant de rire : « Bien sûr, on a toujours des numéros d’avance ! » On peut imaginer qu’à cet instant, Foottit se promet de travailler assez pour avoir suffisamment de numéros d’avance afin de se renouveler en permanence, ne pas risquer la lassitude de son public… et de son directeur.

Bien sûr, Chocolat n’entend pas ce discours. Lui fait la fête ! Foottit conçoit des numéros seul, les répète et rêve d’avoir le même niveau d’implication de son partenaire. À son grand dam ! Les passages dans le film sont nombreux où il se plaint auprès de son ami de son manque de travail et d’implication. Même la préparation des costumes de scène ne permet pas à Chocolat de se concentrer, lui qui profite de ce moment pour aller charmer les dames !

Un petit côté rabat-joie qui finira par agacer Chocolat. Ainsi quand Chocolat arrive au volant d’une rutilante voiture neuve :

Foottit : Tu ne crois pas que tu en fais un peu trop ?
Chocolat : Ça dérange qui ?
Foottit : Ne t’étonne pas qu’il y ait des réactions, c’est tout ! Bon allez ! Au boulot ! Tu dois travailler Guillaume Tell, tu dois travailler tes cascades !
Chocolat : Laisse tomber, j’ai pas envie de me casser les os !
Foottit : Si tu t’y mettais vraiment, ton public suivrait.
Chocolat : Mon public suit déjà ! Allez, viens ! Pourquoi tu ris jamais ?
Foottit : Je ris dans ma tête !
Chocolat : Mais t’en fais quoi de ton oseille ? Jouer aux cartes ? Lire ? Boire ? Manger : pas trop ! T’es toujours sapé pareil ! T’as une famille cachée ?

 

Compulsion : éviter la déviance

Peur de dévier des codes et des règles du cirque, une dispute éclate entre Foottit et Chocolat :

Foottit : On a un contrat. Ce contrat nous impose d’être là à l’heure ! C’est quoi ton excuse aujourd’hui ?
Chocolat : …
Foottit : Oh ! Je te parle !
Chocolat : …
Foottit : On est deux ! Quand tu arrives en retard, quand tu te mets en danger, c’est MOI que tu mets en danger !
Chocolat : Et quand la paie arrive, c’est toi qui empoche le double !
Foottit : T’es fainéant ! Tu ne travailles pas tes numéros. Toi sans moi, tu es foutu ! C’est moi, le clown !

Déviance et projection : ce n’est pas tant Chocolat qui est foutu sans son partenaire, mais aussi bien le contraire. Bien plus tard, à la fin du film, Foottit l’avouera à Chocolat :

Chocolat : J’étais pas mauvais !
Foottit : Tu étais un prince ! C’est moi qui n’ai pas su aller plus loin ! Ensemble, on n’avait pas de limites !

 

Foottit et l’argent

 

Tout au long du film, on s’interroge sur l’équité des rémunérations, dont il est manifeste… qu’elles ne le sont pas. Je me demande si c’est afin de répondre aux codes de la société que Foottit prend une bonne part de la rémunération. Quand Joseph propose par écrit un montant à Foottit, c’est bien à Foottit qu’il montre le cahier, à l’abri des regards de Chocolat. Idem quand Foottit négocie un salaire avec les Delvaux : Chocolat reste présent mais en dehors.

 

Si c’est par respect des règles, on peut quand même penser que ça arrange bien Foottit… afin de préparer son propre avenir ! Et peut-être aussi, mais le film ne le dit pas, celui de Chocolat. Il sera ainsi loyal toute sa vie vis-à-vis de Chocolat, à son insu : on apprendra plus tard qu’il a soutenu financièrement Chocolat et sa femme dans les périodes de vache maigre.

En tout cas, si cette question n’effleure pas Chocolat au début de leur association, il est clair qu’elle va miner leur relation. Le doute s’immisçant dans son esprit, Chocolat va se croire manipulé par Foottit qui prône le respect des codes de la société dans leurs numéros. Il va imaginer que Foottit se cache derrière ces codes pour mieux servir ses intérêts. Conscient du doute qui ronge son ami, Foottit est incapable de le rassurer : mauvaise conscience ? ou réaction phobique ?

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

Bienvenue Chrismon sur ce forum, et merci pour ce très beau et intéressant premier message.

 

Je n'ai pas vu le film Chocolat et n'ai donc pas d'opinion sur les types des personnages. La seule chose que je puisse dire est que ton analyse est cohérente et que je n'y ai pas vu de faille théorique concernant le modèle.

 

Tu as mis un point d'interrogation à côté du type 6 pour Foottit. Qu'est-ce qui te fait douter ? Avec quel(s) autre(s) type(s) as-tu hésité ? En tout cas, dans les extraits que tu donnes, on trouve bien des éléments de communication de l'ennéatype 6 : danger, limites.

 

Très amicalement,

Fabien

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Chrismon

Merci Fabien pour ton retour. En bonne 2, il me motive !

 

Tu as raison, je crois que j'aurais pu retirer le point d'interrogation : en relisant mon texte, je me suis dis que vraiment, il ne pouvait être que 6.

 

En même temps, surement en raison de mon mental que je réprime, ne me sentant pas vraiment légitime sur le sujet, j'ai un petit point de doute ! Alors, si ceux qui ont vu le film peuvent me donner leur avis, je suis preneuse !

 

En tout cas, j'ai vraiment trouvé l'exercice d'analyse de film super riche pour bien comprendre le fonctionnement de ces deux profils qui me sont très étrangers. Riche… et très chronophage !

 

À bientôt,

Chrismon

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