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Sixtrouille

Centre émotionnel (co-)réprimé : en repérer les manifestations, lui faire de l’espace

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Sixtrouille

Bonjour à tous,

 

J'espère que vous avez passé un bel été !

 

Aujourd'hui, j'aimerais parler du centre émotionnel, et plus particulièrement lorsqu'il est en troisième position, à savoir pour les 1 mu, 5 mu, 6 mu, 7 alpha, 8 alpha (et pour les 3 alpha et 3 mu avec la particularité du centre préféré qui devient réprimé).

 

En même temps que j'écris cela, je me dis "que dire de plus que tout ce qui a déjà écrit dans les conversations précédentes ?", mais ce sujet me tient à cœur et me questionne.

 

J'ai longtemps été une 6 mu avec un émotionnel quasi absent. Comme le disait Aurore à propos de son ex-collaborateur :

Il me faisait penser à une machine sauf quand il manifestait ses doutes et ses peurs
Je ressemblais un peu à un robot, efficace, travailleur, loyal, fiable, mais froid, distant, insensible, méfiant, voire méprisant et hautain par moment ! Pas jojo le portrait !

 

Les manifestations de la répression

 

Elles sont diverses : pas de ressenti d'émotions à part peut-être la colère ; ni de ressenti tout court, comme si j'étais anesthésiée de mes sensations corporelles, de ma fatigue ; pas ou peu de prise en compte de l'autre en tant que personne, ou, comme dirait la PNL, plus centrée sur la tâche que sur la relation.

 

L'effet retard

 

Une des choses qui m'interpellent, c'est qu'à l'époque où j'étais très contrephobique, je n'ai pas le souvenir que les décisions étaient dures à prendre ou que je doutais. Au contraire, je me voyais comme une fonceuse et tout le monde me renvoyait cette image.

 

À ce moment, il me semble que je savais parfaitement dire non et réagir avec véhémence à ce qui ne me plaisait pas ou ne me convenait pas.

 

Aujourd'hui, je suis souvent confrontée à "l'effet retard". Je m'explique : je vis une situation avec une autre personne ; celle-ci propose, dit, fait une chose. Je dis OK ou je réponds. En réalité, cette parole ou cette action ne me va pas. Le problème, c'est que je ne m'en aperçois qu'a posteriori. J'ai parfois besoin de temps pour que je puisse avoir conscience de mes ressentis, de mes besoins. Lorsque je réagis, l'action étant enclenchée, c'est parfois délicat ; l'autre est surpris, ou tout simplement c'est trop tard, j'ai participé à une action qui ne me convenait pas ou heurtait mes valeurs.

 

Je distingue cet "effet retard" du doute du 6 et je le relie plutôt à la répression de l'émotionnel. Je vois cette répression comme un dressage : toutes ces émotions, ces ressentis (est-ce exact de grouper émotions et ressentis ?), qui ont été personæ non gratæ durant de longues années ne peuvent pas avoir droit de cité d'un simple claquement de doigt, cela nécessite un apprentissage.

 

C'est la raison pour laquelle, malgré l'effet parfois pas très valorisant pour moi (genre, elle en met du temps à se réveiller !), j'essaye de communiquer avec la personne sur ce que j'ai vécu.

 

Un exemple de répression : décortiquer la mécanique

 

Dans le cadre d'un groupe, une personne interagit de façon qui me dérange. Je le communique lors du feedback. Je mets plusieurs jours à me rendre compte (ou à laisse être ?) que ce n'est pas seulement que cela me dérange, mais que cela heurte profondément mes valeurs et mon éthique. Donc rebelote, je communique avec la personne qui prend très mal cet "effet retard" et me dit : "Je ne comprends pourquoi tu attends plusieurs jours avant de m'en parler."

 

Ce qui me paraît intéressant, c'est d'avoir pu décortiquer ce qui s'est passé au moment de la répression de l'émotionnel. Tout d'abord, je me sens "bizarre" vis-à-vis du comportement de la personne. Mais je ne sais pas encore ce qu'il y a derrière "bizarre". Puis, cela s'affine. À ce moment, les émotions arrivent. Là je commence à bloquer : je juge ce qui se passe, je me juge, je minimise, je me compare, je rationalise. Avec le son, ça donne : "Tu vas pas recommencer à ramener ta fraise, il faut toujours que tu trouves quelque chose, regarde tous les autres ont l'air de beaucoup l'apprécier, tu vas pas en faire un fromage, qu'est ce que tu t'en fous qu'elle manque d'éthique, c'est pas ton problème."

 

Ce qui veut se manifester, ayant l'impression — réelle — de ne pas être entendu, se met à faire monter la pression. La colère arrive, la confusion, je commence à me sentir mal, je n'écoute plus ce qui se passe, je suis dans ma bulle.

 

Ce que je perçois aujourd'hui clairement, c'est comment cette répression a différé le processus interne et l'a empêché de se dérouler correctement, l'a dévié. Si j'avais laissé la répression agir jusqu'au bout, j'aurai gardé de ce moment un goût très amer, celui des moments où je fais semblant de ne rien voir.

 

Je ne sais si la vertu contribue à stopper la répression, mais il m'a fallu un sacré courage pour dire mon ressenti, sans attaque personnelle, dans un groupe plutôt favorable à la personne.

 

J'ai constaté ces derniers temps que j'avais fait preuve de courage à de nombreuses reprises (plus qu'auparavant) pour dire des choses à des personnes et que à chaque fois, j'ai réussi à le faire avec bienveillance, de manière à ce que l'interlocuteur l'accepte et parfois même m'en remercie !

 

Cela me fait poser la question clairement : exercer sa vertu permet-il de rééquilibrer l'utilisation des centres ?

 

Nostalgie

 

Finalement, c'était bien plus simple avant ! J'avais quelque chose à dire, le Scud sortait sans contrôle et au diable l'autre ! Maintenant, je ne sais plus ce que veux dire, je ne sais pas ce que je ressens, je dois réfléchir (et me former !) pour parler de manière "clean", qui me permette de m'exprimer sans porter atteinte à la personne de l'autre mais en parlant de ses comportements ! OUF ! Je ne peux pas redevenir comme avant ?! Je plaisante bien sûr !

 

Quelques remèdes en terme d'activités pour faire de l'espace à l'émotionnel

 

Travailler sur le corporel m'a aidé à contacter mes émotions, par exemple le massage du ventre ; la première fois, ça m'a prise par surprise et j'ai sangloté, sans comprendre ce qui m'arrivait.

 

Chanter dans une chorale me fait du bien, me permet de m'exprimer sans trop être en avant, et j'adore cet effet de voix qui s'additionnent.

 

Danser est aussi une activité que j'apprécie.

 

Écouter une chanson d'amour et la chanter, ressentir les paroles et l'émotion qui se dégage de l'interprétation (c'est un peu connecter le centre émotionnel par mimétisme).

 

Aurais-tu d'autres suggestions, oh ! Grand Maitre de la Jungle ?! :crazy:

 

Et pour vous, comment se manifeste la répression de l'émotionnel, vivez-vous l'effet retard, quels remèdes avez-vous mis en place ? Merci de vos réponses. Je me réjouis d'avance de vous lire ! :rofl: (L'émotion monte, suite à cette "bête" modif !)

 

Bien cordialement.

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Fabien Chabreuil

Bonjour Sixtrouille,

 

"Aujourd'hui, j'aimerais parler du centre émotionnel, et plus particulièrement lorsqu'il est en troisième position, à savoir pour les 1 mu, 5 mu, 6 mu, 7 alpha, 8 alpha."

Ces cas ne sont pas équivalents, car il faut dinstinguer utilisation extérieure et utilisation intérieure du centre réprimé.

 

"J'ai longtemps été une 6 mu avec un émotionnel quasi absent."

Évidemment pour un 6, c'est extérieur et intérieur.

 

"Exercer sa vertu permet-il de rééquilibrer l'utilisation des centres ?"

Oui, exercer — le mot est bien choisi — sa vertu connecte à l'essence, et dans celle-ci, la notion de répression d'un centre ne fait plus sens.

 

"Je ne peux pas redevenir comme avant ?! Je plaisante bien sûr !"

Sinon, je peux faire… mais je ne rembourse pas les stages ! :rofl: As-tu vu Eternal sunshine of the spotless mind ?

 

"Aurais-tu d'autres suggestions, oh ! Grand Maitre de la Jungle ?! :crazy:"

Il me semble que tes méthodes — excellentes au demeurant — travaille surtout l'émotionnel intérieur. Il faudrait donc aller aussi à l'extérieur. Tu peux dire une fois par jour à une personne que tu l'apprécies (si c'est vrai !), pratiquer les exercices de compassion du stage Essence, pratiquer les techniques de Pardon à chaque fois que nécessaire, t'excuser auprès des gens que tu peux blesser, etc.

 

Très amicalement,

Fabien

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Sixtrouille

Bonjour Fabien, bonjour à tous,

 

Merci pour ta réponse. Concernant la direction d'utilisation, je n'avais pas encore perçu qu'elle s'appliquait également au centre de support et au centre réprimé. C'est donc une nouvelle nuance, fort utile, que je découvre. Et je comprends la nécessité que les exercices aillent dans les deux directions. Est-ce que le côté introverti contribue à favoriser plutôt la recherche d'émotionnel intérieur ?

 

"As-tu vu Eternal sunshine of the spotless mind ?"

Oui, je l'ai vu et j'ai pas super accroché ! (Peut-être parce que je me suis plantée sur le typage de Clémentine ?!) Mais avec du recul, c'est peut-être intéressant, non pas pour redevenir comme avant, mais au contraire pour empêcher les programmes d'avant de revenir squatter mon disque dur et de démolir le travail accompli. Je ne sais pas si c'est propre au 6, mais mon saboteur interne peut s'avérer puissant. :crazy:

 

Je reviens sur "l'effet-retard" que j'ai nommé ainsi en écrivant cette conversation. J'ai cheminé avec cette notion. Elle m'a amenée sur la notion de "regard" et cette ambivalence entre vouloir le regard de l'autre, la reconnaissance et l'approbation, et en même temps avoir peur de ce regard qui peut exclure, juger, faire mal. À certains moments, l'importance réelle ou fantasmée que je vais donner à ce regard va me rendre muette, incapable de m'exprimer. Elle m'a aussi fait revisiter quelques héritages qui ont contribué à la répression de mon émotionnel : on ne parle pas à table ; on se tait quand les grandes personnes parlent ; on ne contredit pas les grands ; on ne dit pas de gros mots ; on a pas besoin de dire certaines choses, elles sont évidentes ; on ne raconte pas des choses intimes ; on ne dit pas ce qu'on ressent ; on ne dit pas… on ne dit pas… on ne dit pas…

 

Le moins que l'on puisse dire est que dire ne va pas de soi, à part pour des conversations de "passe-temps", loin d'une parole personnelle, authentique, assumée ! Cette conversation me fait donc réaliser, une fois de plus, que s'exprimer est un apprentissage. Un apprentissage qui ne peut se faire en une fois, surtout lorsque l'on est un 6, qui a peur de sortir du groupe, qui réprime l'émotionnel !

 

Patience est mère de toutes les vertus ! :rofl:

 

Grâce à cette conversation, j'ai vraiment contacté la peur de la déviance. En fait je me demande maintenant si ce que j'ai décrit dans "Un exemple de répression : décortiquer la mécanique" n'est pas seulement l'expression de ma peur de la déviance ? Cette dernière apparait désormais davantage maintenant que le côté contrephobique est moins important.

 

Amicalement.

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Fabien Chabreuil

Bonjour Sixtrouille,

 

"Concernant la direction d'utilisation, je n'avais pas encore perçu qu'elle s'appliquait également au centre de support et au centre réprimé."

Je ne le répèterai pas à Patricia qui insiste beaucoup sur ce point lors du stage Centres. Promis. :crazy:

 

"Est-ce que le côté introverti contribue à favoriser plutôt la recherche d'émotionnel intérieur ?"

Pas forcément. Il n'y a pas de lien entre extérieur-intérieur de l'Ennéagramme et extraverti-introverti. Rappelle-toi par exemple que le 5 est l'ennéatype où il y a le plus d'introverti, ce qui ne l'empêche pas d'être orienté vers l'extérieur.

 

"Un apprentissage qui ne peut se faire en une fois, surtout lorsque l'on est un 6, qui a peur de sortir du groupe, qui réprime l'émotionnel !"

À part les phobies, il y a assez peu d'apprentissages qui se font en une seule fois…

 

"Patience est mère de toutes les vertus !"

Surtout pour les 1 !

 

"Grâce à cette conversation, j'ai vraiment contacté la peur de la déviance. En fait je me demande maintenant si ce que j'ai décrit dans "Un exemple de répression : décortiquer la mécanique" n'est pas seulement l'expression de ma peur de la déviance ? Cette dernière apparait désormais davantage maintenant que le côté contrephobique est moins important."

Normalement, plus un 6 est phobique, plus il évite la déviance puisque le « groupe » dont il ne veut pas dévier est un remède à la peur.

 

Très amicalement,

Fabien

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Sixtrouille

Bonjour Fabien, bonjour à toutes et tous,

 

Je reviens sur ce satané centre émotionnel réprimé !

 

Depuis 2 ans environ, je veux devenir conférencière. Et là, ça y est, dans deux semaines, je suis sur une scène importante.

 

Je travaille avec une coach. Son boulot principal est de me dire : "Montre tes émotions, il faut te connecter avec la salle, leur faire vivre des émotions." Même lorsque j’ai l’impression que j’y suis allée à fond, ça reste très léger, il n’y a pas beaucoup d’ampleur dans mon expression.

 

Lorsque j’ai fait le stage Centres, je ne m’étais pas reconnue de prime abord chez les émotionnels réprimés. Ce qui m’avait permis d’observer le panel. Lorsque j’avais finalement rejoint le groupe, j’avais été voir Fabien pour lui dire : "Je suis comme ça aussi, le visage aussi inexpressif ?"

 

Les meilleures conférences sont celles pendant lesquelles les personnes savent raconter des histoires et exprimer des émotions. Devenir conférencière est donc un véritable chemin d’intégration ! Avez-vous des conseils à me donner sur cette configuration particulière ? L’une ou l’un de vous est-il conférencier avec un centre émotionnel réprimé ? Comment fais-tu pour ne pas donner une "conférence-robot" ?

 

Très bonne journée. :happy:

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Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

"Depuis 2 ans environ, je veux devenir conférencière. Et là, ça y est, dans deux semaines, je suis sur une scène importante."

Je suis ravi pour toi, Sixtrouille, que ce projet se réalise. Ceci dit, deux semaines, c'est un peu court pour te reconnecter à ton émotionnel… Si tu penses que "devenir conférencière est donc un véritable chemin d’intégration", l'ordre des opérations est d'abord de se connecter à son centre réprimé puis de devenir conférencière. Pendant tout ce temps, as-tu déconstruit les transes qui te font réprimer l'émotionnel ? :tongue:

Ceci dit, ne désespérons pas :

 

"Son boulot principal est de me dire : ’Montre tes émotions, il faut te connecter avec la salle, leur faire vivre des émotions.’"

Peut-être ta coach projette-t-elle sa propre hiérarchie des centres… L'intérêt d'un émotionnel apparent dépend à mon avis du sujet et de l'auditoire.

 

"Les meilleures conférences sont celles pendant lesquelles les personnes savent raconter des histoires et exprimer des émotions."

Raconter des histoires et montrer ses émotions sont deux choses différentes. Tu peux faire le premier sans faire le second.

 

Étant donné ce que j'ai dit plus haut, je ne peux te donner de conseils particuliers. Toutefois, je te recommande ce bouquin qui est, parmi ceux que je connais, de loin le meilleur livre sur la prise de parole en public : Scott Berkun, Confessions of a Public Speaker, Sebastopol (Californie), O'Reilly, 2009. [Version Kindle]

 

Très amicalement,

Fabien

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