L'intention de cette chronique mensuelle est de répondre
aux questions et de permettre des échanges au sujet de l'Ennéagramme
appliqué au développement personnel, aux relations humaines
et à certaines situations de vie. Il ne faut pas y voir une forme
ou un substitut de thérapie. Les objectifs en sont plutôt éducationnels :
faire des suggestions concrètes, utiles et aidantes. Vous êtes
invités à soumettre vos questions ou vos préoccupations à Enneagram
Monthly. L'anonymat y est assuré.
Vous pouvez également faire parvenir vos réactions et suggestions
en rapport avec les propos de cette chronique, notamment ce que vous avez vous-même
expérimenté d'utile dans votre vie ou dans des situations similaires à celles
exposées.
Cher David,
Je vous écris non pas à propos d'une situation mais au sujet d'un problème intérieur. Je me sens souvent profondément malheureuse alors que de l'extérieur, rien ne le laisse percevoir. Lorsque je suis en compagnie d'autres personnes, j'apparais enjouée, animée et énergique. Mais dès que je me retrouve seule, je me sens affligée et en détresse.
Je suis une 3. Et je n'ai jamais été ainsi. Pendant l'enfance et l'adolescence, j'étais active, productive, enthousiaste et très confiante. Je ne doutais pas de mes capacités et je disposais d'une énergie apparemment illimitée pour entreprendre tous les efforts qui m'intéressaient.
Je ne comprends pas comment ce revirement s'est produit. La "vie" semble avoir usé ma personnalité. Avec les autres, je me sens énergisée mais quand je suis seule et tournée vers moi, je doute et j'hésite devant la moindre chose. Tout au fond, je me sens seule, secrètement délaissée, en mal d'attention et d'affection.
Voici mon dilemme : je pourrais révéler ce que je vis, et il m'arrive de le faire, mais alors je me désorganise complètement, je perds le contrôle et je me transforme en une pitoyable enfant démunie. Je perds ainsi ma propre estime et tout ce qui fait ma valeur aux yeux des autres. Qui donc pourrait admirer et respecter quelqu'un de semblable et souhaiter sa compagnie ? Par ailleurs, si je persiste à endurer cet état, je demeure insatisfaite et l'angoisse se maintient. Aucune thérapie, médication et autre intervention conventionnelle n'ont amélioré la situation de façon sensible.
On dirait que la question relève du niveau spirituel. Si l'Ennéagramme est un système spirituel, comment peut-il m'aider là où tout a échoué surtout moi, j'imagine. Et le peut-il vraiment ?
Avec espoir, car il en reste encore un peu en moi.
Madame Echec
Chère Madame "Echec",
Merci pour cette question touchant le problème existentiel fondamental de l'isolement et de la solitude. Comme vous l'exprimez, vous ressentez de la peine, de la souffrance, de la solitude et une grande soif d'attention et d'affection. En vérité, voilà un thème central pour tous les types. Mais il est encore plus important pour ceux de la triade cur, les 2, les 3 et les 4, pour lesquels l'image, la relation à autrui, l'approbation et la reconnaissance occupent la place centrale dans la structure même du type. La tristesse est ce sentiment qui nous signale que nous avons perdu contact avec nous-mêmes ou avec les autres, ou encore que nous souffrons d'une perte quelconque. La tristesse nous parle de quelque chose qui compte énormément pour nous.
Avant d'aller plus loin, je tiens à mentionner que votre manque d'énergie et votre perte d'enthousiasme pourraient être le résultat d'un état dépressif (ce que vous avez d'ailleurs considéré) ou d'une atteinte physique ignorée, telle une infection sournoise, un déséquilibre métabolique ou un syndrome de fatigue chronique. Il est donc important de faire d'abord vérifier votre état de santé général.
Au mitan de la vie, les 3 découvrent souvent que les succès obtenus dans le monde extérieur ne sont pas garants de l'amour de soi-même (estime personnelle) ou de l'amour des autres. Cette découverte ouvre une brèche intérieure qui ne peut être comblée de l'extérieur. Plus d'efforts dans la mauvaise direction ne fait qu'aggraver le mal. Les doutes que vous exprimez peuvent signaler une "chute" dans les niveaux inférieurs du 6, phénomène qui n'est pas si rare chez les 3.
Vos propos révèlent à coup sûr une honte profonde tout autant que de la tristesse. Par exemple, vous éprouvez le besoin de cacher la "pitoyable enfant démunie". C'est comme si vous désavouiez votre état émotionnel profond qui, dès lors, se renforce et il faut beaucoup d'effort et d'énergie pour réprimer les émotions. Même si ce que vous décrivez peut bien représenter un dilemme du 3, vous devez aussi considérer le fait que cette lutte intérieure rappelle beaucoup celle du 4. Ainsi, vous décrivez une tristesse et un sentiment d'exclusion qui ne se démentent pas, un effort intense requis pour maintenir l'action, une relation d'attraction et de répulsion avec vous-même et avec les autres et rien ne semble pouvoir satisfaire vos attentes et vous procurer le bien-être, sans compter le sentiment de honte déjà mentionné. Ce portrait à couleur de 4 domine l'ensemble et mérite que vous l'examiniez attentivement. Pour l'instant, tenter d'orienter vos efforts de cheminement dans la voie du 3 plutôt que du 4 pourrait freiner votre évolution et nuire à votre bien-être. Même si vous êtes un 3, rappelez-vous qu'il peut souvent être utile de poursuivre ses objectifs de développement en fonction d'une aile fortement manifestée.
Voici donc maintenant mes suggestions spécifiques. Revoyez d'abord les différences clés entre les types 3 et 4. Fondamentalement, les 3 font taire leurs émotions et poursuivent leur marche en avant alors que les 4 sont inévitablement aux prises avec de puissants ressentis et éprouvent du mal à se maintenir en action (voyez à ce propos The Essential Enneagram [Note du traducteur : ouvrage écrit par David Daniels et Virginia Price et publié en 2000 chez HarperSan Francisco]). Observez bien lequel de ces modèles est prédominant pour vous. Si vous êtes une 3, vous êtes centrée sur les buts à atteindre et refusez de vous sentir incapable. Si vous êtes une 4, vos sentiments les plus profonds tournent autour de la déception dans vos rapports avec les autres et avec vous-même. Si vous êtes une 3, il vous faudra donc reconnaître vos sentiments et vous conduire comme si c'était votre être, et non votre enthousiasme et votre productivité, qui comptait avant tout. Et si vous êtes une 4, vous avez plutôt besoin de maintenir une activité positive, faisant comme si vous étiez solide et complète, même en présence de fortes émotions adverses.
Essayez aussi d'observer ce sentiment de déficience présent dans votre expérience de vous-même. Vous dites : "Qui pourrait souhaiter la compagnie de (quelqu'un comme moi) ?" Demandez-vous : de quoi ai-je vraiment besoin ? Qu'est-ce que je peux apprécier de ma personne ? Qu'est-ce qui est bon et satisfaisant dans ma réalité actuelle ? De quoi suis-je reconnaissante dans ma vie présente ? Travaillez sur ces questions.
Vous avez besoin de vous apprécier telle que vous êtes. Lorsque votre attention se porte vers les choses qui manquent en vous ou dans votre vie et que vous estimez être des déficiences, ramenez votre attention vers l'importance réelle que vous y accordez et vers ce qui est présent et a de la valeur. Ce procédé permettra l'apparition d'une équanimité qui se révélera peut-être être votre chemin spirituel. Rappelez-vous que nous déterminons nous-mêmes notre valeur personnelle. Les 4 résistent au changement, estimant souvent que si un changement s'impose, cela confirme qu'il y avait déficience. Alors, encore une fois, pratiquer l'acceptation de soi est vital. Il s'agit d'une tâche essentielle à chacun de nous pour construire des relations durables lorsque nous nous sentons indignes ou déficients. Cela nous permet une meilleure réceptivité, élément indispensable à des relations saines.
Merci d'avoir partagé votre problème avec moi. Si vous le voulez bien, tenez-moi au courant de vos progrès.
David Daniels, M.D.
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Cher Daniel,
Je suis cette femme qui a reproché à son mari de l'étouffer (tel que rapporté dans la lettre et votre réponse dans le numéro de novembre). Vous avez exprimé, en d'autres mots, ce que j'ai essayé de dire à mon époux à plusieurs reprises. Sans doute sera-ce plus facile pour lui d'entendre ces propos de votre voix plutôt que de la mienne qui est comme un disque rayé. Vous avez aussi mis dans le mille en suggérant qu'il se livrait sans doute à une contre-accusation en me désignant comme la méchante, pas assez engagée, etc., alors que je persiste simplement à lui dire que s'il ne cherchait pas à me retenir de force près de lui, je resterais parce que je le veux et non pour avoir été mise en cage.
Merci pour la sagesse et l'objectivité de votre point de vue.
Etouffée dans le Nevada
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Merci à Nicole Hebert pour
la traduction.
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