Will Hunting
Analyse

Will Hunting (Matt Damon) : 8

Comme souvent, le film est l'histoire d'une intégration, celle de Will Hunting jeune rebelle asocial et surdoué qui va apprendre à accepter le monde et à se connecter à ses émotions. Jusqu'à cette rédemption finale, Will va manifester sans cesse la capacité des 8 désintégrés à utiliser les points faibles de leurs interlocuteurs pour prendre le contrôle.

Cela commence par un jeune étudiant qui frime dans un bar pour épater les filles : "Tu as lu ça dans Vickers, Travail dans le comté d'Essex, page 98. Oui, je l'ai lu aussi. T'allais nous régurgiter tous les bouquins ? T'as pas une idée personnelle sur le sujet ? Alors, c'est ça ton truc ? Tu arrives dans un bar, tu débites d'obscurs passages de quelques bouquins et tu prétends que ce sont tes idées à toi. Tu fais tout ça juste pour impressionner une fille et embarrasser mon ami. Ce qu'il y a de triste avec un mec comme toi, c'est que dans cinquante ans tu vas commencer à penser par toi-même et tu vas découvrir le fait qu'il y a deux certitudes dans ta vie : primo, tu n'es pas fait pour penser et deuxio, t'as dépensé cent cinquante mille dollars pour un enseignement que tu aurais trouvé pour un dollar cinquante d'amende de retard à la bibliothèque municipale." Et comme il importe d'être bien clair, la menace physique suit immédiatement l'agression verbale : "Si ça te pose un problème, on peut faire quelques pas dehors et régler l'affaire entre nous." Un peu plus tard, quand la fille, Skylar, lui aura proposé de le revoir, il ira porter un dernier coup : "Et ben moi, j'ai son numéro de téléphone et ses grosses pommes, elles seront pour moi."

On notera en passant que ceci est fait au nom l'amitié, de la protection de son ami Chuckie. Protéger avec violence les gens que l'on aime est encore une caractéristique 8 forte.

Le plus souvent, la stratégie de Will est la suivante : faire semblant d'aller dans le sens de son adversaire et dès que celui-ci baisse la garde, attaquer. Il traite ainsi le premier psychologue que le juge l'oblige à consulter. Il commence sagement : "J'ai lu votre livre [ …] Vous avez raison." Puis dès qu'il a repéré le point faible, en l'occurrence l'homosexualité cachée du thérapeute, il se débrouille pour le faire paraître au premier plan et fond sur sa proie :

  Will : Est-ce que vous avez du mal à cacher le fait que vous êtes gay ?
  Psy 1 : Mais de quoi parlez-vous ? Qu'est-ce… Que…De quoi vous parlez ? Quoi ?
  Will : Arrête Bon Dieu ! Il n'y a pas deux secondes, tu étais prêt à me sauter sur le râble.

Will détruit ainsi cinq psychothérapeutes avant de rencontrer Sean et bien sûr, il essaye la même méthode.

  Will : J'aime bien comme vous avez arrangé cette pièce.
  Sean : Ah ? Merci.
  Will : Vous avez acheté tous ces bouquins au détail ou par correspondance, un genre de kit pour psy avec tous ces volumes dedans ?
  Sean : Tu aimes les bouquins ?

Loupé ! Il suffit de recommencer :

  Will : Les mecs comme vous, moi, j'en reviens pas. Dépenser tout votre fric pour vous entourer de plein de putains de livres qui font chics, seulement c'est jamais les bons.
  Sean : Et c'est quoi un putain de bon livre ?

Encore manqué ! L'adversaire est coriace et ce qui paraissait la faille la plus évidente, l'intérêt pour les livres, n'est pas réellement fragile. Will examine alors tout ce qu'il y dans la pièce et à chaque phrase qu'il prononce, il se retourne pour examiner la réaction de Sean et bien évidemment, il trouve :

  Will : Vous avez peint ça ?
  Sean : Tu peins ?
  Will : Non.
  Sean : Tu sculptes ?
  Will : Non.
  Sean : Tu aimes l'art ?
  Will : Non.
  Sean : Tu aimes la musique ?
  Will : C'est une merde votre truc.
  Sean : Ah ? Et si tu me disais vraiment ce que tu en penses ?
  Will : Le cocktail du linéaire et de l'impressionnisme, et ben, ça fait une composition assez fouillis. C'est un plagiat de Winslow Homer. Sauf que vous avez un blanc qui rame dans votre bateau.
  Sean : Tu sais, même Monet n'était pas toujours en forme.
  Will : C'est pas vraiment ce qui m'intéresse.
  Sean : Qu'est-ce qui t'intéresse ?
  Will : C'est les coloris.
  Sean : Tu veux que je te fasse vraiment chier ? C'est de la peinture au numéro.
  Will : C'est des couleurs au numéro parce que c'est des couleurs fascinantes.
  Sean : Ah ? Tu trouves ? Explique-moi ça.
  Will : Je pense que vous allez pas tarder à vous couper votre putain d'oreille, vous.
  Sean : C'est vrai ?
  Will : Ah ! Oui.
  Sean : Bon, je vais peut-être aller vivre dans le sud de la France et me rebaptiser Vincent.
  Will : Vous connaissez le dicton "Nécessité n'a pas de loi" ?
  Sean : Oui.
  Will : Ça s'applique peut-être à vous.
  Sean : Comment ça ?
  Will : Ben, mettons que vous êtes surpris en pleine mer par une grosse tempête.
  Sean : Oui. Pas mal.
  Will : Le ciel vous tombe sur la tête, les vagues s'écrasent sur votre petit bateau, les rames vont bientôt se rompre et vous pissez dans votre froc, vous chialez, vous avez peur et vous êtes prêt à tout pour vous en sortir. Peut-être à devenir psy.
  Sean : Bravo ! C'est ça ! À moi de faire mon boulot et arrête de m'en empêcher.
  Will : Peut-être que vous aviez pas la femme qu'il vous fallait.
  Sean : Peut-être que tu devrais fermer ta gueule. Attention à ce que tu dis, chef. D'accord ?
  Will : Alors, c'est ça, hein ? C'était pas la femme qu'il vous fallait ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Elle vous a largué ou quoi ? Elle se [sifflement] un autre mec ?
  Sean : [Pendant la phrase précédente de Will, il a posé ses lunettes et il lui saute à la gorge.] Tu manques encore de respect à ma femme et, moi, je te démolis, je t'écrase. Est-ce que c'est clair, chef ?
  Will : Fin de la séance.

Dernière proie à son tableau de chasse, le professeur Lambeau auquel il fait bien comprendre leur différence de talent :

  Will : Peut-être que j'ai pas envie de passer le reste de ma putain de vie à essayer d'expliquer des trucs aux autres.
  Lambeau : Tu pourrais au moins me témoigner un peu de gratitude.
  Will : Quoi un peu de gratitude ? Vous savez comme c'est facile pour moi ? Vous n'avez pas la moindre idée comme ces conneries sont faciles pour moi. Et je voudrais que ce le soit pour vous, je vous assure, parce que je resterais pas le cul posé ici à vous regarder tâtonner et finalement merder.
  Lambeau : Et ça te laisserait plus de temps pour aller traîner et te saouler la gueule, c'est ça ?
  Will : Je vois pas pourquoi je perds mon temps ici. [Il se retourne. Il a mis le feu au papier sur lequel il avait écrit une démonstration mathématique et le laisse tomber par terre.]
  Lambeau : [Il se précipite sur le sol pour ramasser le papier et éteindre les flammes. Il reste ainsi, agenouillé, pendant toute la suite de la scène.] Ouais, tu as raison, Will. Je ne sais pas démontrer ce théorème et toi, tu sais. Pourtant, il est probable qu'il n'y ait qu'une poignée de gens au monde qui puisse faire la différence entre toi et moi. Et je suis de ceux-là.
  Will : Je regrette. [Il se dirige vers la porte.]
  Lambeau : Oui, moi aussi. Je pense souvent que je voudrais ne pas t'avoir connu parce qu'alors je pourrais dormir la nuit et j'aurais pas à me trimballer avec la certitude qu'il existe quelqu'un comme toi dans le monde [Will quitte la pièce] et j'aurais pas à te regarder foutre tout ça en l'air.

Suite logique de cette attitude, Will Hunting manifeste la fixation du 8, la vengeance. À un match de base-ball, il rencontre un ancien condisciple : "Cet enfoiré. […] Il arrêtait pas de me foutre des trempes à la maternelle." Quelques heures plus tard, en voiture avec ses amis, il le voit dans un coin plus tranquille. Il se précipite vers lui, lui envoie un premier coup de poing et déclare : "C'est moi. Tu te rappelles ? On était ensemble à la maternelle." Et ce sera la bagarre qui lui vaudra la prison… Cette colère maintenue intacte au chaud pendant plus de quinze ans est, elle aussi, typique.

Bien entendu, ses relations avec ses amis sont aussi basées sur la force :

  Chuckie : Je te conseille d'arrêter tes conneries.
  Will : Tu crois que tu me fais peur, espèce de taré.

Quand Will est attaqué et mis dans l'impossibilité de réagir, il encaisse sans manifester la moindre émotion, comme quand Sean le menace :

  Sean : Tu manques encore de respect à ma femme et, moi, je te démolis, je t'écrase. Est-ce que c'est clair, chef ?
  Will : Fin de la séance.

ou quand le juge l'envoie en prison :

  Juge : La caution est fixée à cinquante mille  dollars.
  Will : Merci.

Derrière ces démonstrations de force, il y a une fêlure. Will est orphelin et il a été victime de "graves sévices physiques" de la part de ses familles d'adoption. Il a été dit qu'"à l'intérieur de tout 8, il y avait un petit enfant terrifié." Mettant en œuvre ses mécanismes de défense, le 8 nie cet aspect de sa personnalité. Mais, Sean en est bien conscient : "Ce que je vois, c'est un gosse culotté qui est mort de trouille (…) Tu as trop peur de ce que tu pourrais dire."

Face à ce genre de souffrances et de tentative de prise de contrôle, la réaction typique d'un 8 est : "Plus jamais ça !". Will s'est donc complètement coupé de ses émotions. Pire, il ne comprend même plus ce que cela signifie :

  Skylar : Je veux que tu viennes en Californie avec moi.
  Will : Tu es sûre de ce que tu dis ?
  Skylar : Oh ! Oui.
  Will : Comment tu le sais ?
  Skylar : Je ne sais pas. Je le sais. C'est tout.
  Will : Oui, mais comment tu le sais ?
  Skylar : Je le sais parce que je le sens.

Skylar prend alors pleinement conscience de la faiblesse de Will et le contraint à lui avouer ce qu'il a subi dans son enfance. Là aussi, la réaction est typique : quand l'autre perçoit chez un 8 désintégré une faiblesse, ce dernier devient violent. La réponse de Will est immédiate : "Je ne t'aime pas."

Will manifeste en permanence la capacité du 8 à décider rapidement :

  Skylar : Et si je te disais que je ne coucherai plus avec toi jusqu'à ce que tu me présentes à tes copains ?
  Will : [Il prend le téléphone.] Attends. Il doit être quatre heures du matin. Ils sont pas encore couchés.
  Skylar : Oh ! C'est pas vrai ! Les hommes ! Vous pensez pas avec votre bistouquette, vous agissez directement dans son intérêt.

Identification avancée : Will est un 8 α à aile 7 de sous-type social ("Protection mutuelle").

Gerald Lambeau (Stellan Skarsgård) : ?

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Sean McGuire (Robin Williams) : ?

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