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Cœur de cristal

Relation mère d'enneatype 8 – fille d'enneatype 2 mu

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Cœur de cristal

Voici un petit hommage que je souhaite rendre à ma maman (ennnéatype 8).

 

Mes parents étaient issus de milieux sociaux différents, ou que ma grand-mère paternelle (ennéatype3) voulait croire différents, et se sont mariés à son grand dam. Inutile de préciser que la vie n’était pas simple pour eux, d’autant que mon père (ennéatype 6 aile 5) vouait à sa mère une immense fidélité.
 
Donc, je suis arrivée, ennéatype 2 mu au milieu de ces trois personnes.
Les débuts de vie avec ma mère ont été difficiles et plutôt houleux pour moi, à tel point que j’ai longtemps été persuadée que ma mère n’aimait pas l’enfant que j’étais. En fait, jusqu’à rencontrer l’ennéagramme, même très longtemps après avoir vécu de très belles choses avec ma maman en tant qu’adulte, je restais persuadée qu’elle ne m’aimait pas lorsque j’étais enfant.
 
Enfant, je me souviens de ma mère comme d'une personne aux colères imprévisibles, terrifiantes et inexplicables. Je me souviens d’avoir été souvent très durement rabrouée, y compris devant tous mes cousins lorsqu’elle pensait que je n’avais pas eu le comportement adéquat.
 
Il m’est resté en mémoire, entre autres, un dimanche passé (sans mon père) dans sa famille du côté de Tournus, alors que j’avais 4 ou 5 ans. Le matin, j’étais allée avec ma grand-mère maternelle faire des courses et j’avais insisté pour qu’elle achète une tarte au fromage dans une pâtisserie (en fait, je croyais que c’était une galette). Immense colère de ma mère contre moi lorsque nous sommes rentrées de courses et qu’elle a découvert la tarte au fromage que nous avions ramenée. Puis nous sommes allées toutes les trois (ma mère ne décolérant pas) tirer les rois chez une tante, où tous mes oncles, tantes  et cousins (maternels) étaient présents. La seule chose que j’ai eu le droit de manger, cet après-midi-là, a été une part de cette tarte au fromage (qui était infecte), alors que tous les autres mangeaient de la galette ou de la brioche.
 
Ma grand-mère et mes tantes ont bien essayé d’assouplir la sanction, mais personne ne pouvait s’opposer à ma mère lorsqu’elle avait pris une décision, et elle était décidée à me faire payer mon caprice. Lorsque nous sommes tous partis en fin d’après-midi, j’étais si triste (je pleurais encore) de tant de dureté, (car pour moi la sanction était démesurée, je n’avais pas eu l’impression de faire un caprice et ma grand-mère aurait aussi pu refuser d’acheter cette tarte), qu’au moment de monter dans les voitures, un de mes cousins m’a tendu la couronne qu’il avait eu. Ma mère l’a attrapé au vol et lui a rendu en disant toujours très durement, que je ne la méritais pas.
 
Je détestais ces dimanches où ma mère m’emmenait avec elle en visite dans sa famille. J’avais l’impression que pas une occasion de me faire payer ma complicité avec ma grand-mère paternelle (enneatype3) ne serait négligée et je me sentais très seule dans ces moments de tempête.
 
J’ai malheureusement pendant une partie de ma vie engrangé les souvenirs de ce genre, oubliant les élans de tendresse qu’elle était également capable d’avoir, comme la nuit passée sur un lit de camp à l’hôpital pour rester avec moi lorsque j’avais été opérée de l’appendicite, par exemple.
 
Pourquoi ai-je oublié ces souvenirs tendres ? Parce que pour moi, ce sont des gestes naturels, des moments normaux. Parce que, en tant que 2 avec un centre instinctif  réprimé, cette extériorisation de la colère, cette dureté étaient pour moi d’une violence totalement incompréhensible, anormale et ne pouvait avoir qu’une explication : j’étais une gêne, une épine dans le pied de ma mère, l’enfant qu’elle n’aimait pas.
 
Je précise ici que les circonstances de vie de ma mère l’amenaient forcément à être désintégrée, ce qu’enfant,  je ne mesurais évidemment pas non plus.
 
L’enfant a grandi, laissant la place à une adolescente en apparence sans histoire, bonne élève, se désintégrant néanmoins régulièrement en 4, à la grande perplexité de ma mère qui dans ces moments me secouait avec l’énergie du 8, nous entraînant alors dans une spirale infernale : moi me désintégrant encore plus, attirant immanquablement ses foudres, puis l’indifférence feinte devant ce mystère de la nature qu’aucun de ses stratagèmes (de 8 !) ne semblaient pourvoir sortir de sa mélancolie. L’adolescente sans histoire a ensuite laissé la place à une très jeune adulte désintégrée, très tumultueuse et totalement perdue, en quête désespérée d’amour face à une mère totalement déroutée par des comportements échappant à sa logique et se retranchant alors dans ses mécanismes de défense de 8. Tout cela ayant pour effet la création d’un fossé toujours plus profond entre elle et moi.
 
La relation avec ma mère est redevenue très houleuse, peuplée d’affrontements que je qualifierais d’homériques et de quelques trop rares mais beaux moments de tendresse. Car malgré nos différences, malgré notre mutuelle incompréhension, ma mère ne m’a jamais totalement lâché la main (peut-être aussi grâce aux interventions régulières de ma grand-mère paternelle).
 
L’âge adulte est arrivé avec mon premier grand amour et quelques séances de psychothérapie m’apportant éclairage et apaisement. La relation avec ma mère s’est alors pacifiée et les années sont passées, sans histoire notable. Puis la maladie de mon père, son décès ont énormément affecté ma mère qui lui avait toujours porté un amour sans faille, et un déclic s’est alors produit entre elle et moi.
 
Ma mère est tombée malade peu de temps après le décès de mon père et pour la première fois, elle a accepté la main que je lui tendais. Elle suivait depuis plusieurs années, de loin mais avec intérêt, mes démarches en développement spirituel et personnel. Elle s’est elle-même alors engagée dans cette démarche avec l’énergie du 8, et nous avons connu des moments de complicité incroyables où nous avons pu échanger sur nos différences, nos croyances, nos valeurs. J’ai eu la chance extraordinaire de pouvoir échanger sur tout en totale liberté avec ma mère.
 
Elle m’a alors fait un immense cadeau : j’ai pu l’accompagner dans son voyage vers l’au-delà dans une sérénité et une complicité merveilleuses. Après son départ, elle est restée évidemment quelques jours autour de moi pour vérifier que je faisais bien ce qui devait être fait (!), puis elle est partie vers d’autres dimensions.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Merci Cœur de cristal pour ce bouleversant témoignage. :heart:

 

Et oui, il y a neuf manières d'aimer, et beaucoup d'entre elles nous sont incompréhensibles. Cela m'emplit à chaque fois de tristesse, ces rendez-vous manqués entre deux êtres. Heureusement, ta mère et toi avez su vous retrouver à temps.

 

Très amicalement,

Fabien

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