Institut Français de

l’ennéagramme

À quoi sert tout le reste...

Jump to content
Sign in to follow this  
Barbara

Ennéagramme et autisme

Recommended Posts

Barbara

Bonjour Fabien,

Je voudrais entamer un sujet un peu délicat : l'autisme. Je connais plusieurs jeunes adultes autistes. J'ai eu l'occasion de les observer dans différentes circonstances de la vie. J'ai pu observer :

  • une dissociation exagérée que ce soit dans leur corps ou au niveau du langage ;
  • un besoin de s'isoler qui est très régulier ;
  • un don particulier dans un domaine très précis : le dessin ou par exemple pouvoir donner le jour de la semaine correspondant à une date future.

Intuitivement ces jeunes me renvoient aux caractéristiques de l'ennéatype 5 qui me parle le plus.

Je suis sur un terrain glissant, car je suis bien consciente que mes informations ne sont pas de loin suffisantes… Aussi, Fabien, je me tourne vers toi qui a certainement plus de connaissances à partager à ce sujet.

Merci d'avance. Amicalement,
Barbara

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fabien Chabreuil

Bonjour Barbara,

Lorna Wing définit l'autisme par la présence de la triade suivante :

  • Anomalies de la communication verbale et/ou non verbale ;
  • Anomalies des interactions sociales ;
  • Centres d'intérêts restreints.

Comme tes observations, tout ceci pointe vers l'ennéatype 5. Cependant, il n'existe pas d'étude permettant de valider cette hypothèse, ni celle selon laquelle les autistes seraient presque exclusivement IxTx dans le MBTI, voire INTx.

Ceci dit, l'autisme est considéré comme un trouble du développement, et non comme un trouble de personnalité. Ses causes réelles sont aujourd'hui inconnues et de très nombreuses hypothèses, y compris les plus farfelues, ont été émises. Je n'ai pas de connaissance spéciale sur le sujet, mais Patricia et moi nous y intéressons de manière périphérique. Nous avons vu des méthodes qui semblaient relativement efficaces et qui consistaient à restaurer les niveaux VIOLET et ROUGE de la Spirale Dynamique. D'ailleurs, une étude vient dêtre publiée aux États-Unis — le dépistage de l'autisme y est recommandé aux enfants de 18 à 24 mois — qui montre qu'une thérapie de l'autisme (Early Start Denver Model) entreprise dès l'âge de 18 mois, c'est-à-dire, à ces moments du développement sur la Spirale, diminue considérablement les symptômes, au point de pouvoir parfois lever le diagnostic d'autisme.

Ceci dit, le lien éventuel entre autisme et ennéatype, s'il est intéressant intellectuellement, n'est aujourd'hui pas utile pratiquement. Les signes de l'autisme apparaissent bien avant qu'on puisse déterminer l'ennéatype, ce qui interdit toute approche préventive fondée sur l'Ennéagramme.

Très amicalement,
Fabien

Share this post


Link to post
Share on other sites
Jorune

Bonjour Barbara et bonjour Fabien,

Barbara, en ce qui concerne ton hypothèse, j'aurai tendance à dire : eh bien non, loupé ! En tout cas pour ce qui concerne l'autisme dit de haut niveau… Pour les autres formes d'autisme, je n'ai pas de réponse.

Autisme ne veut pas dire "avarice" mais "instinct social très perturbé", ce qui est différent. Le repli sur soi provient d'une nécessité quasi physiologique de restaurer ses batteries après un effort important un peu comme si un coktail mondain équivalait à… passer le bac !

Je n'ai pas la capacité, ni la volonté d'ailleurs, de "typer" les quatre aspergers que je connais. Toutefois, sur les quatre, tu as :

  • un 6 mu "sûr et certain",
  • un 9 (95 % de probabilité).

Les deux autres, je ne sais pas trop. Le type 5 est possible pour l'un d'entre eux qui réprime le centre émotionnel. L'autre réprime le centre instinctif ; j'ignore son type, mais il partage volontiers ses jouets ou son temps et apporte son aide quand il prend conscience de la demande des autres. C'est simplement que le message doit être envoyé de façon très formelle pour être reçu (éviter les jeux de mots, les tournures qui alourdissent la phrase, le conditionnel qui laisserait planer un doute sur la volonté réelle, genre "j'aimerais…" ou "je voudrais…").

L'échantillon n'est pas suffisamment important pour s'amuser à diffuser des statistiques sur le sujet, mais autisme égale ennéatype 5 me semble peu probable.

Bien cordialement,
Jorune

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fabien Chabreuil

Bonjour Jorune,

 

"Je n'ai pas la capacité."

Effectivement, typer n'est jamais aisé, et quand il s'agit d'autistes, la tâche est encore plus difficile étant données les difficultés de communication avec eux qui nécessitent, plus que jamais, prudence et compétence. Ces difficultés doivent d'ailleurs contribuer à envisager rapidement l'hypothèse 5, tentation dont il faut bien évidemment se méfier.

 

Très amicalement,

Fabien

Share this post


Link to post
Share on other sites
Isa63

Bonjour à tous,

Je profite de la réouverture du forum après ces vacances, et je prends la suite des hypothèses en ce qui concerne l'Ennéagramme et l'autisme, pour venir partager là une expérience vécue aujourd'hui, qui m'a poussée à réfléchir, parce que je savais que ce sujet avait été mentionné sur le forum.

Je travaille dans une unité de soins ; aujourd'hui, un charmant petit garçon de 8 ans est arrivé pour un soin tout à fait anodin : enlever une tique… Comme celle ci est minuscule (à peine visible à l'oeil nu), cela nécessite une toute petite incision afin d'enlever "la bête" entière ; comme pour beaucoup de soins, nous proposons à l'enfant de respirer un gaz dans un masque, pour lui permettre de ne pas sentir ce qu'on lui fait (cela n'endort pas mais coupe un peu les sensations) — ce qui est parfaitement compréhensible pour un enfant de cet âge ; la plupart trouvent cela très amusant… À l'approche du masque, nous assistons à une crise de panique terrible : hurlements et défenses violentes physiquement envers tout le monde. Une angoisse manifestement totalement incontrôlée.

Comme l'enfant n'entend plus rien de ce que l'on tente de lui expliquer, nous décidons la technique "du drap" (envelopper l'enfant dans un drap, ce qui permet de l'immobiliser sans force et de procéder au soin en toute sécurité). Et là, nouvelle crise de panique, prenant une proportion démesurée ; manifestement, l'enfant ne supportant plus aucune contrainte, aucun contact, comme coupé du monde.

Nous nous retrouvons à cinq personnes pour tenir ce "charmant petit bout" ; cela ne nous a pas épargné coups de pieds, gifles (oui, de la part de l'enfant ; ses gestes étaient devenus incontrôlés malgré le drap…), griffures, morsures, crachats !
Aucune solution de dialogue ; juste un petit corps déchaîné…

Manifestement, ce comportement était "hors normes", la désintégration totale au point de provoquer vomissements et arrêts respiratoires (de courte durée !) ; ce comportement était vraiment très impressionnant.

Après discussion avec la maman, elle s'excuse de ne pas avoir prévenu l'équipe : l'enfant était "limite autiste" et "surdoué". Après échanges avec l'équipe médicale, j'apprends que, en règle générale, mais ce n'est qu'une généralité, les autistes sont intelligents (de plus, lui est surdoué). C'est là qu'on est tenté de parler de l'hypothèse du 5 ?

Cet enfant souffrait également d'un problème génétique ; il connaissait très bien son problème et a pu en parler de manière très "lucide" après le soin, revenu à la réalité et à nouveau connecté à l'entourage.

Alors en terme d'Ennéagramme, ce qui reste intéressant (puisque typer reste trop difficile), c'est de constater chez cet enfant les instincts blessés : instinct de conservation (jusqu'à se priver de respirer) ; instinct social (coupé du monde). Ce qui rejoint ce que Fabien écrivait "l'autisme est un trouble du développement" (les instincts étant blessés au cours des premières années de la vie, si importantes au développement de l'individu).

Pour conclure, en lui demandant si elle avait d'autres enfants, la maman nous a dit que non, parce qu'elle avait failli mourir en lui donnant la vie. (Ce qui laisse croire que ce sont bien les instincts qui sont blessés ? On peut facilement émettre là l'hypothèse que les premiers jours, voire les premiers mois, de la vie de cet enfant ont été délicats dans la relation avec sa maman et son papa !)

Merci de me donner vos avis.
Amicalement,
Isabelle

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fabien Chabreuil

Bonjour Isabelle,

 

Merci de ce témoignage de première main.

 

"Après échanges avec l'équipe médicale, j'apprends que, en règle générale, mais ce n'est qu'une généralité, les autistes sont intelligents (de plus, lui est surdoué). C'est là qu'on est tenté de parler de l'hypothèse du 5 ?"

C'est une tentation normale, mais c'est la confusion classique — source de tant d'erreurs — entre préférence et bonne utilisation d'un centre. Au cas où tu ne la connaîtrais pas, il y a eu sur le site une conversation sur les types et la précocité intellectuelle.

 

"En lui demandant si elle avait d'autres enfants, la maman nous a dit que non, parce qu'elle avait failli mourir en lui donnant la vie. (Ce qui laisse croire que ce sont bien les instincts qui sont blessés ? On peut facilement émettre là l'hypothèse que les premiers jours, voire les premiers mois, de la vie de cet enfant ont été délicats dans la relation avec sa maman et son papa !)"

Il est clair qu'a minima une telle situation donne une forte blessure de l'instinct de conservation. On peut même imaginer que l'un des parents, voire les deux, en veuille inconsciemment à l'enfant, ce qui aurait pu blesser l'instinct social. On peut tout autant imaginer que suite à cet épisode, l'un des parents, voire les deux, ait une crainte inconsciente des relations sexuelles qui pourraient aboutir à une nouvelle grossesse, et voilà le troisième instinct menacé. Les parents devraient explorer en thérapie ces trois aspects sur eux-mêmes, puis étudier les conséquences éventuelles sur l'enfant.

 

Très amicalement,

Fabien

Share this post


Link to post
Share on other sites
Yves

Bonjour à tous,

 

Pour compléter le message de Jorune ci-dessus, je n'ai constaté aucun signe d'avarice chez l'adolescent autiste que j'ai accompagné pendant un an, et je ne l'ai pas ennéatypé 5. La détermination de son ennéatype me semble délicate. Je penche pour 6 mu, sans aucune certitude.

 

Amicalement,

Yves

Share this post


Link to post
Share on other sites
Jorune

Bonjour,

En termes d'Ennéagramme, je pense que la question du type est plus que secondaire en ce qui concerne les autistes que je connais : certes, le centre mental n'est jamais totalement réprimé, mais cela n'en fait pas des 5 pour autant. Ce qui transparaît en revanche, c'est l'inadéquation de l'instinct social, alors que l'instinct de conservation en revanche est souvent sur-développé.

De nombreux autistes ont au moins un sens, sinon hypertrophié, du moins qui accapare leur attention plus que de normal. Ils sont alors gênés par la lumière, ou le bruit, ou les odeurs, ou très mal à l'aise dès qu'on les touche comme si le cerveau était directement lié aux yeux, à l'oreille, au nez ou à la peau sans "filtre" pour réguler l'intensité de la sensation. Une stimulation trop forte et les voilà destabilisés. C'est un peu comme s'ils percevaient toutes les informations possibles sans être capable de faire de hiérarchie : il ne s'agit pas automatiquement du doute du 6, mais plutôt d'un problème de surchage physiologique au niveau des neurones.

Au niveau de la spirale dynamique, un environnement BLEU solide a tendance à faciliter la vie de l'autiste et de ses proches car il permet la mise en place d'un certain degré de formalisme et facilite les apprentissages de ce qui est inné chez les autres gens. Or, pour un BLEU solide, il est souhaitable que les vMèmes précédents ne soient pas malmenés, et dans notre société actuelle, ce n'est pas toujours le cas. L'intérêt restreint doit être perçu comme une sorte de tentative d'ancrage en BLEU de la part d'un autiste : un besoin d'ordonner ou de classer son environnement pour lui donner un sens. Quand un autiste dispose d'un intérêt restreint, il y consacre beaucoup de temps ou d'énergie si bien que de l'extérieur cela peut passer effectivement pour un don. Cet intérêt restreint permet en général de développer la mémoire, donc de muscler le centre mental… mais pas toujours.

Pour finir, l'Ennéagramme peut être intéressant pour un autiste, pour les même raisons qu'il l'est pour un non autiste…

 

Cordialement,
Jorune

Share this post


Link to post
Share on other sites
Jérôme

Bonjour à tous,

 

Je n'ai pas une grande expérience de l'autisme, et je n'ai pas eu l'occasion de côtoyer des autistes ou leurs proches. La compréhension de ce trouble m'intéresse cependant.

 

Jorune, merci pour ton analyse qui pointe notamment les instincts sociaux et conservation et la perception sensorielle. As-tu observé des utilisations ou non-utilisation particulières de l'instinct sexuel et de l'intuition ?

 

Très amicalement,

Jérôme

Share this post


Link to post
Share on other sites
Fabien Chabreuil

Bonjour à tous,

 

Juste mon petit grain de sel en passant.

 

"As-tu observé des utilisations ou non-utilisation particulières de l'instinct sexuel et de l'intuition ?"

L'intuition, au sens de l'Ennéagramme, étant une fonction de l'esssence, j'ai du mal à imaginer qu'elle puisse être activée, étant donné le stress que cette maladie fait subir à ceux qui en sont victimes.

 

L'enfant autiste a du mal à réagir aux autres. Il y a donc forcément perturbation de l'instinct sexuel, mais est-ce que cet instinct est blessé en soi ou est-ce que sa blessure apparente n'est qu'une conséquence des blessures des instincts de conservation et social ?

 

D'autre part, quand nous parlons de blessure de l'instinct social chez les personnes non autistes, il s'agit de problèmes de développement liés à son environnement. Dans le cas des autistes, le mécanisme est apparemment contraire : ce sont des problématiques neurologiques internes qui semblent perturber le développement de ces instincts et aboutir à cette structure "C++ S--". Malgré cette inversion, certaines thérapies propres aux instincts semblent donner des résultats, insuffisants certes, mais c'est mieux que rien — nous les évoquons dans le stage "Spirale Dynamique : Transitions".

 

Coïncidence, au cours de ma veille quotidienne, j'ai trouvé ce matin une étude qui vient d'être publiée et qui considère qu'une cause possible de l'autisme pourrait être des anomalies au niveau du sperme paternel : Jason I Feinberg, Kelly M Bakulski, Andrew E Jaffe, Rakel Tryggvadottir, Shannon C Brown, Lynn R Goldman, Lisa A Croen, Irva Hertz-Picciotto, Craig J Newschaffer, M Daniele Fallin & Andrew P Feinberg, "Paternal sperm DNA methylation associated with early signs of autism risk in an autism-enriched cohort" International Journal of Epidemiology, 14 avril 2015.

 

Très amicalement,

Fabien

Share this post


Link to post
Share on other sites
Docthib

Bonjour à tous,

 

Je me suis aussi posé cette question (et je l'ai posée lors de deux stages différents), car comme certain(e)s d'entre vous, je côtoie un Asperger (forme légère de l'autisme) et je connais des parents d'enfants autistes. J'y retrouvais certaines caractéristiques du 5, mais j'ai évolué depuis, et je constate que nous sommes plusieurs à faire désormais la distinction autiste-5.

 

Voici mes quelques éléments de réflexion sur le sujet. Même si vous êtes plusieurs à connaître le sujet, j'y vais aussi de ma contribution, car il me semble que les fondements de la question sont importants :

  • L'autisme est un handicap, Asperger aussi. C'est une incapacité, plus ou moins sévère, qui ne se guérit pas (handicap) mais qui peut être « canalisée ».

  • Tout dépend de la gravité, et il semblerait qu'il y ait un continuum, depuis les autistes « sévères » jusqu'aux… gens « normaux ». Le syndrome d'Asperger serait une forme légère d'autisme (là encore, avec plusieurs niveaux de sévérité), les Asperger très légers étant quasiment indétectables, car très proches des gens « normaux ». Cette notion de continuum est importante, pour rappeler que le terme « autiste » peut cacher des situations extrêmement dissemblables. Quant aux autistes de haut niveau (les cinéphiles se souviennent de Rain Man), ils sont rares, très rares, même si les journalistes les mettent systématiquement en avant… Par ailleurs, à cause de ce continuum, le corps médical est visiblement en train d'oublier le terme « syndrome d'Asperger », et de regrouper ces cas sous le terme plus général de « trouble du spectre autistique ».

Cela signifie que, même si je me suis laissé tromper initialement à penser que les 5 pouvaient être autistes/Asperger ou les autistes/Asperger pouvaient être 5, j'ai eu des réponses très claires lors des stages, et dans cette discussion : non, les deux ne sont pas liés. Jorune et Fabien le disent bien : 5 signifie (notamment) avarice, alors que l'autiste est beaucoup plus dans l'incapacité.

 

Mais si on commet l'erreur – très classique, je suis le premier à tomber dans le panneau – de se fonder sur les comportements pour typer, alors on peut facilement les confondre – comme on peut d'ailleurs confondre quantité de types avec des comportements « emblématiques ».

 

Au final, cette question est très intéressante, je trouve, pour illustrer le fait que le comportement observé ne suffit pas à établir le type, tant qu'on n'a pas creusé ce qui fait que la personne se comporte comme ça.

 

Bien amicalement,

Docthib / Christophe

Share this post


Link to post
Share on other sites
Sign in to follow this  

×
×
  • Create New...