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Dydinne

La Chambre bleue

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Dydinne

Bonjour,

Je tenais à vous faire partager l'analyse de l'excellent film "la Chambre bleue" que je suis allée voir avec un ami connu de ce forum, Thierry.

La Chambre bleue est un roman de Georges Simenon adapté au cinéma par Mathieu Amalric. Le film fut en sélection officielle du Festival de Cannes 2014 dans la catégorie « Un Certain regard ». Le film est l'exacte transposition du livre. Seuls les prénoms ont été changés et quelques autres détails (téléphones portables, commerce des Despierre).

Sujet

 

Deux amants, Esther Despierre et Julien Gahyde se retrouvent dans la chambre bleue d'un hôtel d'un village de province pour y vivre leur passion. Ils sont mariés chacun de leur côté. Très vite, on est plongé dans les interrogatoires policiers et devant le juge d'instruction notamment du point de vue de Julien qui revit ses souvenirs. On apprend au cours du film que le mari d'Esther (Nicolas Despierre) qui avait une santé fragile est mort, puis que la femme de Julien a été empoisonnée. Le film se termine aux assises où les deux amants sont jugés et condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité.

Esther Despierre : 4 alpha sous type sexuel

 

Chez ce personnage, le mental est bien présent et loin d'être réprimé, ce qui dans un premier temps m'a fait penser à la possibilité d'un ennéatype 7. Elle semble en effet beaucoup planifier (c'est sans doute elle qui a prémédité les deux crimes). Mais Thierry a mis en lumière des éléments de l'ennéatype 4.

 

D'abord, lors de leur première rencontre, Esther Despierre interroge Julien sur le fait qu'à l'adolescence, ce dernier avait embrassé toutes les filles sauf elle. Elle se sentait ainsi le vilain petit canard (sous-type sexuel : compétition). Elle a cette phrase : « Je l'ai haïe ! Pendant des mois, dans mon lit, je me demandais comment je pourrai la faire souffrir. […] Je me suis contentée de prier pour qu'elle tombe malade ou qu'un accident la défigure. » Elle voulait éliminer sa rivale. Si la planification est bien là, l'idée de souffrance exclut l'hypothèse d'une ennéatype 7.

 

Par ailleurs, Esther Despierre semble clairement fuir la banalité : « Qu'est-ce qu'on deviendrait avec l'habitude ? » Puis interrogée chez le juge d'instruction sur la souffrance qu'aurait occasionné le divorce à Madame Gahyde si Julien l'avait demandé : « Elle n'aurait pas pleuré longtemps. [Question du juge : Qu'en savez-vous ? Elle n'aimait pas son mari ?] Pas comme moi. Ces femmes-là ne sont pas capables d'un véritable amour. » Cette phrase, lorsque j'ai vu le film pour la première fois, a eu une résonance particulière en moi qui suis 4 (je me suis alors dit que je comprenais parfaitement ce qu'elle voulait dire et c'est la raison pour laquelle j'ai voulu lire le livre par la suite).

 

On retrouve des marques de l'authenticité de ses émotions aux assises. À la question « Avez-vous tué votre mari ? », elle crie sa vérité : « Je n'ai pas tué Nicolas, mais je l'aurais fait s'il n'était pas mort. Nous nous aimons ! »

 

Enfin, j'ai observé le côté artistique des lettres anonymes (sur des cartes colorées, les lettres découpées et arrangées avec soin).

 

Esther Despierre anticipe également souvent sur ce que peut penser Julien. Elle lui envoie la première lettre croyant qu'il s'inquiète de ne plus la voir.

 

Les lettres anonymes, bien que courtes, sont également signe du style de communication du 4 : la dramatisation. La dernière phrase du film est symptomatique du côté romantique et dramatique du personnage : à l'annonce du verdict, Esther se tourne vers Julien et lui dit : « Tu vois Julien, ils ne nous ont pas séparés. »

 

Esther Despierre nous semble être de sous-type sexuel. Dès le début du film, elle se met en compétition avec la femme (en mordant son amant à la lèvre). Lors de la première rencontre, elle lui parle également de sa femme. J'ajouterai que j'ai remarqué ses chaussures particulièrement féminines et originales lors du rendez-vous manqué dans la chambre bleue.

Julien Gahyde : 5 mu sexuel

 

Plus difficile est le typage de Julien Gahyde à travers le prisme duquel le film est pourtant construit. Nous avons observé néanmoins que le mental est très présent chez ce personnage. Il a peur et ce, dès le début du film, notamment quand il voit à travers les volets de la chambre bleue, le mari d'Esther traverser la place. Au lit, Esther lui dit qu'il a peur comme une vérité assez générale. Or, la peur est une caractéristique du mental, une émanation de celui qui échafaude l'avenir. La peur est également présente quand il reçoit les lettres, et c'est encore la peur qui le pousse à vouloir vendre son affaire et quitter la région. Thierry le voit 5.

 

Pour ma part, j'ai observé que bien qu'impliqué dans une affaire criminelle, il ne coopère pas avec son avocat qui lui apprend qu'il a été commis d'office et qu'il n'a pas eu accès à son dossier. Julien ne semble pas disposé à lui donner des informations et semble avoir besoin d'être mis en confiance d'abord. La même attitude est perceptible avec le psychiatre : « Je suis pas fou ! Alors pourquoi vous me questionnez pour la cinquième ou sixième fois ? Parce que les journaux parlent de moi comme d'un monstre ? »

 

Dans le livre, le personnage s'interroge beaucoup sur la définition des mots.

 

Il est visiblement gêné que sa vie et tout soit décortiqué : « La vie est différente quand on la vit et quand on l'épluche après-coup. »

 

Enfin, Julien réprime son centre émotionnel. Il n'a pas beaucoup d'émotions même au lit avec son amante. On le voit de sous-type sexuel (bien qu'il fasse peu de confidences à sa maîtresse et l'écoute surtout) mais lorsqu'ils évoquent près de la route dans le bois que Julien au lycée avait embrassé toutes les filles sauf Esther, c'est assez significatif.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Bienvenue Dydinne sur ce forum. Voilà encore un film que je n'ai pas vu, et je ne peux donc rien dire sauf en termes de cohérence ennéagrammique.

 

"Elle semble en effet beaucoup planifier (c'est sans doute elle qui a prémédité les deux crimes)."

Ça, ce n'est pas la planification du 7 et est possible pour tous les ennéatypes.

 

"Si la planification est bien là, l'idée de souffrance exclut l'hypothèse d'une ennéatype 7."

Non. Que le 7 veuille éviter la souffrance ne veut pas dire qu'il y arrive forcément. Éliminer sa rivale peut alors être le seul moyen trouvé pour satisfaire la compulsion.

 

"Esther Despierre semble clairement fuir la banalité : « Qu'est-ce qu'on deviendrait avec l'habitude ? »"

Une telle phrase fait autant sens pour un 4 que pour un 7.

 

"Cette phrase, lorsque j'ai vu le film pour la première fois, a eu une résonance particulière en moi qui suis 4."

Attention, l'identification est un des grands pièges de la détermination (cf. stage Détermination).

 

"Dans le livre, le personnage s'interroge beaucoup sur la définition des mots."

Attention aussi, il s'agit de savoir ce qu'on type. Même une adaptation apparemment fidèle d'un livre peut changer le type des personnages.

 

"Il est visiblement gêné que sa vie et tout soit décortiqué."

Cela ne me semble pas déterminant. Qui ne serait pas ennuyé de voir toute sa vie affichée dans la presse dans le cadre d'une affaire de meurtre ?

 

Plus généralement, l'analyse du personnage de Julien Gahyde est beaucoup trop courte (celle d'Esther Despierre aussi, d'ailleurs, dans une moindre mesure) pour emporter la conviction. À vous lire, pourquoi ne serait-il pas 6, voire même un 9 alpha se désintégrant en 6. Rappelons qu'un centre mental apparent peut pointer vers cinq ennéatypes (cf. aussi stage Détermination).

 

Très amicalement,

Fabien

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Thierry

Bonjour à tous,

Je suis content d'avoir découvert ce film, alors encore projeté en salle. Dydinne m'avait demandé de l'aider à typer les personnages. Je n'aurais pas songé spontanément à aller voir un film tiré d'un roman policier. J'aimais bien Jean Richard dans le rôle du commissaire Maigret à la télévision. J'en étais resté là, concernant les romans de Simenon.

J'ai fort heureusement le DVD, ce qui me permet de me replonger dans le film et de noter plus facilement les dialogues.

Examinons l'hypothèse 9 concernant Julien, mari de Delphine et amant d'Esther. Il y a des années, au club de gymnastique, Esther était envieuse et jalouse des conquêtes féminines de Julien : « Jadis, tu as embrassé à peu près toutes les filles sauf moi. Tu te souviens Louise Peyroux. […] Je vous ai surpris ensemble une fois. […] Je l'ai haïe. » Julien ne s'en rendait même pas compte : « Je ne me doutais pas qu'elle était ainsi. », « Je la prenais pour une fille froide, hautaine. Une statue. » Julien n'a vraiment pas la forme d'intuition d'un type 9 ! (Cf. stage Intuition.) Par ailleurs, une confusion entre 5 et 9 peut éventuellement être faite à partir de certaines scènes, mais elle ne tient pas à l'analyse.

Examinons l'hypothèse 6, toujours concernant Julien. Citons une des scènes avec Julien et Delphine parlant de leur fille Suzanne (12 ans) :
Dis-moi Julien, tu ne crois pas que Suzanne est palotte en ce moment ?
Si.
J'ai croisé Gelbard, le docteur, cet après-midi à la pharmacie. Il disait que le bon air lui ferait du bien.
On pourrait partir samedi.
Tu crois que c'est possible ? On est en août. Déjà, j'ai peur que plus rien ne soit libre.
Et pourquoi pas cet hôtel aus Sables d'Olonne. Tu te souviens ?
Les Roches noires !
Écoute, je téléphonerai demain.
On peut considérer l'hypothèse 6 pour Delphine, sans pouvoir conclure. Pour Julien, il manque des caractéristiques de base du type 6, pas seulement dans cette scène, mais dans l'ensemble du film.

Très amicalement,
Thierry

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"Julien n'a vraiment pas la forme d'intuition d'un type 9 !"

Ce n'est guère concluant. Puis-je rappeler que le centre intuitif est un des éléments de l'essence ? Ce que vous dites du personnage ne laisse guère penser qu'il puisse être intégré et manifester visiblement une des formes d'intuitions cartographiées par l'Ennéagramme…

 

"Par ailleurs, une confusion entre 5 et 9 peut éventuellement être faite à partir de certaines scènes, mais elle ne tient pas à l'analyse."

"Il manque des caractéristiques de base du type 6, pas seulement dans cette scène, mais dans l'ensemble du film."

Même remarque que dans mon message précédent : ce ne sont pas avec des affirmations non justifiées que vous pouvez convaincre. Comme je l'écrivais à Aurélie, "une analyse se justifie, et donc la longueur est une des conditions de la qualité. C'est vrai pour un personnage de fiction, plus encore évidemment pour un être réel pour lequel il est irrespectueux, à mon avis, d'en affirmer l'ennéatype sans avoir les moyens de l'en convaincre et d'en convaincre les autres."

 

Très amicalement,

Fabien

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Thierry

Bonjour à tous,

 

Julien aurait donc pu rester à un fort niveau de désintégration, dans le passé au club de gymnastique. Le sport, au moment où on le fait, favorise l'intégration, mais les activités sportives étaient vraisemblablement plus séparées à l'époque qu'aujourd'hui : côté filles et côté garçons. Précision : Esther précise, à propos de Louise Peyroux, que "tu [Julien] lui as couru après pendant des mois", donc elle exagère vraisemblablement quand elle dit "à peu près toutes les filles".

 

Je suis d'accord avec toi, Fabien : pour écarter rigoureusement l'hypothèse 6, il faudrait citer un grand nombre d'extraits et indiquer pour chacun d'eux quelles caractéristiques de base ne se manifestent pas, malgré le stress, les occasions, etc. Naturellement, les caractéristiques de base du type 5 et du type de désintégration dans l'hypothèse 5 mu sont à rechercher par la même occasion. Faire tout cela moi-même ne serait pas, de mon point de vue, aider Dydinne, mais reprendre intégralement l'analyse à partir du DVD.

 

Très amicalement,

Thierry

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

"Le sport, au moment où on le fait, favorise l'intégration."

Par forcément. Cela dépend de comment et pourquoi on le fait. Il peut être une forme de narcotisation pour un 9, de voie du fakir (cf. stage Essence) pour un 1 ou un 9, de compétition pour un 3 ou un 4, de dopage aux endorphines, etc., toutes choses allant plutôt vers la désintégration.

 

Très amicalement,
Fabien

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Thierry

Le seul élément que donne le film, à propos de la pratique du sport par Esther et Julien "adolescents au club d'athlétisme", concerne Esther : on voit une carte d'identité d'Esther à côté d'une photo en noir et blanc d'Esther prise au cours de sauts de haies d'athlétisme. Avait-elle cette photo ancienne sur elle lors de son arrestation ?

 

Tout peut être narcotisation pour un 9, bien entendu.

 

Bonne journée,

Thierry

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