Institut Français de

l’ennéagramme

À quoi sert tout le reste...

Jump to content
Sign in to follow this  
Fabien Chabreuil

Madame Bovary

Recommended Posts

Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

Madame Bovary est considérée dans le monde de l'Ennéagramme comme un superbe portrait d'ennéatype 4. Je ne vais pas beaucoup faire avancer le sujet… mais ce matin j'ai découvert l'existence d'un artiste américain, Brian Joseph Davis, qui utilise un logiciel de la police américaine pour établir des portraits-robots à partir de témoignages. Quand un livre donne suffisamment de détails sur le physique de ses personnages — ce qui ne semble pas si fréquent —, il en obtient une représentation. Da daaammmm, voici donc Madame Bovary :
 

Emma_Bovary.jpg


J'ai eu envie de partager cela avec vous.

Très amicalement,
Fabien

Source : The Composites.

Share this post


Link to post
Share on other sites
Yves

Bonjour Fabien, bonsoir tous,

« Comment dire un insaisissable malaise, qui change d'aspect comme les nuées, qui tourbillonne comme le vent ? Les mots lui manquaient, donc l'occasion, la hardiesse », écrivait Flaubert à propos des ressentis et du silence d'Emma Bovary pendant une de ses introjections (chapitre 7 de la première partie du roman). Ces phrases font écho à ce que j'ai appris sur l'ennéatype 4 lors des stages Bases et Communication de Patricia et Fabien. Et voici le vent encore : « [Charles] trouva [Emma] debout, le front contre la fenêtre, et qui regardait dans le jardin, où les échalas avaient été renversés par le vent » (chapitre 2) : dans cette première posture d'Emma décrite par Flaubert — qui me laisse vivre mes propres impressions —, je retrouve la grande vulnérabilité de mes deux amis 4 alpha et de certains artistes 4 alpha (je pense à une des chansons de Barbara). Pendant toute la première partie, Emma ne s'exprime quasiment pas : pas d'expression verbale, ni artistique (malgré ses capacités — second mécanisme de défense inutilisé), ni gestuelle (même par le regard). Même pendant le bal du chapitre 8, Flaubert ne nous livre aucune expression d'Emma, excepté « un sourire lui montait aux lèvres à certaines délicatesses du violon ». Sa vie est, à cette époque, complètement intérieure : elle s'identifie à ses émotions et états d'âme créés par ses incessantes introjections. Selon moi, seul le créateur d'Emma pouvait nous aider à pressentir, par son écriture, les difficultés de son personnage à exprimer les subtilités et les nuances de sa vie émotionnelle. Nuances au-delà des apparences. Vie émotionnelle « insaisissable » pour le père d'Emma, « insaisissable » aussi pour Charles, son mari qui l'aimait tant pourtant, mais ni son père, ni son mari, ni personne n'imaginait ce qu'elle vivait. « Comment rendre par la parole cette harmonie qui s'élève dans le cœur du poète, et les pensées de géant que font ployer les phrases ? »  :perplexe: écrivait Flaubert dans une œuvre de jeunesse. Je suppose que ce roman fut un défi pour lui.

« Il faut peindre des tableaux, montrer la nature telle qu'elle est, mais des tableaux complets, montrer le dessous et le dessus », écrivait Flaubert à Louise Colet, le 6 avril 1853 (il parlait dans cette lettre de son travail littéraire). Il a aussi écrit : « Il n'y a de vrai que les rapports, c'est-à-dire la façon dont nous percevons les objets » (lettre à Maupassant du 15 août 1878). Et aussi « Il n'y a pas de vrai, il n'y a que des manières de voir » (lettre à Léon Hennique du 3 février 1880).  :perplexe: Si c'est vrai, alors qu'importent les images concrètes ? Amis 4 alpha, qu'est-ce qui reflète le mieux votre vie émotionnelle : un langage, verbal, non-verbal, artistique (musique, arts plastiques, peinture), ou bien des images de vous-mêmes, qu'elles soient cinématographiques, photographiques, picturales ou — pire encore — robots (mettez vos réponses dans un sujet approprié) ?

Bon allez, je consens quand même à scruter le pavé de pixels ci-dessus. Je chausse mes lunettes 5 aux verres traités et, intraitable, je vous fais un traité.

Je compare ce que je vois à ce que j'ai lu (NB : j'ai relu seulement la première partie du roman, roman divisé en trois parties). Vis-je une hallucination soustractive ?  :surprised: Je ne vois pas sur ce portrait-robot :

  • Le chignon qu'Emma avait créé avec originalité : « Ses cheveux […] allaient se confondre par derrière en un chignon abondant, avec un mouvement ondé sur les tempes, que le médecin remarqua là pour la première fois de sa vie. » (première rencontre, chapitre 2). « Ses bandeaux, doucement bombés vers les oreilles, luisaient d'un éclat bleu ; une rose à son chignon tremblait sur une tige mobile, avec des gouttes d'eau factices au bout de ses feuilles » (au bal, chapitre 8).
  • Les nuances de ses yeux, contemplés avec amour par Charles : « […] noirs à l'ombre et bleu foncé au grand jour, ils avaient comme des couches de couleurs successives, et qui, plus épaisses dans le fond, allaient en s'éclaircissant vers la surface de l'émail. Son œil, à lui, se perdait dans ces profondeurs, et il s'y voyait en petit jusqu'aux épaules, avec le foulard qui le coiffait et le haut de sa chemise entrouvert. » (chapitre 5). Voilà qui éclaire, à mes yeux, la phrase : « Il n'y a pas de vrai, il n'y a que des manières de voir. »  :heart: Quant au regard d'Emma, Flaubert ne l'évoque pas (sauf au chapitre 2, lorsque Charles la rencontre la première fois : « Son regard arrivait franchement à vous avec hardiesse candide. »). Peut-être parce que son regard reste tourné vers les propres « profondeurs » de sa vie intérieure (profondeurs dans lesquelles l'œil de Charles « se perdait »), vie intérieure coupée de la réalité ?
  • Les traits du visage d'Emma nous apparaissent par touches successives, au fil des chapitres du roman. Je ne vois, sur le portrait-robot ci-dessus, aucun des non-dits du créateur d'Emma. Sauf manque d'attention de ma part, dans le roman, la partie basse du visage n'est pas décrite par Flaubert : ni son nez, ni sa bouche (un seul qualificatif pour les lèvres : « charnues », lèvres qu'elle « avait coutume de mordillonner à ses moments de silence » ou bien de « mordiller », selon les chapitres), ni son menton, ni ses oreilles (cachées par sa chevelure abondante), alors qu'il a décrit le nez d'un personnage secondaire. Peut-être signifie-t-il ainsi, par ces non-dits, l'engourdissement sensuel d'Emma pendant cette période de sa vie ? Ou alors signifie-t-il le diilemme 4 imagination-incarnation : partie haute du visage = imagination, tandis que partie basse = incarnation (Emma, engloutie par ses fantasmes, semble désincarnée dans cette première partie du roman) ?

Enfin, un détail : avec originalité, le créateur d'Emma n'a pas commencé la description physique d'Emma, par son visage, mais par ses ongles. Pour décrire ses ongles, il a utilisé un outil que les images (photographies,dessins figuratifs) ne connaissent pas : la métaphore. Les ongles de son personnage évoquent pour lui les ivoires de Dieppe et la forme des amandes. Un régal !

Fabien, je te suis reconnaissant de m'avoir, avec ce pavé de pixels jeté en pleine figure  :wink:, fait redécouvrir — et savourer doublement, en utilisant la connaissance des ennéatypes 4 acquise au cours des stages — le discernement et le style de Flaubert.  :miam:

Insaisissablement et amicalement,
Yves

P.-S. : Quelqu'un souhaite-t-il que je donne ici une liste de citations du roman, illustrant des traits 4 que j'ai trouvés chez Emma ? Si oui, quels traits ?

P.-P.-S. : Flaubert a écrit à Louise Colet comment il vit « l'émotion de mon idée », et aussi ses émotions (très fortes) lorsque « l'expression se refuse » (lettre du 24 avril 1852) : centre mental au service du centre émotionnel ? Dans des extraits de ses lettres à Louise, j'ai trouvé de nombreux traits 4, ainsi que des manifestations des idées supérieures 1, 7 et 3.

Enfin j'ai été très touché par la ferveur de Flaubert dans ses lettres, par exemple : « On peut mettre un immense amour dans l'histoire d'un brin d'herbe. »

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fabien Chabreuil

Bonjour Yves,

Merci pour ce superbe message. Comme toi, j'adore le style de Flaubert — je n'avais pas résisté à citer un passage de Madame Bovary sur ce forum —, et il atteint dans ce roman des sommets de beauté et d'élégance.

J'attends avec impatience de savoir si la suite du roman continue à infirmer le portrait-robot réalisé par Brian Joseph Davis. Si oui, il faudrait traduire ce message et le poster sur son site.

"Quelqu'un souhaite-t-il que je donne ici une liste de citations du roman, illustrant des traits 4 que j'ai trouvés chez Emma ?"
Au moins moi.

"Si oui, quels traits ?"
À ton bon cœur ! Avoir au moins les mécanismes de base de l'ennéatype serait déjà un beau cadeau.

Très amicalement,
Fabien

Share this post


Link to post
Share on other sites
Kayla

Merci pour ce si beau message, Yves. Il met du baume au cœur ! Moi aussi je suis intéressée…
Et, surtout, ton message m'a donné envie, enfin, de lire ce roman ! Il était resté attaché aux trucs "obligés" que tout le monde lit… et que donc en bonne 4 je n'ai jamais lu.  :sick:

Mais j'avoue que j'avais trouvé ce portrait-robot bien "plat" et "triste" pour illustrer une vie émotionnelle si riche et si intense !

À bientôt.

Share this post


Link to post
Share on other sites
Yves

Bonjour à tous,

Je reviens sur le portrait-robot qui a provoqué cette conversation. J'ai fini de relire le roman. Flaubert ne décrit pas avec précision les traits physiques d'Emma, sauf la couleur de ses yeux et sa chevelure. En particulier, Flaubert ne dit rien sur son front, ni sur ses sourcils, ni sur le dessin de ses yeux, de ses lèvres, de son menton. Et surtout, du début à la fin du roman, Emma garde les cheveux longs. Je me sens consterné.  :surprised:

De plus, lors de l'édition de son roman, Flaubert ne voulait pas que son livre soit illustré avec un dessin-portrait de femme. Ceci pour laisser libre cours à l'imagination du lecteur.

J'ai signalé tout cela à l'auteur du portrait-robot, Brian Joseph Davis, par courriel.  :hautetfort:

Voici comment Flaubert évoque les cheveux d'Emma.

  • « Ses cheveux […] allaient se confondre par derrière en un chignon abondant, avec un mouvement ondé sur les tempes, que le médecin remarqua là pour la première fois de sa vie. » (I, 2).
  • « Ses bandeaux, doucement bombés vers les oreilles, luisaient d'un éclat bleu ; une rose à son chignon tremblait sur une tige mobile, avec des gouttes d'eau factices au bout de ses feuilles. » (I, 8).
  • « Souvent, elle variait sa coiffure : elle se mettait à la chinoise, en boucles molles, en nattes tressées ; elle se fit une raie sur le côté de la tête et roula ses cheveux en dessous, comme un homme. » (II, 7).
  • « Elle commençait par retirer son peigne, en secouant sa tête d'un mouvement brusque ; et quand il [Justin, un commis] aperçut pour la première fois cette chevelure entière qui descendait jusqu'aux jarrets en déroulant ses anneaux noirs, ce fut pour lui, le pauvre enfant, comme l'entrée subite dans quelque chose d'extraordinaire et de nouveau, dont la splendeur l'effraya. » (II, 14).
  • « Elle ouvrait sa fenêtre, aspirait l'air froid, éparpillait au vent sa chevelure trop lourde, et, regardant les étoiles, souhaitait des amours de prince. » (III, 6).
  • Et pour finir, sur son lit de mort : « Emma se releva comme un cadavre que l'on galvanise, les cheveux dénoués, la prunelle fixe, béante. »

Rêveusement et amicalement
Yves

P.-S. : J'ai dressé une liste de citations du roman illustrant des traits de l'ego et de l'essence 4, et corrélé la désintégration d'Emma avec son positionnement sur la Spirale Dynamique. Cette liste et cette corrélation seront publiées dans un article.

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Ça y est, j'ai réussi à trouver le temps de finir la mise en forme pour l'Internet et l'illustration du superbe article d'Yves. Pour le lire, cliquez ici.

 

Yves, je suis curieux de savoir ce que te répondra Brian Joseph Davis.

 

Très amicalement,

Fabien

Share this post


Link to post
Share on other sites
Laurecd

Bonjour Yves,

 

Je ne sais comment te remercier pour ton passionnant article consacré à l'une de mes héroïnes de jeunesse. J'en ai encore le cœur battant. Madame Bovary est un livre que j'ai lu beaucoup trop tôt ; j'avais 7 ans (le titre et l'image en couverture m'avaient plu) ; je l'ai relu de très nombreuses fois ensuite de manière à faire, pour le pire, une superbe et durable identification à Emma. Inutile de te dire que je n'avais à l'époque compris aucune des subtilités du roman ; je trouvais les souffrances et les tourments intérieurs d'Emma magnifiques et enviables, sans voir le ridicule, le pathétique, le sordide. À mes yeux, cette femme était parvenue à faire de sa vie un roman, et c'est en te lisant — avec délice — que je me suis souvenue qu'elle avait été créée de toutes pièces par un écrivain doté d'un talent insensé.

 

Merci pour ton travail d'immense qualité et pour ce précieux partage !

 

Très affecteusement,

Laure

Share this post


Link to post
Share on other sites
Christine

Bonjour à tous,

 

Bravo Yves pour ton article.

 

En lisant la deuxième partie sur la Spirale Dynamique, je me suis dit qu'on n'avait pas fait le même stage ! Et j'ai donc été très épatée par ton analyse. Pour information, j'ai fait le stage de base sur la Spirale Dynamique en mars et je n'ai pas eu l'occasion de suivre la dernière journée de corrélations à laquelle Yves a assisté.

 

Voilà, c'était mon petit moment d'envie du jour.

 

:kiss2: et :bye:

Christine

Share this post


Link to post
Share on other sites
Sevan

Bonjour Yves et aux autres,

 

Je suis admiratif : je ne sais pas si la lecture de ton article provoque de l'envie chez moi mais j'aurais aimé écrire une telle analyse ! Je l'ai lue en plusieurs fois pour ne rien rater, non seulement c'est passionnant mais également agréable à lire. Bravo !

 

La section que tu as intitulée "Un fonctionnement du centre émotionnel : pour créer, aviver et prolonger une émotion, je fais feu de tout bois" a une résonance particulière pour moi. Je co-réprime le centre émotionnel : avant ma découverte de l'ennéagramme, les émotions ne m'étaient pas très accessibles. J'y porte plus d'attention maintenant et en même temps j'ai remarqué un mécanisme : lorsque j'essaie d'accéder à mes émotions et que j'y arrive pas, il m'arrive de créer artificiellement une fausse émotion, la plupart du temps la tristesse. C'est proche du filtre d'attention du 4 (cf. le stage Essence) que tu mentionnes dans ton article. Et pour moi, c'est l'émotion qui peut se prolonger artificiellement facilement (égotiquement) le plus longtemps, qui colle bien avec le manque d'espérance lié à la répression de l'instinctif et à la false core du 9. Et cela sert l'oubli de soi puisque mon attention est focalisée sur une émotion artificielle.

 

Évidemment, chez moi c'est sporadique et non structurel mais les extraits que tu cites dans ton article en les rattachant aux caractéristiques du 4 me permettent de comprendre un peu mieux, via l'exemple d'Emma Bovary, ce que peut vivre cet ennéatype.

 

Merci !

 

Amicalement,

Sevan

Share this post


Link to post
Share on other sites
Yves

Bonjour Fabien, Kayla, Laure, Christine, Sevan, Aurore, Wallace et Coriolan,

Merci pour vos commentaires chaleureux, ici et sur le blog Et à l’aurore. Je me sens encouragé.  :miam:

Personnellement, je ressens souvent de l'envie. Elle est vite remplacée par une mélancolie. Je la nourris parfois de "branchages morts" glanés par ma mémoire sélective.

Amitié,
Yves

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Si certains ont besoin de se rafraîchir la mémoire avant de lire le magnifique article d'Yves, un résumé de Madame Bovary a fait le buzz sur l'Internet ce week-end :

 

 

Très amicalement,

Fabien

Share this post


Link to post
Share on other sites
Sign in to follow this  

×
×
  • Create New...