Institut Français de

l’ennéagramme

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Irimi

Blue Jasmine

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Irimi

Bonjour à tous,

Je suis allée voir ce week-end le dernier film de Woody Allen, Blue Jasmine, et j'ai eu envie de typer le personnage principal, magnifiquement incarné par Cate Blanchett.

Le film la représente, via un jeu de flash-back successifs, à plusieurs moments de sa vie, avant et après une crise majeure qui a bouleversé son existence. Ce qui est intéressant au plan de l'Ennéagramme car on l'observe à la fois dans une période où elle est très désintégrée, lorsqu'elle arrive à San Francisco, et également lors de sa vie d'avant, à New York.

J'ai vu en elle le portrait d'un type 4, pour les raisons suivantes.

Centre émotionnel tourné vers l'intérieur
Ce qui m'a frappée d'abord dans le personnage, c'est qu'elle est très égocentrée. À plusieurs reprises on sent que la vie et les états d'âme des autres ne la touchent pas franchement. Exemple frappant : lorsqu'elle retrouve son beau-fils on s'attendrait à ce qu'elle lui demande des nouvelles de sa vie (qui a aussi été largement bouleversée) ; or elle a cette phrase édifiante : "Tu n'étais pas là lorsque j'aurais eu besoin de toi."

Orientation : sens du beau
Elle aime donner l'image de quelqu'un qui a un goût sûr pour ce qui est vêtements ou décoration notamment : sa sœur se réjouit à l'idée d'aller faire du shopping avec elle car elle a toujours l'œil pour ce qui va bien. Lorsqu'il s'agit pour elle de trouver un emploi, elle se voit en décoratrice d'intérieur, convaincue d'avoir des prédispositions innées pour cela.

Compulsion : éviter la banalité
Déjà, elle a depuis longtemps changé son prénom de Jeannette à Jasmine, du nom d'une fleur qui s'épanouit à la tombée du jour.
Dans sa déchéance, elle a tout de même conservé ses bagages Vuitton (qui portent SES initiales !) et sa veste Chanel.
Elle n'a que mépris pour des emplois comme caissière ou assistante médicale.

Fixation : mélancolie
Elle a très souvent les larmes aux yeux et passe fréquemment d'un état d'excitation à un état de dépression manifeste.

Style de communication
Elle raconte sa vie de façon à tout le monde, de façon grandiloquente. Elle s'épanche d'ailleurs sans retenue sur ses problèmes devant des inconnus.

Sous-type
Je vois en elle un sous-type sexuel. Haine et esprit de revanche se manifestent, non lorsqu'elle comprend que son mari est un escroc, mais quand elle s'aperçoit qu'il la trompe.
L'instinct social honte se manifeste également lorsqu'elle doit travailler comme vendeuse et ressent une honte énorme devant ses anciennes relations : honte de sa position en décalage par rapport à son état passé, et non vis-à-vis de ce qu'a fait son mari.

Quant à la sœur, je la vois en 2 : elle nie ses besoins (notamment habiter avec son fiancé) pour aider sa sœur, alors même qu'on comprend que celle-ci l'a toujours méprisée et négligée.

Au plaisir de lire vos avis et propositions, si vous avez vu le film. Si vous ne l'avez pas vu, je vous le conseille.

Amicalement,
Pascale

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Fabien Chabreuil

Bonjour,

Alors que je m'étais promis de ne plus aller voir de films de Woody Allen, je suis quand même allé voir Blue Jasmine tellement les critiques ont été dithyrambiques. Personnellement, j'ai fortement regretté de les avoir écoutés :

  • Le film n'est en majeure partie qu'un pâle remake d'Un Tramway nommé désir, et Woody Allen n'a même pas la décence de citer au générique le film d'Elia Kazan ou la pièce de Tennessee Williams. Les ajouts faits au film initial (les flash-back, le dentiste, etc.) sont à mon avis des clichés qui n'apportent rien, voire affadissent le propos.
  • J'ai trouvé que Cate Blanchett en faisait trop dans le rôle de Jasmine (on vise l'Oscar ?), même si elle est ce qu'il y a de mieux dans le film.
  • Si Sally Hawkins est une belle Ginger (Stella dans l'œuvre originale) quand le cinéaste lui laisse de la place face à Cate Blanchett, la comparaison entre Bobby Cannavale dans le rôle de Chili et de Marlon Brando dans celui de Stanley est douloureuse pour le premier.
  • L'opposition entre les milieux sociaux de Jasmine et de Ginger m'a paru caricaturale.

Bref, pour moi, Woody Allen a fait ce qu'il fait depuis des années, de petits films pas désagréables à voir, mais très vite oubliés. Mais il fait partie des vaches sacrées de la critique française qui n'ose que rarement en dire du mal. À chaque fois, elle nous sort que c'est "le meilleur Woody Allen depuis…" ce qui sous-entend que tous comptes faits, le précédent n'était pas si brillant.

Ceci dit, à première vue, je suis totalement d'accord pour mettre Jasmine en ennéatype 4, même si elle en présente presqu'uniquement les aspects désintégrés : difficile quand même de trouver un personnage aussi stupide et antipathique. Je la verrai de variante alpha, la désintégration en 2 étant perceptible. Je suis d'accord aussi pour le sous-type sexuel, même si les deux autres instincts sont sérieusement amochés.

Quant à Ginger, l'hypothèse 2 me satisfait beaucoup moins. Il me semble qu'elle donne de l'aide, mais ne la propose pas, et qu'elle n'attend guère de retour émotionnel. On pourrait aussi envisager pour elle la loyauté d'un 6 ou l'acceptation et le soutien d'un 9. Ceci dit, je ne suis pas assez entré dans le film pour avoir une opinion définitive sur ce sujet.

Très amicalement,
Fabien

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Yves

Bonjour à tous,

Bien que je ne sois pas cinéphile, je me suis laissé influencer par une amie qui préfère le centre émotionnel : j'ai été voir ce film. Bon, je trouve les romanciers du XIXe siècle :heart: plus fins.

J'ai aussi typé Jasmine en 4. Voici quelques arguments pour appuyer et compléter les vôtres, Pascale et Fabien.

Passion
L'envie de beaux objets du sous-type conservation devient ici une (banale) envie de luxe.

Premier mécanisme de défense : l'introjection
Jasmine a introjecté le vécu idéal de la femme idéale d'un homme idéal, richissime et généreux. Pendant une bonne partie du film, elle refusera de regarder la réalité : pas question de quitter cet imaginaire si riche en émotions, pour découvrir une réalité plate, la platitude d'un mari médiocre qui la trompe. Elle préfère l'imagination à l'incarnation.
Malgré l'issue dramatique de ce mariage, cela ne lui sert pas de leçon :sad: : elle recommencera avec le diplomate richissime. On la voit le regard figé sur des objets de luxe : un lit à baldaquin, dont elle imagine le ciel-de-lit, par exemple.

Second mécanisme de défense : la sublimation
La décoration intérieure, activité dont elle rêvait, aurait pu activer ce mécanisme et extirper la mélancolie et les souffrances créées par le premier mécanisme de défense. Elle aurait pu commencer par décorer l'appartement de sa sœur, par exemple. Mais non, son centre instinctif était trop réprimé et cela aurait été trop banal. :beurk:

Compulsion d'évitement
Jasmine se décompose quand quelqu'un parle d'un parfum banal appelé French (elle se fait elle-même appeler Jasmine French).

Peur de base
Quand elle finit par comprendre, à la fin du film, que le diplomate veut qu'elle devienne sa femme pour des raisons électorales (sourire sur les photos), alors elle croit tout à coup qu'elle n'a pas d'importance, qu'elle n'a pas d'identité : la peur de base du 4 s'active et elle est bouleversée.

Accès à son centre intuitif
Jamais elle n'a conscience des états d'âme de son mari, ni de sa sœur, ni de son fils, ni du diplomate qui veut se servir d'elle. À chaque fois elle tombe des nues. Elle ne réalise pas, non plus, que l'homme que lui présente l'ami de Ginger s'intéresse à elle et veut sincèrement l'aider (cf. la rencontre au port au début du film). Elle éprouve seulement du dédain pour lui.

Le sentiment de rejet
Quand elle est rejetée par son mari (rejetée, et non abandonnée puisqu'il lui promet un soutien financier), la haine (instinct sexuel) l'envahit : elle le dénonce.

Le sentiment d'injustice (droit – plainte)
Elle se plaint d'être devenue une banale vendeuse de chaussures, elle estime que c'est une injustice.

Variante
La répression du centre instinctif, le dédain et l'orgueil sont bien visibles, contrairement au perfectionnisme, et comme Fabien, j'opte pour la variante alpha. La typologie de Karen Horney (cf. le stage Détermination) me conforte dans cette option.

Amicalement,
Yves

P.S. : Je n'ai pas cherché l'ennéatype de Ginger. Je me suis focalisé sur le personnage principal.

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Irimi

Bonjour à tous,

Moi aussi je m'étais promis de ne plus aller voir les films de Woody Allen, notamment depuis que je me suis endormie devant Minuit à Paris… Moi aussi j'ai été influencée par la critique et par des amies qui étaient allées le voir. Par contre j'ai pris plaisir à voir ce film. Je n'avais pas fait le rapprochement avec Un Tramway nommé désir, vu il y a très longtemps, lorsque j'étais probablement trop jeune pour l'apprécier. Il faudra que je le revoie…

Merci Yves pour tes apports qui approfondissent ma compréhension du personnage. Je dois dire que je suis toujours bluffée par la finesse de tes analyses. J'ai juste une interrogation au sujet du parfum French : je n'avais pas vu l'évitement de la banalité dont tu parles. J'avais compris que ce nom la renvoyait au souvenir de la jeune fille au pair française dont son mari était tombé amoureux, la faisant basculer en un instant dans la mélancolie. Qu'en penses-tu ?

Et pour en revenir à Ginger, il me semble qu'un 6 aurait tout de même trouvé que cette sœur abusait beaucoup trop de sa loyauté pour rester dans son "groupe". En revanche l'hypothèse du 9 me tente, effectivement, même si je ne l'avais pas vue au départ. Ce que j'avais rapidement interprété comme de la négation de ses besoins peut être de l'oubli de soi.

Petite anecdote à ce sujet : j'ai un peu discuté du film avec une des amies d'ennéatype 9 qui me l'avait recommandé, et je lui disais que Cate Blanchett incarnait un beau personnage de salope (désolée pour la verdeur de mes propos). Ce à quoi elle m'a répondu : "Pourquoi dis-tu ça ? Cette femme n'est pas une salope. Elle est surtout très malheureuse."

Amicalement,
Pascale

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

"Et pour en revenir à Ginger, il me semble qu'un 6 aurait tout de même trouvé que cette sœur abusait beaucoup trop de sa loyauté pour rester dans son 'groupe'."
Ça Pascale, on ne peut jamais savoir où est la ligne rouge d'un 6, tant que ladite ligne n'a pas été franchie, et il y en a de plus endurants que d'autres. Apparemment, toi, tu aurais craqué. Moi en tant que 7, j'aurai explosé à un moment tel que le film aurait été un court-métrage !

Très amicalement,
Fabien

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Yves

Bonjour à tous,

J'ai juste une interrogation au sujet du parfum French : je n'avais pas vu l'évitement de la banalité dont tu parles. J'avais compris que ce nom la renvoyait au souvenir de la jeune fille au pair française dont son mari était tombé amoureux, la faisant basculer en un instant dans la mélancolie. Qu'en penses-tu ?

Je n'ai pas bien écouté ce passage. Mon interprétation est donc peut-être erronée.

Je me suis d'ailleurs souvent détaché pendant ce film (fixation du 5) : hallucinations soustractives, auditives et visuelles (liées à des surcharges émotionnelles).

J'aurais aimé davantage de simplicité de la part du réalisateur.

Amicalement,
Yves

P.S. : j'ai trouvé la scène finale, sur le banc, désespérante : "[…] tout se mélange." Je me demande comment toi, Pascale, tu l'as vécue, en tant que 6.

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

Je ne me souviens pas non plus assez de la scène du parfum pour avoir une opinion sur vos deux interprétations, Pascale et Yves.

"J'ai trouvé la scène finale, sur le banc, désespérante : "[…] tout se mélange." Je me demande comment toi, Pascale, tu l'as vécue, en tant que 6."
Ce n'est pas parce qu'on ne me pose pas la question que je n'y réponds pas !

En temps normal, cette scène m'aurait touché parce que mon centre mental préféré et intérieur ne peut que frémir devant une telle perspective. Ici justement, c'était la scène finale, et j'avais eu 90 minutes pour trouver le personnage suffisamment antipathique pour me désintéresser de son sort.

Dans Un Tramway nommé désir, Blanche, le personnage équivalent à Jasmine, est envoyé en hôpital psychiatrique par sa sœur et le mari de celle-ci, ce qui me semble plus fort et plus émouvant. Mais de mon point de vue, le personnage de Blanche était plus subtil que celui de Jasmine, et le jeu de Vivien Leigh que celui de Cate Blanchett, même s'il est aujourd'hui daté.


Leigh-Brando.png

 

Certes, comme le dit l'amie de Pascale, Jasmine est une femme "très malheureuse", mais Woody Allen n'a pas su mettre une seule scène pouvant me donner un peu de sympathie pour elle, même dans les flash-backs censés me la montrer avant son malheur. Ce malheur, elle l'a d'ailleurs créé elle-même en dénonçant son mari sans réfléchir aux conséquences, ce qui pour un 7 est rédhibitoire.

Et il n'y a pas que le mental, aucun des centres ne fonctionne de manière acceptable, ce qui fait beaucoup !

Très amicalement,
Fabien

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Irimi

Bonjour à tous,

 

"J'ai trouvé la scène finale, sur le banc, désespérante : "[…] tout se mélange." Je me demande comment toi, Pascale, tu l'as vécue, en tant que 6."

Et bien déjà, en tant que 6, j'aime que les choses soient explicites. Et, surtout si j'ai aimé un film, je trouve cela décevant qu'il se termine par une scène qui laisse place à l'interprétation. Pour revenir à cette scène du banc, j'ai ressenti de la frustration lorsque j'ai vu apparaître le générique de fin, alors que l'angoisse montait sur le sort de Jasmine.

 

Par ailleurs, tout à fait d'accord avec toi, Fabien : j'ai trouvé le personnage odieux. Et le fait de dénoncer son mari la fait de mon point de vue totalement basculer "du côté obscur de la force" ! :angry: D'une part car c'est une attitude totalement inacceptable de mon point de vue de 6, même s'il l'a trompée (ce que, soit dit en passant, elle n'avait jamais voulu voir auparavant alors que les signes étaient visibles. Cette façon de se voiler la face n'est-elle pas un phénomène d'hallucination négative ?). D'autre part parce qu'effectivement, c'est totalement stupide d'agir ainsi de façon impulsive sans réfléchir une seconde à ce que cela va entraîner.

 

Amicalement,

Pascale

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