Institut Français de

l’ennéagramme

À quoi sert tout le reste...

Jump to content
Sign in to follow this  
Demilune

La peur de l'ennui

Recommended Posts

Demilune

Bonjour à tous,

Aujourd'hui, une de mes collaboratrices 6 m'a dit la chose suivante : "Quand on me demande de dire ce qui me caractérise, je pense à la curiosité : j'aime découvrir de nouvelles dimensions dans mes études, croiser les informations, toucher à la complexité. Mais je crois qu'au fond, je fais ça parce que j'ai peur de faire toujours la même chose, j'ai peur de m'ennuyer." Puis un peu plus tard : "Il faut toujours que j'aie des projets pour l'avenir : le mois prochain, je vais changer de voiture, à la rentrée, je vais refaire ma cuisine… Mais encore une fois — et elle a insisté là-dessus — je reviens toujours à ça : j'ai peur de l'ennui."

Cette conversation m'a fait réagir du point de vue de l'ennéagramme car c'est la première fois que j'entends, parmi les 6 que je connais, quelqu'un formuler de façon si forte sa peur de l'ennui. L'ennui ne fait pas partie des caractéristiques de base de l'ego du 6, il n'y a donc a priori rien d'anormal à ce qu'un 6 en particulier manifeste cette caractéristique, et que d'autres 6 ne l'expriment pas. Pourtant, il me semble que chez ma collaboratrice, la peur de l'ennui était un élément-clé de sa personnalité, et je me demandais donc si cela pouvait s'interpréter au travers du modèle. J'imagine quelques hypothèses :

  • Ma collaboratrice est probablement 6 mu (je dis probablement car dans la relation professionnelle que j'ai avec elle, il n'y a presque aucune manifestation émotionnelle ; cela dit, étant son supérieur hiérarchique, je pense qu'il y a toujours un brin de méfiance qui la conduit à rester sur ses gardes, et donc à faire peu apparaître ses émotions). Le centre instinctif en support pourrait alors vouloir avoir toujours quelque chose à faire, le centre mental conduisant à imaginer la possibilité d'un avenir sans activité, et donc une peur de l'ennui.
  • Cela pourrait aussi se rapporter au domaine de préoccupation du 6, en versant sur le pôle surmenage de la dichotomie.
  • Une dernière hypothèse consiste à invoquer la présence d'une aile 5 qui irait toucher à la compulsion d'éviter le vide intérieur, d'où un besoin d'acquérir toujours plus de connaissances (cela colle avec l'expression de la curiosité, mais moins au besoin d'avoir des choses à faire pour l'avenir). Je suis moins convaincu par cette hypothèse car il me semble (cf. stage Ailes) que les ailes apportent leurs passion et fixation, mais pas leur compulsion. De plus, il faut que celles-ci soient au service des mécanismes du type de base, ce que je ne vois pas très distinctement ici.

Est-ce que la peur de l'ennui fait écho chez les 6 de ce forum, et le cas échéant, comment l'interprètent-ils ?
Mes hypothèses peuvent-elles faire sens, ou y a-t-il une explication plus simple ?

Bien amicalement,
Tristan

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

L'ennéatype qui exprime le plus souvent et le plus intensément la peur de l'ennui est le 7 qui a un besoin permanent de stimulation. Je le sais par expérience personnelle bien sûr et parce que j'ai entendu de nombreux stagiaires en parler.

 

Alors en te lisant, Tristan, je me suis dit dans un premier temps que la peur de l'ennui était peut-être une caractéristique du centre mental. Et puis j'ai immédiatement pensé à Patricia — tu sais, la 1 qui n'est jamais très loin :rofl::heart: — qui a besoin de faire des choses.

 

Je me suis alors dit qu'on pouvait peut-être définir l'ennui en termes d'ennéagramme :

ENNUI, subst. masc.

Ressenti de l'ego du fait d'une inactivité forcée du centre préféré réel ou apparent.

Par exemple, un 8 s'ennuie s'il ne peut pas dépenser son énergie instinctive ; un 9 mu s'ennuie si son instinctif ne peut pas fonctionner, mais si son centre préféré a basculé, il s'ennuie si son centre émotionnel n'est pas sollicité (enfin si la compulsion et la fixation lui permettent d'en prendre conscience :tongue::rofl:).

 

En utilisant cette définition, la peur de l'ennui est universelle, et l'ennui est source de désintégration. Qu'en pensez-vous ?

 

Très amicalement,

Fabien

 

P.-S. : il me semble que le non-ennui (il n'y a pas d'antonyme satisfaisant du mot ennui) idéal — pour l'ego — est lié à l'activation conjointe du centre préféré et du centre de support.

Share this post


Link to post
Share on other sites
Claire5

Bonjour,

Justement Tristan, je reviens d'un week-end passé avec un couple d'amis, dont une amie 6 que je ne côtoyais plus régulièrement depuis quelques années. Nous avons enchaîné les activités non stop (via ferrata, randonné, escalade et "tourisme" rien qu'en deux jours). C'était toujours la première levée et la dernière couchée.

 

Il est clair que si nous n'étions partis qu'à deux avec mon copain, nous n'aurions même pas fait la moitié de ces activités. Je me disais : "Mais c'est pas possible, elle n'est jamais fatiguée !" J'avais oublié qu'elle était autant hyperactive.

Alors même si elle ne me l'a pas verbalisé (de mémoire), elle pouvait donner cette impression de l'extérieur, d'avoir peur de s'ennuyer. Surtout qu'elle est aussi hyper-bavarde et que le moindre élément extérieur lui donnait de nouvelles idées d'occupations à venir.

Mon hypothèse, c'est qu'il s'agit là de son domaine. Et que comme elle est probablement de variante 6 mu et très extravertie (est-ce le cas de ta collègue ?), cette "préoccupation permanente" des activités de divertissement est fortement visible de l'extérieur.

Pour moi qui suis 5 alpha, c'est très stimulant d'être avec elle. Surtout que comme ta collègue, elle est curieuse de tout. Par contre je me demandais comment son conjoint — dont je pense qu'il réprime l'instinctif — faisait à la longue.

Aussi comme tous les types, je peux avoir peur de l'ennui, mais cela prendra une dimension un peu différente je pense. Mon propre domaine est en jeu : je peux avoir peur de m'ennuyer dans les interactions sociales, comme je peux avoir peur de m'ennuyer si j'en ai trop peu (ce qui a pu se produire ces derniers temps, car je suis au chômage). Idem si je n'ai plus un stock suffisant de nouvelles connaissances à étudier.

Très amicalement,
Claire

Share this post


Link to post
Share on other sites
Christine

Bonjour à tous,

 

Pour moi, ce que dit Fabien fait sens. Sans cette définition, je n'aurais pas utilisé le mot "ennui" pour exprimer ce qui ce passe en moi… mais plutôt un vide (dans le sens de perte de repère) et un manque (qui me conduit à un état de mélancolie).

 

Pour le non-ennui, je suis moins sûre.

 

Très amicalement,

Christine

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

"Pour moi, ce que dit Fabien fait sens. Sans cette définition, je n'aurais pas utilisé le mot "ennui" pour exprimer ce qui ce passe en moi… mais plutôt un vide (dans le sens de perte de repère) et un manque (qui me conduit à un état de mélancolie)."
C'est exactement cela, Christine. Voici la définition du Trésor de la Langue Française du mot "ennui" :

ENNUI, subst. masc.

a) Sentiment de lassitude coïncidant avec une impression plus ou moins profonde de vide, d'inutilité qui ronge l'âme sans cause précise ou qui est inspiré par des considérations de caractère métaphysique ou moral.

b) Sentiment de fatigue, de découragement provoqué par l'inaction ou le manque total d'intérêt de quelqu'un ou quelque chose.

 

Très amicalement,
Fabien

Share this post


Link to post
Share on other sites
Jérôme

Bonjour à tous,

Aujourd'hui, une de mes collaboratrices 6 m'a dit la chose suivante : "Quand on me demande de dire ce qui me caractérise, je pense à la curiosité : j'aime découvrir de nouvelles dimensions dans mes études, croiser les informations, toucher à la complexité. Mais je crois qu'au fond, je fais ça parce que j'ai peur de faire toujours la même chose, j'ai peur de m'ennuyer." Puis un peu plus tard : "Il faut toujours que j'aie des projets pour l'avenir : le mois prochain, je vais changer de voiture, à la rentrée, je vais refaire ma cuisine… Mais encore une fois — et elle a insisté là-dessus — je reviens toujours à ça : j'ai peur de l'ennui."

Tristan, en lisant ce témoignage, j'ai tout de suite pensé à l'ennéatype 7 du fait de la compulsion et de la fixation clairement exprimées. La personne en question étant 6, il peut alors s'agir d'une manifestation de l'aile 7. Or tu n'évoques même pas cette hypothèse dans ta liste ou tu évoques l'aile 5 qui me semble beaucoup moins évidente à la lecture de ce paragraphe. As tu des raisons de l'éliminer ?

Il me semble (cf. stage Ailes) que les ailes apportent leurs passion et fixation, mais pas leur compulsion.

Les ailes apportent les qualités essentielles et le kit égotique au complet, y compris la compulsion, au même niveau d'intégration que le type de base. Nous gardons l'orientation de notre type de base.

Un 9 mu s'ennuie si son instinctif ne peut pas fonctionner, mais si son centre préféré a basculé, il s'ennuie si son centre émotionnel n'est pas sollicité (enfin si la compulsion et la fixation lui permettent d'en prendre conscience :tongue::rofl:).

Cela fait sens pour moi quand le centre instinctif a basculé. Sinon il me semble plus vivre de l'agacement que de l'ennui quand mon centre instinctif est forcé ou empêché.

Il n'y a pas d'antonyme satisfaisant du mot ennui.

À titre personnel, le mot qui m'est spontanément venu en y réfléchissant est bonheur.

 

Bonne journée,

Jérôme

Share this post


Link to post
Share on other sites
Wallace

Bonjour à tous,

ENNUI, subst. masc.
Ressenti de l'ego du fait d'une inactivité forcée du centre préféré réel ou apparent.

Eh ben dis donc, à part Christine, cela n'a pas l'air d'être le jour des amateurs d'abstraction ! Cette définition fait totalement sens pour moi, y compris dans les moments où je n'active pas particulièrement mon domaine et ma dichotomie.

À titre personnel, le mot qui m'est spontanément venu en y réfléchissant est bonheur.

Je peux ne pas être dans l'ennui sans être pour autant dans le bonheur. Si je remplis ma feuille d'impôts par exemple, et c'est d'actualité !

Très amicalement,
Wallace

Share this post


Link to post
Share on other sites
Demilune

Bonjour à tous,

À vous lire, il y a peu de doutes que la peur de l'ennui peut se retrouver chez tous les ennéatypes ! Il est pourtant intéressant de voir comment nos mécanismes egotiques viennent se confronter avec plus ou moins d'ardeur à celle-ci.

Un 9 mu s'ennuie si son instinctif ne peut pas fonctionner, mais si son centre préféré a basculé, il s'ennuie si son centre émotionnel n'est pas sollicité (enfin si la compulsion et la fixation lui permettent d'en prendre conscience :tongue::rofl:).

Mon observation serait peut-être à affiner, mais quand mon centre instinctif fonctionne, il est rare que je ressente de l'ennui. Spontanément, j'aurais répondu la même chose dans le cas où il a basculé, avant de me rendre compte que la narcotisation constitue un moyen très puissant de ne pas se rendre compte de l'ennui. Si je regarde derrière ce filtre, je reconnais que je recherche des sollicitations émotionnelles, parfois de façon compulsive, juste pour m'occuper.

 

Cependant, la peur de l'ennui ne me semble pas être un des ressorts majeurs de ma personnalité (contrairement à ce que j'ai perçu dans le discours de ma collègue).

Pour moi qui suis 5 alpha, c'est très stimulant d'être avec elle. Surtout que comme ta collègue, elle est curieuse de tout. Par contre je me demandais comment son conjoint — dont je pense qu'il réprime l'instinctif — faisait à la longue.

C'est amusant, ma collègue exprimait exactement la même interrogation vis-à-vis de son entourage, et notamment vis-à-vis de son conjoint (j'ignore s'il réprime l'instinctif). Il me semble que c'est une inquiétude en partie exagérée. Probablement que si le conjoint de ton amie a décidé de vivre avec elle, c'est qu'il recherche aussi la stimulation que tu as appréciée ce week-end. J'ai fait le même constat avec ma compagne (qui réprime l'instinctif) : elle a souvent besoin de s'appuyer sur mon énergie pour mobiliser son instinctif et m'a explicitement dit que c'était une des motivations qui l'avait conduite à vivre avec moi.

Par ailleurs, il se peut que le cadre dans lequel tu as rencontré cette amie (week-end, voyage, temps libre…) ait particulièrement activé son centre instinctif ; rien ne dit qu'elle l'utilise à ce niveau dans le quotidien.

Tristan, en lisant ce témoignage, j'ai tout de suite pensé à l'ennéatype 7 du fait de la compulsion et de la fixation clairement exprimées. La personne en question étant 6, il peut alors s'agir d'une manifestation de l'aile 7. Or tu n'évoques même pas cette hypothèse dans ta liste ou tu évoques l'aile 5 qui me semble beaucoup moins évidente à la lecture de ce paragraphe. As tu des raisons de l'éliminer ?

À vrai dire, je n'y ai pas pensé tout de suite, car cette personne ne manifeste pas de caractéristiques d'une aile 7 au quotidien (encore une fois il s'agit d'un contexte professionnel, donc l'analyse a ses limites). Par contre, tu dis voir la compulsion et la fixation clairement exprimées : autant je peux imaginer l'évitement de la souffrance au travers de la peur de l'ennui, autant je vois moins la fixation de planification car elle réalise vraiment les projets dont elle parle, ce qui n'est pas le cas du 7. En revanche, je vois bien la passion d'intempérance au travers de son besoin d'explorer de nouveaux sujets d'étude. L'hypothèse d'une aile 7 n'est donc pas à exclure.

Il me semble (cf. stage Ailes) que les ailes apportent leurs passion et fixation, mais pas leur compulsion.

Les ailes apportent les qualités essentielles et le kit égotique au complet, y compris la compulsion, au même niveau d'intégration que le type de base. Nous gardons l'orientation de notre type de base.

Merci pour cette précision, j'avais un doute car je me souviens en stage qu'on détaillait l'effet de la passion et de la fixation des ailes sur le type de base (et même chose côté essence), mais pas (ou moins explicitement) l'effet de la compulsion. Me voilà plus au clair.

Bien amicalement,
Tristan

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Quelques remarques que j'aurais dû faire hier, mais le forum s'est emballé et je n'ai pas eu le temps de tout gérer…

"Je vois moins la fixation de planification car elle réalise vraiment les projets dont elle parle, ce qui n'est pas le cas du 7."
En tant que 7, je trouve cela un peu caricatural ! Mais ce n'est pas ça qui est important et il n'y aura pas de conflit. :tongue: Rappelons une fois de plus que la fixation du 7 — certes très mal nommée — n'a rien à voir avec faire des projets et les réaliser, mais à chercher des échappatoires. En ce sens, je n'ai pas vu non plus dans le premier message de Tristan des manifestations de la fixation du 7.

Il me semble (cf. stage Ailes) que les ailes apportent leurs passion et fixation, mais pas leur compulsion.

Les ailes apportent les qualités essentielles et le kit égotique au complet, y compris la compulsion, au même niveau d'intégration que le type de base. Nous gardons l'orientation de notre type de base.
Merci pour cette précision, j'avais un doute car je me souviens en stage qu'on détaillait l'effet de la passion et de la fixation des ailes sur le type de base (et même chose côté essence), mais pas (ou moins explicitement) l'effet de la compulsion. Me voilà plus au clair.

Je n'en suis pas vraiment convaincu, et le stage Ailes ne parle pas de transmission de la compulsion pour de bonnes raisons… La compulsion est un moyen égotique d'atteindre l'orientation et, comme le dit Jérôme, le développement d'une aile ne me fait pas changer d'orientation, ni même en acquérir une complémentaire.

 

Prenons un exemple. Je ne vois pas un 4 à aile 5 acquérir la compulsion même secondaire d'évitement du vide intérieur, car s'il y a un type dont l'intérieur n'est pas vide, c'est bien le 4 !

 

À titre personnel, je ne pense pas éviter vraiment la faiblesse. Bien sûr si quelqu'un abuse de ma faiblesse et me fait souffrir, mon ego va fantasmer des vengeances, mais c'est a posteriori. Il n'y a le plus souvent pas d'action préventive et ce sont les conséquences éventuelles de la faiblesse que je gère.

 

Très amicalement,

Fabien

Share this post


Link to post
Share on other sites
Dreamost

En nuit…


Bonjour,

Il y a une jolie phrase de Pierre Richard dans son premier spectacle en solo, avec son fils à la contrebasse : "Le bonheur, c'est de changer d'ennui."

Je crois, Claire, que cette hyperactivité de ton amie illustre plus le sous-type (conservation du 6) Cordialité, bavardage, énergie inépuisable, que le domaine du 6 : travail/divertissement.
Cette hyperactivité peut être le témoignage d'un enthousiasme débordant. Le fait de se retrouver en groupe stimule le mental, le désir de communiquer, partager des informations et d'en obtenir. Par expérience je peux dire que ce comportement témoigne d'une confiance envers les membres du groupe et d'un sentiment de sécurité plutôt lié à l'instinct de conservation. C'est une manière continuelle de vérifier auprès des membres du groupe leur fiabilité, leur amour auprès de nous.

L'ennui s'inscrit en creux d'une société où l'action, la performance sont valorisées, tandis que handicap, maladie, attentisme, faiblesse etc. sont condamnées en tant qu'inutilité, et par là, d'inefficacité. L'ennui devient entre autre métaphore d'une perte de sens. De l'ennui de soi à l'ennui des autres, je crois, comme Fabien, que tous les centres peuvent être concernés par l'ennui.

Il s'agit de développer les bienfaits de ce qu'on appelle « ennui ». Dans le stage Intuition, ou même simplement lorsqu'il s'agit de contemplation, de méditation, leur mise en pratique peut supporter quelques résistances du fait qu'on les assimile à quelque chose d'ennuyeux. Nous n'avons pas le sentiment d'une réalité du « faire » ; « ne faire rien » participe de croyances coupables dans une société de l'activité, de la production et de sa justification à consommer.

L'ennui révèle un point aveugle à l'intérieur de nous-mêmes, et l'agitation extérieure apparaît comme une stratégie de divertissement. Ce sentiment d'ennui est davantage un signal qu'une réalité. L'ennui laisse place à l'incertitude, à l'inconnaissable ; l'ennui est seulement un masque ; comme un espace enfoui dans la vase d'une mare ; un territoire plus ou moins désagréable suivant la taille. Je le ressens aussi comme une menace de brouillard autant qu'un vide intersidéral devant lesquels nausée, vertige… s'emparent de nos rassurances habituelles.

Alors si cet ennui génère de la peur de jugements extérieurs (aux valeurs d'une société), ou de nous-mêmes (dûs aux valeurs de notre héritage culturel, familial, spirituel, etc..), l'« en nuit » d'une partie de nous indique une surface exposée à laquelle nous n'accédons pas. L'ennui comporte une forme d'impatience au connu. L'« en nuit » éclaire les nénuphars de la mare, et des fleurs de lotus : signe de conscience alors apaisée et élargie.

Comme dans toutes choses, selon le dicton chinois : « Même dans les rivières les plus limpides, les galets ont deux faces… »

Dernière réflexion sur le pouce avant de clore ce billet. Je pense que l'ennui en tant que tel n'existe pas. Il n'est que le reflet de nos manques inavoués, de nos découragements, de nos paresses vis-à-vis de l'essentiel, de nos (auto)complaisances, de nos dénis… en un mot de nos renoncements à l'acceptation des mystères de l'existence.

Transformer l'ennui en paradigme de création. De la terre profonde et froide de l'hiver en repos naît les germes lumineux du printemps et des futures éclosions.

Un beau soleil pour toutes et tous.
Et tiens : est-ce que le soleil s'ennuie ?

Share this post


Link to post
Share on other sites
Athéna

Bonjour à tous,

 

Merci Tristan de lancer ce sujet auquel je réfléchissais justement il y a quelques temps.

"Est-ce que la peur de l'ennui fait écho chez les 6 de ce forum ?" demande Tristan.
Comme ta collègue, je suis 6 mu (M-I- E). Oui, la peur de l'ennui fait écho chez moi. Mais, je ne crois pas que quelqu'un pourrait le savoir, car je ne la formule jamais. C'est plutôt par l'observation de mon comportement que l'on pourrait le déduire.

 

Je me débrouille pour toujours avoir de quoi occuper mon centre préféré, le mental. Par exemple, lorsque je pars en vacances, voire même pour un très petit déplacement, les deux premières choses que je prévois, c'est la nourriture, à cause d'un instinct de conservation blessé, et les lectures (livres, liseuse, livres audio). Avant d'avoir une liseuse (merci Fabien !), ça m'est arrivé d'essayer de voyager plus léger "mentalement", puis de lire plus que prévu et donc de me retrouver à court (aux Pays-Bas où les librairies ne me sont pas d'un grand secours…). J'ai assumé mais les fois suivantes, je me suis préparé une bonne petite cargaison.

 

Voilà pour le comportement. Mais qu'elle est ma motivation ? C'est d'occuper mon mental avec autre chose que mes ruminations, projections, angoisses… pour arrêter d'être "victime" de pensées erronées et inadéquates. Mais en fait, je réalise que j'utilise le mental pour palier au mental. Centre préféré, quand tu nous tiens !!!

 

Quand ai-je donc encore peur de m'ennuyer ?

  • Lorsque je vais chez des gens que je ne connais pas. S'ils n'ont pas grand-chose à dire ou qu'ils parlent de sujets qui ne m'intéressent pas, il est certain que je m'ennuie, et je n'ai rien à dire non plus. Mon mental est bloqué, et mon centre émotionnel réprimé ne m'aide pas vraiment.
  • Comme je l'ai dit dans d'autres interventions, si je m'assoie pour méditer et faire le vide.

La collègue de Tristan dit : "J'aime découvrir de nouvelles dimensions dans mes études."
Je souscris ! C'est même une condition sine qua non, sinon j'abandonne. Par contre, je pense que je suis très motivée par le besoin de m'enrichir et de mieux me connaître en plus de la peur de l'ennui. De toute façon, pourquoi faire des études ennuyeuses ? Pour ma part, ça n'est pas envisageable.

Tristan : "Le centre instinctif en support pourrait alors vouloir avoir toujours quelque chose à faire, le centre mental conduisant à imaginer la possibilité d'un avenir sans activité, et donc une peur de l'ennui."
Mon centre instinctif se met au service du mental quand je prépare une bonne liste de choses à faire. J'aime prévoir plusieurs tâches dans mon quotidien (jardinage, cuisine, Ennéagramme, balade, etc.). Plus j'en accomplis, plus j'ai de satisfaction. Mais quand je me promène ou prépare à manger, j'écoute en même temps un roman ou une conférence. C'est rare que je laisse mon cerveau au repos, sinon, je m'ennuie. Toujours le mental en premier, même si j'adore bouger.

"Cela pourrait aussi se rapporter au domaine de préoccupation du 6, en versant sur le pôle surmenage de la dichotomie."
Pas seulement au pôle surmenage… L'ennui peut également se rapporter au pôle "Dégonflé". L'ennui concerne les deux extrêmes. Je m'agite, entre autres pour ne pas m'ennuyer. Puis, ayant créé trop de tension, je lâche l'hyperactivité pour paresser et je peux activer différemment mon mental, toujours pour ne pas m'ennuyer.

Jérôme a dit : "Les ailes apportent les qualités essentielles et le kit égotique au complet, y compris la compulsion."
Ayant développé les deux ailes, je ne peux pas dire que pour l'aile 7, je cherche à éviter la souffrance. Au contraire, j'ai tendance à en créer, les ruminations du 6 n'étant pas particulièrement gaies…

 

Par contre, pour l'aile 5, je peux toujours me poser la question de la peur du vide intérieur. Mais les trois types ayant pour centre préféré le mental n'ont-ils pas tous une sorte d'évitement du vide intérieur, même si c'est d'abord la compulsion du 5 ? Qu'en pensez-vous ?

Dreamost a dit : "Je crois que cette hyperactivité de ton amie illustre plus le sous-type Conservation du 6 Cordialité, bavardage, énergie inépuisable, que le domaine du 6 : travail/divertissement."
Je suis de sous-type Cordialité et je ne me reconnais pas dans le côté bavardage, car je suis introvertie. Quant à l'énergie inépuisable, j'ai remarqué qu'elle était plus présente pendant les périodes d'intégration.

Dreamost a dit : "Je pense que l'ennui en tant que tel n'existe pas."
S'il n'existe pas, en tout les cas, il nous fait réagir…

Dreamost a dit : "Il n'est que le reflet de nos manques inavoués, de nos découragements, de nos paresses vis-à-vis de l'essentiel, de nos (auto)complaisances, de nos dénis… En un mot de nos renoncements à l'acceptation des mystères de l'existence."
Je suis tout à fait d'accord avec le fait que chez moi, l'ennui est le reflet de mes paresses vis-à-vis de l'essentiel, de mes découragements, de mes auto-complaisances. Si j'acceptais de passer au delà de la résistance à rester dans l'ennui, dans le quotidien ou lors de méditation, certainement qu'une plus grande part "d'Essence-du-Ciel" me nourrirait et que l'ennui serait transcendé. L'ennui vécu par l'ego est une barrière à la voix de notre âme…

Très cordialement,
Sophie

Share this post


Link to post
Share on other sites
Jérôme

Bonjour à tous,

Je reviens sur cette discussion avec un peu de retard :

Il me semble (cf. stage Ailes) que les ailes apportent leurs passion et fixation, mais pas leur compulsion.

Les ailes apportent les qualités essentielles et le kit égotique au complet, y compris la compulsion, au même niveau d'intégration que le type de base. Nous gardons l'orientation de notre type de base.
Merci pour cette précision, j'avais un doute car je me souviens en stage qu'on détaillait l'effet de la passion et de la fixation des ailes sur le type de base (et même chose côté essence), mais pas (ou moins explicitement) l'effet de la compulsion. Me voilà plus au clair.
Je n'en suis pas vraiment convaincu, et le stage Ailes ne parle pas de transmission de la compulsion pour de bonnes raisons… La compulsion est un moyen égotique d'atteindre l'orientation et, comme le dit Jérôme, le développement d'une aile ne me fait pas changer d'orientation, ni même en acquérir une complémentaire.

Belle imbrication de citations. :happy: Pour faciliter la lecture et ne pas trop parasiter cette conversation, je vous invite à poursuivre cette discussion sur les ailes et les compulsions dans cette autre conversation ouverte à cet effet.

Aujourd'hui, une de mes collaboratrices 6 m'a dit la chose suivante : "Quand on me demande de dire ce qui me caractérise, je pense à la curiosité : j'aime découvrir de nouvelles dimensions dans mes études, croiser les informations, toucher à la complexité. Mais je crois qu'au fond, je fais ça parce que j'ai peur de faire toujours la même chose, j'ai peur de m'ennuyer." Puis un peu plus tard : "Il faut toujours que j'aie des projets pour l'avenir : le mois prochain, je vais changer de voiture, à la rentrée, je vais refaire ma cuisine… Mais encore une fois — et elle a insisté là-dessus — je reviens toujours à ça : j'ai peur de l'ennui."

Tristan, à la réflexion je t'ai répondu un peu vite en associant cette peur de l'ennui à une aile 7. J'arrive à la conclusion qu'il est probablement nécessaire, si c'est faisable, de questionner un peu plus cette personne sur ce qu'elle appelle l'ennui, sur ce que ça provoque chez elle, pour mieux comprendre le mécanisme qu'il y a derrière. Cette conversation montre sinon que nous sommes très prolifiques pour imaginer des réponses difficiles à vérifier.

 

Très amicalement,

Jérôme

Share this post


Link to post
Share on other sites
Wallace

Bonjour à tous,

"Cette conversation montre sinon que nous sommes très prolifiques pour imaginer des réponses difficiles à vérifier."
J'ai beau être 6, je me désolidarise du groupe. :sorry:

"Je t'ai répondu un peu vite en associant cette peur de l'ennui à une aile 7."
Je propose que Fabien déplace cette discussion dans "Exploration comparée d'un thème chez tous les ennéatypes" et qu'on en revienne à sa proposition :

ENNUI, subst. masc.
Ressenti de l'ego du fait d'une inactivité forcée du centre préféré réel ou apparent.


Très amicalement,
Wallace

Share this post


Link to post
Share on other sites
On dirait le sud

Bonjour à toutes et tous,

 

Ce sujet m'interpelle depuis que je l'ai lu à son démarrage. La définition de Fabien (rappelée ci-dessus par Wallace) fait sens aussi pour moi, autant que le post-scriptum de Fabien : "Il me semble que le non-ennui (il n'y a pas d'antonyme satisfaisant du mot ennui) idéal — pour l'ego — est lié à l'activation conjointe du centre préféré et du centre de support."

 

Lorsque mon centre instinctif a basculé, j'ai besoin d'occuper mon centre mental. Puisqu'il y a bascule du centre préféré, il y a désintégration (au moins interne), donc la sollicitation de mon centre mental serait alors surtout de la narcotisation (c'est concrètement mon impression de ce que mon ego veut vient observer ET retenir).

 

Lorsque mon centre instinctif est en première position, j'ai effectivement besoin de sentir l'action ou d'apprendre de nouvelles connaissances/informations si je suis dans la non-action volontaire.

 

Une chose étrange que j'ai remarquée récemment lors de mes narcotisations "télé" : j'ai besoin régulièrement de regarder un film d'action (ou d'aventure), comme si je vivais à ce moment par procuration la vie d'un personnage du film. J'aime aussi évidemment regarder d'autres types de films (comédies, romances, science-fictions, tranches de vie, etc.) mais j'ai l'impression que ma recherche de films d'action et d'aventure est plus forte depuis que je suis au chômage.

 

Bien amicalement.

Share this post


Link to post
Share on other sites
Sign in to follow this  

×